Catégorie : IDENTITAIRES

FIASCO DES OFFENSIVES JUDICIAIRES CONTRE LES MINEURS AFRICAINS. LA LDH PARAY PROTESTE CONTRE L’INSTRUMENTALISATION POLITIQUE DE LA JUSTICE. (2 février 2019)

 

1-Le 30 janvier 2019, le Tribunal de Grande Instance de Mâcon s’est dessaisi du cas de deux mineurs maliens au profit du Tribunal des Enfants. A l’origine, la contestation de leur carte d’identité malienne tandis que d’autres documents d’identité procurés par leur consulat et donnant les mêmes informations…n’étaient, eux, pas contestés.

2-Le 1er février, la Cour d’Appel de Dijon s’est trouvée dessaisie, une demi-heure avant l’audience, de l’appel interjeté par le Président du Conseil Départemental contre un jugement de la juge des enfants au sujet de la reconnaissance de minorité d’un ivoirien. Début janvier, A Accary avait procédé de même dans le cas similaire d’un autre ivoirien. Notons que ces contestations concernaient deux jeunes …qui avaient été reconnus mineurs par le département en 2017…puis majeurs dans un autre département où on les avait envoyés et enfin mineurs par la juge des enfants de Mâcon dans le cadre d’un recours. Comprenne qui peut la logique du département…qui conteste la juge…sur son propre jugement alors qu’entre temps, les jeunes avaient présenté à la juge des papiers qui confirmaient leur minorité.

Que retenir de ces lamentables péripéties judiciaires?

Leur coût? Six mois de stress pour ces jeunes souvent très effrayés par la police et la justice; d’importants frais afférents à la constitution des dossiers par les juges et les avocats et l’organisation d’une audience…

Quel bénéfice pour le Conseil Départemental? L’envoi aux mineurs d’un message d’exclusion. Une posture anti-migrante renforcée face à son électorat d’extrême-droite.

La section de la Ligue des droits de l’Homme de Paray-le-Monial se réjouit évidemment du fiasco de cette instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Elle proteste fermement contre la xénophobie manifestée en l’occurrence et contre le gâchis de l’argent public occasionné par des retraits de dernière minute. Ces faits pourraient évidemment alimenter la réflexion dans le débat public actuel sur le problème posé par des élus déconnectés de nos valeurs républicaines et de l’intérêt général ainsi que sur la question du gaspillage des fonds publics.

Concluons en souhaitant bon vent à ces jeunes appréciés de leurs maîtres d’apprentissage…Se formant dans des métiers en tension…ils n’ont pas coûté un centime à la France jusqu’à leur arrivée et paieront bientôt des impôts. Ils constituent, pour notre pays, une chance et non pas une charge.

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A PARAY-LE-MONIAL, LA CRECHE DE LA DISCORDE (23/12/2018)

 

Cette année, le maire de Paray récidive en installant une crèche dans le hall de la mairie au mépris de la loi de 1905 qui exclut les signes religieux dans les bâtiments publics. Donc pas de crèche, pas de croissant, pas d’étoile de David…dans nos mairies, nos préfectures, nos écoles publiques. Telle est notre culture du vivre ensemble qui nous unit autour des valeurs républicaines communes: elles garantissent la liberté de culte, acceptent les signes religieux dans l’espace public mais font prévaloir la neutralité de l’Etat dans les bâtiments publics. Dans ces conditions, il est quelque peu sidérant de constater que selon le JSL, le maire allègue, pour justifier sa crèche, les « fondements de notre civilisation » en l’occurrence, la civilisation chrétienne qu’il revendique haut et fort et donc, si l’on se réfère à la Nativité, l’accueil dans une étable, du couple de pauvres étrangers sans-logis.. qu’étaient Joseph et Marie.

Mais là où le bâts blesse, c’est que des Joseph, la ville en a vu défiler quelques dizaines dans ses rues depuis 2017, tous jeunes, pauvres, sans-logis et victimes de terribles processus d’exclusion qui les ont rejetés de leurs pays respectifs, Guinée, Côte d’Ivoire et Mali. Tous porteurs des stigmates d’un abandon familial qui les a propulsés à travers le désert puis la Méditerranée jusque chez nous. Or pour ces jeunes qui ont pris tant de risques parce qu’ils n’avaient plus rien à perdre, et qu’ils attendaient tout de la France, quelle sorte de crèche fut pour eux la ville de Paray, la ville du Sacré-Coeur et de la crèche du Maire ???? Quel accueil ont-il reçu des autorités de la ville, du département, et plus particulièrement du cercle du maire de Paray, comprenant le directeur des FJT de Paray et de Chalon mais aussi le président du Conseil Départemental???? Faut-il que la Section de la Ligue des Droits de l’Homme le rappelle? Chacun sait en effet qu’ils ont mis en oeuvre avec un acharnement sans pareil, un processus d’exclusion par le mépris (« vous n’êtes que des étrangers, des sans-papiers, ne l’oubliez pas, sans moi vous seriez à la rue »…), le travail à la tâche payé 10 euros par semaine, la distribution d’aliments périmés, le manque de vêtements d’hiver et de soins médicaux, des procédures juridiques contre les reconnaissances de minorité de la juge des enfants.. Et puis Ponce-Pilate (ami des précédents?) s’est mis dans la partie avec tambours et trompettes pour placer trois de ces jeunes en garde à vue pendant toute une journée et en interrogeant sur des soupçons divers et gravissimes la présidente de la LDH Paray pendant 3 heures et demie. Deux de ces jeunes ne se sont pas remis des conditions de cette garde-à-vue et ont fui à l’étranger alors que pour l’un d’eux, ses droits ont été reconnus.

Quel accueil ont-ils reçu à Paray, ces jeunes??? Chacun sait que c’est la Ligue des Droits de l’Homme et des associations amies qui leur ont procuré des vêtements, des soins médicaux, un logement, une pension complète pendant une partie de l’année, des papiers d’identité destinés à faire reconnaître leur minorité, des conseils, un soutien moral. C’est elle qui les a présentés devant la juge des enfants, leur a trouvé une formation pour faire un CV… les aide à s’installer et à gérer leur nouvelle vie d’apprenti..le tout sans un sou de subventions.

