ANTS – Une agence gouvernementale bien mal nommée !

« Mercredi 15 avril 2026, l’agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a détecté un incident de sécurité pouvant impliquer une divulgation de données issues de comptes particuliers et professionnels du portail ants.gouv.fr ». C’est ainsi que l’ANTS annonce sur son site que les données personnelles fournies par 11 à 12 millions de citoyens pour obtenir passeport, carte d’identité, permis de conduire ou carte grise ont été piratées par des hackers.

Déjà, le 22 septembre 2025 l’ANTS démentait une fuite présumée de données d’état civil contenant 12 à 13 millions de données et affirmait : « En tant qu’opérateur du ministère de l’Intérieur manipulant des données sensibles, l’ANTS fait l’objet de mesures de sécurité renforcées et d’une vigilance permanente des services de l’État contre toute intrusion, physique ou informatique » A la suite de quoi, l’ANTS se dotait d’une « charte éthique » qui promettait de mettre « en place les mesures adéquates pour garantir la sécurité des données et des systèmes suivant les exigences qui s’y appliquent »

Une enquête aboutira éventuellement à l’arrestation d’un hacker ou d’une « entreprise malveillante » ou à la mise en cause d’un directeur informatique ou d’un sous-traitant « incompétent » ; mais les deux  principales responsabilités, sont celles du fichage généralisé de la population au moyen de PLUS DE 100 FICHIERS crées  par le ministère de l’intérieur, dont une grande partie par simple décret, c’est-à-dire sans débat au Parlement, ainsi que la dématérialisation à marche forcée des services publics.

Les contre-pouvoirs destinés à éviter les abus ainsi que l’utilisation malveillante ou illégale de nos données personnelles sont, en France, purement formels et donc, inefficaces.

Les exemples de piratage de services sensibles comme France Travail, La Poste, Parcoursup, de nombreux hôpitaux publics, et maintenant l’ANTS devraient inciter le gouvernement à refréner son appétence pour le fichage de la population car ces piratages rompent le lien de confiance qui devrait normalement exister entre les citoyens et leur gouvernement.

Nice – jeudi 30 avril – conférence : Indépendance et résistances judiciaires de l’Amérique à l’Europe

jeudi 30 avril 2026 à 18h15 à la Maison des associations 

12 ter Place Garibaldi – Nice

A l’occasion de l’événement  « Pour Murat Arslan et l’Etat de droit, roulez justice ! » [ ICI ]  la Ligue des droits de l’Homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature et la revue « Délibérée » vous convient à une conférence-débat 

Indépendance et résistances judiciaires de l’Amérique à l’Europe

avec :

– Lisa HILBINK, professeure de sciences politiques à l’Université du Minnesota

Les recherches et l’enseignement de Lisa HILBINK portent sur le rôle des acteurs judiciaires dans le monde en mutation. Outre la situation des Etats-Unis, elle travaille entre autres sur le Chili et l’Espagne. Elle est actuellement accueillie à la Faculté de droit de sciences politiques d’Aix-Marseille ;

– Rosana LENDOM, avocate au barreau de Grasse

Particulièrement attachée à la défense des droits humains, Rosana LENDOM est membre de la Ligue des droits de l’Homme dont elle a été présidente de section à Nice de 2012 à 2014 ;

– Gualtiero MICHELINI, magistrat, conseiller à la Cour de cassation italienne,

Outre les diverses fonctions juridictionnelles qu’il a exercées, Gualtiero MICHELINI a été chargé de coopération internationale au Ministère de la justice italien, expert détaché au sein d’organisations intergouvernementales (Union européenne, Conseil de l’Europe, Nations-Unies) et a présidé l’association MEDEL (Magistrats européens pour la démocratie et les libertés) ;

– Vincent SIZAIRE, magistrat et maître de conférences associé à l’Université Paris Nanterre

Les recherches de Vincent SIZAIRE portent sur le droit du système répressif, et plus généralement sur les outils juridiques de garantie des libertés en société. Son dernier livre paru est Gouverner les juges, aux éditions La Dispute.

Conseil constitutionnel et Conseil d’Etat, des contre-pouvoirs ? 

