Sollicitée par le JSL pour répondre aux « provocations » du maire, la section de Paray-le-Monial de la Ligue des Droits de l’Homme n’entend pas entretenir le battage médiatique local et celui d’un réseau social d’extrême-droite. Elle note seulement l’instrumentalisation curieuse de personnes « handicapées » de Bethléem, alors qu’en juillet, le même maire a fait appliquer à la rigueur un arrêté anti-mendicité qui excluait deux d’entr’eux de la ville. Rappelons aussi la très curieuse hospitalité offerte aux jeunes mineurs africains étrangers au Foyer des Jeunes Travailleurs de la ville, contre un travail forcé gratuit…Comprenne qui pourra. La LDH attend avec sérénité les décisions et le jugement sur le fond du tribunal administratif de Dijon.
Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau… » COMME A PARAY-LE-MONIAL AVEC PIERRE MOREAU, EN SAONE-ET-LOIRE AVEC LES COMMEMORATIONS DES ABOLITIONNISTES DE L’ESCLAVAGE, DES PREDATEURS SE SAISSISSENT DES JUSTES DU CHAMBON-SUR-LIGNON ET DES GUERRES DE RELIGION AU CHATEAU DE SAINT VIDAL POUR INSTRUMENTALISER L’HISTOIRE. CES IDENTITAIRES CATHOLIQUES OBTIENNENT D’IMPORTANTS FONDS PUBLICS, ACQUIERENT DES SOUTIENS INATTENDUS ET ONT LA BENEDICTION DE DOMINIQUE REY. Si, à Chambon -sur-Lignon, l’exploitation de la mémoire des Justes se combine sans états d’âme à un activisme anti-migrants, à Paray-le-Monial, celle de l’abolitionniste Pierre Moreau a pu coexister cette année sans plus d’états d’âme avec le travail forcé gratuit des jeunes mineurs africains au Foyer de Jeunes Travailleurs de la ville. La section de la Ligue des Droits de l’Homme de Paray-le-Monial appelle ses lecteurs à la plus grande vigilance, à la diffusion de l’information et à la protestation contre ces détournements éhontés de la mémoire au détriment des Justes, des paix de religion ou des abolitionnistes de l’esclavage. Ce qui est fait depuis quelque temps par Jean-Marc Nesme, c’est aussi un détournement magistral de l’esprit de Paray.
La Haute-Loire, étendard et laboratoire de Laurent Wauquiez
Le président des Républicains tente d’imprimer sa marque dans son fief électoral d’Auvergne, dont il fait sa France idéale. Non sans résistances religieuses et bagarres mémorielles.
LE MONDE | 13.12.2017 à 20h00 • Mis à jour le 15.12.2017 à 17h33 | Par Ariane Chemin (envoyée spéciale en Haute-Loire)
C’est un département de 226 000 habitants «en forme de cœur », dixit Laurent Wauquiez, qui, bottes aux pieds, n’y sèche aucune foire, aucune fête des jonquilles, et gravit chaque été son mont Mézenc. Venue de Saint-Etienne, la Nationale 88 traverse la Haute-Loire, longeant Yssingeaux avant de filer vers Le Puy-en-Velay, l’une des sorties pour le bourg du Chambon-sur-Lignon, plus à l’est. C’est à ce «bout d’Auvergne» que le nouveau patron des Républicains pense quand il parle d’« assumer ses racines », à la Haute-Loire qu’il songe en exaltant cette « France qui est d’abord une terre », ici qu’il ancre son programme : «Transmission, identité, permanence. »
« Quand on est originaire d’un territoire comme celui-là, la politique ne se vit pas n’importe comment… »
Laurent Wauquiez est de ceux qui jugent que la politique passe par les combats historiques et culturels. Ce département rural est devenu son étendard et son laboratoire depuis que les « métro-bourgeois » ont basculé vers Emmanuel Macron mais que campagnes et quartiers populaires sont prêts, selon lui, à le soutenir. N’est-ce pas cette « N 88 » puis les 3 000 kilomètres de départementales qu’il faut emprunter, sans itinéraire conseillé, pour comprendre son usage politique de la mémoire et de l’histoire ? « Quand on est originaire d’un territoire comme celui-là, la politique ne se vit pas n’importe comment… », a-t-il promis. Sa généalogie a beau l’attacher aux familles patronales du Nord, voila treize ans qu’il est élu ici.
Le petit Laurent a 5 ans quand sa mère, Eliane, achète une maison de vacances dans le hameau de Devesset, en Ardèche. La frontière avec la Haute-Loire n’est qu’à dix kilomètres. Entre deux années scolaires à Paris, il retrouve la campagne auvergnate. Paris Match a photographié son centre hippique, son cheval Assad, son «vallon » fétiche — « mon centre du monde », dit-il.
Les « panneaux de la discorde »
«Le Chambon-sur-Lignon, terre de Justes », affiche un panneau touristique croisé sur la N 88. La presse locale a surnommé ce panneau — et son jumeau, dans l’autre sens de circulation — «les panneaux de la discorde ». Même s’ils réjouissent Eliane Wauquiez, 79 ans, maire du Chambon depuis 2008, l’émoi reste vif sur le « plateau » du Vivarais-Lignon. Le Chambon n’est en effet que le plus connu de la dizaine de villages des environs qui, entre 1940 et 1945, ont sauvé plus d’un millier de juifs, appelé le « Refuge ». Bernard Cotte, le maire du Mazet-Saint-Voy, à six kilomètres de là, juge ainsi que le placard touristique « pervertit l’histoire locale : c’est grâce aux familles modestes d’agriculteurs de tout le plateau, tout, que ces enfants ont été sauvés ! » M. Cotte n’a plus rien à perdre : depuis qu’il s’est présenté aux dernières élections régionales, en 2015, sur la liste du socialiste Jean-Jack Queyranne, Wauquiez, patron de la région, a coupé la subvention destinée à la salle culturelle pour enfants (201 150 euros) allouée par la précédente majorité dans le cadre du plan « Auvergne plus ».
Le placard touristique « pervertit l’histoire locale »
«Combien de personnes empruntant la N 88 ne savent rien de notre histoire ? », balaie l’adjointe à la culture du Chambon qui, dans la presse, répond toujours à la place d’Eliane Wauquiez. Bernard Cotte rétorque que la religion protestante, toujours vivace dans la région, « ne justifie pas l’homme par les œuvres mais par la foi ». Depuis l’« affaire des panneaux », un discours circule, photocopié. Il est écrit : « Si un jour, à l’entrée des villages du plateau, on voit fleurir des panneaux “Ici on a aimé les juifs” comme ailleurs on signale les ravages de la bête du Gévaudan, si notre plateau tire un profit touristique de ce qui était désintéressé, alors ceux qui sont aujourd’hui remerciés, seront reniés. L’esprit qui a régné ici serait trahi. »
Ces mots datent de 1990. Le pasteur André Arnoux les avait prononcés devant l’ambassadeur d’Israël en France venu remettre la médaille des Justes à l’ensemble des villages du coin. « Une sorte de prophétie », note aujourd’hui Joël Ferrier, ex-directeur d’un centre d’hébergement pour personnes handicapées à Montfaucon et chef de file de l’opposition (sans étiquette) à Eliane Wauquiez au conseil municipal du Chambon.