La LDH n’a pas de crèche sur son drapeau, mais elle a la fraternité qui lui suffit. Quant à la crèche du maire de Paray, elle est comme le Sacré-Coeur sur le drapeau de Civitas, comme l’arrêté municipal de 2017 contre les mendiants de la ville, l’emblème politique d’identitaires qui font prévaloir l’entre-soi sur le vivre-ensemble. A l’opposé du symbole de la crèche et de nos valeurs républicaines. Et Monsieur le Maire qui parle de civilisation…

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QUAND L’EXTREME DROITE IDENTITAIRE ASSURE LE SPECTACLE A LA MANIF DES GILETS JAUNES….ET OCCUPE LE TERRAIN MEDIATIQUE… (27/11/2018)

 

 

Dimanche, aux Champs-Elysées, sous le regard certes désapprobateur mais passif des Gilets aunes, des groupes identitaires ont mis en scène avec le brio et le savoir-faire qui est le leur, l’édification de barricades, la destruction de mobilier public, l’allumage de feux, la confrontation avec la police, assurant des heures de spectacles sur BFM TV et autres. Parmi les groupes d’extrême-droite, les identitaires catholiques brandissaient un drapeau tricolore affublé du Sacré-Coeur, comme ils l’avaient déjà fait lors des manifestations du 22 novembre. Ces militants de la Manif Pour tous étaient représentés au plus haut niveau sur le terrain, par Marion MARECHAL (selon ses déclarations), et sur les plateaux de télévision par François-Xavier BELLAMY, adjoint au maire de Versailles, invité de l’Emission Politique (La Suite) sur France 2 le 22 novembre, au Grand Matin de Sud Radio, au Figaro le 23 et à Paris Direct sur France 24 le 26. On a ainsi pu entendre ce chantre de la Manif Pour Tous puis de Sens commun et maintenant de LR dans un nouveau registre: Alors qu’en juin 2014, il prêchait à Paray-le-Monial, au Forum Zachée, la reconquête catholique de la France, la nécessité d’aller au « martyre dans les banlieues » (contre les musulmans), l’édification d’un pouvoir fort, le rejet de la démocratie réduite à la promotion des idées « à la mode », le voilà subitement reconverti à la défense inconditionnelle …des gilets jaunes…et de …l’écologie!! Mais quand la grande bourgeoisie souverainiste versaillaise fait dans le populisme, l’exigence philosophique fait place à la caricature et au manichéisme: Réduisant le discours de Hulot -« d’un côté une angoisse et de l’autre côté des leçons de morale »-, F.X. Bellamy oppose sans vergogne d’une part les « gens », « ceux qui travaillent », la France des territoires, les classes moyennes auxquels il s’identifie et d’autre part la France urbaine et l’Etat ..matraqué à travers l’absence de réformes, d’alternative et le mépris des élites pour le peuple; il esquive les questions gênantes sur l’augmentation des mutuelles et des taxes par les Sénateurs LR, se réfère à la nature pour s’opposer à la PMA pour tous (tes) et à l’immigration et se maintient dans un discours exclusivement critique, sans propositions précises. Car l’essentiel, ce n’est pas la politique, c’est l’instrumentalisation politique de la crise sociale par rapport à deux fondamentaux de la Manif Pour Tous, à savoir, depuis 2009, l’identification de la MPT au peuple d’une France profonde détentrice des racines chrétiennes et depuis 2012, l’idée de « la montée en puissance de ses engagements politiques anti-libéraux à travers un « cadrage populiste » qui considère … que « quand l’injustice devient loi… la rébellion devient devoir »*. Convaincue de représenter la voix de la France profonde identitaire, la MPT surfe sur un mouvement dont certaines dérives xénophobes, antisémites, antimusulmanes, homophobes et la dénonciation des migrants peuvent apparaître comme symptomatiques d’une France nationaliste aux racines chrétiennes identitaires affirmées, telle que l’avait décrite Dominique Rey, le chef de la MPT, au Figaro en septembre 2015**. Ainsi assiste-t-on à un épisode qui témoigne d’un opportunisme certain et d’une remarquable permanence. Trois ans après, dans le même Figaro du 23 novembre 2018, Guillaume Tabart titre: « Bellamy, la carte de la jeunesse, mais aussi la carte des idées » et annonce que le chantre de la Manif Pour Tous serait pressenti par Wauquier pour être tête de liste aux Européennes…Elle en a fait du chemin, la MPT… et elles sont loin, les revendications anti-fiscales des Gilets jaunes! Quant aux idées nationalistes, anti-libérales, populistes et la dévotion à la nature de Bellamy, il suffit de se référer aux fondements de l’extrême-droite des années trente pour constater qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Depuis 2014, FX Bellamy n’a pas changé, c’est la droite de Wauquier qui a investi le champ des identitaires.

* LDH Paraylemonial, 17 décembre 2017: « La citadelle assiégée: La crèche, Wauquier, Nesmes et les autres ».

**LDH Paraylemonial, 25 oct 2015, « L’Extrême-droite catholique de Paray-le-Monial entre le sabre et le goupillon »

Rosaire aux Frontières

ANNE-MARIE JAVOUHEY, ABOLITIONNISTE OU ESCLAVAGISTE? (7/5/2018)

Sur son site  « Les routes de l’esclavage », l’organisateur de commémorations Philippe Pichot hisse Anne-Marie Javouhey au rang des plus grands abolitionnistes, entre l’abbé Grégoire et Victor Schoelcher en la créditant de l’émancipation de « plusieurs centaines de Noirs en 1838 » (Forêt mémoire Anne-Marie Javouhey). Si personne n’a jamais contesté les convictions émancipatrices et l’action des seconds, par contre, la promotion zélée de la religieuse par les courants traditionnels catholiques suscite depuis le XIXème siècle la surprise des historiens. Il en résulte que le cas de sa plantation de Mana constituée en Guyane a alimenté une littérature catholique considérable autour de la figure héroïsée de la religieuse, présentée comme bienfaitrice et ardente émancipatrice des Noirs résistant aux persécutions de son évêque et des planteurs, bref tous ingrédients promoteurs de sainteté et annonciateurs d’une procédure de canonisation. De fait ce sont les historiens spécialistes de la colonisation au XIXème siècle et plus particulièrement de la Guyane qui ont abordé la question de la plantation de Mana à partir de sources abondantes et sans ambiguïté. Citons parmi eux, Philippe Delisle et son « Histoire religieuse des Antilles et la Guyane française. Des chrétientés sous les tropiques? (1815-1911) » et la thèse de Denis Lamaison: « Prospérité et barbarie: système économique et violence dans deux colonies françaises au XIXème siècle (la Guyane et l’île de la Réunion) ».

Quels sont les faits ?

