{"id":582,"date":"2008-11-29T10:34:55","date_gmt":"2008-11-29T09:34:55","guid":{"rendered":"http:\/\/site.ldh-france.org\/poitou-charentes\/?p=582"},"modified":"2015-09-30T11:03:45","modified_gmt":"2015-09-30T10:03:45","slug":"didier-martz-philosophe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/site.ldh-france.org\/poitou-charentes\/2008\/11\/29\/didier-martz-philosophe\/","title":{"rendered":"Didier MARTZ, philosophe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\"><em>\u00ab\u00a0Le discours du \u00ab malgr\u00e9-nos-diff\u00e9rences_nous-sommes-tous-pareils \u00bb est un leurre. Comme le leurre pour attraper les poissons, il pr\u00e9sente des apparences s\u00e9duisantes et cache l\u2019enfer&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Eloge de la faiblesse<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9ambule<\/strong><\/p>\n<p>On dit de la philosophie qu\u2019elle serait fille de la curiosit\u00e9 et de l\u2019\u00e9tonnement. Pour moi, elle\u00a0 devrait \u00eatre surtout, ou en tous les cas d\u2019abord, fille de la r\u00e9volte. On peut en effet \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 de ce que livre le monde en mati\u00e8re d\u2019injustices, d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de violences toutes sortes. On peut aussi en \u00eatre curieux. S\u2019\u00e9tonner, \u00eatre curieux pour ensuite philosopher et interpr\u00e9ter le monde, le comprendre. Certes, mais c\u2019est insuffisant. Le vieux Marx disait que les philosophes n\u2019avaient fait qu\u2019interpr\u00e9ter le monde alors qu\u2019il s\u2019agissait de le transformer. Transformer, c\u2019est passer de la vita contemplativa \u00e0 la vita activa, de la contemplation \u00e0 l\u2019action. Une des conditions de ce passage, c\u2019est le sentiment de r\u00e9volte. R\u00e9volte devant le sort qui est fait \u00e0 toutes les personnes vuln\u00e9rables, fragiles, \u00e0 tous les caboss\u00e9s de la vie : vieux, handicap\u00e9s, noirs, arabes, pauvres, sans abri ou ceux qu\u2019on appelle les S.D.F., etc.<\/p>\n<p>R\u00e9volte accrue par le d\u00e9calage persistant entre les discours sur la dignit\u00e9 humaine, le respect de la personne, les droits de l\u2019homme, etc. et la r\u00e9alit\u00e9 sociale, la r\u00e9alit\u00e9 sociale et existentielle des \u00eatres que je viens de citer. Donc, une r\u00e9flexion philosophique qui part de l\u2019\u00e9tonnement et de la curiosit\u00e9 mais surtout qui part de la r\u00e9volte, qui part de l\u2019estomac nou\u00e9 \u00e0 la vue et au su de ce tableau. Et en m\u00eame temps une r\u00e9flexion modeste devant la r\u00e9alit\u00e9 crue et brutale de ce que Maurice Bellet appelle \u00ab l\u2019en-bas \u00bb. Une r\u00e9flexion th\u00e9orique qui s\u2019incline devant une r\u00e9alit\u00e9 qui toujours \u00e9chappe.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, je voudrais rendre probl\u00e9matique quelques-unes des id\u00e9es que je viens d\u2019entendre :<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Les soci\u00e9t\u00e9s modernes seraient responsables de tous nos maux ?\u00bb. Ce n\u2019est pas la modernit\u00e9 qui est en cause. Ce sont bien plut\u00f4t les logiques qui l\u2019animent. Dire \u00ab moderne \u00bb est un euph\u00e9misme pour ne pas dire cr\u00fbment \u00ab capitalisme \u00bb ou \u00ab n\u00e9o, ultralib\u00e9ralisme \u00bb. Les soci\u00e9t\u00e9s totalitaires se disent, ou se disaient, elles aussi, \u00ab modernes \u00bb !<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab La crise actuelle ? \u00bb. C\u2019est l\u2019arbre qui cache la for\u00eat. La crise qui touche \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui. La crise dite \u00ab actuelle \u00bb ne fait et ne fera que les aggraver.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 \u00ab Trop de politique ? \u00bb. Au contraire. Il est grand temps de se mettre \u00e0 faire de la politique au vrai sens du terme, au sens d\u2019Aristote, pour le bien de tous et pas de la simple gestion domestique.