Vidéosurveillance Procès de Mme Bertin : le véritable procès, c’est celui de tous les C.S.U

Demain, mercredi 4 janvier 2017, s’ouvre à Paris le procès intenté par M Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, contre Mme Bertin   responsable du centre de supervision urbaine (CSU) de Nice ; la plainte en diffamation nous semble purement anecdotique.

Le véritable procès qu’il faudrait mener, c’est le procès d’un CSU laissé en libre service aux proches de l’ex maire de Nice, hors de tout contrôle réel exercé par les citoyens, hors de tout contrôle effectif exercé par la commission censée contrôler ses activités.  Aujourd’hui, cette situation  potentiellement dangereuse pour les libertés individuelles est légalement possible.

Dans un long article daté du 23/12/2016, Médiapart indiquait : « La proximité de la responsable du CSU – par ailleurs secrétaire générale du Syndicat autonome de la fonction publique territoriale de Nice et candidate au poste de cheffe de la police municipale – avec les édiles niçois est indéniable. Alors que, ce fameux 15 juillet, ils sont en train de regarder les images de vidéosurveillance, Sandra Bertin fait sortir le commandant de police du bureau. Elle doit changer de robe. Elle a « rendez-vous » après son travail « avec Christian », lui dit-elle, avant de se reprendre : « Avec monsieur Estrosi. » Il s’agirait d’une visite de l’homme politique aux différents responsables municipaux. »   (La totalité de l’article – accès payant-  [ cliquez ici ]

Dans notre étude sur la vidéosurveillance à Nice, nous écrivions  (II -6) :

« Après les événements du 14 juillet 2016, le fonctionnement du CSU de Nice et, au-delà, toute la conception de la vidéosurveillance à Nice ont été rudement mis en accusation. Cependant, peu d’observateurs ont relevé un fait pourtant fondamental : la policière municipale responsable de ce centre ne faisait aucun mystère, sur les réseaux sociaux, de son adhésion aux idées défendues par le maire de Nice. C’est son droit le plus strict en tant que citoyenne, mais cette proximité affichée et assumée pose un réel problème et laisse planer un doute sur une éventuelle utilisation partisane qui pourrait être faite des informations détenues par le CSU, lequel, comme nous l’avons vu, fonctionne hors de tout contrôle réel. De même, l’épisode de la mise sous séquestre des images du massacre a été largement commenté, mais aucun observateur n’a fait remarquer que, si le procureur tenait tant à conserver sous sa garde les images, c’est qu’il savait bien, que, en dépit de tous les discours sur le fait que « jamais au grand jamais » aucune vidéo ne pourrait être exhibée par le CSU sans l’aval de la justice, des extraits peuvent tout à fait sortir illégalement de ce centre. Les polémiques politiciennes qui ont suivi le massacre de Nice l’ont bien souligné, les CSU ne peuvent pas être laissés entre les mains des élus locaux, sans aucun contrôle ou contre pouvoir.

Qui peut affirmer avec certitude que, dans les centres de supervision urbaine les règles déontologiques sont parfaitement respectées ? Que certains publics ou groupes humains ne sont pas discriminés ? Que les opposants politiques, des journalistes ou des syndicalistes ne font ou ne feront pas, un jour l’objet d’une surveillance illégale ? Que des enregistrements ne sont pas piratés ou stockés subrepticement ? Tant qu’aucun organisme externe doté des moyens et des compétences techniques adéquates, ainsi que de larges pouvoirs d’investigation, ne peut pénétrer dans les CSU, restera posée la question du strict respect de la déontologie et des règles constitutionnelles de protection de la vie privée. »

Pour accéder à la totalité de notre étude cliquez [ ICI ]

 

De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation : usages réels et fantasmés d’une technologie moderne

Laurent Mucchielli, sociologue (CNRS & Aix-Marseille université) publie dans le n° 38 de la revue « Archives de politique criminelle » [ cliquez ici ] une étude intitulée :

« De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation : usages réels et fantasmés d’une technologie moderne ».

Après avoir décrit les infrastructures ainsi que les moyens mis en ouvre par la commune de Marseille, l’auteur analyse divers aspects du fonctionnement du centre de supervision urbaine, pour en tirer des conclusions quant à son efficience et à la finalité réelle de son activité.