A partir des années 1816,  la Congrégation des Soeurs de Saint Joseph de Cluny créée par A.M. Javouhey s’installe à l’île Bourbon, au Sénégal, en Guadeloupe, en Martinique puis en Guyane pour créer des pensionnats réservés aux filles de colons, activité alors très lucrative pour une communauté jeune qui a besoin de fonds pour s’établir. En 1828, en Guyane, elle élargit ses activités par la mise en valeur d’une région non encore colonisée, celle de Mana, avec 57 cultivateurs blancs venus de France sous contrat et l’aide conséquente de l’administration française. Mais ce premier projet de colonisation de 15 hectares s’avère un échec à cause de l’intransigeance d’A.M. Javouhey -elle ne supporte que les hommes « vraiment pieux et craignant Dieu »- qui fait fuir les cultivateurs dès la fin de leur contrat. Dès lors elle les remplace par une trentaine d’esclaves  puis neuf autres qu’elle achète en 1832 à Cayenne….ainsi que par des affranchis récupérés suite à l’interdiction de la traite: Le 18 septembre 1835, elle signe avec le gouvernement une convention très avantageuse pour elle selon laquelle, en vertu de la loi du 4 mars 1831 qui renforce les sanctions contre la traite, 477 Africains saisis sur les bateaux de contrebande seront confiés progressivement à la Congrégation de Cluny.  Déclarés libres par la loi, ils seront néanmoins soumis à une période de probation de 7 années qu’A.M. Javouhey va prolonger pendant deux ans estimant qu’ils ne se sont pas amendés suffisamment. Ce sont ainsi neuf années qui sont mises à profit pour mettre en valeur 100 hectares de terres mais aussi pour christianiser les Noirs, l’urgence n’étant pas, selon Philippe Delisle, de les libérer mais de « leur apprendre leurs devoirs envers Dieu et envers la société ». Pour accélérer la christianisation, la religieuse les maintient dans un état proche de la servitude, leur impose un programme de scolarisation et de moralisation accélérées par un ensemble de  pratiques coercitives très rigoureuses: une surveillance étroite, des contraintes voire la violence pour des broutilles -« la civilisation du fouet » selon Denis Lamaison en référence aux 15 coups de fouet infligés pour des vols légers-, la séparation des sexes (les filles sont quasiment séquestrées), les mariages arrangés et l’interdiction de contacts extérieurs. En mai 1838, leur période de probation terminée, 185 Noirs affranchis en 1831 sont déliés de toute contrainte. La même année, A.M. Javouhey libère aussi 32 esclaves lui appartenant en propre sur 57…tout en leur imposant 7 ans de travail obligatoire.

Pour conclure, les historiens témoignent de plusieurs faits: les centaines d’esclaves prétendument libérés en 1838 à Mana par Philippe Pichot se réduisent donc à 32, ce qui ne manque pas d’opportunisme et de symbolisme, en un temps où, du fait de l’abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises,  les révoltes et les fuites d’esclaves se multiplient. Par contre, en ce qui concerne ses autres esclaves et ceux des autres établissements de la Congrégation à l’île Bourbon, à la Martinique et à la Guadeloupe et au Sénégal, l’esclavage est maintenu jusqu’en 1848.

Qu’en est-il des aspects idéologiques de l’abolitionnisme, c’est-à-dire de la prise de conscience, par A.M. Javouhey, des principes de 1789, de l’universalité de la liberté et de l’égalité? Selon Denis Lamaison « Pour elle, ces derniers (les Noirs) étaient moralement des enfants, à qui il fallait tout apprendre, et notamment à travailler. Elle déconsidéra ainsi tout le travail que fournissaient alors les 2500 Noirs libres qui vivaient dans les autres quartiers de la colonie, les décrivant en 1830 comme de « misérables paresseux » vivant seulement de pêche et de chasse ». En 1843, Marcel Barthe dresse un réquisitoire impressionnant contre la religieuse dans un texte romancé opposant une « reine Blanche »(A.-M. Javouhey) à une « reine Noire » imaginaire marronne…En 1848, hostile à la deuxième République, elle ne dit mot du décret d’abolition de 27 avril…exprimant par contre avec insistance ses craintes face aux révoltes potentielles, aux risques de cessation du travail et d’exigences de salaires: « Pour les esclaves, ne parlez pas argent » écrit-elle à leur supérieure de la communauté de la Guadeloupe le 2 mars 1848. Ainsi la religieuse de Cluny est-elle aux antipodes de la pensée de son voisin mâconnais, Lamartine qui, dans son discours à la Chambre des Députés du 23 avril 1835 faisait appel « à la toute-puissance de la conscience humaine que rien ne peut étouffer, qui se soulève chaque fois qu’on prononce le mot « esclave…il y a en l’homme, dit-il,[…] quelque chose de divin, de surhumain, qui crie en lui-même contre ces mensonges, contre ces sophismes qui ne lui laissent le repos que quand il a satisfait à ses aspirations de justice ». Le décret signé par Lamartine le 27 février 1848 libèrera, lui, près de 250000 esclaves.

Notre section a déjà dénoncé l’instrumentalisation, par les identitaires catholiques du cas de la religieuse de Cluny. L’exposition qui lui est consacrée en Saône-et-Loire en cette année-anniversaire de l’abolition de 1848 apparaît donc comme une imposture par rapport à Lamartine…et renforce nos analyses précédentes. Nous réaffirmons que si la reconquête catholique en Amérique du Sud, aux Antilles et en Afrique a besoin d’une sainte abolitionniste, les associations de commémorations de l’abolition de l’esclavage sur fonds publics n’ont pas à être détournées en faveur d’un prosélytisme quelconque selon les termes de la loi de 1901.

Terminons en mentionnant le soutien que nous a procuré l’historien Denis Lamaison le 7 janvier 2018 : « Vivant en Guyane depuis 10 ans, j’ai pu voir comment l’histoire de cette religieuse et de son établissement de Mana a souvent été réécrite que ce soit par des politiciens ou des catholiques. Il est même question aujourd’hui de la faire canoniser. J’ai pourtant démontré au cours de mes recherches qu’elle n’avait non seulement jamais milité pour l’abolition mais qu’elle avait été de surcroît propriétaire esclavagiste. Anne-Marie Javouhey n’est donc pas pour moi une figure de l’abolition et elle n’a donc rien à faire dans un parcours mémoriel. Je vous soutiens totalement dans votre action et celle de la LDH contre les instrumentalisations de l’histoire. » (Lien vers « Une autre histoire de Anne-Marie Javouhey » de Denis Lamaison : http://www.une-saison-en-guyane.com/article/histoire/une-autre-histoire-de-anne-marie-javouhey/ )