Dans l’ouvrage Des Juges bien trop sages (Vauchez Stéphanie Henriette et Vauchez Antoine – Paris- Seuil 2025) les auteurs s’interrogent sur la capacité du Conseil d’Etat et du Conseil constitutionnel à protéger les droits et libertés des citoyens face aux débordements de l’Etat.

Les auteurs citent l’exemple de la « loi renseignement » de 2015 : « […] dès lors qu’une mesure restrictive des libertés est limitée dans le temps ou dans l’espace, qu’elle peut être contestée devant le juge, ou encore que les critères encadrant les conditions dans lesquelles elle peut être prise paraissent suffisamment précis et objectifs, elle est le plus souvent réputée respecter les exigences constitutionnelles. Tout se passe donc comme si la contrainte constitutionnelle produisait une sorte de fuite en avant par le droit pourvu que des garanties – au moins formelles – soient prévues, la loi semble pouvoir aller toujours plus loin en matière de sécurité. » (1) 

Cette loi a transféré du pouvoir judiciaire vers une autorité administrative l’autorisation des techniques de renseignement aussi intrusives que le balisage des véhicules, la captation d’images dans des lieux privés, la captation des données informatiques, le recours aux IMSI- catchers. Penser que ce basculement ne comporte pas un risque important pour les libertés individuelles c’est « adhérer à une éthique de jugement plus favorable à la liberté de l’État qu’à celle des individus »

La banalisation des drones de surveillance ou le leurre des « garanties procédurales »

Parce que ce n’était pas leur propos, les auteurs n’abordent pas la question de la vie ultérieure de ces lois bardées de garanties procédurales censées protéger les libertés individuelles. Le cas des dispositions contenues dans la loi « sécurité globale » de 2021 concernant les « caméras installées sur des aéronefs » (2) est à cet égard édifiant.  Ces dispositions figurent dans le code de la sécurité intérieure (CSI), articles L241-1 à L242-8 pour la partie législative [  ICI  ]et R 242-8 à R 242-15 pour la partie réglementaire [  ICI  ]

Analyse du dispositif législatif et réglementaire qui autorise l’utilisation des drones

Autorisation

L’autorisation est délivrée par décision écrite et motivée du représentant de l’Etat dans le département […] (L 242-5)Réalité : Le préfet, au sommet de la hiérarchie des policiers et des gendarmes, s’autorise lui-même ; il est juge et partie ; en réalité, il ne s’agit pas d’une autorisation, mais un simple ordre de mission délivré aux policiers et aux gendarmes.

Information du public

Le public est informé par tout moyen approprié de l’emploi de dispositifs aéroportés de captation d’images et de l’autorité responsable de leur mise en œuvre, sauf lorsque les circonstances l’interdisent (article L242-3)Réalité : le public est informé par un arrêté préfectoral discrètement publié dans l’un des sous-ensembles du recueil des actes administratifs de la préfecture, souvent au milieu d’un document PDF de 30 ou 40 pages contenant plusieurs dizaines d’autres arrêtés.

Condition de nécessité

La mise en œuvre des traitements […] doit être strictement nécessaire à l’exercice des missions concernées et adaptée au regard des circonstances de chaque intervention. Elle ne peut être permanente […]. (article L242-4)Réalité : pour remplir la condition de la nécessité, les préfets utilisent systématiquement, dans les considérants des arrêtés, un raisonnement en forme de tautologie : pour pouvoir disposer d’une vision à 150 mètres de haut, un drone est absolument nécessaire.

Condition de proportionnalité

Le recours aux dispositifs prévus au présent I peut uniquement être autorisé lorsqu’il est proportionné au regard de la finalité poursuivie (article L242-5) Réalité : l’usage des drones est à présent tellement banalisé qu’il est autorisé pour la surveillance d’un grand nombre de manifestations politiques, syndicales et même folkloriques et pour la quasi-totalité des événements à forte médiatisation, comme le festival du film de Cannes ou les marathons à vocation internationale.

