Lettre ouverte au préfet du Nord sur la situation des compagnes et compagnons d’Emmaüs de la Halte Saint Jean

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À Lille, le 29 janvier 2024

Monsieur le Préfet,

La section lilloise de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) a rencontré à plusieurs reprises les compagnes et compagnons de la Halte Saint Jean en grève depuis des mois. Nous avons entendu leurs témoignages, et les motifs qui les ont conduits au dépôt de plaintes pour traite des êtres humains et travail dissimulé: les faits dénoncés s’ils sont confirmés sont particulièrement graves, choquants, et interpellent directement la LDH par leurs caractères attentatoires aux droits fondamentaux.

Ces évènements ne doivent pas conduire à remettre en cause la pertinence du modèle des communautés d’Emmaüs dont l’utilité depuis plus de 70 ans a été largement démontrée. Nous ne doutons pas de la volonté d’Emmaüs France de condamner de telles pratiques mais aussi de déployer des modalités d’alertes efficaces pour empêcher d’autres dérives d’apparaitre ailleurs.

Au-delà de la situation de la Halte Saint Jean, le modèle de solidarité inventé par Emmaüs se trouve en difficulté dans un contexte où un nombre grandissant de compagnes et compagnons sont de fait des personnes en situation irrégulière, sans-papiers, que seule l’absence de titre de séjour empêche de travailler, de se loger et s’intégrer de manière autonome. Le projet n’était pas destiné à accompagner ce public.

La politique gouvernementale d’immigration – de non accueil et de discrimination – conduit à dévoyer un modèle qui n’a pas été imaginé à cette fin, et qui n’est pas forcément toujours adapté pour certains de ces étrangers sans-papiers, mais reste bien souvent leur seule option, Emmaüs assurant ainsi une indispensable mission de solidarité.

Mais aujourd’hui, nous nous réjouissons de voir que l’enquête progresse: auditionnés en garde à vue durant deux jours, Pierre Duponchel et Anne Saingier, respectivement président et directrice de la Halte Saint-Jean de Saint-André, sont convoqués en juin au tribunal pour des faits de travail dissimulé aggravé, et pour en sus la directrice, de harcèlement moral.

Dans ce contexte, nous vous demandons, Monsieur le Préfet, d’accéder au plus vite à la requête plus que légitime des grévistes: nous vous appelons à régulariser les compagnes et compagnons mobilisés. Ils ont travaillé, dans des conditions qui nous semblent indignes quelles que soient les suites et conclusions judiciaires dont nous ne pouvons préjuger, et méritent de se voir accorder la possibilité d’une vie personnelle, familiale, professionnelle stable et apaisée. Cela postule aussi l’accompagnement impératif à un relogement, puisque la situation qui se prolonge est une source de souffrance accrue jour après jour.

Assuré que vous comprendrez l’urgence à protéger ces femmes et ces hommes vulnérables qui réclament reconnaissance de leurs droits, nous vous remercions pour votre attention et restons à votre disposition,

Bien cordialement,

Pour la LDH Lille, Emmanuelle Jourdan-Chartier, Présidente de la section