Face à l’effroyable assassinat de Samuel Paty

Samuel Paty a été assassiné parce qu’il était enseignant de l’école de la République.

Samuel Paty a été assassiné pour ce qu’il enseignait dans le cadre des programmes définis par la nation et de sa responsabilité pédagogique.

Décapité: en séparant la tête du corps c’est son humanité  même qu’on a cru anéantir.

L’école de la République est le lieu d’accès à la connaissance, la connaissance qui est le contraire de la certitude.

C’est l’espace où les élèves vont « sortir de chez soi », comprendre dans quelle société ils vont vivre.

C’est là où ils vont découvrir, apprendre, respirer la laïcité fruit d’une longue histoire dont le partage est vital pour notre communauté nationale française.

Elle repose sur deux fondements:

–la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire, de cesser de croire, la liberté de pratiquer un culte ou non, la liberté religieuse qui est une chance pour les croyants, ils doivent bien le savoir, mais d’abord la liberté de douter, de mettre en doute les certitudes et les croyances, doute qui n’est rien sans la liberté d’expression

–l’égalité, l’égalité devant la loi de la nation, la promesse de l’égalité des chances. A l’école, il n’y a ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans, ni évangélistes, ni athées, il y a des élèves, filles et garçons, égaux en droits et en devoirs, des élèves, détachés pendant le temps de l’école de leurs déterminations sociales, respectés parce que singuliers, respectés dans leurs singularités, apprenant à reconnaître et à respecter les singularités des autres, apprenant la fraternité.

L’école est le creuset de la République, le premier lieu où se constitue en permanence la communauté nationale par la laïcité qui est notre bien commun, c’est à dire la séparation de l’Etat et des cultes, la loi de 1905, la neutralité et l’indépendance exigeantes des enseignements par rapport aux cultes, aux croyances, aux philosophies.

L’assassinat de Samuel Paty est effroyable. Il atteint la communauté nationale dans son ensemble.

Nos compatriotes de confession musulmane sont doublement touchés: en tant que citoyennes et citoyens et en tant que croyants, cette horreur ayant été commise au prétexte de leur religion.

Elle fait le jeu de ceux qui veulent fracturer la communauté nationale, qui la fracturent depuis trop d’années, qui s’emploient avec succès à remplacer la citoyenneté par la peur et la haine.

Soutenir la communauté éducative dans le strict respect de ses missions et des connaissances qu’elle a la charge de transmettre, dans le respect de la sanctuarisation de l’école, voilà notre devoir patriotique prioritaire, aujourd’hui.

Passer des paroles aux actes, c’est d’abord apporter notre indéfectible soutien à la communauté éducative. Chacune et chacun de nous en est responsable.

Laval, le 20 octobre 2020