Ce ‘’bord du monde’’, situé dans un établissement chargé de prendre soin des personnes ayant des troubles psychiatriques, se donne rarement à voir avec un film de fiction inspiré du vécu dans un réel service de psychiatrie hospitalière, accessible à un large public[1].
C’est ‘’à travers les yeux’’ du personnage principal, Alexia, jeune infirmière qualifiée mais effectuant pour la première fois un stage auprès de patients hospitalisés d’office, qu’on découvre des situations sur lesquelles elle s’interroge. Les plans rapprochés, montrant les réactions du visage de l’actrice (Mara Taquin) interprétant magistralement son rôle, s’ouvrent souvent en longs plans-séquence dynamiques, permettant de comprendre des contestations légitimes de comportements professionnels pouvant conduire à l’isolement et la contention de jeunes adultes. Une empathie louable de la jeune infirmière, privilégiant le soin relationnel, et des crises difficiles à gérer pour des causes multiples sur lesquelles le film ne peut laisser indifférent, conduisent chacun à s’interroger sur ce que nécessite le respect réel de la dignité des personnes hospitalisée, d’autant plus lorsque peut s’ajouter le traumatisme d’hospitalisations sous contrainte [2].
En ayant trouvé des comédiens talentueux, Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle ont réalisé ce film en Belgique, mais on y retrouve toutes les caractéristiques de la pénurie hospitalière dans notre pays, particulièrement exacerbée en santé mentale, bien que celle-ci soit déclarée depuis 2 ans ‘’grande cause nationale’’… dans une période où s’accroissent notamment les multiples déterminants sociaux et humains d’anxiétés, de syndromes dépressifs, de pathologies psychiques. Dès le début, les post-it ‘’en maladie’’, que la caméra permet d’entrevoir sur de nombreuses armoires vestiaires des personnels, témoignent d’un malaise bien réel, le nombre très insuffisant de médecins hospitaliers et de personnels soignants bien formés pour permettre une égale qualité de soins partout, ce qui implique aussi pour les soignants de bonnes conditions de travail.
En même temps, ce qu’on découvre de cette unité fermée est sans outrance, dans un cadre plutôt agréable, avec des activités ludiques organisées avec des patients, sans grand moyen mais contribuant à les mettre en valeur, où ils peuvent s’exprimer de différentes manières, en particulier par des chansons pour l’un d’entre eux, l’accès à des espaces extérieurs permettant d’associer à des plantations les personnes hospitalisées qui, contrairement à certains établissements[3], peuvent déambuler à toute heure sans être enfermés…
Le Groupe de Travail santé & bioéthique de la LDH soutient ce film qui sortira ensuite en salles partout en France à partir du 11 juin 2026. Il peut permettre de fructueux échanges avec le public et, pour la LDH, d’évoquer particulièrement les droits des personnes hospitalisées en psychiatrie, notamment en matière de contentions et d’isolement, d’hospitalisations sous contrainte[4]. Philippe Laville, élu au comité national LDH et copilote du GT santé, apportera un soutien à cette initiative du 2 juin à Bédarieux, d’autant que la LDH prépare nationalement depuis longtemps un colloque sur les déterminants de troubles psychiques en amont du soin, avec plusieurs autres GT thématiques et des partenaires, et que, simultanément, une étude nationale est en cours, à partir d’une enquête citoyenne, collaborative, avec plusieurs associations et instituts de recherche sur « Qu’est-ce que bien soigner ? »[5] .
[1] On peut également recommander le beau film de fiction également inspiré du réel, La forêt de mon père, de la réalisatrice franco-belge Vero Cratzborn, sorti en 2020, centré admirablement sur les conséquences pour des enfants de troubles psychiques affectant l’un de leurs parents, mais, comme ce n’était pas le sujet principal, les situations en milieu hospitalier sont très courtes permettant seulement d’entrevoir la contention physique et chimique, à laquelle l’ainée des 3 enfants voulait faire échapper son père (film soutenu nationalement par la LDH = https://www.ldh-france.org/la-ldh-soutient-le-film-la-foret-de-mon-pere-de-vero-cratzborn/ ). Il a été projeté à Bédarieux en ciné-débat LDH peu après sa sortie, en présence de sa réalisatrice dans la salle.
[2] En droit français, on pourra se reporter au plus récent Article L3222-5-1du Code de la Santé Publique à ce sujet : « L’isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours et ne peuvent concerner que des patients en hospitalisation complète sans consentement. Il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision motivée d’un psychiatre et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque après évaluation du patient. Leur mise en œuvre doit faire l’objet d’une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l’établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical… ».
[3] Voir notamment le rapport du Contrôleur général des lieux privatifs de liberté, titré Soins sans consentement et droits fondamentaux (Dalloz 2020 et https://www.cglpl.fr/app/uploads/2020/06/Rapport-soins-sans-consentement-et-droits-fondamentaux_web.pdf ) à la fin du mandat de 6 ans de la magistrate Adeline Hazan au cours duquel elle a visité, à partir de 2014 tous les services hospitaliers et établissements de soins psychiatriques… et les livres du psychiatre Mathieu Belhassen, accueilli par le GT santé & bioéthique LDH le 27/9/2023 au Siège national et en visio (www.youtube.com/watch?v=tnlbKjml_Dw) à l’occasion de la sortie de son livre Abolir la contention (Libertalia, 2023), le livre Et c’est moi qu’on enferme de Philippa Motte (Stock, 2025).
[4] Voir également l’Avis 147 du CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la vie et de la santé), titré « Enjeux éthiques relatifs à la crise de la psychiatrie : une alerte du CCNE » 9/1/2025 https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/2025-01/Avis%20147.pdf
[5] Voir notamment= www.ateliersrefondationhopitalpublic.org/quest-ce-que-bien-soigner-lancement-de-lenquete/