Condition de subsidiarité

Saisi par certains députés et sénateurs à propos de cette loi, le Conseil constitutionnel indique : « Une telle autorisation ne saurait cependant, sans méconnaître le droit au respect de la vie privée, être accordée qu’après que le préfet s’est assuré que le service ne peut employer d’autres moyens moins intrusifs (3) Réalité : on observe que des autorisations sont régulièrement accordées pour opérer dans l’hypercentre de communes telles que Paris ou Nice, lesquelles sont dotées de plusieurs milliers de caméras de vidéosurveillance. Une requête (4) sur la base de données Attrap’Surveillance créé par l’association La Quadrature du Net pour recenser tous les arrêtés préfectoraux relatifs à la vidéosurveillance montre que près de 3000 arrêtés préfectoraux autorisant l’utilisation des drones ont été émis pour la période allant du 27 avril 2023 au 31 décembre 2025. Le Conseil constitutionnel a autorisé, de fait, la banalisation d’un outil de surveillance qu’il qualifie lui-même d’intrusif.Dans son avis du 23 octobre 2025 sur le projet de loi relatif à l’extension des compétences des polices municipales, le Conseil d’Etat ne semble pas s’opposer à l’utilisation de drones par les polices municipales : il faut donc s’attendre à une explosion de l’utilisation des drones, conditions de subsidiarité ou pas.

Protection des domiciles

Les dispositifs aéroportés […] sont employés de telle sorte qu’ils ne visent pas à recueillir les images de l’intérieur des domiciles ni, de façon spécifique, celles de leurs entrées […] (L 242-5)Réalité : la volonté de préserver l’intimité du domicile est louable mais elle n’est qu’une pétition de principe dont la stricte observation est totalement invérifiable par les personnes concernées, compte-tenu des propriétés de furtivité des drones.

Durée maximale de trois mois  

Elle est délivrée pour une durée maximale de trois mois, renouvelable selon les mêmes modalités, lorsque les conditions de sa délivrance continuent d’être réunies. (L 242-5)Réalité :  à titre d’exemple, la frontière italienne est survolée par les drones de la PAF en plus de ceux de l’armée (mission « Sentinelle »), sans discontinuer depuis deux ans. 

Des garanties procédurales avec beaucoup de « sauf si »

La loi a prévu que, s’agissant de l’enregistrement de données personnelles, l’information du public est nécessaire (L 242-3) « sauf lorsque les circonstances l’interdisent ou que cette information entrerait en contradiction avec les objectifs poursuivis », on vient de le voir, l’article L242-5 impose une durée de trois mois pour un arrêté, sauf que celui-ci est renouvelable, sans limitations, ce qui revient à dire, en clair, qu’il peut être permanent. L’article R242-13 précise que les droits d’accès, de rectification, d’effacement et à la limitation des données personnelles s’exercent directement auprès du responsable « sauf lorsque les circonstances l’interdisent […] ».

Depuis vingt ans, les divers gouvernements aux affaires ont créé loi après loi, décret après décret, un corpus juridique dont l’objet est de restreindre les libertés individuelles ; le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat ont accompagné ce mouvement en laissant l’Etat saupoudrer ces lois et décrets de quelques garanties procédurales qui s’avèrent à l’usage fort peu protectrices de nos libertés.  

***

  1. Page 150
  2. Concerne les caméras installées sur drones, hélicoptères ou avions
  3. JORF n°0020 du 25 janvier 2022, texte n° 3, paragraphe 27
  4.  https://attrap.fr/surveillance  mots clé : autorisant – captation- enregistrement – transmission – aéronef (avec l’opérateur AND)

Le tribunal administratif annule l’arrêté anti-mendicité de la ville de Nice du 13 juin 2022

La LDH – à laquelle s’était jointe la fondation Emmaüs – avait saisi le juge des référés le 1er aout 2022 afin qu’il annule l’arrêté municipal pris par le maire de Nice le 13 juin 2022 règlementant la mendicité pendant la période touristique. Le juge des référés n’avait suspendu que l’article 3 de l’arrêté municipal concernant la mendicité avec chiens.

Par décision du 6 mars 2025 le tribunal administratif de Nice, jugeant sur le fond, vient d’annuler la totalité de l’arrêté du 13 juin 2022.

Pour motiver son arrêté, le maire de Nice avait produit pas moins de 758 PV dressés par la police municipale lors de la saison estivale de l’année précédente ; nous les avions analysés un par un et avec beaucoup de minutie et fait valoir au juge que :

  • Les PV ne font que relater la présence de SDF dans l’espace public
  • Aucun des PV ne signale la présence de SDF agressifs ou accompagnés de chiens dangereux
  • Un groupe très restreint de SDF a été verbalisé un grand nombre de fois

Le juge du fond a admis nos arguments, c’est pourquoi il vient d’annuler l’arrêté du maire de Nice.