<\/p>\n<p>Je dispose de 20 mn. Je vous livre ma r\u00e9flexion en 20 points. Je vous les livre en vrac, n\u2019y chercher pas un d\u00e9roulement logique. Par contre, vous y trouverez sans doute une id\u00e9e fixe et peut \u00eatre mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1 \u2013 Marquage.<\/strong><\/p>\n<p>Il existe des gens diff\u00e9rents mais certains sont plus diff\u00e9rents que d\u2019autres. Les premiers, on les appelle les \u00ab autres \u00bb, les \u00ab gens \u00bb ; Les seconds portent une \u00e9tiquette : vieux, handicap\u00e9s, malades, noirs, arabes, SDF ou sans abri\u2026 Pour avoir une \u00e9tiquette, pour appartenir \u00e0 une cat\u00e9gorie, il faut avoir des signes particuliers : physiques, sociaux, des mani\u00e8res de vivre, d\u2019\u00eatre. Pratique l\u2019\u00e9tiquette : elle permet d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9, de b\u00e9n\u00e9ficier \u00e9ventuellement d\u2019avantages, de mesures sp\u00e9cifiques. Un inconv\u00e9nient cependant : avoir une \u00e9tiquette, c\u2019est \u00eatre marqu\u00e9 socialement, rep\u00e9r\u00e9, localis\u00e9, regroup\u00e9, regard\u00e9 sp\u00e9cialement. Il arrive que le marquage puisse \u00eatre accompagn\u00e9 d\u2019un signe physique (\u00e9toile jaune, matricule ou un sigle, SDF par exemple)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>2 \u2013 Exclusion.<\/strong><\/p>\n<p>On n\u2019en reste pas l\u00e0. Ces signes distinctifs, trop distinctifs, entra\u00eenent une marginalisation, une exclusion sociale. Parfois m\u00eame, l\u2019histoire nous l\u2019a montr\u00e9 et nous le montre encore, l\u2019exclusion peut aller jusqu\u2019\u00e0 une sortie de l\u2019humanit\u00e9. Dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s, \u00eatre pauvres, vieux, handicap\u00e9s, fous, forts, faibles n\u2019impliquent pas toujours \u00ab marginalisation \u00bb. Pas toujours parce que le traitement de l\u2019a-normalit\u00e9 (je ne parle pas de diff\u00e9rences, ce mot est trop utilis\u00e9 par les marques de lessive) est variable selon les soci\u00e9t\u00e9s. Mais elles ne peuvent pas ne pas en tenir compte (Cf. infra point 4).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>3 \u2013 A-normalit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Le marquage ou dans une forme plus douce, la mise en cat\u00e9gorie, permet de distinguer, de discriminer. Une activit\u00e9 bien naturelle qui consiste \u00e0 classer, regrouper. En somme, qui permet de mettre de l\u2019ordre dans le r\u00e9el. L\u2019homme per\u00e7oit des r\u00e9gularit\u00e9s et des irr\u00e9gularit\u00e9s dans le monde des choses et des \u00eatres et, selon leur fr\u00e9quence, d\u00e9termine ce qui est normal et anormal. Il y des normes naturelles. Ainsi, ayant observ\u00e9 que sur 1000 cygnes, 999 \u00e9taient blancs et 1, noir, nous pouvons conclure que la norme pour un cygne est d\u2019\u00eatre blanc. Idem pour les hommes. En majorit\u00e9, les hommes ont deux bras, deux jambes par exemple et c\u2019est la norme. Il se trouve que certains ne r\u00e9unissent pas toutes ces caract\u00e9ristiques. De temps \u00e0 autre il y a un cygne, signe, noir mais la norme reste toujours le blanc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>4 \u2013 L\u2019a-normal \u00ab fait d\u00e9sordre \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui n\u2019entre pas dans la norme naturelle, c\u2019est l\u2019irruption de l\u2019inhabituel dans l\u2019habituel, la d\u00e9mesure dans la mesure, du d\u00e9sordre dans l\u2019ordre. Comme le dit Georges Bataille, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 nous avons le monde humain, rationnel, laborieux, r\u00e9gl\u00e9 et de l\u2019autre le monde de l\u2019exc\u00e8s, de la d\u00e9mesure : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le monde profane ; de l\u2019autre, le