La mère et le fils Wauquiez
Le « Wauquiez tour » ne s’annonce donc pas comme une promenade de curistes. Une autre bataille a divisé la municipalité ces dernières années. En septembre 2016, à peine élu président de la région, Laurent Wauquiez lance une pétition hostile au projet de répartition de migrants du nord de la France. La crainte d’un « mini-Calais », justifie-t-il alors. En réaction, l’opposition du Chambon propose aux vingt-trois conseillers de se prononcer en faveur de l’accueil de migrants. « C’est quand nous avons demandé à ce qu’on entérine cet engagement — qui s’est fait à l’unanimité — par un vote, raconte Hervé Routier, ancien enseignant en économie, que Mme Wauquiez a refusé. Sans doute ne voulait-elle pas que, dans la presse, on oppose la mère au fils. » Durant la campagne, elle venait au premier rang l’écouter vanter« ce vieux pays » si supérieur « au triste village global (…) ouvert à tous les vents financiers et migratoires ».
Laurent Wauquiez lance une pétition hostile au projet de répartition de migrants du nord de la France. La crainte d’un « mini-Calais », justifie-t-il
A l’entrée du Chambon, le temple de pierre au toit de lauzes, gris et austère à souhait, a lui aussi tenu à se rappeler au bon souvenir du président de région. Une banderole rouge et noir barre son entrée : « Liberté, égalité, fraternité, exilés, l’accueil d’abord.» Il y a quelque temps, Eliane Wauquiez a tenté de la faireretirer. « Il vaudrait mieux que vous ne la laissiez pas », a-t-elle glissé à Pierre-Jacques Exbrayat, le président du conseil presbytéral de la paroisse. Mais le protestant, ici, est rarement docile. « J’ai fait celui qui n’entendait pas », confie le retraité.
Le temple fait face au « lieu de mémoire » ouvert en juin 2013 par la même Eliane Wauquiez. Touristes et « scolaires » s’y arrêtent le temps d’une visite. A l’étage, on découvre les figures cachées dans les environs durant l’Occupation, comme Jules Isaac, auteur du manuel d’histoire qui a bercé des générations d’élèves, ou André Chouraqui, futur traducteur de la Bible en français, hébergé au hameau de Chaumargeais… Pourtant, à l’entrée, on ne voit que la plaque posée en majesté au pied de l’escalier : « Lieu de mémoire dédié aux habitants du Chambon-sur-Lignon inauguré par Madame Wauquiez-Motte, maire, et son conseil, en présence de Madame George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative. »
« Un lieu de mémoire à but utilitaire »
L’inscription n’a pas plu à tout le monde. « Un lieu de mémoire à but utilitaire », accuse le maire du Mazet. « Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau, assène le pasteur Arnoux, désormais installé à Dieulefit, bastion protestant de la Drôme. Je vais vous faire un aveu : le lieu de mémoire, je n’y suis pas allé. J’ai refusé, parce que ça allait à l’inverse de ce qui avait été voulu. » L’historien local Gérard Bollon, qui a consacré son travail au « Refuge », tempère : « Sans Mme Wauquiez, ce lieu qui transmet la mémoire aux enfants n’existerait pas. » L’« ami », dont Wauquiez fils faisait l’éloge dans Un huron à l’Assemblée nationale (Editions Privé, 2006) est en revanche «devenu réticentsur la carrière de Laurent. Il a beaucoup changé depuis notre engagement commun. Entre 2001 et 2004, il trouvait discrètement des papiers pour les demandeurs d’asile du Chambon. Comme on dit, il a viré sa cuti ».
« Ce qui est fait depuis quelque temps par les Wauquiez, c’est le détournement magistral de l’esprit du plateau du Vivarais-Lignon »
Pour gagner Saint-Vidal en quittant le Chambon, il faut passer le Puy et prendre la Nationale 102 en direction de Brioude. A gauche, une route tortueuse mène à une forteresse du XIIe siècle rachetée par un ex-Lyonnais de 31 ans, « autodidacte passionné d’histoire et de patrimoine » : Vianney d’Alançon, cofondateur de Laudate, une maison de joaillerie qui fabrique des médailles de baptême, les vend à Versailles et à Lyon, et en fait la publicité dansFamille chrétienne et sur le site du Salon beige, média traditionaliste qui guerroie contre le pape François.
« Le château, dit-il, a appartenu à ma famille durant cinquante ans il y a cinq cents ans et fut pendant les guerres de religion le fief de la Sainte-Ligue [catholique] », qui prônait l’intransigeance envers les protestants, explique le jeune entrepreneur, teint pâle et éternel pantalon rouge. Laurent Wauquiez a raconté dans La Haute-Loire de ses origines à nos jours (Jeanne d’Arc, 2011), les aventures du « ligueur » Antoine de Saint-Vidal. Face à cet « ultra », les Huguenots avaient dû se réfugier sur le plateau du Chambon.
Un « Puy-du-Fou » grassement subventionné
Vianney d’Alançon proposera l’été prochain un spectacle didactique « sur les guerres de religions au XVIe dans le Velay » et « une déambulation de pièce en pièce, de Vercingétorix à la bête du Gévaudan ». Les travaux en cours s’appuient sur « cent cinquante bénévoles levés récemment », mais aussi sur de généreuses subventions. Plus d’un million d’euros au total, octroyés par le conseil régional (600 000 euros), le département (300 000) et la communauté d’agglomération (300 000 encore), malgré les réticences de plusieurs élus, étonnés de voir autant de deniers publics engagés dans une aventure privée. « Le projet est très inspiré du Puy-du-Fou », a expliqué Laurent Wauquiez lors de sa présentation à la forteresse. « Il me soutient, mais comme président de région, tient à préciser Vianney d’Alançon. Je profite aussi du mécénat : la fondation et la famille Michelin, la famille Dassault…»
Les élus de la Haute-Loire l’ignorent, mais le bijoutier de Laudate a la bénédiction de Mgr Dominique Rey, qui a poussé sur le devant de la scène catholique Marion Maréchal-Le Pen
Lorànt Deutsch, « historien de garde » au large public, mais aussi Stéphane Bern, animateur connu avant qu’il ne devienne le conseiller en patrimoine d’Emmanuel Macron, et le journaliste de télévision Bernard de la Villardière appuient également le projet dans de petits textes ou des vidéos. Les élus alto-ligériens l’ignorent, mais le bijoutier de Laudate a la bénédiction de Mgr Dominique Rey, qui, à Toulon, a poussé sur le devant de la scène catholique Marion Maréchal-Le Pen et milite pour SOS Chrétiens d’Orient, organisation créée par d’ex-collaborateurs d’élus Front national.
« C’est un homme très jeune, enfin très jeune dans sa tête, s’enthousiasme M. d’Alançon à propos de l’évêque le plus conservateur de France. Il a compris les problématiques spirituelles de l’époque et ce dont le pays a besoin. C’est important, à un moment où des jeunes se radicalisent et sont attirés pour certains par le djihadisme. Mais mon projet est culturel, et nullement politique. »
Interview dans « Famille chrétienne »
Mgr Rey a d’ailleurs marié Vianney d’Alançon, et fait le voyage jusqu’à la somptueuse cathédrale du Puy-en-Velay pour baptiser son fils. Le Puy est l’un des plus grands sanctuaires mariaux de la chrétienté médiévale depuis l’apparition de la Vierge noire, voilà quinze siècles. Le matin, on y croise des pèlerins tout juste sortis des gîtes. « J’ai ranimé les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, j’ai mis en lumière la cathédrale », a insisté Laurent Wauquiez dans Famille chrétienne peu après son accession à la tête des Républicains, le 10 décembre.