Me Mireille Damiano a défendu notre cause avec la ténacité que nous lui connaissons.

Cette décision nous conforte dans notre combat pour le respect du principe constitutionnel de fraternité, pour la dignité et contre toute forme de discrimination et en particulier celle qui s’exerce contre les victimes d’une société de plus en plus inhumaine.  

Nice le 7 mars 2025

L’éternelle danse macabre de l’injustice : Pınar SELEK face à son quatrième report de jugement

Dans les couloirs glacés de la justice turque, le temps s’étire comme une ombre malveillante. Pour la quatrième fois, le verdict dans l’aЛaire Pınar SELEK est reporté, perpétuant une mascarade judiciaire qui, depuis plus d’un quart de siècle, piétine les droits fondamentaux d’une femme dont le seul crime fut de penser librement.

Vingt-six années.

Neuf mille quatre cent quatre-vingt-dix jours. Cinq procès.

Quatre acquittements.

Une vie suspendue au fil d’une justice qui se joue d’elle.

Comment qualifier cette obstination judiciaire sinon de torture institutionnalisée ? Chaque renvoi est un nouveau coup porté non seulement à Pınar SELEK, mais aux fondements mêmes de l’État de droit.

Cette sociologue, féministe et écrivaine, dont les travaux sur les minorités ont enrichi la pensée critique, est contrainte à un exil sans fin, tandis que la justice de son pays natal s’acharne à réécrire une version des faits que quatre acquittements ont pourtant déjà démentie.

La section niçoise de la LDH observe, consternée, ce théâtre de l’absurde où les droits humains sont réduits à de simples accessoires.

Ce quatrième renvoi est une violence délibérée, un véritable et inacceptable déni de justice.

Cette saga judiciaire n’est pas seulement l’histoire d’une femme confrontée à l’arbitraire – c’est le symbole d’une justice dévoyée qui, telle une horloge déréglée, répète inlassablement les mêmes erreurs, sourde à l’impératif de la légalité et aveugle aux évidences de la vérité.

Communiqué du 7 février 2025

Section de Nice de la Ligue des Droits de l’Homme

Vœux du préfet Moutouh : c’est qui « ils » ?

« à se demander s’ils ont été un jour civilisés » 

 « ensauvagement » « décivilisation »  le journaliste prend la précaution de mettre des guillemets afin qu’il ne lui soit pas reproché d’avoir noirci excessivement le tableau dressé par le préfet des Alpes-Maritimes. Un préfet qui alerte ses concitoyens sur des dangers bien réels est dans son rôle ; mais un préfet qui adopte délibérément le vocabulaire de l’extrême droite identitaire et suprémaciste abandonne son devoir de fonctionnaire astreint à la neutralité.

 « à se demander s’ils ont été un jour civilisés »  on suppose que le préfet a même dépassé le concept du « choc des civilisations » (puisque celui-ci implique deux civilisations en opposition) pour revenir aux idées exposées par Jules Ferry au XIXème siècle.

 Assemblée nationale (28 juillet 1885) :

M. Jules Ferry. et je vous défie – permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan -, de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures.  […]

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême gauche.)

M. Jules Maigne. Oh ! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !

Combat juridique contre un préfet sans foi ni loi

Récit d’un « cirque infernal dura dix semaines au cours desquelles toutes les manifestations ont été systématiquement interdites par un arrêté chaque fois annulé par la juridiction administrative. Semaine après semaine, les recours ont été portés par la Ligue des droits de l’homme, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), l’Association France Palestine et par la suite également par l’Association de Défense des Libertés constitutionnelles (ADELICO) et occasionnellement par des requérant·es personnes physiques. »

Merci à nos avocates Rosanna Lendom et Mireille Damiano qui ont mené ce combat avec l’aide des services juridiques de nos associations.

Comment est-il possible que, dans un pays qui se prétend le parangon de la démocratie, un préfet puisse impunément bafouer ouvertement les principes les plus élémentaires de la démocratie ?