monde sacr\u00e9. L\u2019anormalit\u00e9, sous toutes ses formes, est perturbatrice. Elle est contestation, dans le fond, de l\u2019ordre culturel. Aussi doit-elle toujours \u00eatre trait\u00e9e symboliquement ou physiquement. Apr\u00e8s avoir tri\u00e9 un lot de pommes, on a en g\u00e9n\u00e9ral (selon une courbe de Gauss), une majorit\u00e9 de bonnes pommes au milieu et dans une moindre mesure, de tr\u00e8s bonnes voire d\u2019excellentes d\u2019une part et de moins bonnes voire des mauvaises de l\u2019autre part. C\u2019est la m\u00eame chose pour une classe d\u2019\u00e9l\u00e8ves. Je vous laisse le soin d\u2019imaginer les diff\u00e9rents traitements qu\u2019on peut faire subir \u00e0 chacun des profils que l\u2019on classe ainsi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>5 \u2013 L\u2019a-normalit\u00e9 insupportable. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Car elle nous renvoie \u00e0 notre finitude, \u00e0 notre fragilit\u00e9. Pour Georges Canguilhem : \u00ab il suffit [\u2026] d\u2019un \u00e9cart morphologique, d\u2019une apparence d\u2019\u00e9quivocit\u00e9 sp\u00e9cifique pour qu\u2019une crainte radicale s\u2019empare de nous. Un \u00e9chec de la vie nous concerne deux fois : un \u00e9chec peut nous atteindre et il peut venir de nous. L\u2019\u00e9cart morphologique r\u00e9v\u00e8le pr\u00e9caire la stabilit\u00e9 \u00e0 laquelle nous sommes habitu\u00e9s et rend toute chose contingente \u00bb. Dans ce face-\u00e0-face, nous nous retrouvons devant notre condition d\u2019homme : celle d\u2019\u00eatre des \u00eatres finis, fragiles, mortels. Et cela nous ne voulons pas le voir, parfois nous le supportons pas quant nous en trouvons les signes chez l\u2019Autre, chez l\u2019alter, l\u2019alt\u00e9r\u00e9. Habitu\u00e9s \u00e0 voir le m\u00eame engendrer le m\u00eame, \u00e0 retrouver dans l\u2019Autre la ressemblance qui me rassure, il suffit de percevoir un \u00e9cart par rapport \u00e0 ce que je suis habitu\u00e9 \u00e0 voir pour qu&rsquo;une crainte s&#8217;empare de moi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>6 \u2013 \u00ab Miroir, mon beau miroir\u2026 \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Autrui est constitutif de ma conscience, il me fait exister en dehors de lui. J\u2019existe gr\u00e2ce \u00e0 lui, gr\u00e2ce \u00e0 son regard. Pour obtenir une v\u00e9rit\u00e9 quelconque sur moi, il faut que je passe par l&rsquo;Autre (Sartre). Cet Autre peut m&rsquo;inqui\u00e9ter par son \u00e9tranget\u00e9 (Freud), son alt\u00e9rit\u00e9 ou encore sa \u00ab diff\u00e9rence. Mais l\u2019inqui\u00e9tude est toute relative tant que je reste dans une \u00ab atmosph\u00e8re d\u2019humanit\u00e9 \u00bb (Merleau-ponty). L\u2019autre finit bien par me rassurer quant au fond il me ressemble ou est le m\u00eame. Sauf que\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>7 \u2013 \u00ab Nous ne sommes pas pareils \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ce que dit le petit enfant \u00e0 sa m\u00e8re quand il croise un handicap\u00e9 (je ne dis pas \u00ab personne handicap\u00e9 ou personne en situation de handicap \u00bb, mots leurres) ou un noir (je ne dis pas personne de couleur, mot leurre) ou un aveugle (je ne dit pas mal voyant, mot leurre) : \u00ab pourquoi il est pas pareil le monsieur ? \u00bb. La maman : \u00ab Tais-toi ! \u00bb ou \u00ab Mais si, il est pareil, il est comme nous, il est diff\u00e9rent, c\u2019est tout \u00bb. L\u2019enfant : \u00ab Oui, mais maman\u2026 \u00bb.Trop tard ! C\u2019est dit, c\u2019est nomm\u00e9, c\u2019est distingu\u00e9 ! Et cette autre maman, m\u00e8re d\u2019un enfant handicap\u00e9, reconnaissant que m\u00eame en disant \u00ab je fais comme si de rien \u00e9tait \u00bb, elle dit que quelque chose d\u2019incontournable \u00ab est \u00bb. Ainsi quand j\u2019ai devant moi quelqu\u2019un \u00e0 qui \u00ab il manque \u00bb, quand je ne retrouve pas chez lui cette \u00ab