Une longue volée de marches mène au majestueux évêché du XVIIIe siècle. Il ne se visite pas, mais tous les anciens évêques du Puy y ont leur portrait. C’est aujourd’hui la résidence de Mgr Luc Crépy. Quelques mois après son arrivée, il y a deux ans, celui-ci s’était réjoui d’entendre le pape François demander à « chaque paroisse » d’accueillir une famille de migrants. Des Ponots (les habitants du Puy) ont ouvert leurs portes à des Irakiens — lui-même a montré l’exemple à l’évêché. « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » : Mgr Crépy ne cite jamais Laurent Wauquiez, mais très volontiers l’Evangile selon Matthieu. «Que les hommes et les femmes politiques ne s’y retrouvent pas est une autre question », lâche-t-il, et ce n’est pas la moindre surprise de ce « tour » que d’entendre ces mots au cœur de la ville dont Laurent Wauquiez est roi.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/13/wauquiez-tour-en-haute-loire_5229280_3232.html#OgLoIEBB29lUqvK8.99
LA CITADELLE ASSIEGEE, LA CRECHE, L.WAUQUIEZ, J.M. NESMES, D. REY ET LES AUTRES….Des crèches des maries de Lyon, Paray et Roanne au projet de grand spectacle du château de Saint Vidal en Haute-Loire, se discerne le militantisme hyperactif d’élus identitaires cathos ou « ultra-cathos ». Pendant la période de Noël, les plus radicaux d’entre eux s’offrent des coups de communication gratuits en instrumentalisant les crèches de Noël et en narguant la justice en violation flagrante de la loi de 1905, contre le vivre-ensemble, contre l’égale liberté de culte et de conscience des citoyens, contre la séparation des Eglises et de l’Etat. On peut le constater au Conseil Régional d’Auvergne-Rhône-Alpes qui expose une collection de santons et de crèches, à la mairie de Paray où un médaillon catholique représentant une crèche a été mis en vitrine à côté d’un sapin et sur la place de l’hôtel de ville de Roanne qui expose une crèche …payée par les contribuables. Cet activisme catholique se manifeste aussi à travers certains projets de grands spectacles genre Puy du Fou, tel celui du château de Saint Vidal, en Haute-Loire: Dans ce lieu, un propriétaire ultra catho, Vianney d’Alençon, fabriquant de médailles pieuses soutenu par Laurent Wauquiez, obtient 1,2 millions d’euros de fonds publics de l’agglomération du Puy, du département et de la région pour financer un projet privé de reconstitution historique sans aucune garantie…une histoire sélectionnée en fonction de critères très idéologiques: les croisades et les guerres de religion à l’avantage de la Ligue (les ultras- catholiques de l’époque) contre les protestants, contre Henri IV, le pacificateur de la France, c’est, avec la bénédiction de Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon…et habitué de Paray-le-Monial, l’instrumentalisation de la peur et l’apologie des guerres de religion. Selon le propriétaire, l’idée est « le retour aux racines », « la « redécouverte de l’histoire…il faut raconter intelligemment l’épopée de ces châteaux immuables ».(Valeurs Actuelles, 6/8/2017; la Montagne, 13/2/2017, le Monde, 13/12/2017)).
Tous ces faits sont à mettre en relation avec la recomposition en cours de la droite et de l’extrême-droite au profit des identitaires catholiques. Inexistants dans la sphère politique il y a quarante ans, ils ont connu une ascension fulgurante et très discrète mais restent inconnus du grand public. Qui sont-ils au juste? Deux ouvrages publiés par les historiens des religions , « Métamorphoses catholiques » de Philippe Portier et Céline Béraud (2015) et « Catholicisme et identité » de Bruno Dumons et Frédéric Gugelot en 2017 permettent de discerner trois caractéristiques essentielles:
1- D’abord leurs objectifs : sous l’impulsion de Jean-Paul II, les catholiques d’identité visent à réaliser, dans une Europe considérée comme une citadelle assiégée par l’islam, le rêve de Compostelle, c’est-à-dire une Europe chrétienne. Dans ce but, une contre-réforme se met en place, articulée autour de 3 pôles : une « nouvelle évangélisation » qui vise à rétablir une observance stricte des pratiques anciennes (l’assistance à la messe, la confession, la communion…) et nouvelles (louanges, chants, musique, guérisons, miracles) largement inspirées du pentecôtisme américain. Il s’agit de relancer un processus de sainteté et de vocation qui fourniront les nouveaux héros et les nouveaux saints de cette reconquête. Le second est une visibilité dans l’espace public ; ainsi la mission de l’Avent à Paris en 2014 a-t-elle compté plus de 500 manifestations publiques, des processions qui avaient disparu, celle de la Fête-Dieu, du Chemin de croix, mais aussi des pèlerinages remis en vigueur. Cette visibilité s’affirme aussi dans les écoles, écoles privées catholiques anciennes ou nouvelles, hors contrat avec de nouveaux statuts en 2013 qui donnent la priorité à la recatholicisation et à l’évangélisation.
2-Contrairement aux catholiques d’ouverture qui prennent en compte de manière positive les changements de la société en s’impliquant dans sa construction, les identitaires s’opposent fermement à la modernité libérale. Dans cette confrontation à la fois culturelle et politique, la gestion des corps de la conception à la mort occupe une place centrale. Traditionnellement dépendant de la nature et du magistère de l’Eglise, la naissance, le mariage et la mort leur échappent désormais, grâce aux progrès de la biologie et aux nouvelles lois de la seconde moitié du XXème siècle. En passant, selon Denis Pelletier, du registre du salut et de la nature à celui de la santé, de l’intime et du contrat, le corps est devenu un enjeu capital de l’émancipation collective et plus particulièrement de celle des femmes, qui… signe la perte d’emprise de l’Eglise , voire, selon Danièle Hervieu-léger, une forme « d’exculturation » . En réaction à cette révolution familiale de type libérale qui fait prévaloir l’autonomie des individus et des familles, les principes de liberté et d’égalité, les catholiques d’identité diabolisent, au nom de ce qu’ils considèrent comme une culture de mort, ou une contre-nature, les lois votées successivement en faveur du planning familial, de la contraception, de l’autorité parentale, de l’IVG, du PACS, de la mort assistée médicalement, du Mariage pour tous, de l’égalité réelle et de la parité en les associant à l’immoralité, à la déconstruction et à la décadence d’une société qu’ils n’hésitent pas à représenter par le Titanic ou la figure de l’homosexuel. Pour diffuser cette idéologie très contestatrice de ces lois sociétales, ils multiplient les associations militantes du type Veilleurs, Antigones, Vigiles debout, Sentinelles, qui utilisent l’approche culturelle dans l’espace public ou sur les réseaux sociaux, pour protester contre la PMA, la GPA, la garde alternée, les progrès de la bioéthique, le téléthon, la loi de 1905, la loi Taubira etc… Très exigeante pour ses militants, cette contre-réforme suscite une forme de virtuosité d’un engagement familial polyvalent, à base de division sexuelle et qui a pour but de rapporter le plus de voix et de pouvoir de décision au mouvement dans le circuit des partis politiques et des associations en particulier familiales et de parents d’élèves. (Sophie Retif).
3-A Paray-le-Monial s’élabore, on l’a compris, un modèle de société qui n’est pas seulement d’essence religieuse mais politique. Depuis 2009, on assiste en effet au déplacement d’une identité catholique de type confessionnelle à la France tout entière, l’idée s’impose que « le vrai peuple, ce sont les catholiques car les racines de la France sont chrétiennes »(Du Cleuziou) ; en 2012, une nouvelle étape est franchie avec la montée en puissance des engagements politiques anti-libéraux à travers un « cadrage populiste » qui considère selon Thomas Jefferson- cité par Marie Balas, que « quand l’injustice devient loi (comprendre « la culture de mort »), la rébellion devient devoir » . Tandis que Sens Commun est créé en 2013, que Marion Maréchal Le Pen est invitée par les Veilleurs de Versailles et au colloque de Dominique Rey à la Sainte Baume en 2015, la Manif Pour Tous se transforme en parti politique la même année. Aux élections présidentielles de 2017, les Primaires de la Droite présentent Jean-Frédéric Poisson et François Fillon qui investissent une partie de leurs idées, tandis qu’Hervé Mariton est écarté en dernière minute. Aujourd’hui , en proposant une plate-forme commune avec le courant identitaire du FN, Sens commun participe à l’extrême-droitisation de LR…tandis que Laurent Wauquier qui avait été adoubé par la Manif Pour Tous aux élections régionales de 2016 est élu président de LR le 10 décembre 2017. On mesure le chemin fait depuis 40 ans.