Le centre de supervision urbaine de la ville de Marseille (SSU) emploie 48 fonctionnaires territoriaux, lesquels représentent un huitième de l’effectif total de la police municipale. 864 caméras sont en fonctionnement (hors caméras du métro et transports en commun) .

« L’activité « en direct » correspond aux imaginaires populaire et politique ordinaires de la vidéoprotection associée à l’idée de flagrant délit et d’élucidation instantanée. C’est l’idée d’une surveillance en temps réel permettant de détecter les infractions en train de se commettre et d’intervenir immédiatement pour interpeller leurs auteurs. En 2015, le CSU a réalisé 1 253 opérations de ce type concernant principalement des vols, des agressions, des dégradations, des ventes à la sauvette de cigarettes, des « recherches d’individus », des problèmes d’ordre public et de circulation. Cette activité de surveillance en direct a débouché sur 770 demandes d’interventions adressées principalement à la police nationale et à la police municipale, dont 505 ont effectivement eu lieu. A la suite de ces interventions, les services de police (la police nationale dans 90% des cas) ont procédé à 248 interpellations (concernant principalement des vols, des ventes à la sauvette de cigarettes, des agressions et des dégradations). Au final, on compte donc 1,1 demande d’intervention par caméra en moyenne sur l’année, ce qui amène à conclure qu’il s’agit en réalité d’une activité très mineure dans l’ensemble des activités du CSU »

Concernant l’apport de la vidéosurveillance de la ville de Marseille à l’élucidation des affaires, Laurent Mucchielli à calculé que, en 2015, pour 55.000 infractions constatées, les affaires élucidées grâce à la vidéosurveillance correspondent à 0,2 % du total des infractions constatées, ou 1,5 % du total si l’on tient compte des affaires dans lesquelles la vidéo a pu avoir une utilité dans l’enquête. Dans notre étude sur la vidéosurveillance de 2015, nous avions déjà fait le même constat en nous basant sur le cas figurant dans le site internet du ministère de l’intérieur « Questionner la vidéosurveillance à Nice », page 6  [ cliquez ICI ]

L’impact financier de la vidéosurveillance, bien que difficilement quantifiable du fait de l’absence (volontaire?) de comptabilité analytique, est estimée à 7 millions d’euros par an (coûts de fonctionnement) qui correspondent à l’embauche de 250 agents municipaux. Dans notre étude précitée de 2015 (voir infra), page 9  [ ICI ]   nous évaluions, pour la ville de Nice, le coût annuel à 7,7 M€, auxquels nous avions ajouté une charge annuelle d’amortissement de l’ordre de 1,4 M€.

Ainsi, indique L. Mucchielli, la vidéoverbalisation « apparaît presque comme un peu honteuse et en tous cas dissimulée, d’un point de vue quantitatif c’est la vidéoverbalisation qui constitue − et de très loin − le cœur de l’activité répressive du système [ …] Si l’on cumule les faits constatés en direct et les recherches d’images, l’on constate ainsi que la vidéoverbalisation représente près de 90% des actions répressives du CSU. »

Questionner la vidéosurveillance à Nice : utilité, coûts, dangers – édition mise à jour au 30/09/ 2016

Nous avions prévu d’actualiser notre étude sur la vidéosurveillance à Nice afin d’y intégrer les informations relatives à l’analyse des activités de la Commission Départementale de la vidéosurveillance. Le 14 juillet 2016, un massacre de masse venait endeuiller notre ville. La section de Nice de la Ligue des droits de l’Homme a obstinément refusé d’entrer dans les indécentes polémiques qui ont surgi moins de 24 heures plus tard, à propos du fonctionnement de la vidéosurveillance.

Dans cette deuxième édition, nous maintenons le même cap : notre objectif fondamental est d’alerter nos concitoyens sur le coût prohibitif, l’utilité très limitée et les dangers pour les libertés publiques que représente une vidéosurveillance massive, omniprésente et instrumentalisée par certains élus.

Télécharger ou consulter le dossier : [ ICI ]

 

 

Nice ville numérique, Smart city ou future ville « panoptique » ?