atmosph\u00e8re d\u2019humanit\u00e9 \u00bb \u00e0 laquelle je suis habitu\u00e9 ; quand cet autre ne me renvoie pas l\u2019image attendue \u00e0 laquelle j\u2019aspire en permanence, je suis pris de panique : alors je fuis, je d\u00e9tourne le regard o\u00f9 je tente d\u2019adoucir par des contorsions verbales, genre discours sur la diff\u00e9rence. Ici, il ne s\u2019agit pas de simple alt\u00e9rit\u00e9 (celle dont on cause dans les salons philosophico-\u00e9thiques) mais d\u2019alt\u00e9ration, d\u2019une alt\u00e9ration qui touche fondamentalement l\u2019\u00eatre humain, au risque de son essence. Et on ne peut pas faire \u00ab comme si \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>8 \u2013 \u00ab Ne pas se payer de mots \u00bb. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Aussi le discours de la Ressemblance, du Semblable, du \u00ab malgr\u00e9-nos-diff\u00e9rences_nous-sommes-tous-pareils \u00bb est un leurre. Comme le leurre pour attraper les poissons, il pr\u00e9sente des apparences s\u00e9duisantes et cache l\u2019enfer. C\u2019est pourquoi je pense que les discours sur l\u2019Homme, sur les droits de l\u2019homme, sur la dignit\u00e9 humaine, sur le respect doivent \u00eatre interrog\u00e9s. Surtout lorsque, paradoxalement, plus ils sont tenus, plus les injustices, les in\u00e9galit\u00e9s augmentent\u2026 Il n\u2019y a sans doute pas de relation de cause \u00e0 effet et bornons-nous \u00e0 ce constat : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des discours humaniste, d\u00e9mocratique, r\u00e9publicain, g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9thique et \u00ab hyper\u00e9thique \u00bb ; de l\u2019autre une r\u00e9alit\u00e9 qui dit le contraire. Je sais que je cours le risque d\u2019\u00eatre accus\u00e9 de tenir un discours \u00ab extr\u00eame \u00bb mais je veux pouvoir penser ensemble les deux termes de cette contradiction. Et faute de mieux de m\u2019accrocher, dans tous les cas, \u00e0 cette morale provisoire (Descartes), et peut \u00eatre \u00ab garantie \u00bb, que constitue le propos humaniste sur l\u2019homme et sa dignit\u00e9. Pourtant\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>9 &#8211;\u00a0 \u00ab Les faits sont t\u00eatus \u00bb. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord quelques faits historiques. En effet, l\u2019histoire r\u00e9cente est pleine de manquements : Shoah, Serbes, Rwanda, Darfour, maltraitance de l\u2019humain de toutes sortes indiquent bien combien est peu efficace comme garantie ce type de discours. L\u2019actualit\u00e9 maintenant. Elle est fournie en atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 humaine. Inutile d\u2019en faire la liste, vous la connaissez. La derni\u00e8re en date, ce sont les personnes qui meurent de froid en plein milieu de nos trottoirs \u00ab modernes \u00bb, et \u00e9clair\u00e9s, et d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>10 &#8211; Objection : \u00ab Paris ne s\u2019est pas fait en un jour \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des avanc\u00e9es, des progr\u00e8s, des am\u00e9liorations. Le propos politique est fait de ce qu\u2019on a fait et de ce qu\u2019on va faire. \u00ab On ne peut pas tout avoir tout de suite \u00bb. \u00ab Vous comprenez, il y a la croissance, la mondialisation, l\u2019Europe, les prises de conscience sont lentes, etc., etc. \u00bb. Il faut \u00ab donner du temps au temps \u00bb. Formule qui soit dit en passant en consacre une autre : \u00ab prends ton mal en patience \u00bb et est un signe manifeste d\u2019impuissance. A l\u2019innocence correspond l\u2019impuissance. Mais quand on veut, on peut. Si on veut faire la guerre, on fait la guerre ; un rond-point pour les voitures, un rond-point pour les voitures. Faire de la politique, c\u2019est faire des choix. Et ne pas choisir, c\u2019est encore choisir. Certes, il y a des am\u00e9liorations. On avance bien et tout porte \u00e0 