Sur le plan de l’action politique, considérant que le désordre voire le chaos sont établis par la loi quand elle soutient une « culture de mort » ou lorsqu’elle va à l’encontre de la nature, les catholiques d’identité combattent donc la société libérale et sa logique libertaire en passant aux actes. Comme on le constate dans le fonctionnement du CR d’Auvergne Rhône Alpes, ils transgressent la loi de 1905 (crèche dans le hall du Conseil Régional), augmentent les subventions aux écoles privées catholiques sous contrat ou hors contrat (260 000 euros à Espérance Banlieues) en visant à une prétendue égalité avec le public, ils diminuent d’un tiers celles du planning familial, ils modulent celles destinées aux associations en fonction de leur orientation politique et contreviennent aux règles élémentaires de la démocratie dans le fonctionnement de l’assemblée régionale (pas d’informations à l’opposition) et en intégrant des journalistes d’influence dans l’équipe de direction (Le Progrès). L’expérimentation d’une politique identitaire catholique dans la région Auvergne Rhône-Alpes met en relief, pour l’instant, 3 priorités : la mise en place d’un état qui veut s’afficher catholique et peu respectueux de la démocratie ; l’affaiblissement de l’école publique et le contrôle de la presse.
C’est une petite bourgade de Saône-et-Loire de 10 000 habitants, surplombée par une basilique. Mais, derrière la carte postale, la Communauté de l’Emmanuel étend son influence sur les bâtis, les corps et les âmes. Et si la contestation existe, elle a souvent du mal à se faire entendre.
Le 25 octobre dernier, j’ai participé, aux côtés de différents acteurs associatifs, à une conférence à Paray-le-Monial. Organisée par la Ligue des droits de l’homme, elle portait sur les discriminations de genre et à l’orientation sexuelle. Il s’agissait de réfléchir sur ce que la théologie, les sciences humaines et sociales, ainsi que le droit peuvent dire sur les « camps » (ou sessions) au contenu plus que douteux organisés dans la ville par la Communauté de l’Emmanuel. Ainsi, le stage « Optimum » cherche-t-il à reviriliser les hommes « victimes » du féminisme contemporain, tandis que la session « Courage » vise à imposer l’absence de vie affective et sexuelle aux personnes LGBT.
Il est rare que je fasse des conférences dans de petites villes, et c’est avec joie que j’ai accepté cette invitation. Quoi de plus enthousiasmant qu’une société qui cherche à comprendre les racines croisées du sexisme et de l’homophobie afin de se donner les moyens de lutter contre ?
Pourtant, à Paray-le-Monial, c’est une réalité tout autre qui se révèle. Ce soir-là, la petite salle municipale n’a guère besoin d’être convaincue de l’importance de la lutte contre l’homophobie et le sexisme. Même s’il est impossible de sonder le coeur de chacun, je découvre une société ouverte. L’assistance n’en fait pas le motif de guerres culturelles. Plusieurs personnes viennent me voir à la fin de la conférence pour me confier un témoignage sur une connaissance vivant positivement son homosexualité à Paray. La loi Taubira sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe a été révélatrice localement d’une homophobie fortement politisée. La situation est désormais plus apaisée. « Les gens se marient et sont heureux. Ici, sur ce point, on n’est pas différents des grandes villes. »
Mais cette soirée, soudain, prend un tour déroutant. Alors que, nous, conférenciers, sommes venus nous exprimer sur les discriminations, on nous questionne sur tout autre chose : « Dites-nous ce qu’on peut faire concrètement contre l’emprise de ces catholiques sur la ville ? Leurs idées ne nous représentent pas ! » Nous sommes interrogés sur la coupure qu’un mouvement majeur du catholicisme d’identité français est en train de créer entre une ville et sa population. Les citoyens – ceux et celles qui sont présents ce soir-là – ont le sentiment que leur ville se fait comme déposséder par les catholiques d’identité.
Dans cette cité bourguignonne, on reconnaît bien des maux de la société française contemporaine, au sein de laquelle le pacte social se délite. Les habitants ne parviennent plus à vivre un projet commun au-delà de leurs différences de convictions et de positions sociales. « Regardez d’où ils viennent : ils sont tous immatriculés ailleurs. On ne peut pas suivre pour les prix. Ils possèdent 35 % de la ville et on ne peut plus acheter ! » Mais, plus surprenant à Paray-le-Monial, un phénomène socio-économique connu se mêle à la problématique spécifique des catholiques d’identité.
Depuis son installation au milieu des années 1970, le groupe charismatique de la Communauté de l’Emmanuel a fait son trou dans cette ville située à mi-chemin entre Moulins et Mâcon. Loin des centres d’opinion, de la « grande presse », les forces progressistes et les lanceurs d’alerte sont peu nombreux. Cela d’autant plus qu’ici aussi on enregistre un fort déclin de l’industrie. La Ligue des droits de l’homme et une poignée de citoyens engagés tiennent courageusement les positions du camp républicain, laïc et humaniste. Mais ils ont peu de relais. La presse régionale a peut-être peur de perdre les annonces locales… Le tissu citoyen, excepté quelques militants syndicaux, est ténu. Et les politiques ? Ils semblent comme anesthésiés par l’argent qui afflue dans cette ville spécialisée dans le tourisme religieux. Dans l’assemblée, on relativise toutefois l’apport économique des charismatiques à la communauté locale. Peu de circuit court reposant sur l’agriculture paysanne locale et pas vraiment de retombées pour les petits commerces. Les contrats d’approvisionnement alimentaire sont signés avec de grands groupes. Économiquement, la Communauté vit en monde clos.
Mais le quotidien des habitants est touché. L’été, l’espace public est occupé par des personnes qui ne représentent plus le tissu social local dans sa diversité. Des traits communautaristes évidents sont visibles. Une auditrice s’emporte : « Je ne vais plus dans le centre-ville : marre qu’on me tracte sur la Vierge Marie et mes péchés ! » La ville du Sacré-Coeur serait-elle celle d’une laïcité non apaisée ? Tout porte à le croire, malgré les discours iréniques sur la bonne entente offerts par les édiles. Que des personnes, au nom de la liberté de conscience et d’opinion, aient des pratiques liturgiques émotionnelles et des dévotions aux accents encore doloristes, peu m’importe, c’est leur liberté absolue. Mais qu’elles instrumentalisent les fractures du territoire national, qu’elles participent au détricotage du pacte laïque et républicain dans les territoires est insupportable. Cela demande une réaction forte, sereine et collective.
CONFERENCE-DEBAT organisée par la LDH Paray : « LES ASSOCIATIONS CHRETIENNES ET LA LDH CONTRE LES DISCRIMINATIONS DE GENRE A PARAY-LE-MONIAL (25/10/2017) avec Caroline Amberger, Anne Soupa , Anthony Favier et Daniel Boitier.