La ville de Nice communique beaucoup autour du concept de « ville intelligente » [ [ ICI ] sans doute pour faire évoluer  son image de « ville de retraités « . En dépit de fiascos retentissants, comme celui des parcmètres dits « intelligents », lesquels ont laissé un facture de 10 millions d’euros à la commune, la ville entend poursuivre cette politique. Tout n’est pas à rejeter en bloc dans le concept de ville intelligente ; toutefois,  nous attirons à nouveau l’attention des citoyens sur les dangers potentiels que recèlent ces technologies, dès lors qu’elles se déploient hors de tout contrôle démocratique réel et sans aucun véritable contre pouvoir efficace.

A ce sujet, la CNIL commente un très intéressant article de la sociologue Liesbet Von Zoonen.

La totalité de l’article de la CNIL ici : [ ville numérique et vie privée ]

Extraits :

« La ville numérique ou la « smart city », fait l’objet de nombreux débats parmi les chercheurs et les spécialistes. Ses promoteurs voient dans le big data une opportunité pour les villes de devenir plus riches, plus propres et plus efficaces ; d’autres considèrent que les villes deviendront des espaces robotisés, ennuyeuses, gérés par les seules data (data driven), et où la créativité n’aura plus aucune place. Le géographe Rob Kitchin, considère que la collection tous azimuts de données urbaines risque de produire des villes « panoptiques », qui risquent de menacer le droit à la vie privée et à la liberté d’expression. »

  • Quadrant II – Collecte de données personnelles à des fins de surveillance.

« Ce quadrant recouvre les données personnelles collectées par la police, les autorités organisatrices des transports publics, mais aussi des caméras de surveillance, des bases liées à la reconnaissance faciale, etc. Ce quadrant cristallise les contestations par les citoyens et les militants du respect de la vie privée. Liesbet van Zoonen note que le Règlement européen   [ ICI ]     apportera de nouvelles garanties aux citoyens pour faire valoir et protéger leurs droits. »

  • Quadrant III – Collecte de données « non –personnelles » à des fins de surveillance.

« On retrouve ici les données liées à la surveillance de l’espace urbain, sans a priori de reconnaissance possible des individus : le monitoring du trafic automobile, de gestion des foules, par exemple par des caméras infrarouge ou des capteurs de chaleur. Ces données peuvent cependant permettre de reconnaître une personne, par exemple lorsque l’on utilise un logiciel de reconnaissance faciale sur des vidéos. »

  • Quadrant IV – Collecte de données « non-personnelles » à des fins de services.

« La dernière catégorie correspond à toutes les données non-personnelles collectées et utilisées pour le bénéfice des citoyens, telles que les données environnementales, de gestion des déchets ou de l’énergie (hors les données de chaque foyer). Ce quadrant ne présente à première vue pas d’inquiétudes quant au respect de la vie privée, mais l’auteur rappelle que là aussi, grâce à l’agrégation et au recoupement de données pourtant anonymisées, il reste parfois possible de reconstituer des données personnelles. «    [ Cliquez ici ]

Lobby de la vidéosurveillance : obsolescence programmée, leçons de morale et essaims de drones

Monsieur le maire : vous vouliez battre des records de mises en service de caméras de vidéosurveillance  1500, 2000  et plus ? Las, le lobby de la vidéosurveillance ( Association nationale de la vidéoprotection – AN2V ) vient de vous ringardiser. Après avoir refilé des dizaines de milliers de caméras aux élus de tous bords, aux communes de toutes tailles, voici que son représentant, M. Dominique Legrand déclare dans la presse  (Sud Ouest du 06/05/2016   [ ICI ]  ) : « Il ne sert à rien de faire du quantitatif et de placer des caméras à tout prix [ … ] Notre position est claire : nous prônons moins de points de visualisation mais avec des images de meilleure qualité » Bref, ça revient à dire : jusqu’à maintenant on vous a refilé, en quantité, du matériel inutile et obsolète, jetez donc tout ça à la poubelle et équipez vous avec mon beau matériel, vous serez « hig tech friendly », vos administrés vont adorer.

