{"id":77,"date":"2021-09-23T14:50:21","date_gmt":"2021-09-23T12:50:21","guid":{"rendered":"http:\/\/site.ldh-france.org\/vosges\/?p=77"},"modified":"2021-09-23T14:59:47","modified_gmt":"2021-09-23T12:59:47","slug":"louis-lapicque-un-scientifique-spinalien-adepte-de-la-defense-des-droits-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/site.ldh-france.org\/vosges\/louis-lapicque-un-scientifique-spinalien-adepte-de-la-defense-des-droits-de-lhomme\/","title":{"rendered":"Louis Lapicque, un scientifique spinalien adepte de la d\u00e9fense des droits de l&rsquo;Homme."},"content":{"rendered":"\n<p>Louis Edouard Lapicque est n\u00e9 \u00e0 Epinal le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;ao\u00fbt 1866 au sein d&rsquo;une fratrie de 4 gar\u00e7ons. Son p\u00e8re, Auguste, est un v\u00e9t\u00e9rinaire de 30 ans, fils d&rsquo;un appr\u00eateur de coton spinalien, et sa m\u00e8re, Marie Richardot, est la fille d&rsquo;un entrepreneur de messageries originaire de Vesoul. &nbsp; Lapicque suit sa scolarit\u00e9 au coll\u00e8ge d&rsquo;\u00c9pinal et, apr\u00e8s son baccalaur\u00e9at, il part \u00e9tudier la m\u00e9decine \u00e0 Paris. A 21 ans, il devient aide-pr\u00e9parateur \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de la capitale puis est rapidement promu chef de laboratoire de clinique. C&rsquo;est durant cette p\u00e9riode qu&rsquo;il pr\u00e9pare une premi\u00e8re th\u00e8se en m\u00e9decine. En 1896, il entre comme pr\u00e9parateur \u00e0 la facult\u00e9 des sciences de Paris, soutient une seconde th\u00e8se, en sciences naturelles cette fois-ci, avant d&rsquo;obtenir un poste de ma\u00eetre de conf\u00e9rences en 1899. Sa carri\u00e8re se poursuit ensuite au Mus\u00e9um o\u00f9 il obtient la chaire de physiologie en 1911 mais d\u00e9cide, apr\u00e8s la Grande Guerre, de retourner \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, en&nbsp;Sorbonne, o\u00f9 il finira sa carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"307\" height=\"447\" class=\"wp-image-81\" style=\"width: 150px\" src=\"http:\/\/site.ldh-france.org\/vosges\/files\/2021\/09\/louislapicque.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/site.ldh-france.org\/vosges\/files\/2021\/09\/louislapicque.png 307w, https:\/\/site.ldh-france.org\/vosges\/files\/2021\/09\/louislapicque-206x300.png 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>L&rsquo;essentiel des travaux de Lapicque rel\u00e8ve de la&nbsp;<strong>physiologie du syst\u00e8me nerveux<\/strong>&nbsp;et de l&rsquo;influence du courant \u00e9lectrique. Il d\u00e9veloppa notamment la notion de&nbsp;<strong>chronaxie<\/strong>&nbsp;qui a durablement marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise de physiologie. Il est parall\u00e8lement pr\u00e9occup\u00e9 par la question des rapports du&nbsp;<strong>cerveau<\/strong>&nbsp;et du&nbsp;<strong>psychisme<\/strong>&nbsp;chez les mammif\u00e8res, trait\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tude des relations entre le poids du cerveau et l&rsquo;intelligence. Enfin, \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re, face aux premiers travaux sur la&nbsp;<strong>cybern\u00e9tique<\/strong>&nbsp;et les premi\u00e8res machines \u00e0 calculer, Lapicque s&rsquo;interroge sur la capacit\u00e9 des cerveaux artificiels \u00e0 produire une conscience propre, question \u00e0 laquelle il s&#8217;empresse de r\u00e9pondre par la n\u00e9gative en d\u00e9fendant l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle toute vie cellulaire a une face psychologique car, selon lui, \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e2me individuelle repr\u00e9sente&nbsp;<em>le fonctionnement int\u00e9gr\u00e9 de groupes de ces psychismes<\/em>&nbsp;\u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;\u00bb. &nbsp; Lapicque est avant tout un&nbsp;<strong>homme d&rsquo;exp\u00e9rimentation<\/strong>. Il travailla longtemps au sein de ses&nbsp;<strong>laboratoires<\/strong>, en particulier avec l&rsquo;aide scientifique de son \u00e9pouse, Marcelle de&nbsp;H\u00e9r\u00e9dia. Durant la&nbsp;<strong>Grande Guerre<\/strong>, Lapicque, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin de r\u00e9giment, fut vers\u00e9 au service des Inventions et s&rsquo;appliqua surtout \u00e0 trouver des solutions aux probl\u00e8mes alimentaires au front, des hommes comme des chevaux \u2013 il d\u00e9veloppa ainsi l&rsquo;id\u00e9e