A Paray-le-Monial, ce 25 octobre 2017, les Parodiens présents au Centre de Culture et de Congrès pour entendre les invités à la conférence-débat de la Ligue des Droits de l’Homme ont eu la surprise de participer à un réquisitoire en règle contre les dérives de genre (homophobie, revirilisation, antiféminisme) d’un catholicisme d’identité incarné par la communauté de l’Emmanuel. Caroline Amberger , étudiante à la faculté de théologie de Genève et journaliste- stagiaire à la plate-forme protestante Protest info, ouvre la soirée par le compte-rendu de sa participation au « Parcours homosexualité » de Paray organisé en août. Elle évoque l’inspiration américaine d’un grand show…les discours stéréotypés, mais aussi l’ambiguité des propos tenus par l’organisateur, Louis-Marie Guitton et un littéralisme de la lecture biblique dont elle donne un exemple, bible à la main.
Puis, dans un langage clair et net, Anne Soupa, Présidente du Comité de la Jupe et de la Conférence catholique des baptisé(e)s) francophones, qui se présente comme « catholique d’ouverture » entre dans le vif du sujet : « Le visage normal du catholicisme, ce n’est pas un conglomérat de personnes en quête d’identité…la Manif Pour Tous et Sens Commun sont impliqués sur les questions morales et sociétales, ce n’est pas ça, la carte génétique du christianisme …Le christianisme, c’est le fait de suivre le Christ… Etre chrétien, c’est « compagnonner avec tout le monde ». Les trois intervenants portent plus particulièrement leurs critiques sur l’interprétation littéraliste de la Bible qui fait fi de la longue tradition de l’exégèse et de la pensée historico-critique présente depuis plus de 450 ans au sein du christianisme pour penser la foi : « l’Emmanuel a une lecture fondamentaliste de la Bible : on prend tout au pied de la lettre, alors que la Bible s’interprète… Le christianisme, ce n’est pas une contre-culture…. Ce n’est pas chrétien et c’est une dérive …En ce qui concerne le mariage et la famille, il y a 36 modèles de familles dans la Bible »(AS) « Le littéralisme de l’Emmanuel est inspiré des pentecôtistes américains qui imposent une théologie morale d’influence puritaine d’origine nord-américaine et qui exagère le contenu du catéchisme de l’Eglise catholique » « (AF).
L’épiscopat et les medias, dont La Croix, ne sont pas ménagés : « l’épiscopat est demeuré silencieux, globalement, il ne prend pas position,…il y a un aplatissement des références médiatiques : on ne s’intéresse qu’à ce qui est majoritaire » (AS). Anthony Favier, Co-Président le l’association LGBT David et Jonathan, cite un exemple d’ « enfumage » dans un article de la Croix …qui mobilise une prétendue « psychothérapeute », en réalité…conseillère conjugale. Il remarque aussi qu’un important changement s’est produit dans les années 90 avec le durcissement de la doctrine catholique sur les homosexuels, dont les actes sont considérés comme « intrinsèquement désordonnés » : en 2005, les séminaristes gays sont interdits de sacerdoce. Mais il note aussi que depuis 2015, à travers la promotion d’une chasteté qui conditionnerait la conformité des homosexuels à l’Eglise, l’association Courage, apostolat américain importé par Louis-Marie Guitton et vitrine de l’Emmanuel, est en totale rupture avec les pratiques d’inclusion en cours dans la plupart des diocèses, surtout depuis le texte Amoris Laetitia du Pape François. Louis-Marie Guitton, second de Dominique Rey dans la création des Parcours, est présenté comme « un pompier pyromane » alternant des propos exclusifs et rassurants significatifs pouvant potentiellement conduire à une emprise de type sectaire. Il joue, dans son discours, des clivages caractéristiques de la perversion narcissique oscillant en permanence entre accueil chaleureux et réprobation forte de l’homosexualité. Enfin, sur le plan théologique et politique, « Courage va contre la longue tradition catholique du discernement, contre l’esprit des évangiles et les valeurs du catholicisme qui a accepté la république et la laïcité ».
Anthony Favier, -Président le l’association LGBT David et Jonathan, cite un exemple d’ « enfumage » d’Arte et de la Croix …qui mobilise une prétendue « psychothérapeute », en réalité…conseillère conjugale. Il remarque aussi qu’un important changement s’est produit dans les années 90 avec le durcissement de la doctrine catholique sur les homosexuels, dont les actes sont considérés comme « intrinsèquement désordonnés » : en 2005, les séminaristes gays sont interdits de sacerdoce. Mais il note aussi que depuis 2015, à travers la promotion d’une chasteté qui conditionnerait la conformité des homosexuels à l’Eglise, l’association Courage, apostolat américain importé par Louis-Marie Guitton et vitrine de l’Emmanuel, est en totale rupture avec les pratiques d’inclusion en cours dans les 2/3 des diocèses. Louis-Marie Guitton, second de Dominique Rey dans la création des Parcours, est présenté comme « un pompier pyromane » alternant des propos exclusifs et rassurants significatifs d’une emprise de type sectaire et de clivages de l’ordre de la perversion narcissique. Enfin, sur le plan théologique et politique, « Courage va contre la longue tradition catholique du discernement, contre l’esprit des évangiles et les valeurs du catholicisme qui a accepté la république, la laïcité ». Daniel Boitier, responsable du Groupe de Travail laïcité à la Ligue des Droits de l’Homme, anime le débat en faisant remarquer que ce qui, au regard de la loi de 1905, rend complexe une prise de position sur ce qui se passe à Paray , c’est que les autorités catholiques semblent ne pas avoir vu d’un mauvais oeil cette affaire, et que l’article 4 de la dite loi assure l’autonomie du culte. Depuis longtemps, on dit « l’Eglise chez elle, l’Etat chez lui ». Reste que nos amis de Paray semblent avoir le sentiment de ne plus être chez eux dans leur ville! Sur le plan d’une analyse politique, les propositions des invité.e.s, et cela jusque dans leurs approches religieuses, nous ont permis de réfléchir sur les résistances, parmi les catholiques et plus largement, à une dérive identitaire et anti féministe à dimension politique. Dans notre pays, pris de diverses paniques morales et identitaires, les propositions législatives allant dans le sens de la sécularisation de la société et des moeurs semblent avoir réveillé des réflexes sectaires potentiellement porteurs d’homophobie. Mais ce soir le « compagnonnage avec tout le monde » d’Anne Soupa et le « vivre ensemble » de la section de Paray ont fait fort bon ménage. Le public présent a participé largement au débat en mentionnant d’autres dérives locales de la politique municipale et de la communauté de l’Emmanuel. Les conversations se sont poursuivies tardivement autour d’un pot. La LDH Paray remercie Caroline Amberger, Anne Soupa, Anthony Favier pour cette dénonciation publique courageuse de l’imposture sectaire mise en œuvre par l’Emmanuel. Présent, le Journal de Saône-et-Loire a censuré l’information.
