LE CODE NOIR ET LES NOMBREUX ESCLAVAGISTES BOURGUIGNONS, COLONS, ORDRES RELIGIEUX….LA PLUS CONNUE EST ANNE-MARIE JAVOUHEY, Fondatrice de la Congrégation des Soeurs de Saint Joseph de Cluny (22 octobre 2026) Germaine Lemétayer

LE CODE NOIR ET LES NOMBREUX ESCLAVAGISTES BOURGUIGNONS, COLONS, ORDRES RELIGIEUX….LA PLUS CONNUE EST ANNE-MARIE JAVOUHEY, Fondatrice de la Congrégation des Soeurs de Saint Joseph de Cluny.

Partout où s’étend sa congrégation au XIXème siècle, en Guyane (Mana), aux Antilles (Martinique, Guadeloupe), à La Réunion elle acquiert et achète des esclaves qu’elle garde jusqu’au 27 avril 1848, date de l’abolition de l’esclavage par la deuxième République..

QUELQUES PREUVES (parmi d’autres): Denis Lamaison, dans sa thèse – « Prospérité et barbarie : système économique et violence dans deux colonies françaises au XIXe siècle (la Guyane et l’île de La Réunion » soutenue en 2015 à l’EHESS- atteste: « Dès 1828…elle obtient vingt- cinq esclaves des ateliers du roi……Elle va en demander cinquante supplémentaires à l’administration » ; elle-même, dans une lettre du 17 juillet 1830 à la Soeur M.T. Javouhey à La Martinique: « J’ai tiré sur vous pour la somme de 9 000 francs… C’est le prix de 7 nègres de pelle dont nous avions le plus grand besoin pour remplacer les blancs paresseux. J’en ai acheté 32 qui seront tous payés à la fin de l’année. » ; et enfin la Base de données du CIRESC qui classe, en 1849, les colons demandeurs d’indemnités à l’Etat pour la perte de leurs esclaves affranchis par la loi d’abolition de 1848: Celles demandées par la congrégation d’Anne-Marie Javouhey se montent à 28333,62F: pour les esclaves de la Martinique : 3946,06 francs ; pour ceux de la Sœur Onésime Lefèvre, en Martinique : 2774, 24 F ; pour ceux de la Guyane, 3279, 52F plus 845,18 F ; encore pour ceux de la Guyane, 845, 18F ; pour ceux de La Réunion) : 5290,57F.

Pendant vingt ans Anne-Marie Javouhey a donc marchandisé des corps comme des « biens meubles » tels que définis dans le Code Noir de 1685 pour édifier sa congrégation coloniale, c’est à dire, pour défricher la forêt équatoriale, élaguer, scier les arbres et transporter le bois, puis mettre les terres en culture tout en construisant les bâtiments de la congrégation. Sans le travail des esclaves et des Noirs de traite (saisis puis affranchis par l’Etat à leur descente de bateau après l’interdiction de la Traite), tous hommes, femmes et enfants pris en charge par la religieuse par centaines à la demande du gouverneur, sa congrégation n’existerait pas dans les anciennes colonies. Or pas une seule fois Anne-Marie Javouhey exprime sa reconnaissance pour eux, mais inverse au contraire le bénéfice de cette reconnaissance pour la « liberté » qu’elle leur aurait donnée du fait d’une christianisation à marche forcée qui fait d’eux « des enfants dociles, laborieux et soumis ». Or la liberté religieuse repose sur une croyance, tandis la liberté juridique donnée aux Noirs de Traite par la Loi du 4 mars 1831 puis celle donnée aux esclaves par la Loi du 27 avril 1848, leur confère des droits et des libertés. Autant dire qu’à aucun moment, Anne-Marie Javouhey ne condamne l’esclavage, ne promeut l’abolition et ne se réjouit de celle de 1848.

Si nous savons peu de choses sur les conditions particulières de la vie de ses esclaves, par contre, sa correspondance abonde sur les mauvais traitements de type esclavagiste infligés aux noirs de traite: Elle-même en effet décide, dans des lettres adressées aux autorités administratives (18.7.1836; 25.8.1836; 23.2.1838; 18.4.1838; 4.3.1841), de les priver de la liberté de circuler, de se marier « On a aussi employé avec fruit l’autorisation de se marier, et on a fait le choix de la meilleure négresse pour épouse… », d’élever leurs enfants « « les enfants… enlevés de bonne heure à la stupide direction de leurs père et mère, mis au sortir du berceau … », de choisir et de commercialiser leurs cultures sur les terres données par le gouverneur. Quant à la discipline, c’est l’extrême violence du fouet qui prévaut, « 15 coups à deux nègres qui s’étaient rendus coupables de vols légers », système de terreur qui fait d’elle aux yeux des Noirs, une « reine blanche » dure et autoritaire.

Quant les deux associations, la « Diaconie de la Beauté » de l’ex-évêque de Toulon, Dominique Rey, directeur spirituel de la Communauté de l’Emmanuel de Paray et les « Amis des Antilles » de Montceau-les-Mines et aux deux maires de Mana et de Chamblanc (village natal d’AM Javouhey en Côte d’or) font la promotion d’un projet conjoint de canonisation de la religieuse en qualité d’abolitionniste de l’esclavage, les associations impulsent depuis les années 2010-2011, en Saône-et-Loire une vaste opération de manipulation de l’histoire soutenue par des identitaires d’extrême-droite (Philippe Pichot, Dominique Rey) disposant de grands moyens financiers, politiques et médiatiques pour promouvoir une exposition, deux films, une pièces de théâtre et des livres; si les deux maires échouent en Guyane en 2016 à l’édification d’un mémorial aux esclaves affranchis d’Anne-Marie Javouhey, par contre, dans notre département, les Amis des Antilles apposent, en 2023, 13 fausses plaques commémoratives associant l’esclavagiste AM Javouhey à 4 authentiques abolitionnistes issus du foyer parodien.

En face d’eux, comme en Guyane avec Madame Lydie Choucoutou, les historiens: C’est l’histoire contre les récits falsifiés et instrumentalisés au service d’un projet politico-religieux de reconquête catholique contre les évangéliques américains et l’Islam qui sont l’arme de la résistance qu’opposent les historiens de la Ligue des Droits de l’homme, à Paray-le-Monial, en Bourgogne et à Paris menant la bataille de la vérité contre les faussaires d’extrême-droite. Avec pour seuls objectifs, la vérité sur ce fleuron républicain qu’est l’abolition de l’esclavage en Saône-et-Loire, la mise en valeur des 18 abolitionnistes du foyer parodien, la culture, l’éducation et le tourisme.

Photographies prises à Mana (Germaine Lemétayer)