de nourrir ces derniers avec des algues. Ce go\u00fbt pour l&rsquo;exp\u00e9rience le poussa naturellement \u00e0 participer \u00e0 la fondation, en 1930, de&nbsp;<strong><em>l&rsquo;Union rationaliste<\/em><\/strong>, une association dont les buts \u00e9taient de \u00ab&nbsp;r\u00e9pandre dans le grand public l&rsquo;esprit de la science et d&rsquo;\u00e9tendre la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale, qui a fait ses preuves dans le domaine des sciences physiques, au domaine des sciences sociales&nbsp;\u00bb. &nbsp; Cette curiosit\u00e9, Lapicque l&rsquo;a \u00e9galement mise \u00e0 profit au service de&nbsp;<strong>l&rsquo;anthropologie naissante<\/strong>. Lors d&rsquo;un premier&nbsp;<strong>voyage<\/strong>&nbsp;de 15 mois \u00e0 bord d&rsquo;un yacht, il consigna des donn\u00e9es sur le r\u00e9gime alimentaire des Abyssins et des Malais et, selon son confr\u00e8re et ami Henri Pi\u00e9ron, professeur au Coll\u00e8ge de France, Lapicque \u00ab&nbsp;apporta tout un ensemble de donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;appui de l&rsquo;unit\u00e9 anthropologique primitive de tous les n\u00e8gres&nbsp;\u00bb. Attach\u00e9 \u00e0 la vulgarisation du savoir, Lapicque organise en 1896 une&nbsp;<strong>conf\u00e9rence<\/strong>&nbsp;\u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie de l&rsquo;Est sur l&rsquo;exploration ethnographique dans la p\u00e9ninsule malaysienne. En 1903, Lapicque et son \u00e9pouse embarqu\u00e8rent pour un voyage d&rsquo;\u00e9tude dans les Indes, en particulier aupr\u00e8s des populations dravidiennes. Cet int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;anthropologie le poussa \u00e0 cofonder en 1910&nbsp;<strong>l&rsquo;Institut<\/strong>&nbsp;fran\u00e7ais d&rsquo;Anthropologie dont il devint le premier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. Cette vie ne fut pas seulement scientifique. Lapicque a tr\u00e8s t\u00f4t \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 dans une riche et f\u00e9conde vie militante. Son&nbsp;<strong>mariage<\/strong>&nbsp;en mai 1902 en t\u00e9moignerait presque. Le jeune ma\u00eetre en conf\u00e9rences de la Sorbonne \u00e9pouse une quasi cons\u0153ur, la neurophysiologiste Marcelle de H\u00e9r\u00e9dia, fille de feu&nbsp;<strong>Severiano<\/strong>&nbsp;de H\u00e9r\u00e9dia qui fut d\u00e9put\u00e9 radical de la Seine dans les ann\u00e9es 1880 mais aussi membre du Conseil de l&rsquo;Ordre du Grand Orient de France, la principale ob\u00e9dience ma\u00e7onnique de France. Les deux t\u00e9moins qui accompagnent Lapicque dans son engagement sont l&rsquo;un de ses mentors \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9, le biologiste et physiologiste Albert&nbsp;<strong>Dastre<\/strong>, et un autre professeur de la Sorbonne, de p\u00e9dagogie cette fois-ci, ancien directeur de l&rsquo;Enseignement primaire sous Jules Ferry, cofondateur de la Ligue des&nbsp;Droits de l&rsquo;Homme, d\u00e9sormais d\u00e9put\u00e9 radical de la Seine et pr\u00e9sident de la Ligue de l&rsquo;Enseignement. J&rsquo;ai nomm\u00e9 Ferdinand&nbsp;<strong>Buisson<\/strong>. &nbsp; Franc-ma\u00e7onnerie, Ligue des Droits de l&rsquo;Homme et politique,&nbsp;<strong>trois id\u00e9aux<\/strong>, trois engagements de Lapicque qui prennent tous corps dans la p\u00e9riode 1898-1902. &nbsp; Le premier engagement est celui du&nbsp;<strong>militant dreyfusard<\/strong>&nbsp;qui, dans la tourmente de la r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine emprisonn\u00e9, s&rsquo;engage dans la cr\u00e9ation de la LDH. Proche de l&rsquo;historien positiviste Charles Seignobos, son \u00ab&nbsp;p\u00e8re spirituel&nbsp;\u00bb (Naquet), il participe \u00e0 la r\u00e9daction des&nbsp;<strong>statuts<\/strong>&nbsp;de la Ligue fran\u00e7aise pour la d\u00e9fense des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen dont il devient&nbsp;<strong>l&rsquo;adjoint du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral<\/strong>&nbsp;d\u00e8s 1898, poste auquel il renonce toutefois l&rsquo;\u00e9t\u00e9 suivant tout en restant membre du comit\u00e9 central jusqu&rsquo;en 1905. &nbsp; Au sein de la LDH, Lapicque multiplie les initiatives, proposant ainsi la cr\u00e9ation d&rsquo;un&nbsp;<strong>journal<\/strong>&nbsp;de la Ligue. Il int\u00e8gre aussi la commission charg\u00e9e de la question de la&nbsp;<strong>prostitution<\/strong>&nbsp;lors de sa