Ldh Paraylemonial a ajouté 8 photos à l’album Conférence-débat: « A Paray-le-Monial, c’est viril! »(25/10/2017).https://www.facebook.com/312178878991627/photos/a.703087839900727.1073741902.312178878991627/703088176567360/?type=3&theater
QUAND LE PAPE DENONCE L’ALLIANCE, AUX USA, ENTRE LES FONDAMENTALISTES EVANGELIQUES ET LES INTEGRISTES CATHOLIQUES..IL VISE AUSSI, EN FRANCE, LES IDENTITAIRES CATHOLIQUES D’EXTREME-DROITE. Les auteurs de « Un oecuménisme surprenant », article de la Civilta cattolica paru le 18 juillet 2017, le jésuite Antonio Spadaro, et le bibliste protestant Marcelo Figueroa mettent en garde contre un « oecuménisme de la haine » impliquant « influence forte et déterminée sur les processus démocratiques et sur leurs résultats ». Parmi les thèmes évoqués dans cet article, un certain nombre convergent avec ceux, certes beaucoup moins médiatisés mais présents dans les livres, discours, videos diffusés par les catholiques d’identité français et en particulier par les éditions des communautés charismatiques nées dans les années 70 ( Editions de l’Emmanuel, des Béatitudes…). Quelques exemples:
– « le désir d’avoir la possibilité d’exercer une influence dans la sphère politique, parlementaire, juridique et éducative, pour soumettre les normes publiques à la morale religieuse »; » la nécessité théocratique de soumettre l’État à la Bible »; « Il cherchait à répondre à la « menace » représentée par les idées modernistes de l’époque »;
– « Dans cet exposé des faits, ce qui pousse au conflit n’est pas banni. Il n’est pas tenu compte du lien existant entre capital, profit et la vente des armes. Au contraire, la guerre est elle-même souvent assimilée aux héroïques entreprises de conquête du « Dieu des armées » de Gédéon et de David. Dans cette vision manichéenne, les armes peuvent donc revêtir une justification à caractère théologique »;
– « la « théologie de la prospérité », promue principalement par des pasteurs millionnaires et médiatiques et par des organisations missionnaires qui exercent une importante influence religieuse, sociale et politique. Ils annoncent un « évangile de la prospérité », selon lequel Dieu désire que les croyants soient physiquement en bonne santé, matériellement riches et personnellement heureux »
-Combat contre la laïcité: une manière particulière de proclamer la défense de la « liberté religieuse ». L’érosion de la liberté religieuse est clairement une grave menace au sein d’un sécularisme déferlant. Il convient cependant d’éviter que sa défense se fasse au rythme des fondamentalistes de la « religion en liberté », perçue comme un défi virtuel direct opposé à la laïcité de l’État. »
– Cette rencontre autour d’objectifs communs a lieu sur le terrain de thèmes comme l’avortement, le mariage entre des personnes de même sexe, l’éducation religieuse dans les écoles et d’autres questions considérées comme génériquement morales ou liées à des valeurs. Les évangélistes aussi bien que les catholiques intégristes condamnent l’œcuménisme traditionnel, et soutiennent au contraire un œcuménisme du conflit qui les réunit dans le rêve nostalgique d’un État aux caractéristiques théocratiques ».
-« La perspective la plus dangereuse de cet étrange œcuménisme est à attribuer à sa vision xénophobe et islamophobe, qui réclame des murs et des déportations purificatrices. L’expression « œcuménisme » se traduit ainsi en un paradoxe, en un « œcuménisme de la haine ». L’intolérance devient une marque céleste de purisme, le réductionisme devient une méthodologie d’exégèse, et l’ultra-littéralisme en est la clef herméneutique. »
-« Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de dépouiller le pouvoir de son accoutrement confessionnel, de ses cuirasses, de ses armures rouillées. Le schéma théopolitique fondamentaliste veut instaurer le règne d’une divinité ici et maintenant. Et cette divinité est évidemment la projection idéale du pouvoir établi. Cette vision engendre l’idéologie de la conquête. »
Ce texte a soulevé les protestations de « Riposte catholique », défenseur des positions de la Manif Pour Tous, dont il est intéressant de lire l’argumentaire .https://www.riposte-catholique.fr/n…/oecumenisme-de-la-haine.
Treize jours après la révélation par le Canard Enchaîné du million d’euros de salaires versés à la famille Fillon essentiellement sur fonds publics, avec de sérieux doutes sur la contre-partie d’un travail effectif, la Ldh paray a testé pour vous, sur les réseaux sociaux, les réactions d’une quinzaine de membres éminents de la MPT. Presque tous avaient choisi François Fillon comme leur candidat de prédilection à la présidentielle. Ce dernier le leur avait bien rendu en hissant haut ses valeurs personnelles de « chrétien » et en se faisant le chantre intarissable des « racines chrétiennes « de la France. Or, loin d’être unanimes, leurs réactions attestent à ce jour une explosion du mouvement:
1-D’abord, LES OPPOSANTS AU MAINTIEN DE LA CANDIDATURE FILLON : Paul PICARRETTA (Rédacteur en chef de la revue Limite) reproduit une blague du Gorafi faisant parler François Fillon : « Je vais fusionner 500 000 postes de fonctionnaires en un seul, et il sera pour ma femme » (Tw, 25/1), . Quant à Tugdual DERVILLE, il prend ses distances avec un pronostic-catastrophe : « Temps+ énergie gâchés à s’étriller sur les Primaires, à gloser sur des affaires avant d’épiloguer sur un effondrement » (Tw, 1 fév).
2-LES SIDÉRÉS MUETS qui zappent sur l’événement : les chefs religieux, Dominique REY, Marc AILLET… pourtant hyperactifs pour promouvoir l’engagement des chrétiens en politique à Paray-le-Monial (2012) et à la Sainte Baume (2013). S’ajoutent la MANIF POUR TOUS, parti politique depuis avril 2015 qui accrédite certains candidats aux élections (Wauquiez, Pécresse, Retailleau..), mais aussi les VEILLEURS de Cognac et la députée Anne LORNE qui, lors d’une inauguration d’une permanence LR à Lyon, campe sur un déni très métaphorique : « En avant pour la reconquête, qu’importe la houle, hissons nos couleurs… » (FB 1er fév.). Quant à François-Xavier BELLAMY, le délégué aux affaires scolaires de la MPT, le 1er février, il annonce sa candidature aux législatives dans Famille Chrétienne (LR) en ignorant complètement l’affaire tout en revendiquant les valeurs chrétiennes : « servir ce qui est bon, juste et vrai » (sic). Pas un mot sur les réseaux sociaux non plus…hormis une allusion rappelant que l’attentat du Louvre devrait inciter à revenir « aux vrais sujets » (tw 3/2).
2-LES CRITIQUES DUBITATIFS : Sur son blog, Bruno GOLLNISCH refuse de reconnaître que « François Fillon est blanc comme neige » et manie la litote avec jubilation : « Je ne dis pas que Madame Pénélope Fillon a travaillé assidûment pour son mari» (1 fév). Le 3 février, il tire la sonnette d’alarme en s’appuyant sur les sondages : « Reste qu’à moins de 80 jours d’un premier tour de la présidentielle plus ouvert que jamais, il est cependant loisible d’apporter quelques crédits aux enquêtes qui enregistrent les contrecoups des révélations du Canard Enchaîné sur la candidature Fillon. » Bernard ANTONY s’essaie à l’ironie mi-figue mi-raisin, s’en tient à la légalité et suggère le combat ultime : « Après le coup du canard, Fillon a-t-il du plomb dans l’aile ? » (Blog 25/1) « Mais voici que pèse désormais sur les Fillon l’accusation d’emploi fictif de Pénélope, sorte de délit …Dans l’état actuel de ce que rapportent les medias, … rien ne permet d’affirmer que François et Pénélope ont enfreint la loi…Mais, même s’ils sont blanchis, on sait ce qu’il en est de ce genre d’accusation, il risque d’en rester quelque chose. …on verra si, pour venger l’honneur de sa Pénélope, François Fillon saura, tel Ulysse, occire l’infâme et conquérir alors dans la foulée « l’île des bienheureux » (Makarôn nêsoi), encore appelée Élysée par Homère et Hésiode. Mais il faut se souvenir de ce que plus tard, pour Platon et pour Virgile dans l’Énéide, l’Élysée était une partie des Enfers gouvernée par Rhadamante. Mais pas la pire puisque c’était le lieu de séjour provisoire des âmes bonnes avant leur réincarnation. » (Blog, 27/1)
3-LES FANS INCONDITIONNELS ne lâchent rien sur l’objectif de la présidentielle. Ils font un black out massif sur la question des salaires et de l’éthique alors qu’à ce jour F. Fillon n’a pas toujours pas déposé plainte contre le Canard Enchaîné comme il l’avait annoncé. La défense de leur champion s’organise autour d’une triple thématique :
-La minoration des faits : « Rien n’est illégal et tout est réglementé. On va chercher des poux dans la tête de François Fillon » , JM NESME (JSL, 26/1) ; « emploi fictif de Pénélope, sorte de délit » B. ANTONY ; « Vous n’avez pas commis de délit, mais vous n’êtes pas indifférent aux intérêts de votre famille. Ceux qui comme moi ont participé à la vie parlementaire savent combien y prolifèrent les pratiques laxistes. En avoir usé avec le sentiment d’avoir eu le droit de le faire n’est donc pas un crime. C’est une faute qu’il s’agit aujourd’hui de réparer en vous donnant à fond au combat pour le redressement du pays. » C. VANNESTE (Blog 3/2) ; « François Fillon défend la famille et la filiation. Et il a pour cela, mieux que quiconque, pu fonder sa réussite politique sur la réussite de sa propre famille…Il était donc légitime qu’il s’entoure de sa femme et de ses enfants dans sa vie parlementaire […] pour incarner cette conviction » , F. BARJOT (Pétition, 3/2) « L’homme François Fillon est au fond de peu d’importance : L’important c’est son diagnostic sur la France et la nécessité de réformer. » Retweet, X LEMOINE, ( 3/2).