Voir ci-dessous, dans le même registre des manipulations de l’histoire, l’article complet publié sur notre site Facebook le 17 décembre 2017 En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/13/wauquiez-tour-en-haute-loire_5229280_3232.html#vfj7iWVhik4iumLH.99

 

 

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE PARAY-LE-MONAIL: POUR LA FRATERNITE AVEC LES MIGRANTS (28 avril 2018)

Aujourd’hui, 28 avril 2018, l’organisation, face à la basilique de Paray-le-Monial, d’une célébration du « Rosaire des Frontières » manifeste une fois de plus la xénophobie antimusulmane des identitaires catholiques de la ville. Impulsé par Civitas, ce Rosaire mobilise en effet les catholiques contre l’islamisation de l’Europe (voir l’article du Monde du 6/10:2017) . Il le fait en référence à un intégralisme visant au rétablissement d’un catholicisme qui ne laisse la place à aucun « accommodement », et en brandissant le fantasme zémourien de « la submersion de hordes (musulmanes) hostiles et conquérantes ». La Vierge est convoquée, comme au XVIIème siècle contre les protestants, dans une posture de guerrière défendant l’Europe catholique considérée comme « citadelle assiégée ».>

> > > Depuis sa fondation en avril 2014, notre section n’a eu de cesse de lancer des alertes contre les dérives identitaires des organisateurs de la Communauté de l’Emmanuel et de certains notables de la ville: celles de François-Xavier Bellamy lançant de Paray, le 3 juin 2014 (Forum Zachée) un appel à la reconquista et au martyre dans les banlieues; celles de Dominique Rey, évêque de Toulon-Fréjus et patron de la Communauté de l’Emmanuel défendant dans le Figaro -contre les musulmans exclusivement- les frontières de la France et suggérant le renforcement des catholiques pour préserver les racines identitaires (7 sept 2015); celles du Maire de Paray, Jean-Marc Nesme, qui ne respecte pas, à notre avis, la neutralité de l’Etat lorsqu’il transforme à Noël l’entrée de l’Hôtel de Ville en chapelle catholique; celles d’Hervé Thurin, directeur des FJT de Paray et de Chalon/Saône qui imposa pendant des mois, en 2017 et 2018, une forme d’esclavage moderne (travaux gratuits et maltraitances) à des mineurs africains isolés censés être musulmans (il y a eu un raté).>

> Nous, section de la Ligue des Droits de l’Homme, avons protesté contre la haine et les discriminations par des cercles de silence, des communiqués publiés sur internet, des lettres écrites au Président du Conseil Départemental, à la Directrice de l’ASE, au Défenseur des droits et au Procureur de la République La LDH a engagé une procédure lorsque la laïcité, c’est à dire la neutralité de l’Etat, n’était pas respectée par le Maire. La section a, avec d’autres associations, nourri, vêtu, fait soigner, réconforté les mineurs africains; elle a obtenu avec la Cimade, l’arrêt du travail gratuit; elle a hébergé l’un deux pendant plus de deux mois. Aujourd’hui, en opposition complète aux pratiques d’exclusion du Directeur du FJT « Surtout, ne leur donnez pas d’espoir », elle continue à les aider à faire valoir leurs droits.
>
> Considérant que la ville de Paray-le-Monial inscrit son histoire dans celle de l’humanisme chrétien et non de l’intégralisme; que la basilique romane a été construite par des Bénédictins et que, en qualité de lieu de culte et de Monument historique, ce symbole puissant de l’humanisme appartient à tous les Français;
>
> Considérant la fausseté des allégations d’identitaires agis par la peur de l’Autre qui est différent, le repli sur soi, la tentation du retour aux traditions et à des conceptions politiques autoritaires;
>
> Considérant que l’universalité ainsi que les valeurs républicaines de tolérance et de fraternité inscrites dans nos lois fondamentales nous incitent au contraire à l’accueil, à la rencontre et à l’échange qui élargissent et enrichissent nos vies et notre identité;
>
> Nous, section de Paray-le-Monial, exprimons notre très vive indignation face à l’imposture, aux délires fantasmatiques et au déni des principes républicains;
>
> Nous réaffirmons notre attachement aux principes et aux valeurs de justice, de laïcité, de fraternité que la Ligue des Droits de l’Homme promeut depuis 120 ans, plus particulièrement avec les migrants qu’elle s’honore d’avoir toujours aidés;
>
> Nous nous adressons donc par cette lettre ouverte au Maire de Paray-le-Monial pour protester contre l’infamie qu’il a infligée à sa ville en autorisant cette manifestation anti-migrants sur un espace public. Nous lui rappelons instamment sa mission de représentant de l’Etat, sensé faire respecter les valeurs républicaines.
>
>Nous nous adressons enfin aux Parodiens pour qu’ils s’engagent de la manière qui leur convient pour restaurer l’image très fortement dégradée de notre ville. Chaque citoyen en étant dépositaire, la dignité humaine doit être défendue à travers une réflexion fondée sur une lucidité raisonnée et en réactivant le sentiment de fraternité.
>
> LDH Paray-le-Monial.

Sur la photographie, le groupe de manifestants avec une banderole « Rosaire des frontières » devant la basilique dont la patronne est la Vierge.
>
>https://www.rosaire-aux-frontieres.com/

COMMUNIQUE SUR LE REFERE CONCERNANT LA CRECHE DE LA MAIRIE DE PARAY-LE-MONIAL (14/1/2018)

Communiqué: Hier, la section de la Ligue des Droits de l’Homme de Paray-le-Monial a pris acte de l’ordonnance publiée le 3 janvier par un juge du Tribunal administratif de Dijon. Suite à la requête du 20 décembre 2017 de la LDH pour demander le retrait d’un médaillon-crèche du hall de la mairie de la ville, cette ordonnance retoque la LDH sur la question de l’urgence. A noter que la justice est passée…dans des termes contraires à ceux de l’an dernier. La section attend cette année un jugement sur le fond portant sur la violation des principes de laïcité et de neutralité du service public.