Le texte complet  [   ICI   ]  (durée de lecture : 5mn )

« AUCUNE RÉPONSE ! »

Lorsque les citoyens et citoyennes ou les associations garantes de l’intérêt général adressent des demandes d’information aux autorités, la moindre des choses serait que celles-ci leur répondent dès lors que les demandes ne sont pas manifestement abusives. Or, au travers de deux exemples récents sur la place de Nice, nous voyons que, au contraire, des demandes réitérées par tous les moyens légaux se heurtent à un silence confinant au mépris. Aucune réponse n’a été apportée dans les deux cas évoqués ci-dessous.

Une caméra de très longue portée

Le 5 décembre 2023 le quotidien Nice-Matin publiait un article indiquant que la commune de Nice envisagerait d’installer (ou a installé) une ou des « caméras qui ont des capacités de zoom impressionnantes comme celle de Rauba Capeu (sur le quai des Etats Unis) qui permet de voir très précisément ce qu’il se passe jusqu’à l’aéroport »

Mesurée sur https://www.geoportail.gouv.fr/ la distance entre Rauba Capeu et l’aéroport de Nice est de 6km à vol d’oiseau.

Le 18 décembre 2023, notre association interrogeait M. le président de la commission départementale de la vidéoprotection à propos de la capacité d’un tel dispositif à répondre à l’exigence d’information du public posée par l’article R253-6 du CSI et – dans ce cas particulier – du public fréquentant l’aéroport de Nice, ses abords ou la Promenade des Anglais.

Compte-tenu du caractère si spécifique de cet équipement particulièrement furtif, donc potentiellement intrusif, nous souhaiterions aussi savoir si une étude d’impact a été effectuée avant son installation. De plus, nous sollicitions communication des caractéristiques techniques précises de cette caméra.

A ce jour : aucune réponse.

Nous avons donc saisi le 30 janvier 2024, dans des termes similaires, M. le préfet des Alpes-Maritimes, qui est l’autorité administrative qui, in fine, autorise l’installation des caméras de vidéosurveillance sur la voie publique.

A ce jour : aucune réponse.

Le 29 février 2024, nous adressions un courrier en RAR à M. le préfet des Alpes-Maritimes.

A ce jour : aucune réponse.

Vraisemblablement, il doit s’agir d’un équipement similaire à celui-ci, qui se trouve, comme presque toujours en matière de vidéosurveillance de la population, à l’intersection entre le militaire et le civil.

Voir la vidéo ici : [ OSIRIS ]

Autre exemple : que sont devenus les 10,9 millions d’euros de subventions pour Safe City ?

Le 7 juin 2018, le conseil municipal de la commune de Nice approuvait une convention avec Thalès comme chef de file regroupant treize autres entreprises, ainsi que l’INRIA, afin d’installer à Nice un démonstrateur dit « Safe City »

Le 18 juillet 2018, la banque publique BPI-France publie un communiqué indiquant qu’elle finance les projets « Safe City » de Nice et du quartier de la Défense à Paris à hauteur de 10,9 M €, sous forme de subventions et d’avances remboursables. Le capital de BPI-France est détenu par la Caisse des dépôts et consignations (institution publique) et par l’Etat Français.

Depuis, les Niçois, pourtant abondamment abreuvés d’informations liées aux technologies de pointe en matière de surveillance de la population, n’ont plus jamais entendu parler du démonstrateur « Safe City ». 

Nous nous sommes alors interrogés : BPI-France n’a finalement versé aucune subvention ou a-t-elle subventionné une ou des entreprises du consortium ? Si oui, laquelle ? pour quels montants ? pour quels résultats ?

Afin d’obtenir une réponse, nous avons contacté BPI-France le 2 juin 2023 par message déposé sur leur site internet.

A ce jour : aucune réponse.

Le 27 novembre 2023, nous réitéré notre demande d’information par lettre RAR adressée au siège de la banque publique.

A ce jour : aucune réponse.

Quelle conception de la démocratie, des droits et libertés prévaut en France en 2024, lorsqu’aux légitimes demandes d’information, la réponse est systématiquement : « Aucune réponse ». Les associations, les citoyens et citoyennes qui sollicitent des informations concernant leurs libertés individuelles ou collectives sont traités avec le plus grand mépris ; et s’il leur vient l’idée de s’adresser aux tribunaux, immanquablement, il leur sera répondu « secret défense » ou « secret des affaires ».