-La victimisation : « les autres candidats à la présidence de la République commencent à sortir les boules puantes » JM NESME (JSL, 26/1) ; « une mise à mort » Il est cloué au pilori, c’est un acharnement » ; « Cet acharnement est malsain. La transparence est nécessaire, mais pas la traque, pas la chasse à l’homme ! » B RETAILLEAU (tw, 2/2, 3/2) ) ; « le lynchage médiatique » C. VANNESTE, (Blog, 1 fév) ; « Fillon: après le lynchage, le déluge », Le Causeur publié par Jean SEVILLIA, ( tw, 2/2) ; « Depuis une semaine, François Fillon est cloué au pilori médiatique et politique. Pour y parvenir, tous les coups sont permis : on jette aux loups un homme, sa femme, ses enfants, ses collaborateurs, sans attendre leurs arguments ni entendre leur défense » VALERIE BOYER (Fb 2/2).
– La théorie du complot » il y a quelque chose qui ressemble à un coup d’état institutionnel, X LEMOINE, (Tw, 1 fev ; B RETAILLEAU, (Tw 1er fév); V BOYER, (Tw 1er fév); « je suis effaré de la célérité du parquet… le parquet est aux ordres du pouvoir…le parquet a été créé pour trouver quelque scandale à droite », B GOLLNISCH, (Blog, 1 fév) ; « Cette tentative de mise à mort vise à installer un face-à-face mortel « B. RETAILLEAU ( tw 2/2 ).
-les propos insultants : « le cloaque républicain »,« le microcosme politique et médiatique est indigne du pays », C.VANNESTE, (blog, 1er fév) ; « il y a quelque chose de pourri dans la démocratie », S. Fillon repris par V. BOYER, (tw, 26/1)
Notons enfin le déni total du maire de Chalon/Saône, Gilles PLATRET et son soutien sans aucune réserve à François Fillon qui l’apparentent aux plus radicaux de la Manif Pour Tous: «Des mots justes pour répondre à une campagne de caniveau. Il s’agit de la France, élevons le niveau ! » (tw 27/1) « Avancez la tête haute, ne cédez à aucune intimidation, soyez plus grands que ceux qui nous mitraillent ! »(tw 29/1).
Pour conclure, par delà cette diversité, se remarque même chez les opposants,une absence totale de références à la morale et à l’éthique. Ce vide est significatif d’une forme de cynisme afférent à la défense de pratiques insupportables aux yeux des citoyens lambdas. Il constitue sans doute l’un des aspects majeurs de la crise politique de notre pays.
Dans son ouvrage « Mariage et filiation pour tous, Une métamorphose inachevée », Irène Théry, sociologue et directrice de recherche à l’École des hautes études en sciences sociale, montre que l’instauration du mariage pour tous a été une avancée et que les mutations de la famille et de la filiation appellent une (r)évolution du droit.
Article passionnant qui ouvre de nouvelles perspectives pour la GPA: selon Gilles Alfonsi, « Irène Théry termine Mariage et filiation pour tous en abordant le grand débat sur le « don d’engendrement ». Elle montre d’abord que c’est la féminisation du don qui « met au centre l’enjeu moral, social et humain, jusqu’à alors complètement ignoré, des relations entre donneurs et receveurs et interroge de façon nouvelle la barrière qui avait été dressée entre eux ».
Pour elle, « on ne peut que souhaiter que commence à se construire dans notre pays un débat argumenté sur cette forme particulière de don en assistance médicale à la procréation, en lieu et place de la véritable entreprise de diabolisation qui se déploie aujourd’hui au mépris de la connaissance empirique, assimilant toute GPA aux dérives et aux trafics de ventre qui sévissent dans certains pays ». Elle oppose d’ailleurs « une GPA inhumaine et dégradante (…) toujours associée à l’anonymat et à l’absence de relations » et une « GPA « éthique » (…) toujours associée, au contraire, à la qualité de la relation créée entre les parents d’intention et les gestatrices, ainsi que leur famille ». Elle se prononce pour une « reconnaissance de l’engendrement avec tiers donneur».
Ajoutons que l’auteur prend position contre les théories de la Manif Pour Tous et plus particulièrement contre les attaques de Tony Anatrella. Prêtre, psychanalyste et conseiller de l’Église de France, ce dernier appartient au réseau anti gender de la communauté de l’Emmanuel (avec Paul Clavier, Michel Boyancé, Joyce Martin, Pascal Ide) à laquelle il délivre ses enseignements à Paray-le-Monial et qui lui publie certains ouvrages. « Récemment accusé d’abus sexuels sur de jeunes hommes, » il considérait alors l’homosexualité comme « le symptôme d’un problème psychique et d’un en deçà de la différence des sexes » ou comme un « inachèvement et une immaturité foncière de la sexualité humaine».
L’article de Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/communistes-unitaires/blog/270616/apres-le-mariage-et-l-adoption-la-filiation-pour-tous?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66
FACE AUX ATTENTATS DE JUILLET, LES IDENTITAIRES ACCENTUENT LEUR RADICALISATION
En juin 2014, à Paray-le-Monial, François-Xavier Bellamy avait lancé un appel au martyre aux catholiques identitaires de la Manif Pour tous. Or depuis les massacres de mars 2012, non seulement aucune des 241 victimes n’a leur profil, mais la plupart sont représentatives des valeurs de la République porteuses de diversité et d’un vivre-ensemble faisant prévaloir la citoyenneté sur les appartenances religieuses : un militaire musulman, des juifs, des caricaturistes, un chef d’entreprise, des consommateurs aux terrasses de cafés, des amateurs de rock, des policiers, la foule du 14 juillet et un curé d’ouverture. Dans le cas précis de l’assassinat de Jacques Hamel, on constate même que les déclarations des autorités musulmanes nationales ou locales concordent avec l’ensemble des autorités épiscopales pour dénoncer l’acte et pour se rassembler dans les églises au nom de ce même vivre-ensemble. Or, face à cette persistance des faits, l’extrême -droite identitaire se trouve déstabilisée dans ses analyses visant à faire croire au contraire, comme nous l’avons déjà montré, que c’est le chaos républicain, le « vide », sa laïcité et ses lois prétendument immorales et mortifères (IVG, PACS, Mariage Pour Tous..) qui sont responsables des attentats.