Faisant preuve d’un sacré culot, le lobbyiste se pose en moraliste de la vidéosurveillance : « le coût, les aspects juridiques et éthique ont-t-ils été pris en compte ? Puis il préconise « une vue d’ensemble pour sortir de l’émotion et des petits calculs électoraux des municipalités ». Bref, un tract de la LDH !

Et pour terminer en beauté  : vous surveillez vos concitoyens  d’en bas ? et bien, surveillez aussi d’en haut, tant qu’à faire, surveillez en 3D, donc,  « Pourquoi pas un essaim de drones plutôt qu’un hélicoptère pour suivre un rodéo nocturne ? ». Plutôt que de vendre un seul  et inutile drone, autant en vendre un essaim, sans doute au titre de la maitrise des coûts. Des esprits malveillants prophétisent : « la saison du ball trap est ouverte ».

 

Drones

vidéosurveillance + reconnaissance faciale : le meilleur est à venir

Un récent article paru dans « Le Monde »  [ ICI ]  explique comment, FindFace, une toute nouvelle application russe, permet, grâce à son système de reconnaissance faciale lié à une simple photo, de retrouver le profil d’une personne sur l’équivalent du Facebook russe. Des internautes ont utilisé cette application « pour mener une chasse aux actrices pornographiques et aux prostituées [ … ] Ainsi, des centaines de profils ont été jetés en pâture sur le site. Les images pornographiques sont publiées à côté de photos de mariage de la même personne, ainsi que l’adresse de son profil VKontakte et celle de son mari ou d’autres membres de sa famille ».

Inutile de préciser que ce qu’il est possible de faire avec une photographie, il est encore plus facile de le faire avec une image issue de la vidéosurveillance qu’elle soit sur la voie publique ou dans un lieu privée (supérette, banque,  bar, hôtel, etc.) c’est pourquoi, le journaliste, à raison, s’inquiète : « il suffit d’imaginer le  pouvoir de ces outils reliés à un vaste réseau de caméras de surveillance.« 

Aujourd’hui les prostituées, demain  les « non conformes » de toutes catégories, origines et croyances, puis les syndicalistes, puis les opposants politiques et, enfin, monsieur tout le monde, lui aussi, aussi sera transparent.

 

 

 

 

A Nice le « boulevard connecté » sera aussi un « boulevard surveillé »

Revue « Communication et organisation »  n° 46 – 2014 – Bruno Girard  « L’image donnée ».

Article accessible en ligne [ ICI ]

Ce très intéressant article analyse quelle peut être la puissance des images collectées par la vidéosurveillance, dès lors qu’elles se transforment en « données » traitées par un algorithme. A propos du fameux boulevard connecté à Nice, il indique : « Le Boulevard connecté à Nice constitue un excellent terrain d’observation de l’exploitation des données en environnement urbain avec une plateforme multiservice impliquant des caméras IP, des capteurs, un portail opendata, lesquels envisagent de traiter les problèmes de stationnement [ …], de gestion des déchets et des éclairages. »

L’auteur analyse ensuite certains éléments de la plaquette officielle de présentation, comme nous l’avons fait dans notre article  à propos du programme  « Eliot » de l’équipementier en matériel électrique Legrand, ainsi que du boulevard connecté vu par Cisco. ( voir article : « Eliot ou le monde merveilleux des objets connectés » dans la catégorie « Vidéosurveillance »).

Enfin, il indique : « Ainsi le boulevard connecté à Nice veut simplifier les déplacements, fluidifier la circulation, économiser l’énergie. À aucun moment, il n’est question de surveillance des usagers. Aucune dimension sécuritaire n’est mentionnée dans le dossier de presse. La vidéoverbalisation automatique par capture des numéros de plaque d’immatriculation, déjà en exploitation à Nice, n’est pas évoquée. Il paraît étonnant que ces objectifs soient omis alors que les caractéristiques indiquées pourraient permettre ces dispositions. C’est seulement à l’intérieur d’un autre article du blog de la société Cisco que l’on évoque un usage sécuritaire dans un compte rendu du salon Innovative City de juin 2012 à Nice  » 

Cisco Bd connecté, la version sécuritaire : [ ici ]

Cisco bd connecté, la version idyllique :

 

Nous voilà prévenus.