cr\u00e9ation en 1901. C&rsquo;est surtout un&nbsp;<strong>conf\u00e9rencier<\/strong>&nbsp;qui ne craint pas d&rsquo;aller \u00ab&nbsp;au contact&nbsp;\u00bb, volontiers provocateur. C&rsquo;est le cas quand il s&rsquo;agit de militer pour la r\u00e9vision du capitaine Dreyfus comme en t\u00e9moigne ce texte de Lapicque au sujet d&rsquo;une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1898 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab \u00c0 la s\u00e9ance du Comit\u00e9 qui suivit [l&rsquo;assembl\u00e9e du 4 juin 1898], je demandai une propagande directe, fond\u00e9e sur le bordereau et tout ce que nous savions ; il ne s&rsquo;agit pas, disais-je, de tenir des r\u00e9unions \u00e9difiantes pour ceux qui pensent comme nous, mais d&rsquo;\u00e9clairer les autres avec autant d&rsquo;objectivit\u00e9 que possible. Le Comit\u00e9 s&rsquo;effraya en pensant aux r\u00e9actions \u00e0 pr\u00e9voir ; je proposai alors de faire en mon nom personnel, avec seulement l&rsquo;appui financier de la Ligue (location de la salle, affiche, etc.), une conf\u00e9rence publique en ce sens. Le Comit\u00e9 h\u00e9sitait encore ; il finit par dire oui \u00e0 condition que la Ligue ne fut pas ostensiblement en cause. Suivant une expression amusante de Giry, il accepta de constituer une cavalerie cosaque en marge de l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re [\u2026]. Il semblait probable qu&rsquo;une telle conf\u00e9rence serait terriblement houleuse et bruyante ; il deviendrait impossible, au milieu des cris et peut-\u00eatre pire, de faire oralement un expos\u00e9 clair d&rsquo;une question d\u00e9licate. Mais Bernard Lazare venait de publier son album photographique o\u00f9 il reproduisait des lignes, des mots, parfois des lettres extraites du Bordereau et, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, d&rsquo;autres sp\u00e9cimens d&rsquo;\u00e9criture extraits d&rsquo;\u00e9crits authentiques du capitaine Dreyfus. La comparaison est d\u00e9monstrative : il suffisait de regarder pour se convaincre que le bordereau n&rsquo;\u00e9tait pas de la main de Dreyfus. Une m\u00e9thode de d\u00e9monstration restait possible \u00e0 travers n&rsquo;importe quel vacarme : projeter sur un \u00e9cran, face au public, une s\u00e9rie de pi\u00e8ces avec leurs l\u00e9gendes choisies dans l&rsquo;album de Bernard Lazare, apr\u00e8s avoir assur\u00e9 \u00e0 la lanterne et \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran une garde du corps in\u00e9branlable. Pour celle-ci, je m&rsquo;adressai au Parti anarchiste, qui me promit cent volontaires disciplin\u00e9s ; nous conv\u00eenmes que la moiti\u00e9 d&rsquo;entre eux formerait une barri\u00e8re compacte entre le public, d&rsquo;une part, la lanterne et son \u00e9cran de l&rsquo;autre ; tandis que l&rsquo;autre moiti\u00e9 distribu\u00e9e en petits groupes constituerait des troupes de choc capables d&rsquo;effectuer des diversions sur l&rsquo;arri\u00e8re de l&rsquo;ennemi montant \u00e0 l&rsquo;assaut contre la garde de la lanterne [\u2026]. La r\u00e9union eut lieu un beau soir ; dans une salle de caf\u00e9-concert, rue Monge, elle avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par de petites affiches portant en t\u00eate le nom d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9ducation populaire imagin\u00e9e pour la circonstance et comme texte : Conf\u00e9rence publique sur l&rsquo;affaire Dreyfus. Toute notre belle strat\u00e9gie fut vaine ; la salle, comble avant l&rsquo;heure, ne contenait que des dreyfusards. J&rsquo;en fus d\u00e9contenanc\u00e9, car s\u00fbr de ne pouvoir parler, je n&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9 aucun expos\u00e9 oral ; le d\u00e9fil\u00e9 des projections et le plus sobre des commentaires suffirent, avec l&rsquo;enthousiasme sans cesse renouvel\u00e9 de l&rsquo;assistance, \u00e0 remplir la soir\u00e9e. Un seul incident : on cherchait des contradicteurs. \u00c0 un moment donn\u00e9, au fond d&rsquo;une loge, on aper\u00e7ut une soutane, une clameur s&rsquo;\u00e9leva : \u201c\u00c0 la tribune, le cur\u00e9\u201d. Le cur\u00e9 monta \u00e0 la tribune en souriant ; c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;abb\u00e9 Viollet, d\u00e9j\u00e0 bien connu comme dreyfusard. On lui fit la f\u00eate ! Mais, pas un antidreyfusard n&rsquo;\u00e9tait venu, ou n&rsquo;avait os\u00e9 se montrer. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Avec le concours&nbsp;<em>a priori<\/em>&nbsp;du journal&nbsp;<em>Le Progr\u00e8s de l&rsquo;Est<\/em>, il fonde en d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Nancy \u00ab&nbsp;un groupe dreyfusiste \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire un groupe antimilitariste&nbsp;\u00bb selon la presse de droite. La cr\u00e9ation de cette&nbsp;<strong>section nanc\u00e9ienne de la LDH<\/strong>&nbsp;est vue comme celle d&rsquo;un \u00ab&nbsp;club d&rsquo;inquisiteurs&nbsp;\u00bb par&nbsp;<em>l&rsquo;Est r\u00e9publicain<\/em>. L&rsquo;activit\u00e9 de cette section a \u00e9t\u00e9 vive jusqu&rsquo;\u00e0 la gr\u00e2ce du capitaine Dreyfus puis, ainsi que l&rsquo;\u00e9crit le quotidien nanc\u00e9ien, elle est \u00ab&nbsp;tomb\u00e9e \u00ab&nbsp;en sommeil&nbsp;\u00bb comme disent les francs-ma\u00e7ons&nbsp;\u00bb. Lorsqu&rsquo;elle est reconstitu\u00e9e en novembre 1903, Lapicque n&rsquo;appartient plus \u00e0 son comit\u00e9 et a pass\u00e9 la main. &nbsp; Durant cette m\u00eame p\u00e9riode de militantisme au sein de la LDH (1898-1905), Lapicque entre en&nbsp;<strong>ma\u00e7onnerie<\/strong>. Il est initi\u00e9 dans un atelier parisien du Grand Orient de France, la tout r\u00e9cente loge&nbsp;<em>les \u00c9tudiants<\/em>. Fr\u00e9quent\u00e9e par la brillante jeunesse des universit\u00e9s et des grandes \u00e9coles de la capitale, la loge du Quartier Latin re\u00e7oit Lapicque en&nbsp;<strong>1902<\/strong>&nbsp;; il en deviendra l&rsquo;orateur six ans plus tard. Cette initiation est autant le fruit de ses engagements pr\u00e9sents que de son histoire. Son&nbsp;<strong>p\u00e8re<\/strong>Auguste avait en effet fr\u00e9quent\u00e9 la loge d&rsquo;\u00c9pinal,&nbsp;<em>la Fraternit\u00e9 vosgienne<\/em>, dans les ann\u00e9es 1860 et il est rest\u00e9 proche des ma\u00e7ons de la ville. Th\u00e9odore Richardot, son&nbsp;<strong>grand-p\u00e8re maternel<\/strong>, a \u00e9galement fr\u00e9quent\u00e9 les ateliers, \u00e0 Vesoul puis \u00e0 \u00c9pinal. Quant \u00e0 son&nbsp;<strong>beau-p\u00e8re<\/strong>, nous l&rsquo;avons dit, il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des personnalit\u00e9s influentes de l&rsquo;ob\u00e9dience. Successivement, Lapicque se fera affili\u00e9 \u00e0 la loge&nbsp;<em>le Travail<\/em>&nbsp;de Remiremont (1905) puis \u00e0 celle d&rsquo;\u00c9pinal (1926), tout en participant \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;un nouvel atelier parisien, la loge&nbsp;<em>Condorcet<\/em>&nbsp;(1922). Au sein de la franc-ma\u00e7onnerie, Lapicque gravit tous les \u00e9chelons \u2013 ou presque \u2013 symboliques mais aussi politiques du Grand Orient de France, au long d&rsquo;un&nbsp;<strong>tr\u00e8s long cursus<\/strong>. Il entre ainsi au Grand Coll\u00e8ge des Rites en 1939 avant de devenir Conseiller de l&rsquo;Ordre en 1945. &nbsp; Enfin, Lapicque a tr\u00e8s t\u00f4t affirm\u00e9 des engagements politiques au service du&nbsp;<strong>socialisme naissant<\/strong>. En 1900, \u00e2g\u00e9 de 34 ans, Lapicque se choisit les Vosges comme terrain de combat. Il a une cible de choix en la personne de&nbsp;<strong>Jules M\u00e9line<\/strong>, d\u00e9put\u00e9 de la circonscription de Remiremont, par ailleurs pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral. Ancien pr\u00e9sident du Conseil hostile \u00e0 la r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus, ancien franc-ma\u00e7on d\u00e9sormais hors des loges, M\u00e9line repr\u00e9sente ces r\u00e9publicains qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 tendre la main \u00e0 la droite plut\u00f4t que de serrer celle des radicaux. Face \u00e0 ceux qui se nomment des \u00ab&nbsp;progressistes&nbsp;\u00bb,&nbsp;Lapicque m\u00e8ne un combat et multiplie les joutes oratoires. &nbsp; Tr\u00e8s rapidement, il sillonne le terrain et multiplie les conf\u00e9rences et d\u00e9bats contradictoires, en particulier dans les r\u00e9gions d&rsquo;Epinal et de Remiremont. Il traite ainsi des&nbsp;<strong>conditions de vie de l&rsquo;ouvrier<\/strong>&nbsp;ou bien sur le projet de loi sur les&nbsp;<strong>caisses de retraite<\/strong>&nbsp;port\u00e9 pat le minist\u00e8re Waldeck-Rousseau, taclant au passage le pasteur protestant qui n&rsquo;avait pas appr\u00e9ci\u00e9 les propos de l&rsquo;orateur sur les ing\u00e9rences de l&rsquo;Eglise dans les questions ouvri\u00e8res. Il exhorte les ouvriers du