8 MARS 2026: FÊTE FÉMINISTE A PARAY-LE-MONIAL Germaine Lemétayer
Une vingtaine de personnes se sont retrouvées à la salle de Bellevue pour fêter la journée internationale des Droits des Femmes avec la section LDH de Paray-le-Monial. En première partie, des échanges sur le thème du « masculinisme ». la présidente, Germaine Lemétayer a rappelé que la ville avait promu en avant-garde, dès 2014, un Camp Optimum installé par l’évêque Dominique Rey destiné à « reviriliser les hommes: « Nous constatons, à ce moment que certains catholiques expriment hautement leur opposition aux conquêtes féministes, ils contestent en particulier l’intervention de l’Etat et de ses lois dans un domaine dont les religions avaient auparavant l’exclusivité, à savoir, la famille. Les lois féministes font en effet basculer la famille d’un univers patriarcal à un espace privé démocratique. Autrefois définie par l’autorité hiérarchique, la famille est soumise dans la seconde moitié du XXe siècle, à une double exigence démocratique, de liberté et d’égalité.
Le 20 octobre août 2016, la LDH Paray avait publié sur son site facebook, un texte intitulé : « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin », dans lequel elle dénonçait la mise en œuvre de l’idéologie de l’américain John Eldredge : la re-virilisation des hommes et la soumission des femmes. Leur cible : le féminisme considéré comme responsable, avec mai 68, d’une perte d’autorité des hommes transformés en « softies »: « l’homme mou, le softy n’est pas seulement un partenaire sans vigueur pour la femme mais il est socialement frappé d’une série de stérilités ; de lui n’émane aucune énergie, nulle vitalité, nulle innovation » (D Rey). Pour retrouver l’ « authenticité masculine », le Camp Optimum propose donc des exercices de re-virilisation pour faire de celui qui y participe un « aventurier » capable de tout quitter, un « combattant » qui va « prendre les armes pour défendre le royaume de Dieu …» et un conquérant (D. Rey). Ces exercices concernent le relookage physique grâce à des pratiques de sports virils (motos, escalade…), des changements vestimentaires (blousons…) ainsi que l’adoption de comportements d’autorité pour répondre à la définition de l’abbé de Maistre : « tu es grand, tu es fort, tu es poilu, tu es un mec, un vrai ». Ouvert aux hommes de 18 à 78 ans, ces camps proposent aux participants de réfléchir sur l’identité masculine, à travers des temps d’enseignement s’inspirant librement du best-seller « Indomptable » de John Eldredge ; vidéos diffusées sur You tube telles que « La voix du père » de l’abbé de Maistre en 2014 où il affirme : « Le propre de l’âme masculine, c’est le sentiment de sa force ». Opposé à l’identité féminine réduite à la séduction et au maternage, celle de l’homme se définit, dans famille, par son autorité et son caractère normatif: c’est lui qui impose les règles. Aujourd’hui, surtout depuis depuis Me too, le masculinisme est passé de la marge à la visibilité, en particulier sur les réseaux sociaux où il est devenu un critère de l’extrême-droite identitaire, des gaffa aux Etats-Unis et de toute l’extrême-droite européenne. Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft le propagent par des Fake news et en supprimant une modération qui lui laisse libre cours.
Un colloque organisé au Sénat sur les mouvements et réseaux masculinismes en nov 2025 puis une étude sortie le 21 janvier du Haut-Commissariat pour l’Egalité font le point sur son influence. On constate que les jeunes femmes se revendiquent de plus en plus féministes, tandis que les jeunes hommes adoptent davantage de comportements sexistes. Le fossé entre les genres se creuse, nourrissant incompréhension et peur. L’enquête révèle que les forums, groupes et influenceurs masculinistes participent à l’orchestration d’attaques coordonnées sur les réseaux sociaux. La culture de l’incel (Involuntary Celibate) reflète cette frustration : des hommes convaincus que leur célibat est le résultat des conquêtes féministes manifestent leur frustration par des violences, tant envers les femmes que par des actes plus extrêmes, comme des fusillades de masse. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle crucial, où des influenceurs canalisent cette colère vers les femmes et le féminisme. Aujourd’hui, le masculinisme ne relève plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais de groupes organisés ; il s’est constitué en mouvement structuré, politisé et parfois violent, en lien étroit avec les droites radicales. La Fédération nationale Solidarité Femmes note depuis un an des tentatives de saturation de la ligne d’écoute 3919, des insultes visant les écoutantes, des campagnes de dénigrement présentant les dispositifs de protection des femmes comme des outils « anti-hommes ». En 2025, plus de treize questions parlementaires ont ainsi réclamé l’ouverture du 3919 aux hommes, souvent à l’initiative de collectifs proches des masculinistes dans le cadre d’une stratégie de symétrisation des violences, qui nie leur caractère fondamentalement antiféministe. Un amendement au projet de loi de finances pour 2026 a même tenté de supprimer le budget dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes (BOP 137) a alerté sur le fait que les femmes ont fait une erreur gravissime en sous-estimant le mouvement masculiniste et en le définissant comme un phénomène de masse, porté par de nombreux mouvements et les courants politiques conservateurs voire fascistes



De fait, face à la frustration des jeunes suscitée par la précarité de l’emploi, la désindustrialisation, la rupture des liens communautaire,s l’extrême droite instrumentalise le féminisme pour trouver une réponse facile aux problèmes sans remettre en question les structures économiques ou politiques. Cibler le féminisme devient un argument qui transfère la responsabilité à un ennemi facile. En France, Marine Le Pen a obtenu 39 % des voix chez les 18-24 ans en 2022 et 49 % chez les 25-34 ans. En Italie, Giorgia Meloni est en tête du vote des jeunes avec 29 %. En Allemagne, l’Afd a été le premier choix des moins de 30 ans dans des régions comme la Thuringe.
La lutte contre le masculinisme est un chantier de longue haleine, impliquant un changement profond dans les mentalités dès l’enfance. L’éducation reste l’atout majeur pour déconstruire dans dans les familles et à l’école, les réflexes sexistes et briser l’héritage patriarcal qui revient en force pour perpétuer les inégalités entre les hommes et les femmes. .Mais la question reste très largement politique: Et en ces temps de campagne électorale, alors que les femmes représentent la moitié des citoyennes, il faut oser poser la question de la défense des droits des femmes aux différents candidats.
Après a suivi un concert donné par la Table Rouge, avec Laurent Dumeusois au piano et Julien Guyot à l’accordéon: au programme des chansons militantes anarchistes, les deux artistes excellant dans l’ironie et la critique parfois mordante des Voisins vigilants, des « tontons »…, mais aussi dans la défense du « petit paysan » s’inspirant de l’affaire Laronze, et l’hommage à Louise Michel. Bref, des thématiques sur-mesure pour la Ligue des Droits de l’Homme de Paray qui les a remerciés chaleureusement.