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BATTAGE MEDIATIQUE LOCAL AUTOUR DU MEDAILLON-CRECHE EXPOSE DANS LE HALL DE LA MAIRIE DE PARAY-LE-MONIAL (DECEMBRE 2017)

Photographies: Germaine Lemétayer

Sollicitée par le JSL pour répondre aux « provocations » du maire, la section de Paray-le-Monial de la Ligue des Droits de l’Homme n’entend pas entretenir le battage médiatique local et celui d’un réseau social d’extrême-droite. Elle note seulement l’instrumentalisation curieuse de personnes « handicapées  » de Bethléem, alors qu’en juillet, le même maire a fait appliquer à la rigueur un arrêté anti-mendicité qui excluait deux d’entr’eux de la ville. Rappelons aussi la très curieuse hospitalité offerte aux jeunes mineurs africains étrangers au Foyer des Jeunes Travailleurs de la ville, contre un travail forcé gratuit…Comprenne qui pourra. La LDH attend avec sérénité les décisions et le jugement sur le fond du tribunal administratif de Dijon.

 

http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2017/12/14/comme-l-an-dernier-le-maire-de-paray-installe-une-creche-dans-sa-mairie

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/paray-monial-creche-est-installee-mairie-deuxieme-fois-1385915.html

http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2017/12/15/la-creche-de-paray-passera-t-elle-noel

http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2017/12/16/une-creche-fruit-d-un-jumelage-avec-bethleem

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2017/12/cr%C3%A8che-de-no%C3%ABl-le-maire-de-paray-le-monial-brave-le-tribunal.html

http://www.vivre-a-chalon.com/lire_Creche-a-la-mairie-de-Paray-le-Monial-_-Reaction-de-la-Ligue-des-Droits-de-l_Homme,2302387ceac7f5b64e43016561d22e53bb5359f0.html

 

Crèche de Noël : le maire de Paray-le-Monial brave le tribunal

 

 

La Haute-Loire, étendard et laboratoire de Laurent Wauquiez (Ariane Chemin, Le Monde, 17/12/2017)

Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau… » COMME A PARAY-LE-MONIAL AVEC PIERRE MOREAU, EN SAONE-ET-LOIRE AVEC LES COMMEMORATIONS DES ABOLITIONNISTES DE L’ESCLAVAGE, DES PREDATEURS SE SAISSISSENT DES JUSTES DU CHAMBON-SUR-LIGNON ET DES GUERRES DE RELIGION AU CHATEAU DE SAINT VIDAL POUR INSTRUMENTALISER L’HISTOIRE. CES IDENTITAIRES CATHOLIQUES OBTIENNENT D’IMPORTANTS FONDS PUBLICS, ACQUIERENT DES SOUTIENS INATTENDUS ET ONT LA BENEDICTION DE DOMINIQUE REY. Si, à Chambon -sur-Lignon, l’exploitation de la mémoire des Justes se combine sans états d’âme à un activisme anti-migrants, à Paray-le-Monial, celle de l’abolitionniste Pierre Moreau a pu coexister cette année sans plus d’états d’âme avec le travail forcé gratuit des jeunes mineurs africains au Foyer de Jeunes Travailleurs de la ville. La section de la Ligue des Droits de l’Homme de Paray-le-Monial appelle ses lecteurs à la plus grande vigilance, à la diffusion de l’information et à la protestation contre ces détournements éhontés de la mémoire au détriment des Justes, des paix de religion ou des abolitionnistes de l’esclavage. Ce qui est fait depuis quelque temps par Jean-Marc Nesme, c’est aussi un détournement magistral de l’esprit de Paray.

 

La Haute-Loire, étendard et laboratoire de Laurent Wauquiez

Le président des Républicains tente d’imprimer sa marque dans son fief électoral d’Auvergne, dont il fait sa France idéale. Non sans résistances religieuses et bagarres mémorielles.

LE MONDE | 13.12.2017 à 20h00 • Mis à jour le 15.12.2017 à 17h33 | Par Ariane Chemin (envoyée spéciale en Haute-Loire)

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LEA CHASSAGNE

C’est un département de 226 000 habitants « en forme de cœur », dixit Laurent Wauquiez, qui, bottes aux pieds, n’y sèche aucune foire, aucune fête des jonquilles, et gravit chaque été son mont Mézenc. Venue de Saint-Etienne, la Nationale 88 traverse la Haute-Loire, longeant Yssingeaux avant de filer vers Le Puy-en-Velay, l’une des sorties pour le bourg du Chambon-sur-Lignon, plus à l’est. C’est à ce « bout d’Auvergne » que le nouveau patron des Républicains pense quand il parle d’« assumer ses racines », à la Haute-Loire qu’il songe en exaltant cette « France qui est d’abord une terre », ici qu’il ancre son programme : « Transmission, identité, permanence. »

« Quand on est originaire d’un territoire comme celui-là, la politique ne se vit pas n’importe comment… »

Laurent Wauquiez est de ceux qui jugent que la politique passe par les combats historiques et culturels. Ce département rural est devenu son étendard et son laboratoire depuis que les « métro-bourgeois » ont basculé vers Emmanuel Macron mais que campagnes et quartiers populaires sont prêts, selon lui, à le soutenir. N’est-ce pas cette « N 88 » puis les 3 000 kilomètres de départementales qu’il faut emprunter, sans itinéraire conseillé, pour comprendre son usage politique de la mémoire et de l’histoire ? « Quand on est originaire d’un territoire comme celui-là, la politique ne se vit pas n’importe comment… », a-t-il promis. Sa généalogie a beau l’attacher aux familles patronales du Nord, voila treize ans qu’il est élu ici.

Le petit Laurent a 5 ans quand sa mère, Eliane, achète une maison de vacances dans le hameau de Devesset, en Ardèche. La frontière avec la Haute-Loire n’est qu’à dix kilomètres. Entre deux années scolaires à Paris, il retrouve la campagne auvergnate. Paris Match a photographié son centre hippique, son cheval Assad, son « vallon » fétiche — « mon centre du monde », dit-il.

Les « panneaux de la discorde »

« Le Chambon-sur-Lignon, terre de Justes », affiche un panneau touristique croisé sur la N 88. La presse locale a surnommé ce panneau — et son jumeau, dans l’autre sens de circulation — « les panneaux de la discorde ». Même s’ils réjouissent Eliane Wauquiez, 79 ans, maire du Chambon depuis 2008, l’émoi reste vif sur le « plateau » du Vivarais-Lignon. Le Chambon n’est en effet que le plus connu de la dizaine de villages des environs qui, entre 1940 et 1945, ont sauvé plus d’un millier de juifs, appelé le « Refuge ». Bernard Cotte, le maire du Mazet-Saint-Voy, à six kilomètres de là, juge ainsi que le placard touristique « pervertit l’histoire locale : c’est grâce aux familles modestes d’agriculteurs de tout le plateau, tout, que ces enfants ont été sauvés ! » M. Cotte n’a plus rien à perdre : depuis qu’il s’est présenté aux dernières élections régionales, en 2015, sur la liste du socialiste Jean-Jack Queyranne, Wauquiez, patron de la région, a coupé la subvention destinée à la salle culturelle pour enfants (201 150 euros) allouée par la précédente majorité dans le cadre du plan « Auvergne plus ».