textile, du b\u00e2timent et du papier \u00e0 se constituer imm\u00e9diatement en&nbsp;<strong>syndicats<\/strong>&nbsp;et \u00e0 lutter d\u00e8s maintenant, en particulier sur la question des heures de travail. &nbsp; M\u00e9line est vu \u00e0 la fois comme \u00ab&nbsp;l&rsquo;homme des industriels&nbsp;\u00bb et comme celui dont le gouvernement a \u00e9t\u00e9 \u00ab deux ann\u00e9es de mensonge, deux ann\u00e9e de trahison au profit des cl\u00e9ricaux&nbsp;\u00bb. Lapicque, au contraire, se place du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui, comme Buisson, lutte pour \u00ab&nbsp;la justice et la fraternit\u00e9 sociale qui soul\u00e8ve en ce moment tous les penseurs de France&nbsp;\u00bb. Lapicque n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 prendre la parole \u00e0 la tribune lors des discours de M\u00e9line pour lui reprocher d&rsquo;\u00eatre clairement tomb\u00e9 dans la \u00ab&nbsp;r\u00e9action&nbsp;\u00bb et d&rsquo;avoir renonc\u00e9 aux id\u00e9aux r\u00e9publicains&nbsp;\u00bb, fustigeant \u00ab&nbsp;cette f\u00e9odalit\u00e9 industrielle dont M. M\u00e9line n&rsquo;est que le domestique&nbsp;\u00bb et cette bourgeoise qui cherche \u00ab&nbsp;dans l&rsquo;abrutissement catholique et la rh\u00e9torique patriotarde, le moyen d&rsquo;entraver le progr\u00e8s d\u00e9mocratique qui menace ses privil\u00e8ges&nbsp;\u00bb. &nbsp; Le caract\u00e8re houleux des r\u00e9unions de Lapicque devient un leitmotiv de la presse, en particulier lorsque se pr\u00e9parent les \u00e9lections&nbsp;<strong>l\u00e9gislatives de 1902<\/strong>. Il lance \u00e0 Epinal un journal,&nbsp;<em>Le D\u00e9gel<\/em>&nbsp;qui doit soutenir sa candidature&nbsp;<strong>socialiste r\u00e9volutionnaire<\/strong>. Comme a son habitude, Lapicque intervient dans les r\u00e9unions publiques de ses adversaires, notamment \u00e0 Remiremont en mars 1902 face \u00e0 M\u00e9line mais aussi \u00e0 Epinal face au d\u00e9put\u00e9 sortant, Camille Krantz, proche de M\u00e9line, qu&rsquo;il interpelle sous les hu\u00e9es. Il y d\u00e9fend ses&nbsp;<strong>th\u00e9ories collectivistes<\/strong>&nbsp;mais se fend aussi d&rsquo;attaques personnelles par toujours \u00e9tay\u00e9es. Le journal qui soutient M\u00e9line d\u00e9crit la campagne de son adversaire avec un Lapicque poursuivant les d\u00e9placements de M\u00e9line, avec son v\u00e9lo, parlant volontairement de mani\u00e8re grossi\u00e8re mais mettant n\u00e9anmoins de \u00ab&nbsp;l&rsquo;eau dans son vin&nbsp;\u00bb pour \u00e9dulcorer ses th\u00e9ories collectivistes. &nbsp; Lapicque est alors d\u00e9crit comme le candidat des \u00ab&nbsp;sans-patrie et des r\u00e9volutionnaires&nbsp;\u00bb, une accusation en lien direct avec&nbsp;<strong>l&rsquo;affaire Gustave Herv\u00e9<\/strong>&nbsp;qui a d\u00e9fray\u00e9 le milieu universitaire durant l&rsquo;hiver 1901-1902. Herv\u00e9 est professeur d&rsquo;histoire en 1899 au lyc\u00e9e de Sens (Yonne) o\u00f9 il commence une carri\u00e8re de journaliste, collaborant au&nbsp;<em>Travailleur socialiste<\/em>&nbsp;<em>de l&rsquo;Yonne<\/em>&nbsp;o\u00f9 ses premiers articles antimilitaristes sign\u00e9s \u00ab Sans Patrie \u00bb sont remarqu\u00e9s. C&rsquo;est dans ce journal socialiste qu&rsquo;il publie le 20 juillet 1901 un article violemment antimilitariste, \u00ab L&rsquo;anniversaire de Wagram \u00bb, qui lui vaut d&rsquo;\u00eatre r\u00e9voqu\u00e9 de l&rsquo;enseignement. La&nbsp;<strong>position de la LDH<\/strong>&nbsp;est complexe sinon ambigu\u00eb. Elle s&rsquo;inscrit dans sa r\u00e9flexion sur les droits civiques de professeurs \u00e0 l&rsquo;aune de l&rsquo;\u00e9mergence du syndicalisme chez les fonctionnaires. Elle affirme que l&rsquo;enseignant est \u00ab&nbsp;charg\u00e9 d&rsquo;un service public et investi par la nation d&rsquo;un mandat de confiance&nbsp;\u00bb qui \u00ab&nbsp;dans l&rsquo;ensemble de sa conduite priv\u00e9e [lui] interdit tout ce qui d\u00e9pouillerait sa personne de l&rsquo;autorit\u00e9 morale indispensable \u00e0 l&rsquo;exercice de ses fonctions&nbsp;\u00bb. Pour autant, il \u00ab&nbsp;participe librement \u00e0 la vie publique aux m\u00eames conditions que les autres&nbsp;\u00bb, il n&rsquo;est \u00ab&nbsp;pas tenu \u00e0 une neutralit\u00e9 syst\u00e9matique qui \u00e9quivaudrait \u00e0 la perte de ses droits de l&rsquo;homme&nbsp;\u00bb mais il doit s&rsquo;engager \u00ab&nbsp;\u00e0 ne pas pousser dans la pratique les