croire que nous vivrons des jours meilleurs. A mon sens non. Malgr\u00e9 tout cela, malgr\u00e9 les discours, malgr\u00e9 les dispositions (dont on vient d\u2019avoir un \u00e9chantillon dans les discours liminaires) quelque chose bloque, r\u00e9siste, n\u2019avance pas : on reste isol\u00e9, pris dans des carcans de pens\u00e9e, le statut de personne n\u2019est pas reconnu, la pauvret\u00e9 s\u2019accro\u00eet, le processus de d\u00e9sint\u00e9gration se poursuit. Contre les discours, m\u00eame pav\u00e9s des meilleures intentions, l\u2019enfer existe. L\u2019enfer aujourd\u2019hui existe pour des millions de personnes en France et dans le monde<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>11\u00a0 \u2013 Quelle est alors la fonction de ces discours ?<\/strong><\/p>\n<p>Michel Foucault dans \u00ab Surveiller et punir \u00bb \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se suivante \u00e0 propos des prisons : si des discours, des pratiques, des dispositions, des dispositifs, si les moyens qu\u2019on met en \u0153uvre ne parviennent pas \u00e0 atteindre les fins qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se fixe, c\u2019est qu\u2019ils ont une autre fonction. Pour les prisons, produire de la d\u00e9linquance contrairement \u00e0 ce qui se dit et semble se vouloir. Agir contre les discriminations, nommer un monsieur \u00ab discrimination \u00bb, c\u2019est pouvoir maintenir au sein de la soci\u00e9t\u00e9, des poches, des zones, des individus \u00ab d\u00e9saffect\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>12 \u2013 Relire le Capital.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Bien que Marx soit mort et que pourtant on ne finisse pas d\u2019enterrer, la th\u00e8se concernant l\u2019utilisation du ch\u00f4mage comme moyen de pouvoir par le capitalisme peut \u00eatre encore op\u00e9ratoire. Il est toujours d\u2019actualit\u00e9 d\u2019avoir au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 des zones de pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 la fois pour permettre aux individus qui la composent de savoir ce sur quoi ils sont d\u2019accord et ce qu\u2019ils ne veulent pas \u00eatre. Aussi de les menacer dans leur pseudo-stabilit\u00e9 : la peur reste toujours un moyen efficace de faire de la politique (Cf. Le Prince) et des affaires. Nos d\u00e9mocraties encore fortement inspir\u00e9es du discours humaniste et r\u00e9publicain des Lumi\u00e8res tentent en vain de limiter les effets n\u00e9gatifs. Mais leur tendance au lib\u00e9ralisme leur font jouer un jeu cruel entre l\u2019assistance et la r\u00e9pression voire le cynisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>13 \u2013 Norme et norme.<\/strong><\/p>\n<p>Il existe des normes naturelles certes, mais il existe aussi des normes culturelles li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9. La norme dit alors ce qu\u2019il convient de faire ou de ne pas faire, d\u2019\u00eatre ou de ne pas \u00eatre. Elle peut \u00eatre explicite lorsqu\u2019elle est \u00e9dict\u00e9e : \u00ab ne fais pas ceci, ne fais pas cela, c\u2019est bien, c\u2019est mal, c\u2019est beau, c\u2019est pas beau, c\u2019est vrai, c\u2019est faux\u2026 \u00bb mais elle peut \u00eatre aussi \u2013 et c\u2019est souvent le cas dans une soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement atrophi\u00e9e dans sa facult\u00e9 de juger comme la n\u00f4tre \u2013 \u00eatre implicite, sournoise. Par exemple, si la norme c\u2019est \u00eatre mobile, rapide, performant, en bonne sant\u00e9, en forme physique, etc., elle met automatiquement des individus hors norme, les met \u00e0 l\u2019\u00e9cart, les exclut\u2026 \u00ab gentiment \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>14 \u2013 Le sacrifice.<\/strong><\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s (il faudra faire un sort aussi \u00e0 ce mot de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb souvent employ\u00e9 seul. Ici il s\u2019agit de soci\u00e9t\u00e9 reposant sur une logique utilitariste) pourraient aussi fonctionner au sacrifice. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le sacrifice d\u2019une victime est un m\u00e9canisme de gestion de la violence dans les soci\u00e9t\u00e9s. Gestion de la violence des individus entre eux par une violence, l\u00e9gitime, exerc\u00e9e sur un seul ou un groupe d\u2019individus. C\u2019est une forme archa\u00efque. Plus contemporaine est la forme sacrificielle contenue dans la doctrine utilitariste. Elle est illustr\u00e9e par JP Dupuy par l\u2019image du Ca\u00efphe devant d\u00e9cider du sort de J\u00e9sus : son argument explicite : mieux vaut la mort d\u2019un homme que la mort de tous. L\u2019utilitarisme moderne formule cette id\u00e9e ainsi : certains membres de la soci\u00e9t\u00e9 peuvent \u00eatre priv\u00e9s d\u2019une partie de leur bien-\u00eatre \u00e0 condition que ce soit pour le bien de tous. 15 % de ch\u00f4meurs valent mieux qu\u2019une catastrophe \u00e9conomique ! Rationnel ou immoral ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>15 \u2013 Le bouc \u00e9missaire. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le sacrifice pour se d\u00e9rouler \u00e0 besoin d\u2019une victime ou de victimes. Mais n\u2019est pas victime qui veut. La victime doit pr\u00e9senter dit Ren\u00e9 Girard, des signes victimaires. Ils sont facilement trouv\u00e9s d\u00e8s lors que les individus pr\u00e9sentent des signes distinctifs, un profil particulier. Inutile de donner des exemples, l\u2019histoire en est pleine. Et si les signes ne sont pas suffisamment distinctifs, au besoin on les invente. On produit du normal, un normal totalisant, une normalisation. Le bouc \u00e9missaire, m\u00eame s\u2019il ne dit plus son nom, a encore de beaux jours devant lui. En 10 ans, au pied de la forteresse Europe, 12000 personnes sont mortes noy\u00e9es en tentant de rejoindre ses rives. Vous remarquerez que cette mort ne suscite pas beaucoup d\u2019\u00e9motions et que par cons\u00e9quent indique implicitement qu\u2019il y a une norme qui permet de dire qui peut entrer dans le jeu social. Normalit\u00e9 consensuelle !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>16 \u2013 Exception et concentration.<\/strong><\/p>\n<p>Outre les lignes de partage, de clivage qui fractionnent la soci\u00e9t\u00e9, il se manifeste aujourd\u2019hui des formes inqui\u00e9tantes d\u2019exclusion. Deux formes. A) Une forme visible : contenue dans le mod\u00e8le du camp (Giorgio Agamben) caract\u00e9ris\u00e9 comme zone d\u2019exception (suspension temporaire de l&rsquo;ordre juridique) illustr\u00e9 par Guantanamo, Sanguate, centre de r\u00e9tention (250 enfants sont aujourd\u2019hui dans ces centres) et zone de transit dans les a\u00e9roports, autant de zones de non droit. B) Une forme moins visible, contenue dans le mod\u00e8le concentrationnaire. On conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 la concentration des activit\u00e9s de travail, de loisirs, de commerces dans des lieux respectifs. On connaissait aussi le regroupement de personnes pr\u00e9sentant le m\u00eame le m\u00eame profil dans des institutions. Elle s\u2019\u00e9tend maintenant aux vieux sous la forme des maisons dites de retraites ou encore \u00ab r\u00e9sidence \u00bb, autre zone d\u2019exception par la constitution d\u2019un d\u00e9sert social par assignation. On peut croiser ce processus avec une autre tendance, celle qui consiste \u00e0 cr\u00e9er des zones d\u2019indiff\u00e9rence entre le public et le priv\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>17 \u2013 Le lavabo et l\u2019homme.