Le placard touristique « pervertit l’histoire locale »

« Combien de personnes empruntant la N 88 ne savent rien de notre histoire ? », balaie l’adjointe à la culture du Chambon qui, dans la presse, répond toujours à la place d’Eliane Wauquiez. Bernard Cotte rétorque que la religion protestante, toujours vivace dans la région, « ne justifie pas l’homme par les œuvres mais par la foi ». Depuis l’« affaire des panneaux », un discours circule, photocopié. Il est écrit : « Si un jour, à l’entrée des villages du plateau, on voit fleurir des panneaux “Ici on a aimé les juifs” comme ailleurs on signale les ravages de la bête du Gévaudan, si notre plateau tire un profit touristique de ce qui était désintéressé, alors ceux qui sont aujourd’hui remerciés, seront reniés. L’esprit qui a régné ici serait trahi. »

Ces mots datent de 1990. Le pasteur André Arnoux les avait prononcés devant l’ambassadeur d’Israël en France venu remettre la médaille des Justes à l’ensemble des villages du coin. « Une sorte de prophétie », note aujourd’hui Joël Ferrier, ex-directeur d’un centre d’hébergement pour personnes handicapées à Montfaucon et chef de file de l’opposition (sans étiquette) à Eliane Wauquiez au conseil municipal du Chambon.

La mère et le fils Wauquiez

Le « Wauquiez tour » ne s’annonce donc pas comme une promenade de curistes. Une autre bataille a divisé la municipalité ces dernières années. En septembre 2016, à peine élu président de la région, Laurent Wauquiez lance une pétition hostile au projet de répartition de migrants du nord de la France. La crainte d’un « mini-Calais », justifie-t-il alors. En réaction, l’opposition du Chambon propose aux vingt-trois conseillers de se prononcer en faveur de l’accueil de migrants. « C’est quand nous avons demandé à ce qu’on entérine cet engagement qui s’est fait à l’unanimité par un vote, raconte Hervé Routier, ancien enseignant en économie, que Mme Wauquiez a refusé. Sans doute ne voulait-elle pas que, dans la presse, on oppose la mère au fils. » Durant la campagne, elle venait au premier rang l’écouter vanter « ce vieux pays » si supérieur « au triste village global (…) ouvert à tous les vents financiers et migratoires ».

Laurent Wauquiez lance une pétition hostile au projet de répartition de migrants du nord de la France. La crainte d’un « mini-Calais », justifie-t-il

A l’entrée du Chambon, le temple de pierre au toit de lauzes, gris et austère à souhait, a lui aussi tenu à se rappeler au bon souvenir du président de région. Une banderole rouge et noir barre son entrée : « Liberté, égalité, fraternité, exilés, l’accueil d’abord. » Il y a quelque temps, Eliane Wauquiez a tenté de la faire retirer. « Il vaudrait mieux que vous ne la laissiez pas », a-t-elle glissé à Pierre-Jacques Exbrayat, le président du conseil presbytéral de la paroisse. Mais le protestant, ici, est rarement docile. « J’ai fait celui qui n’entendait pas », confie le retraité.

Le temple fait face au « lieu de mémoire » ouvert en juin 2013 par la même Eliane Wauquiez. Touristes et « scolaires » s’y arrêtent le temps d’une visite. A l’étage, on découvre les figures cachées dans les environs durant l’Occupation, comme Jules Isaac, auteur du manuel d’histoire qui a bercé des générations d’élèves, ou André Chouraqui, futur traducteur de la Bible en français, hébergé au hameau de Chaumargeais… Pourtant, à l’entrée, on ne voit que la plaque posée en majesté au pied de l’escalier : « Lieu de mémoire dédié aux habitants du Chambon-sur-Lignon inauguré par Madame Wauquiez-Motte, maire, et son conseil, en présence de Madame George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative. »

« Un lieu de mémoire à but utilitaire »

L’inscription n’a pas plu à tout le monde. « Un lieu de mémoire à but utilitaire », accuse le maire du Mazet. « Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau, assène le pasteur Arnoux, désormais installé à Dieulefit, bastion protestant de la Drôme. Je vais vous faire un aveu : le lieu de mémoire, je n’y suis pas allé. J’ai refusé, parce que ça allait à l’inverse de ce qui avait été voulu. » L’historien local Gérard Bollon, qui a consacré son travail au « Refuge », tempère : « Sans Mme Wauquiez, ce lieu qui transmet la mémoire aux enfants n’existerait pas. » L’« ami », dont Wauquiez fils faisait l’éloge dans Un huron à l’Assemblée nationale (Editions Privé, 2006) est en revanche « devenu réticent sur la carrière de Laurent. Il a beaucoup changé depuis notre engagement commun. Entre 2001 et 2004, il trouvait discrètement des papiers pour les demandeurs d’asile du Chambon. Comme on dit, il a viré sa cuti ».

« Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau du Vivarais-Lignon »

Pour gagner Saint-Vidal en quittant le Chambon, il faut passer le Puy et prendre la Nationale 102 en direction de Brioude. A gauche, une route tortueuse mène à une forteresse du XIIe siècle rachetée par un ex-Lyonnais de 31 ans, « autodidacte passionné d’histoire et de patrimoine » : Vianney d’Alançon, cofondateur de Laudate, une maison de joaillerie qui fabrique des médailles de baptême, les vend à Versailles et à Lyon, et en fait la publicité dans Famille chrétienne et sur le site du Salon beige, média traditionaliste qui guerroie contre le pape François.

« Le château, dit-il, a appartenu à ma famille durant cinquante ans il y a cinq cents ans et fut pendant les guerres de religion le fief de la Sainte-Ligue [catholique] », qui prônait l’intransigeance envers les protestants, explique le jeune entrepreneur, teint pâle et éternel pantalon rouge. Laurent Wauquiez a raconté dans La Haute-Loire de ses origines à nos jours (Jeanne d’Arc, 2011), les aventures du « ligueur » Antoine de Saint-Vidal. Face à cet « ultra », les Huguenots avaient dû se réfugier sur le plateau du Chambon.