droits du citoyen jusqu&rsquo;au point o\u00f9 ils supprimeraient les devoirs du professeur&nbsp;\u00bb. Or, dans la pratique, Herv\u00e9 a franchi le Rubicon m\u00eame si la LDH d\u00e9plore la proc\u00e9dure administrative employ\u00e9e contre lui. De son c\u00f4t\u00e9, Lapicque affiche publiquement son soutien \u00e0 son coll\u00e8gue de Sens. Il signe, dans&nbsp;<em>la Petite R\u00e9publique<\/em>, organe socialiste r\u00e9volutionnaire, une lettre sous le titre \u00ab\u00a0Aux Universitaires apr\u00e8s la condamnation d&rsquo;Herv\u00e9\u00a0\u00bb dans laquelle il demandait \u00e0 ses confr\u00e8res de c\u00e9der 1% de leur traitement au profit d&rsquo;Herv\u00e9 priv\u00e9 de toute ressource. Cet appui lui vaudra 6 mois de&nbsp;<strong>suspension<\/strong>&nbsp;de ses fonctions de ma\u00eetre de conf\u00e9rences par le ministre de l&rsquo;Instruction publique Georges Leygues. Aussit\u00f4t, le journal ouvre une souscription pour constituer une caisse de secours pour les enseignants frapp\u00e9s d&rsquo;interdiction d&rsquo;enseigner. Les cas Lapicque et Herv\u00e9 sont l&rsquo;objet d&rsquo;un virulent d\u00e9bat \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s port\u00e9 notamment par le d\u00e9put\u00e9 socialiste r\u00e9volutionnaire Allemane, position largement minoritaire au sein des \u00e9lus. &nbsp; Lapicque maintiendra son soutien \u00e0 Herv\u00e9 et, revenant dans les Vosges, il prononce notamment \u00e0 Epinal une conf\u00e9rence sur la&nbsp;<strong>politique coloniale<\/strong>&nbsp;du pays, suscitant une bagarre entre militants anarchistes chantant&nbsp;<em>l&rsquo;Internationale<\/em>&nbsp;et nationalistes entamant&nbsp;<em>la Marseillaise<\/em>&nbsp;(ER, 24.01.1902). Pour la presse de droite, Lapicque restera \u00ab&nbsp;l&rsquo;ami du dangereux sophiste que les jur\u00e9s de la Seine viennent de condamner \u00e0 quatre ann\u00e9es de prison. Or, sur cette rude terre des Vosges, on n&rsquo;acceptera jamais les abominables th\u00e9ories de \u00ab&nbsp;la crosse en l&rsquo;air \u00e0 l&rsquo;heure de la bataille&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb. &nbsp; Les&nbsp;<strong>r\u00e9sultats<\/strong>&nbsp;de ces l\u00e9gislatives de 1902 tombent comme un couperet. M\u00e9line recueille 9&nbsp;194 voix, son adversaire nationaliste et antis\u00e9mite, Maurice Flayelle, 8&nbsp;686 et Lapicque doit se contenter de 413 voix soit 2,25 % des suffrages exprim\u00e9s. Parall\u00e8lement, \u00e0 Epinal,&nbsp;<strong>Auguste<\/strong>, son p\u00e8re, d\u00e9sormais chef du service sanitaire d\u00e9partementale et vice-pr\u00e9sident du comice agricole d&rsquo;Epinal, se pr\u00e9sente avec l&rsquo;appui de la loge ma\u00e7onnique et de la section locale de la LDH sous l&rsquo;\u00e9tiquette r\u00e9publicain contre le d\u00e9put\u00e9 Krantz. L\u00e0 aussi la d\u00e9faite est s\u00e9v\u00e8re. &nbsp; Les Lapicque sont loin de baisser les bras. Ils vont&nbsp;<strong>continuer la lutte<\/strong>&nbsp;en s&rsquo;appuyant sur deux structures, un parti et un journal. En effet, d\u00e8s septembre 1902, la famille Lapicque organise et finance la cr\u00e9ation du premier organe de presse du socialisme dans le d\u00e9partement avec&nbsp;<strong><em>l&rsquo;Ouvrier vosgien<\/em><\/strong>&nbsp;dont la direction est confi\u00e9e \u00e0 C\u00e9lestin Pernot, pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration des syndicats ouvriers du d\u00e9partement. Fin 1904, Louis Lapicque participe activement \u00e0 l&rsquo;organisation de la&nbsp;<strong>F\u00e9d\u00e9ration socialiste vosgienne<\/strong>&nbsp;(FSV) en regroupant les sections locales. Le secr\u00e9tariat f\u00e9d\u00e9ral est laiss\u00e9 \u00e0 Aim\u00e9 Piton et Lapicque devient le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la nouvelle structure au niveau national. En 1905, les 11 groupes de la FSV votent leur adh\u00e9sion \u00e0 la SFIO nouvellement cr\u00e9\u00e9e. Dans ces ann\u00e9es, les militants vosgiens disposent ainsi d&rsquo;un parti structur\u00e9 et d&rsquo;un journal, et ils gravitent souvent autour de deux autres soci\u00e9t\u00e9s amies, la Libre Pens\u00e9e et l&rsquo;Universit\u00e9 populaire, toutes deux largement soutenues par&#8230; les Lapicque \u00e9videmment&nbsp;! &nbsp; Sans surprise, lors des&nbsp;<strong>l\u00e9gislatives de 1906<\/strong>, Louis Lapicque posera de nouveau sa candidature sous l&rsquo;\u00e9tiquette socialiste&#8230; et