<\/strong><\/p>\n<p>Si vous parlez d\u2019un lavabo, implicitement vous faites r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un certains nombre de caract\u00e9ristiques communes \u00e0 tous les lavabos sans lesquelles ils ne pourraient pas \u00eatre appel\u00e9s \u00ab lavabo \u00bb. Je pense \u00e0 la forme creuse, l\u2019alimentation en eau, une \u00e9vacuation, pour l\u2019essentiel. Pour l\u2019accessoire, la forme, la couleur, la profondeur, etc. mais ces caract\u00e9ristiques ne modifient en rien l\u2019essence du lavabo. Ainsi, pour l\u2019homme, parler de Nature humaine ou de l\u2019Homme en g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est parler d&rsquo;une essence universelle de l&rsquo;Homme. Comme pour les lavabos, c&rsquo;est dire qu&rsquo;il existe des caract\u00e9ristiques communes \u00e0 tous les hommes sans restriction. C&rsquo;est donc dire qu&rsquo;il existe une d\u00e9finition de l&rsquo;homme qui s&rsquo;appliquerait \u00e0 tous et \u00e0 chacun d&rsquo;entre eux sans \u00e9quivoque. Tr\u00e8s vite, comme pour nos pommes de tout \u00e0 l\u2019heure, nous allons trouver quelques caract\u00e9ristiques essentielles : celles que nous retrouvons le plus souvent. Certes, \u00e0 regarder les hommes, nous pourrions conclure que ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est de ne rien avoir en commun et qu\u2019ils ont plut\u00f4t des diff\u00e9rences. Mais pas au point de nous emp\u00eacher de parler d\u2019une nature humaine quelles que soient ces diff\u00e9rences.<\/p>\n<p>Mais il y a plus : il a pu arriver, en raison de diff\u00e9rences trop manifestes ou sous pr\u00e9texte de ces diff\u00e9rences, de refuser le statut d&rsquo;homme \u00e0 des \u00eatres qui manifestement pourtant ressemblaient \u00e0 des hommes, comme par exemple les Noirs dont on a pr\u00e9tendu qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas d&rsquo;\u00e2me, ce qui autorisait \u00e0 les utiliser comme esclaves ou comme les Juifs que les nazis comparaient \u00e0 des rats ou \u00e0 des microbes, ce qui pr\u00e9parait \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de les supprimer et qu&rsquo;en le faisant, on ne tuerait pas des hommes. Ce que je veux apporter ici par rapport \u00e0 ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, c\u2019est que l\u2019id\u00e9e d\u2019un essence humaine (ou la recherche d\u2019une essence humaine), de l\u2019Homme, avec un grand H,\u00a0 sur laquelle repose toute la philosophie, porte en elle-m\u00eame, comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage, l\u2019exclusion ou la possibilit\u00e9 de l\u2019exclusion. Tout simplement parce que le lavabo peut tr\u00e8s bien en plus \u00eatre un lavabo.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>18 \u2013 Biopolitique et biopouvoir.<\/strong><\/p>\n<p>Je pointerai ici juste pour mention ces deux notions. Car il me semble, qu\u2019\u00e0 travers elles, se joue quelque chose de plus que ce que je viens d\u2019exposer dans les 17 points pr\u00e9c\u00e9dents. Pour le moment, ce n\u2019est qu\u2019un tourment que je n\u2019arrive pas \u00e0 articuler avec le questionnement d\u2019aujourd\u2019hui, donc de la situation des personnes vuln\u00e9rables et des raisons de cette violence sourde ou spectaculaire qui s\u2019exerce sur eux. En deux mots, ces termes d\u00e9signent l\u2019intrusion du politique dans la vie des gens. On sait que n\u00e9cessairement le politique a vocation \u00e0 g\u00e9rer la polis, la zo\u00e9, la vie des gens en tant qu\u2019ils sont des citoyens de la Cit\u00e9. La nouveaut\u00e9, c\u2019est que le pouvoir politique s\u2019occupe depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0 d\u2019une autre vie des gens c\u2019est-\u00e0-dire celle qui concerne leur sant\u00e9, leur corps. Il intervient sur la naissance, la mort et les maladies consid\u00e9r\u00e9es comme des facteurs de soustraction des forces, mais \u00e9galement la vieillesse, les accidents. Des exemples : l\u2019euthanasie, l\u2019avortement, la f\u00e9condation, la prise en charge des personnes \u00e2g\u00e9es, l\u2019injonction \u00e0 vivre plus longtemps, les questions de sant\u00e9 (tabac, alcool\u2026), la sexualit\u00e9 (sous diff\u00e9rentes recommandations). Tout ce qui requiert des m\u00e9canismes d\u2019assistance et d\u2019assurance, et c\u2019est le cas des personnes vuln\u00e9rables, implique une intervention double du pouvoir : l\u2019une dans la vie des citoyens (la zo\u00e8) et l\u2019autre dans leur vie nue (le bios) d\u00e9sormais p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par le scientifique, le m\u00e9decin, le juriste et le souverain. Je laisse ici quelques points de suspension et d\u2019interrogation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>19 \u2013 Changer de logique.<\/strong><\/p>\n<p>Il semble \u00e9vident qu\u2019il faille changer de logiques : politique, \u00e9conomique, id\u00e9ologique. Changer de mod\u00e8le de pens\u00e9e. Changer de point de vue. Le point de vue de la fragilit\u00e9 et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre autrement avec le monde. A la rapidit\u00e9 elle oppose la lenteur, l\u2019entraide \u00e0 la concurrence, l\u2019inaction \u00e0 l\u2019action, la banalit\u00e9 \u00e0 l\u2019extraordinaire, \u00e0 la raideur rationnelle, la souplesse de l\u2019irrationalit\u00e9, la faiblesse \u00e0 la force, l\u2019inutilit\u00e9 \u00e0 l\u2019utilit\u00e9, le surplace \u00e0 la mobilit\u00e9, \u00e0 la puissance l\u2019impuissance, etc. Lao Tseu disait : \u00ab Partout et toujours, c\u2019est le mou qui use le dur. Le non-\u00eatre p\u00e9n\u00e8tre m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de fissure. Je conclus de l\u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 du non-agir. En ce monde, rien de plus souple et de plus faible que l\u2019eau; cependant aucun \u00eatre quelque fort et puissant qu\u2019il soit, ne r\u00e9siste longtemps \u00e0 son action. Les vagues de l\u2019oc\u00e9an viennent \u00e0 bout des falaises les plus dures; et pourtant, nul ne peut se passer d\u2019eau.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019homme qui vient de na\u00eetre est souple et faible. Quand il devient fort, solide, raide, la mort le gagne\u2026 Celui qui est fort et puissant est marqu\u00e9 par le mort, celui qui est faible et flexible est marqu\u00e9 par la vie. Est-il assez clair que la faiblesse vaut mieux que la force et que la souplesse prime la raideur? \u00bb Il me vient \u00e0 l\u2019esprit que Marcel Duchamp avait d\u00e9tourn\u00e9 de sa fonction essentielle, un objet utilitaire. Le lavabo devient un vase pour fleurs !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>20 \u2013 Douce utopie, douce esp\u00e9rance. \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Est-ce que le discours d\u2019un monde meilleur a encore quelque sens compte tenu des d\u00e9sillusions qu\u2019il provoque ? Nous vivons sur le mod\u00e8le th\u00e9ologique du paradis pour demain, version la\u00efque des lendemains qui chantent. Nous vivons dans le mythe d\u2019un progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9, d\u2019une humanit\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9e du Mal, de la violence. Est-il seulement possible d\u2019envisager un autre mod\u00e8le, le mod\u00e8le de, sinon la d\u00e9sesp\u00e9rance, celui de l\u2019in-espoir et arriver \u00e0 penser le monde dans ses contradictions, les tenir ensemble ? Bateau et naufrage, bonnes intentions et enfer, etc. Renoncer ainsi au d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et penser alors \u00ab que les combats sont vains mais qu\u2019ils m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre men\u00e9s \u00bb (Albert Camus, La Peste) ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/site.ldh-france.org\/poitou-charentes\/?p=353\">Retour au colloque : Les violences faites aux personnes vuln\u00e9rables<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le discours du \u00ab malgr\u00e9-nos-diff\u00e9rences_nous-sommes-tous-pareils \u00bb est un leurre. 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