Est-ce que des collectivités territoriales, des préfectures, des commissions, des organismes paraétatiques peuvent encore en toute impunité se comporter comme sous l’Ancien régime : « l’Etat, c’est moi ; circulez, il n’y a rien à voir » ?

Pinar Selek : mandat d’arrêt international et nouvelle audience

Mandat d’arrêt international et nouvelle audience pour Pinar Selek

Le 16 janvier 2023

Le 21 juin 2022, l’agence de presse publique turque a annoncé l’annulation par la Cour Suprême de Turquie du quatrième acquittement de Pinar Selek, prononcé le 19 décembre 2014 par le Tribunal criminel d’Istanbul. Auparavant, Pinar Selek avait effectivement comparu au cours de trois procédures criminelles, qui ont toutes constaté son innocence, au long des 25 années de persécution politico-judiciaire qu’elle continue à subir. Après l’avoir emprisonnée et torturée pour ses recherches sociologiques sur les Kurdes, le pouvoir turc a décidé de faire d’elle une « terroriste » en fabriquant de toutes pièces les éléments voulus pour démontrer contre toute évidence la survenance d’un attentat, alors que tout a établi que l’explosion du Marché aux épices d’Istanbul de 1998 a été provoquée accidentellement.

Six mois après l’annonce par voie de presse de l’annulation de l’acquittement, la décision de la Cour Suprême a été enfin notifiée aux avocat.es de Pinar Selek, ce 6 janvier 2023, par la Cour d’Assise d’Istanbul. Ces six mois d’attente insupportable et de nouvelle torture psychologique pour Pinar Selek se soldent par une parodie de justice. Pinar Selek fait l’objet d’une mesure de mandat d’arrêt international demandant son emprisonnement immédiat. Cette décision est prise par le Tribunal Criminel d’Istanbul avant même que les juges de cette juridiction ne se soient prononcés lors d’une première audience, fixée au 31 mars 2023.

De telles mesures, ubuesques du point de vue du droit et particulièrement graves par leurs portées et leurs conséquences sur Pinar Selek, sont prises dans un contexte de restriction des libertés et de multiplication des violences par le pouvoir turc contre l’ensemble des minorités et des opposants politiques, en particulier contre les Kurdes, que ce soit en Turquie ou dans d’autres pays. Les élections prochaines en Turquie sont propices à toutes les diversions politiques et à toutes les manipulations.

Les collectifs de solidarité avec Pinar Selek refusent que l’écrivaine et sociologue soit une fois de plus l’otage d’une politique inique qui se traduit par une véritable farce judiciaire. Ils refusent également qu’elle soit la victime collatérale de la politique de complaisance des pays européens à l’égard du régime autoritaire et liberticide qui sévit en Turquie. Ils demandent à tout.es les parlementaires et responsables politiques qui ont témoigné ces derniers mois leur soutien à Pinar Selek, d’agir énergiquement auprès du gouvernement afin qu’il lui apporte concrètement toute la sécurité et la protection que l’État français doit à l’une de ses compatriotes. La nationalité française de Pinar Selek ne suffit pas à la protéger. Forts du soutien de très nombreuses personnalités de la recherche et du monde intellectuel et de la culture, les collectifs de solidarité avec Pinar Selek renouvellent au Président de la République leur demande de soutien ferme et inconditionnel ainsi qu’une protestation officielle auprès du pouvoir turc.

Ils appellent enfin les ami·es de Pinar Selek, les artistes, les universitaires et les militant.es à redoubler d’efforts, à étendre leurs mobilisations en soutien à toutes les victimes du pouvoir turc et à préparer des délégations nombreuses pour se rendre à Istanbul le 31 mars prochain pour exiger la vérité et la justice pour Pinar Selek !

Coordination européenne des collectifs de solidarité avec Pinar Selek

Votre contact pour les Alpes-Maritimes : collectif.nice.pinarselek@gmail.com

Pour participer au financement de la délégation de militant.e.s et sympathisant.e.s qui doit se rendre à Istanbul : https://www.helloasso.com/associations/karinca/formulaires/1

ou chèques libellés à l’ordre de l’ADN avec mention au dos « action Pinar Selek » et envoyés à : ADN – 1 rue de la Croix – 06300 NICE