Comment les identitaires gèrent-ils cette contradiction fondamentale ? La comparaison des réactions des animateurs de la Manif Pour Tous aux attentats de juillet met en évidence plusieurs évolutions :
1- Une opposition violente sur la question de la tolérance à l’égard de l’Islam entre les identitaires catholiques d’une part, les autorités épiscopales, la majorité des fidèles et le pape d’autre part: Fondateur de la MPT à Paray-le-Monial en novembre 2012, Christian Vanneste apparait, à travers trois pages de son blog, comme le plus emblématique des pourfendeurs de l’Islam : On le voit invoquer Benoît XVI et le discours de Ratisbonne contre le pape actuel, ironiser sur « la fraternisation déployée …le comportement enthousiaste de l’Eglise si favorable à l’immigration » et dénoncer comme « délire politiquement correct » « ces idées stupides (qui) ont donné des ailes à l’islam », la « tolérance… la volonté de vivre ensemble…la recherche de cohésion sociale » de l’Eglise. Par ailleurs, il fait le procès sans nuances de l’Islam accusé de violence, d’inégalité et d’obsession pour les rites plus que les valeurs morales, considérant comme une « trahison » l’idée que toutes les religions seraient éprises d’amour et de paix (26/7, 30/7 , 2/8). Ce procès s’accompagne d’une dénonciation de la faiblesse du catholicisme. Ainsi Jacques Bompard affirme-t-il dans une conférence de presse (15/7) : « C’est parce que le catholicisme est devenu faible que les jeunes se radicalisent …L’accueil des réfugiés, c’est aider le terrorisme …Ils haïssent l’occident parce que nous sommes faibles ». François-Xavier Bellamy (Tweeter 28/7) et Robert Ménard suivi de ses lecteurs vont dans le même sens: « Le pape est comme ces bobos des beaux quartiers. Il prône la diversité mais ne vit pas avec elle » (tweeter, 1/8). Dans cette affaire, le silence sur les réseaux sociaux, de Dominique Rey rappelle celui qui a suivi l’appel de Lesbos pour accueillir les réfugiés.
2-Le renforcement de l’union des populismes catholiques et musulmans contre la République : Interviewé par Boulevard Voltaire, c’est Camel Bechkikh, porte- parole de la Manif Pour Tous , mais aussi président de Fils de France, membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), et sympathisant d’Egalité et Réconciliation d’Alain Soral qui monte au front. Dramatisant l’assassinat de Jacques Hamel en brandissant la menace d’une nouvelle Saint Barthélemy et le retour aux guerres de religion, il s’attaque violemment à la république à travers la fête nationale, mais plus particulièrement à la loi de 1905 qui priverait, selon lui « la majorité des jeunes français de l’Eglise chassée de l’enseignement public » , la loi sur l’IVG et la politique migratoire du gouvernement. En regard, il fait prévaloir les racines chrétiennes, les valeurs de la famille, de la vie, de l’ordre et de l’autorité. Son message est repris par Anne Lorne et les Veilleurs de Cognac tandis que l’abbé Grosjean surfe sur la surenchère des guerres de religion : « Un prêtre est tombé, cent se lèveront pour servir ce monde» et qu’Alain Escada (Civitas) poste sur son blog (3/8) « Le grand rembarquement » et l’image d’un croisé intitulée « Défends ta foi ». Un groupe « Avenir de la culture » lance une pétition sur Facebook pour exiger l’interruption du dialogue avec les musulmans, l’urgence de les évangéliser et de faire reconnaître les racines chrétiennes de la France.
3-La reprise par des modérés des attaques contre la laïcité, l’égalité et l’école publique: Si le cardinal André Vingt-Trois instrumentalise la mort de Jacques Hamel en s’en prenant à la loi Taubira (ci-dessous, 29/7), Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, focalise ses analyses sur la victimisation de l’Eglise catholique -en oubliant les Juifs- et remet en cause l’école publique et la loi de 1905 : «vous avez une laïcité, en France, qui empêche qu’il ait des pôles ou des universités théologiques …on a une laïcité qui empêche de parler de Dieu à l’Université, c’est complètement ridicule ..il est temps que l’Etat fasse un geste» (F 5, C dans l’air, 28/7). Sur France Info, elle avance que la religion manque « de moyens, de financements pour s’organiser. La loi de 1905 ne permet pas à l’Etat de financer les mosquées et les financements des imams » (31/7). Dans Paris-Normandie, (31/7), Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, va dans le même sens : « Dans nos écoles publiques, on n’a pas le droit de croire….si l’un d’eux lève le doigt en disant : « Moi, madame j’ai fait ma première communion », elle dit : « Quelqu’un d’autre a quelque chose à dire… La liberté elle est où ? Dans nos écoles. Dans les écoles publiques il n’y a pas de liberté. Là où il y a la liberté, c’est là où on peut dire que l’on croit. ». Ces caricatures visent sur le fond, en rupture avec la loi, à obtenir de l’Etat le financement des universités confessionnelles et des agents du culte. Pour un catholicisme en perte de vitesse depuis 30 ans, l’argent public apparaît plus que jamais le nerf de la guerre. Nul doute donc que ces surenchères ne soient en relation directe avec la proximité de la primaire de la droite : c’est bien une droite désormais contaminée par les identitaires -et non plus seulement l’extrême-droite- qui agite la suppression de la loi de 1905 comme enjeu majeur de la campagne présidentielle.
La Ligue des Droits de l’Homme s’oppose fermement à ce changement. Le 8 avril 2015, elle rappelle dans un communiqué que : « Il n’appartient pas à l’Etat et au gouvernement de s’ingérer dans l’organisation des cultes, ni de désigner ses « interlocuteurs officiels », ni de former les religieux et encore moins de délivrer des diplômes religieux. Nos associations rappellent ce que disait Victor Hugo : « L’Etat chez lui, les Eglises chez elles ». Toute autre disposition visant à l’ingérence de l’Etat dans les cultes relève de l’esprit de concordat. »
En Saône-et-Loire les choix financiers du Conseil Départemental dirigé par un adjoint au maire de Paray-le-Monial, fondateur lui aussi de la Manif Pour Tous (présence attestée d’André Accary au colloque de Paray de novembre 2012 pour accueillir l’extrême-droite identitaire) privilégient le copinage politique mais aussi les associations qui font du prosélytisme catholique (les Amis des Antilles associés à Philippe Pichot, expert de l’UNESCO, et leurs commémorations-bidons, dans les églises, d’abolitionnistes de l’esclavage protestants, athées, agnostiques…ont vu leur subvention augmenter pour atteindre… 2500 euros). Dans cette affaire, le CD est soutenu par les maires de Paray-le-Monial et de Montceau-les-Mines qui défendent les activités commémoratives de l’association. Par contre, cette année, la section de la Ligue des Droits de l’Homme de Mâcon, très active dans la ville et dans le Mâconnais, voit la sienne réduite …de plus de la moitié (400 E)! La section LDH de Paray-le-Monial renforce donc l’alerte qu’elle a lancée le 19 mai contre ce dévoiement de l’intérêt général en Saône-et-Loire au profit d’une droite dure dont les intérêts se confondent de plus en plus visiblement, contre la République, avec ceux de l’extrême-droite identitaire.
L’opposition départementale dénonce la distribution des fonds départementaux « au gré des amitiés…
Opinion de gauche L’opposition départementale dénonce la distribution des fonds départementaux « au gré des amitiés politiques » Laurent GUILLAUMÉ Publié le…
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