Un « Puy-du-Fou » grassement subventionné

Vianney d’Alançon proposera l’été prochain un spectacle didactique « sur les guerres de religions au XVIe dans le Velay » et « une déambulation de pièce en pièce, de Vercingétorix à la bête du Gévaudan ». Les travaux en cours s’appuient sur « cent cinquante bénévoles levés récemment », mais aussi sur de généreuses subventions. Plus d’un million d’euros au total, octroyés par le conseil régional (600 000 euros), le département (300 000) et la communauté d’agglomération (300 000 encore), malgré les réticences de plusieurs élus, étonnés de voir autant de deniers publics engagés dans une aventure privée. « Le projet est très inspiré du Puy-du-Fou », a expliqué Laurent Wauquiez lors de sa présentation à la forteresse. « Il me soutient, mais comme président de région, tient à préciser Vianney d’Alançon. Je profite aussi du mécénat : la fondation et la famille Michelin, la famille Dassault… »

Les élus de la Haute-Loire l’ignorent, mais le bijoutier de Laudate a la bénédiction de Mgr Dominique Rey, qui a poussé sur le devant de la scène catholique Marion Maréchal-Le Pen

Lorànt Deutsch, « historien de garde » au large public, mais aussi Stéphane Bern, animateur connu avant qu’il ne devienne le conseiller en patrimoine d’Emmanuel Macron, et le journaliste de télévision Bernard de la Villardière appuient également le projet dans de petits textes ou des vidéos. Les élus alto-ligériens l’ignorent, mais le bijoutier de Laudate a la bénédiction de Mgr Dominique Rey, qui, à Toulon, a poussé sur le devant de la scène catholique Marion Maréchal-Le Pen et milite pour SOS Chrétiens d’Orient, organisation créée par d’ex-collaborateurs d’élus Front national.

« C’est un homme très jeune, enfin très jeune dans sa tête, s’enthousiasme M. d’Alançon à propos de l’évêque le plus conservateur de France. Il a compris les problématiques spirituelles de l’époque et ce dont le pays a besoin. C’est important, à un moment où des jeunes se radicalisent et sont attirés pour certains par le djihadisme. Mais mon projet est culturel, et nullement politique. »

Interview dans « Famille chrétienne »

Mgr Rey a d’ailleurs marié Vianney d’Alançon, et fait le voyage jusqu’à la somptueuse cathédrale du Puy-en-Velay pour baptiser son fils. Le Puy est l’un des plus grands sanctuaires mariaux de la chrétienté médiévale depuis l’apparition de la Vierge noire, voilà quinze siècles. Le matin, on y croise des pèlerins tout juste sortis des gîtes. « J’ai ranimé les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, j’ai mis en lumière la cathédrale », a insisté Laurent Wauquiez dans Famille chrétienne peu après son accession à la tête des Républicains, le 10 décembre.

Une longue volée de marches mène au majestueux évêché du XVIIIe siècle. Il ne se visite pas, mais tous les anciens évêques du Puy y ont leur portrait. C’est aujourd’hui la résidence de Mgr Luc Crépy. Quelques mois après son arrivée, il y a deux ans, celui-ci s’était réjoui d’entendre le pape François demander à « chaque paroisse » d’accueillir une famille de migrants. Des Ponots (les habitants du Puy) ont ouvert leurs portes à des Irakiens — lui-même a montré l’exemple à l’évêché. « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » : Mgr Crépy ne cite jamais Laurent Wauquiez, mais très volontiers l’Evangile selon Matthieu. « Que les hommes et les femmes politiques ne s’y retrouvent pas est une autre question », lâche-t-il, et ce n’est pas la moindre surprise de ce « tour » que d’entendre ces mots au cœur de la ville dont Laurent Wauquiez est roi.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/13/wauquiez-tour-en-haute-loire_5229280_3232.html#OgLoIEBB29lUqvK8.99

 

http://www.lemonde.fr/acces-restreint/idees/article/2017/12/13/e65fa01259311da7e5222da0257f8ce4_5229280_3232.html

LA CITADELLE ASSIEGEE, LA CRECHE, WAUQUIEZ, NESMES ET LES AUTRES…(17/12/2017)

LA CITADELLE ASSIEGEE, LA CRECHE, L.WAUQUIEZ, J.M. NESMES, D. REY  ET LES AUTRES….Des crèches des maries de Lyon, Paray et Roanne au projet de grand spectacle du château de Saint Vidal en Haute-Loire, se discerne le militantisme hyperactif d’élus identitaires cathos ou « ultra-cathos ». Pendant la période de Noël, les plus radicaux d’entre eux s’offrent des coups de communication gratuits en instrumentalisant les crèches de Noël et en narguant la justice en violation flagrante de la loi de 1905, contre le vivre-ensemble, contre l’égale liberté de culte et de conscience des citoyens, contre la séparation des Eglises et de l’Etat. On peut le constater au Conseil Régional d’Auvergne-Rhône-Alpes qui expose une collection de santons et de crèches, à la mairie de Paray où un médaillon catholique représentant une crèche a été mis en vitrine à côté d’un sapin et sur la place de l’hôtel de ville de Roanne qui expose une crèche …payée par les contribuables. Cet activisme catholique se manifeste aussi à travers certains projets de grands spectacles genre Puy du Fou, tel celui du château de Saint Vidal, en Haute-Loire: Dans ce lieu, un propriétaire ultra catho, Vianney d’Alençon, fabriquant de médailles pieuses soutenu par Laurent Wauquiez, obtient 1,2 millions d’euros de fonds publics de l’agglomération du Puy, du département et de la région pour financer un projet privé de reconstitution historique sans aucune garantie…une histoire sélectionnée en fonction de critères très idéologiques: les croisades et les guerres de religion à l’avantage de la  Ligue (les ultras- catholiques de l’époque) contre les protestants, contre Henri IV, le pacificateur de la France, c’est, avec la bénédiction de Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon…et habitué de Paray-le-Monial, l’instrumentalisation de la peur et l’apologie des guerres de religion. Selon le propriétaire, l’idée est « le retour aux racines », « la « redécouverte de l’histoire…il faut raconter intelligemment l’épopée de ces châteaux immuables ».(Valeurs Actuelles, 6/8/2017; la Montagne, 13/2/2017, le Monde, 13/12/2017)).

