Le tribunal, une autre façon d’éloigner les SDF de Nice

Le tribunal, une autre façon d’éloigner les SDF de Nice

Le 5 juin, quelques heures après que M. Estrosi, maire de Nice, ait annoncé qu’il allait prendre un nouvel arrêté anti-mendicité pour éloigner les SDF de sa ville, Madame L. était arrêtée sur dénonciation de la responsable d’une agence immobilière devant laquelle elle mendie depuis plusieurs années dans un quartier hyper touristique de la ville. Après six semaines de préventive, elle passait en jugement ce vendredi 13 juillet, au TGI de Nice, pour une supposée maltraitance sur ses enfants.

La prévenue, âgée de 24 ans, de nationalité roumaine, enceinte de plusieurs mois, ne comprend pas le français et répond de façon manifestement incohérente aux questions des juges. Ce qui lui est reproché : être maltraitante et violente envers ses deux enfants qui l’accompagnent dans sa mendicité. Comme l’a fait remarquer l’avocat de la défense, les certificats médicaux établis par les médecins de l’hôpital Lenval concluent à une absence de toute trace de coups et sévices anciens ou récents sur les corps des enfants. Sur la dizaine de témoins interrogés, seuls la plaignante et un autre commerçant évoquent une attitude violente envers les enfants, alors que les autres riverains, certes agacés par sa présence dans la rue depuis plusieurs années, n’ont noté aucune agressivité envers les enfants. Le verdict est tombé comme un couperet : un an d’emprisonnement ferme et 5 ans d’interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes.

En écoutant la présidente du tribunal, qui interroge la prévenue avec une certaine acrimonie, il était manifeste que ce n’était pas la maltraitance volontaire que l’on jugeait chez cette femme mais son incapacité à éduquer ses enfants selon les normes de la classe moyenne française. Elevés dans un squat avec leurs parents, les enfants manquent d’hygiène, la fille de presque deux ans serait « dans la limite basse de la courbe en poids et en taille » et le garçon a une blessure mal soignée au pied (qui ne nécessite cependant pas d’hospitalisation selon les rapports médicaux). On reproche à cette mère de pas donner de repas équilibrés à ces enfants, de n’avoir pas de médecin de famille, de ne pas fréquenter le planning familial, d’avoir probablement allaité trop longtemps son fils de trois ans, de les vêtir tout deux « de manière inappropriée » ou encore de ne pas faire garder ses enfants pendant qu’elle mendie (par une baby sister ?). En d’autres termes, elle élève ses enfants dans la misère. La misère qui est la sienne. Rien de plus ne peut lui être reproché, si ce n’est, implicitement, de « faire tâche » dans la station balnéaire niçoise.

A aucun moment, le tribunal et l’association partie civile ne se sont posé la question de savoir pourquoi les services sociaux et les associations de protection de l’enfance ont laissé à la rue, pendant plusieurs années, une jeune mère de famille avec deux enfants en bas âge ; à l’évidence, ça n’intéresse pas le tribunal.

En creux, c’est un autre procès qu’on lui fait et qui accapare la moitié du temps de parole des magistrats : alors qu’elle était déjà en préventive depuis dix jours, au cours de la procédure ayant trait au placement de ses enfants, « des membres de sa communauté » (selon les mots de la juge), sont partis – illégalement – avec les enfants en question. Plus forts que Spaggiari, ils ont quitté le tribunal de Nice, puis la vieille ville, à pied sans que personne – ni services sociaux, ni juge, ni police, tous présents sur les lieux- n’intervienne ni ne parvienne à retrouver leur trace. Qui porte la responsabilité de cette situation ubuesque ? Certainement pas la mère qui était alors incarcérée.

Alors qu’est-ce qui justifie une condamnation aussi lourde sur une jeune femme enceinte, au casier judiciaire vierge ? Puisque les certificats médicaux ne concluent pas à la maltraitance, force est de constater qu’elle a été condamnée sur la base de la dénonciation d’une commerçante directement intéressée à la voir déguerpir définitivement. Ce jugement vient en tout cas à point nommé dans la campagne lancée par le maire de Nice contre les pauvres errant dans sa ville ; il met en garde les mendiants contre les risques qu’ils encourent s’ils ne quittent pas la Côte d’Azur.

 

 

Nice: incendie dans un squat – Petite chronique de la haine ordinaire.

Lu dans le site internet de Nice Matin, le 6 juillet 2015 à 8h50, des commentaires ignobles suite à un article  relatant un incendie dans un squat du centre ville.  Mais que fait le modérateur ? Il dort ou il approuve ?  Pratiquement 12 heures après publication sur le site, ces commentaires y figurent toujours.

( Cliquez sur l’image pour l’agrandir )

 

incendie rue d'Angleterre

Le T.A de Nice annule les arrêtés « anti drapeaux » et « anti bivouac »

Communiqué de la section de Nice de la LDH.

Le tribunal administratif de Nice vient d’annuler l’arrêté dit « anti drapeaux » pris par M. le maire de Nice le 30 juin 2014, ainsi que l’arrêté dit « anti bivouac » en clair, l’arrêté anti Roms.
Deux arrêtés de plus annulés par la juridiction administrative, à l’initiative, notamment, de la Ligue des droits de l’Homme.
Tant que M. Estrosi utilisera les arrêtées municipaux illégaux pour occuper l’espace médiatique, pour caresser l’électorat ultra conservateur dans le sens du poil, pour opposer les communautés entre elles, plutôt que d’administrer et pacifier la ville, nous nous y opposerons.

 

Décision du T.A  : TA Nice décision arrêté anti drapeaux

Décision du T.A :  TA Nice décision arrêté anti bivouac

 

Roms, la france des bidonvilles, comment les résorber ?

France Culture, le  13 juin 2014 :

Invités :

Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil général de Seine Saint Denis.

Martin Olivera, ethnologue, auteur de : « Rom en bidonvilles : quelle place pour les migrants précaires aujourd’hui ? » aux éditionsRue d’Ulm

Les plus anciens se souviennent sans mal du bidonville d’Aubervilliers, dans les années 60 : la boue, les taudis et des milliers de travailleurs algériens entassés le long du chemin de halage. Cet habitat insalubre – qui accueillait 75 000  migrants – fut entièrement résorbé dans les années 70, par Jacques Chaban-Delmas. Aujourd’hui pourtant, les bidonvilles des familles Roms, qui abritent moins de 20 000 personnes, n’ont rien à envier aux anciens campements.

Ils restent l’objet de toutes les fantasmes, et se transforment souvent en arguments électoraux. Quatre ans après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, les langues se sont encore (un peu plus) déliées : le maire UMP de Roquebrune-sur-Argens, en décembre dernier, déplorait ainsi : « Ce qui est presque dommage, c’est qu’on ait appelé trop tôt les secours ! » après un incendie dans un campement rom.

Manuel Valls, de son côté, prône la « fermeté ». En 2013 il y a eu deux fois plus d’évacuations de campements insalubres que l’année précédente. L’ancien locataire de la Place Beauvau affirmait aussi que « seule une minorité, hélas, des occupants des bidonvilles souhaite s’intégrer dans notre pays  »

Cela dit, le gouvernement socialiste a assoupli l’accès au travail. Et Adoma – l’ancienne Sonnacotra – s’est vu confier une mission d’accompagnement des familles vers le logement... Comme si la priorité n’était plus (seulement) de renvoyer les Roms vers leurs ghettos à Plovdiv, Sofia ou Timisoara.

Pour accéder au podcast, cliquez ici : http://goo.gl/WXnwcN