L’esprit de la résistance

L’accélération du temps liée aux nouvelles technologies, une stratégie de déferlement d’images et de discours qui a pour but d’inonder les cerveaux avec une forme de « bouillie informationnelle », une volonté d’imposer ses idées moins par le débat que part l’usage de la force, autant d’éléments qui viennent mettre à mal les cohésions nationales comme les accords internationaux garantissant des droits égaux pour toutes et tous et des libertés larges. Alors la sidération et l’émotion prennent le pas sur la réflexion, le recul, la nuance et la juste lutte se perd en réactions parfois irrationnelles.

Contre le déferlement informationnel une véritable écologie de l’attention et une hygiène de la lecture s’imposent. Il nous faut repenser nos relations aux médias et à l’information pour nous préserver de leur toxicité, retrouver une temporalité à l’échelle de nos rythmes biologiques, cultiver une lecture attentive et davantage compréhensive qu’exhaustive, méditer les textes sélectionnés, permettre à notre esprit d’ouvrir des espaces de réflexion, de connexion entre nos différentes connaissances et de transformation de soi.

Contre la brutalisation nous devons refuser de désigner des ennemis et nous opposer à toute forme de violence contre les personnes. Car, si un adversaire politique devient à nos yeux un ennemi, nous passons du débat à la lutte à mort. C’est le cas lorsque certains parlent de « vermine » ou de « parasite », ces mots, relevant du bestiaire, déshumanisent et tuent. Il ne faut pas laisser passer ces glissements sémantiques et intellectuels. A contrario, on ne doit pas rejeter toute forme de conflictualité au nom de l’ordre, car cela conduirait à une société où les libertés d’expression et d’opinion seraient de vains mots.

Contre l’usage de la force c’est l’État de droit et le droit international qui doivent être défendus à chaque fois qu’ils sont violés. La violence dont font preuve les dirigeants de nombreux pays ne peut être acceptée comme le nouvel ordre du monde, une situation nouvelle qui rendrait désormais caduc l’ordre fondé sur le droit. Car accepter ces transgressions, en faire la nouvelle norme, c’est accepter la guerre de tous contre tous, ce qui rendrait notre monde proprement invivable pour tous.

C’est donc bien une forme d’hygiène intellectuelle qu’il nous faut préserver, cultiver et transmettre face à des assauts politiques, économiques et technologiques contre la culture, la pensée, le vocabulaire et la fraternité, qui ne sont pas simples suppléments d’âme, mais l’esprit même de la résistance.

Marc Seminel
Section LDH de Châtellerault
Article du Châtellerault Libertés n°44