m\u00e8ne de nouveau un combat&nbsp;<strong>tr\u00e8s agit\u00e9<\/strong>. Au Thillot, il doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par la police pour avoir voulu intervenir dans une conf\u00e9rence du d\u00e9put\u00e9 sortant Flayelle, \u00e9lu lors d&rsquo;une partielle deux ans auparavant ; \u00e0 La Bresse, il est escort\u00e9 par des gendarmes, ce qui fait hurler la presse de droite consid\u00e9rant que l&rsquo;on peut \u00ab&nbsp;mettre aux ordres d&rsquo;un candidat \u00e0 programme destructeur de tout ordre social, la police et la gendarmerie, protecteurs naturels de cet ordre social&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>In fine<\/em>, Flayelle est largement r\u00e9\u00e9lu (9&nbsp;719 voix) et Lapicque, avec ses 2&nbsp;123 voix, est aussi devanc\u00e9e par le \u00ab&nbsp;blocard&nbsp;\u00bb &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire le radical \u2013 V\u00e9nard (5 533 voix), un professeur avec lequel il partage les colonnes du temple de Remiremont et la tribune de la LDH. Cependant, avec 2&nbsp;123 voix et 11,20 % des suffrages exprim\u00e9s, Lapicque&nbsp;<strong>quintuple<\/strong>&nbsp;son r\u00e9sultat de 1902. Malgr\u00e9 ce relatif succ\u00e8s, Lapicque&nbsp;<strong>s&rsquo;\u00e9loigne rapidement du militantisme de terrain<\/strong>. Pour des divergences avec certains socialistes vosgiens, en particulier le secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral&nbsp;; pour des divergences surtout avec la direction nationale de la SFIO. L&rsquo;affaire des quinze mille francs va ainsi provoquer une v\u00e9ritable rupture en f\u00e9vrier&nbsp;<strong>1907<\/strong>&nbsp;quand Lapicque d\u00e9missionne de son poste de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 en fustigeant les parlementaires socialistes qui ne veulent pas reverser au parti l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de leur augmentation de leur indemnit\u00e9 parlementaire. Dans&nbsp;<em>l&rsquo;Ouvrier vosgien<\/em>, \u00ab\u00a0ils ont pris des mesures d&rsquo;\u00e9touffement avec une inconscience qui rappelle l&rsquo;\u00e9tat-major, de sinistre m\u00e9moire, dans l&rsquo;affaire Dreyfus\u00a0\u00bb et regrette l&rsquo;absence de d\u00e9bats dans&nbsp;<em>l&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>. Dans cette lettre, revenant sur son enagement socialiste, il rappelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;il a \u00e0 neuf ans (neuf ans&nbsp;!) que j&rsquo;ai quitt\u00e9 avec bien d&rsquo;autres [..] la sereine tour d&rsquo;ivoire de la pens\u00e9e abstraite pour d\u00e9fendre cette pens\u00e9e contre l&rsquo;ignoble b\u00e2illon dont les g\u00e9n\u00e9raux et les j\u00e9suites coalis\u00e9s la voulaient \u00e9trangler. La lutte a \u00e9t\u00e9 plus longue que je ne pensais&nbsp;\u00bb. Toutefois, il se dit d\u00e9sormais \u00ab&nbsp;bless\u00e9 et profond\u00e9ment d\u00e9go\u00fbt\u00e9&nbsp;\u00bb et annonce son retrait de la vite politique et d\u00e9sire se consacrer \u00e0 son activit\u00e9 scientifique. &nbsp; A son corps d\u00e9fendant, la presse de droite rend hommage \u00e0 l&rsquo;\u00ab&nbsp;<strong>ap\u00f4tre du socialisme dans les Vosges<\/strong>&nbsp;\u00bb, reconnaissant que \u00ab&nbsp;les vieux socialistes \u00e9taient des \u00eatres d&rsquo;illusion, mais de d\u00e9vouement, d&rsquo;abn\u00e9gation&nbsp;\u00bb. Dans tous les cas, la F\u00e9d\u00e9ration socialiste vosgienne appuie et approuve la d\u00e9cision de son d\u00e9l\u00e9gu\u00e9. Aim\u00e9 Piton, secr\u00e9taire du comit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral, \u00e9crit que Lapicque a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;dans notre r\u00e9gion le&nbsp;<strong>premier propagandiste socialiste<\/strong>&nbsp;\u00bb, un socialisme dont pour qui il a une \u00ab&nbsp;une foi [&#8230;] in\u00e9branlable, parce qu&rsquo;\u00e9tay\u00e9e sur des raisons scientifiques&nbsp;\u00bb. Pour Piton comme pour Lapicque, c&rsquo;est l&rsquo;occasion de la rel\u00e8ve&nbsp;: \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s avoir plant\u00e9 d&rsquo;une main ferme le drapeau rouge dans les Vosges, le citoyen Lapicque nous en confie la garde&nbsp;\u00bb. &nbsp; Cette d\u00e9mission ne signifie pas fin du militantisme&#8230; en mai 1908, Lapicque reprend son b\u00e2ton et donne \u00e0 Nancy une conf\u00e9rence sur \u00ab&nbsp;la Pens\u00e9e la\u00efque et