Tous ces faits sont à mettre en relation avec la recomposition en cours de la droite et de l’extrême-droite au profit des identitaires catholiques. Inexistants dans la sphère politique il y a quarante ans, ils ont connu une ascension fulgurante et très discrète mais restent inconnus du grand public. Qui sont-ils au juste? Deux ouvrages publiés par les historiens des religions , « Métamorphoses catholiques » de Philippe Portier et Céline Béraud (2015) et « Catholicisme et identité » de Bruno Dumons et Frédéric Gugelot en 2017 permettent de discerner trois caractéristiques essentielles:

1- D’abord leurs objectifs : sous l’impulsion de Jean-Paul II, les catholiques d’identité visent à réaliser, dans une Europe considérée comme une citadelle assiégée par l’islam, le rêve de Compostelle, c’est-à-dire une Europe chrétienne. Dans ce but, une contre-réforme se met en place, articulée autour de 3 pôles : une « nouvelle évangélisation » qui vise à rétablir une observance stricte des pratiques anciennes (l’assistance à la messe, la confession, la communion…) et nouvelles (louanges, chants, musique, guérisons, miracles) largement inspirées du pentecôtisme américain. Il s’agit de relancer un processus de sainteté et de vocation qui fourniront les nouveaux héros et les nouveaux saints de cette reconquête. Le second est une visibilité dans l’espace public ; ainsi la mission de l’Avent à Paris en 2014 a-t-elle compté plus de 500 manifestations publiques, des processions qui avaient disparu, celle de la Fête-Dieu, du Chemin de croix, mais aussi des pèlerinages remis en vigueur. Cette visibilité s’affirme aussi dans les écoles, écoles privées catholiques anciennes ou nouvelles, hors contrat avec de nouveaux statuts en 2013 qui donnent la priorité à la recatholicisation et à l’évangélisation.

2-Contrairement aux catholiques d’ouverture qui prennent en compte de manière positive les changements de la société en s’impliquant dans sa construction, les identitaires s’opposent fermement à la modernité libérale. Dans cette confrontation à la fois culturelle et politique, la gestion des corps de la conception à la mort occupe une place centrale. Traditionnellement dépendant de la nature et du magistère de l’Eglise, la naissance, le mariage et la mort leur échappent désormais, grâce aux progrès de la biologie et aux nouvelles lois de la seconde moitié du XXème siècle. En passant, selon Denis Pelletier, du registre du salut et de la nature à celui de la santé, de l’intime et du contrat, le corps est devenu un enjeu capital de l’émancipation collective et plus particulièrement de celle des femmes, qui… signe la perte d’emprise de l’Eglise , voire, selon Danièle Hervieu-léger, une forme « d’exculturation » . En réaction à cette révolution familiale de type libérale qui fait prévaloir l’autonomie des individus et des familles, les principes de liberté et d’égalité, les catholiques d’identité diabolisent, au nom de ce qu’ils considèrent comme une culture de mort, ou une contre-nature, les lois votées successivement en faveur du planning familial, de la contraception, de l’autorité parentale, de l’IVG, du PACS, de la mort assistée médicalement, du Mariage pour tous, de l’égalité réelle et de la parité en les associant à l’immoralité, à la déconstruction et à la décadence d’une société qu’ils n’hésitent pas à représenter par le Titanic ou la figure de l’homosexuel. Pour diffuser cette idéologie très contestatrice de ces lois sociétales, ils multiplient les associations militantes du type Veilleurs, Antigones, Vigiles debout, Sentinelles, qui utilisent l’approche culturelle dans l’espace public ou sur les réseaux sociaux, pour protester contre la PMA, la GPA, la garde alternée, les progrès de la bioéthique, le téléthon, la loi de 1905, la loi Taubira etc… Très exigeante pour ses militants, cette contre-réforme suscite une forme de virtuosité d’un engagement familial polyvalent, à base de division sexuelle et qui a pour but de rapporter le plus de voix et de pouvoir de décision au mouvement dans le circuit des partis politiques et des associations en particulier familiales et de parents d’élèves. (Sophie Retif).

3-A Paray-le-Monial s’élabore, on l’a compris, un modèle de société qui n’est pas seulement d’essence religieuse mais politique. Depuis 2009, on assiste en effet au déplacement d’une identité catholique de type confessionnelle à la France tout entière, l’idée s’impose que « le vrai peuple, ce sont les catholiques car les racines de la France sont chrétiennes »(Du Cleuziou) ; en 2012, une nouvelle étape est franchie avec la montée en puissance des engagements politiques anti-libéraux à travers un « cadrage populiste » qui considère selon Thomas Jefferson- cité par Marie Balas, que « quand l’injustice devient loi (comprendre « la culture de mort »), la rébellion devient devoir » . Tandis que Sens Commun est créé en 2013, que Marion Maréchal Le Pen est invitée par les Veilleurs de Versailles et au colloque de Dominique Rey à la Sainte Baume en 2015, la Manif Pour Tous se transforme en parti politique la même année. Aux élections présidentielles de 2017, les Primaires de la Droite présentent Jean-Frédéric Poisson et François Fillon qui investissent une partie de leurs idées, tandis qu’Hervé Mariton est écarté en dernière minute. Aujourd’hui , en proposant une plate-forme commune avec le courant identitaire du FN, Sens commun participe à l’extrême-droitisation de LR…tandis que Laurent Wauquier qui avait été adoubé par la Manif Pour Tous aux élections régionales de 2016 est élu président de LR le 10 décembre 2017. On mesure le chemin fait depuis 40 ans.
Sur le plan de l’action politique, considérant que le désordre voire le chaos sont établis par la loi quand elle soutient une « culture de mort » ou lorsqu’elle va à l’encontre de la nature, les catholiques d’identité combattent donc la société libérale et sa logique libertaire en passant aux actes. Comme on le constate dans le fonctionnement du CR d’Auvergne Rhône Alpes, ils transgressent la loi de 1905 (crèche dans le hall du Conseil Régional), augmentent les subventions aux écoles privées catholiques sous contrat ou hors contrat (260 000 euros à Espérance Banlieues) en visant à une prétendue égalité avec le public, ils diminuent d’un tiers celles du planning familial, ils modulent celles destinées aux associations en fonction de leur orientation politique et contreviennent aux règles élémentaires de la démocratie dans le fonctionnement de l’assemblée régionale (pas d’informations à l’opposition) et en intégrant des journalistes d’influence dans l’équipe de direction (Le Progrès). L’expérimentation d’une politique identitaire catholique dans la région Auvergne Rhône-Alpes met en relief, pour l’instant, 3 priorités : la mise en place d’un état qui veut s’afficher catholique et peu respectueux de la démocratie ; l’affaiblissement de l’école publique et le contrôle de la presse.

https://www.valeursactuelles.com/…/lincroyable-pari-de-vian…

http://www.lemonde.fr/…/e65fa01259311da7e5222da0257f8ce4_52…

http://www.lejsl.com/…/comme-l-an-dernier-le-maire-de-paray…