Depuis plusieurs mois, la situation des gens du voyage à Fougères soulève de vives inquiétudes. Notre section locale s’est mobilisée pour alerter sur des conditions de vie indignes et sur le non-respect des obligations légales d’accueil par Fougères Agglomération.
Une situation préoccupante pour les familles installées à Fougères
Sur le territoire de Fougères, plusieurs familles vivent actuellement et depuis l’été 2025 dans des conditions particulièrement dégradées. Absence de sanitaires, accès insuffisant à l’eau, risques sanitaires et sécuritaires : les conditions d’accueil ne garantissent pas un niveau de vie digne.
Certaines familles sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années sur le territoire, avec des enfants scolarisés localement. Elles expriment aujourd’hui une forte inquiétude quant à leur possibilité de rester ou de revenir, notamment à l’approche de la période estivale.
Ces situations concrètes interrogent directement le respect des droits fondamentaux, notamment le droit à un habitat digne, à la santé et à la continuité de la scolarisation.
Il ne s’agit malheureusement pas d’une situation nouvelle comme le montre ce reportage du journal de France 2 sur l’état des aires d’accueil en France.
Des obligations légales pour les gens du voyage encadrées par la loi du 5 juillet 2000
La loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, dite loi Besson, impose aux collectivités territoriales de prévoir des dispositifs d’accueil adaptés pour les gens du voyage, définis dans le cadre de schémas départementaux.
Ces schémas ont une portée prescriptive : ils fixent des obligations en matière de création d’aires d’accueil, d’aires de grand passage et de terrains familiaux locatifs.
Sur le territoire de Fougères Agglomération, le schéma départemental 2020–2025 prévoyait notamment la création de 40 places en terrains familiaux locatifs, destinés aux familles durablement ancrées localement.
À ce jour, aucune place de ce type n’a été réalisée.
Une carence qui aggrave les difficultés
L’absence de mise en œuvre des terrains familiaux locatifs constitue un manquement important aux obligations prévues par le schéma départemental.
Ces dispositifs sont essentiels pour répondre aux besoins des familles installées à l’année, en offrant une solution stable, adaptée et encadrée juridiquement.
Leur absence contribue directement à la saturation des autres dispositifs, à la dégradation des conditions d’accueil et à des situations de blocage, voire à des tensions locales.
Plus largement, le Défenseur des droits a souligné, dans son rapport de 2021 « Gens du voyage : lever les entraves aux droits », les conséquences du manque d’équipements adaptés que sont les atteintes aux droits fondamentaux, les discriminations et situations d’exclusion.
Une mobilisation locale pour faire respecter les droits des gens du voyage
Face à cette situation, la LDH du Pays de Fougères a engagé plusieurs actions depuis avril 2026 : échange avec les familles et avec le GIP AGV 35 (groupement d’intérêts publics en charge de l’accueil des gens du voyage en Ille et Vilaine), interpellation de Fougères Agglomération via une lettre ouverte, rencontre avec l’agglomération le 18 mai 2026, et diffusion d’un communiqué de presse.
Les échanges engagés ont permis d’alerter sur la situation et de formaliser des demandes précises mais ils ont également confirmé l’ampleur du retard pris dans la mise en œuvre des obligations légales de Fougères Agglomération.
Nos demandes en urgence :
- l’installation de sanitaires temporaires sur les sites occupés
- une information claire apportée aux familles sur leurs possibilités de maintien ou de retour après l’été
La sécurisation de la circulation sur le site pour les enfants sur place, les agents et les personnes se rendant sur le site de Fougères Agglomération est également une nécessité.
Nous avons également affirmé la nécessité d’engager un travail de fond, en lien avec les familles et les acteurs spécialisés, pour développer des solutions durables, notamment la création de terrains familiaux locatifs adaptés aux situations d’ancrage local.
Des éléments de communication de Fougères Agglomération contestés dans un récent article de presse
À la suite de notre rencontre avec Fougères Agglomération, un article publié dans la presse locale a présenté la situation sous un angle qui appelle plusieurs précisions de notre part.
Si cet article évoque certaines avancées, il comporte également des éléments qui nous semblent inexacts ou incomplets au regard de la réalité constatée sur le terrain et des échanges que nous avons eus avec l’agglomération.
Premièrement, il est suggéré que notre section sous-estimerait la complexité de la situation. Nous tenons à rappeler que nous avons, au contraire, explicitement reconnu lors de notre rencontre les contraintes existantes, tout en soulignant que celles-ci ne peuvent en aucun cas justifier des atteintes aux droits fondamentaux des gens du voyage.
Deuxièmement, l’article laisse entendre que la proposition de développement de terrains familiaux locatifs serait une initiative proposée par notre section. Or, ces équipements ne relèvent pas d’une simple proposition : ils constituent une obligation inscrite dans le schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage, qui n’a à ce jour pas été mise en œuvre sur le territoire.
Ces éléments participent à brouiller la compréhension des enjeux, en déplaçant le débat d’une question de respect des obligations légales vers une lecture plus subjective de la situation.
Dans ce contexte, il nous apparaît essentiel de réaffirmer que les difficultés actuelles ne relèvent pas d’un désaccord d’appréciation, mais bien d’un écart entre les obligations prévues par la loi et leur mise en œuvre effective par Fougères Agglomération.
La LDH du Pays de Fougères reste attachée à un dialogue constructif avec les institutions mais nous considérons qu’une information rigoureuse et complète est indispensable pour permettre un débat public éclairé.
Pour conclure
La LDH rappelle que les difficultés observées ne peuvent être imputées aux familles mais résultent en grande partie d’un défaut structurel d’anticipation et d’équipement.
Dans la continuité de cette mobilisation, la LDH sera présente le 24 juin 2026 à Fougères, à l’occasion du passage du camion du centre social du GIP AGV 35.
Ce temps d’échange permettra de recueillir de nouveaux témoignages, de constater les conditions de vie actuelles et de poursuivre le travail de terrain en lien avec les acteurs concernés mais aussi de réfléchir aux suites à donner à nos actions pour la défense des droits des gens du voyage sur notre territoire.