l&rsquo;id\u00e9al social&nbsp;\u00bb organis\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration des Jeunesses la\u00efques de France. Il intervient l&rsquo;ann\u00e9e suivante dans le d\u00e9bat sur la proportionnelle, estimant lors d&rsquo;une r\u00e9union tenue \u00e0 Epinal, que ce mode de scrutin \u00e9viterait de voir \u00ab&nbsp;certaines compromissions \u00e9lectorales&nbsp;\u00bb quand \u00ab&nbsp;des socialistes sont \u00e9lus avec l&rsquo;appoint des voix r\u00e9actionnaires&nbsp;\u00bb. N\u00e9anmoins, lors des l\u00e9gislatives de 1910, Lapicque ne s&rsquo;engage pas dans la bataille. &nbsp; Lapicque s&rsquo;engagera de nouveau politiquement en&nbsp;<strong>1924<\/strong>lorsque radicaux et socialistes esp\u00e8rent retrouver le pouvoir en formant un&nbsp;<strong>Cartel des Gauches<\/strong>&nbsp;en vue des l\u00e9gislatives qui doivent renouveler la Chambre \u00ab&nbsp;Bleu horizon&nbsp;\u00bb issue des \u00e9lections de 1919. Toutefois, il ne s&rsquo;engage pas dans la section vosgienne de la SFIO qui pr\u00e9sente sa propre liste. Il int\u00e8gre une&nbsp;<strong>liste d&rsquo;union radicale-socialiste<\/strong>&nbsp;form\u00e9e conduite par Camille Picard, ancien d\u00e9put\u00e9 des Vosges pour la circonscription de Neufch\u00e2teau et maire de Lamarche. Encore une fois, les Vosges montrent leur visage le plus r\u00e9actionnaire. Seul Picard est \u00e9lu alors que deviennent d\u00e9put\u00e9s un ancien ma\u00e7on qui a gliss\u00e9 \u00e0 droite, Constant Verlot (pour le Bloc national), et cinq \u00e9lus qualifi\u00e9s par les radicaux de \u00ab&nbsp;r\u00e9actionnaires&nbsp;\u00bb. &nbsp; Pour Lapicque, \u00e2g\u00e9 de 58 ans, c&rsquo;est r\u00e9ellement la fin de son engagement \u00e9lectoral. Sa derni\u00e8re intervention dans la politique vosgienne eut lieu pendant la campagne \u00e9lectorale de&nbsp;<strong>1936<\/strong>, lorsqu&rsquo;il vint participer, \u00e0 \u00c9pinal, \u00e0 une r\u00e9union de soutien au radical Marc&nbsp;<strong>Rucart<\/strong>. Il militera de mani\u00e8re plus passive, notamment \u00e0 Paris contre le d\u00e9veloppement des ligues fascistes dans les ann\u00e9es 30. &nbsp; Ses derniers combats, Lapicque les m\u00e8nera \u00e0 travers la franc-ma\u00e7onnerie sous&nbsp;<strong>l&rsquo;Occupation<\/strong>. Comme tous les dignitaires ma\u00e7ons, il a vu son nom jet\u00e9 en p\u00e2ture \u00e0 la presse collaborationniste\u2026 Surtout, en 1941, alors \u00e2g\u00e9 de 75 ans, il est arr\u00eat\u00e9 par la police allemande en raison de son parcours ma\u00e7onnique et politique au sein de la SFIO. Il est incarc\u00e9r\u00e9 5 semaines \u00e0 Fresnes en m\u00eame temps que le d\u00e9put\u00e9 d&rsquo;Epinal Marc Rucart, ancien ministre de Blum et membre de la loge spinalienne. D\u00e8s leur sortie, Lapicque et Rucart int\u00e8grent un petit noyau de r\u00e9sistants exclusivement francs-ma\u00e7ons et c&rsquo;est au sein du laboratoire de Lapicque \u00e0 la Sorbonne que le groupe fonde le Comit\u00e9 d&rsquo;Action Ma\u00e7onnique. Le CAM entend \u00e0 faire revivre les loges dans la clandestinit\u00e9. Il sera \u00e0 l&rsquo;initiative d&rsquo;un r\u00e9seau de r\u00e9sistance sp\u00e9cifiquement ma\u00e7onnique, sp\u00e9cialis\u00e9 dans le renseignement&nbsp;:&nbsp;<em>Patriam Recuperare<\/em>. &nbsp; Lapicque en sera un membre plus honorifique qu&rsquo;actif mais il est consid\u00e9r\u00e9 comme repr\u00e9sentant de l&rsquo;extr\u00eame-gauche du r\u00e9seau. Un positionnement qui est rest\u00e9 une constante dans la vie de cet homme qui d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Paris en 1952. Bourgeois certes, totalement reconnu dans le monde universitaire, il a n\u00e9anmoins toujours consid\u00e9r\u00e9 que le combat pour les id\u00e9aux, de la LDH \u00e0 la FM, ne pouvait faire l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;un combat politique pour la&nbsp;<strong>justice sociale et l&rsquo;\u00e9ducation<\/strong>. Une \u00e9vidence&nbsp;? Pas si s\u00fbr au regard de nos combats actuels en 2015. La lutte contre l&rsquo;antis\u00e9mitisme, l&rsquo;islamisme, l&rsquo;int\u00e9grisme catholique peut-elle r\u00e9ellement port\u00e9e ses fruits dans un pays o\u00f9 pr\u00e8s de 5,4 millions de personnes sont au ch\u00f4mage, dans une nation qui accepte que 8,6 millions de personnes vivent en \u00e9tat de pauvret\u00e9&nbsp;? 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