Vidéosurveillance et statistiques « au doigt mouillé »

Le 11 avril 2016, le quotidien « La République de Seine et Marne » publiait une interview de l’adjudate-chef de gendarmerie,  « référente sûreté en prévention technique de la malveillance et vidéoprotection »  Extraits :

« Quel est l’impact de la vidéoprotection sur la délinquance de voie publique ? »

« Pour les quelques communes de zone gendarmerie qui ont installé la vidéoprotection de manière réfléchie et pertinente, et depuis suffisamment longtemps pour qu’émerge un retour d’expérience solide, une baisse de la délinquance quasi immédiate et durable est ressentie. L’effet est d’abord dissuasif auprès des délinquants au cours des premiers mois. Mais dès lors que des enquêtes s’élucident grâce à la vidéoprotection, et que ça se sait par le biais des médias ou autres, la délinquance se déplace et évite de se rendre sur les communes vidéoprotégée. Je n’ai pas de chiffres précis, mais généralement, on ressent une baisse pérenne de 30 à 40 % de la délinquance de voie publique dans les communes de zone rurale où les dispositifs de vidéoprotection ont été installés de façon pertinente et performante. »

Les réponses faites au journaliste sont particulièrement symptomatiques de la façon dont les laudateurs de la vidéosurveillance en vantent les mérites.

Il n’est nullement question de données statistiques établies par un organisme indépendant travaillant avec des chercheurs compétents, mais d’un « ressenti » (répété deux fois dans le même paragraphe) éminemment subjectif. D’ailleurs, avoue l’adjudante « je n’ai pas de chiffres précis » ce qui ne l’empêche nullement de se contredire grossièrement en annonçant  « une baisse pérenne de 30 à 40 ».

Dans le domaine de la vidéosurveillance, la technique des statistiques pro domo établies  « au doigt mouillé » a encore de beaux jours devant elle.

L’article complet : [ ICI ]

« Eliot » ou le monde merveilleux des objets connectés

L’équipementier en matériel électrique « Legrand », un des leaders mondiaux dans son domaine, réputé pour la fiabilité de ses matériels, a décidé d’investir massivement dans les technologies de l’objet connecté. Après être entré au capital de la start-up Netamo  [ ICI ]  il investit dans la recherche et développement  avec un vaste programme baptisé « Eliot ». Dossier de presse de ce programme cliquez ici : [ ICI ]

Il n’est pas question de contester en bloc l’utilité au concept  d’objet connecté, puisque certains aspects, comme la télémaintenance des installations ou de l’aide aux handicapés ou personnes âgées, etc. peuvent avoir leur utilité. Toutefois, une lecture attentive des supports de communication fournis par l’entreprise elle-même a de quoi laisser perplexe.

En effet, on peut lire ceci dans le dossier de presse :

« UN ENJEU SOCIÉTAL »  (page 7) « Les objets connectés envahissent progressivement tous les secteurs : la santé, le transport, le commerce, l’énergie, l’environnement, les loisirs, la maison, l’industrie… Aucun pan de l’économie n’est écarté. Progressivement l’Internet des Objets s’impose comme un standard. »

Après avoir présenté la chose comme incontournable, incontestable et non réfutable, mais tout en évitant soigneusement de citer la surveillance des personnes comme pouvant être un des  domaines d’application (alors qu’il est l’un des plus prometteurs), le dossier aborde, en trois lignes, le sujet qui fâche :

« RESPECTER L’UTILISATEUR » (page 12)« Si l’Internet des Objets et la multiplication des données auront nécessairement des conséquences sur la vie privée, Legrand entend rester fidèle à ses valeurs et fait du respect de l’utilisateur un impératif. Eliot contribuera ainsi à préserver la confidentialité des données. Ces données ne pourront être communiquées à des partenaires que si cela apporte des services additionnels à l’utilisateur et à condition qu’il ait donné son accord.« 

On observera tout d’abord que l’intrusion dans la vie privée est présentée comme « nécessaire », mais, soyez sans crainte, la confidentialité des données sera préservée. Toutefois, au tournant du paragraphe, l’aveu : « ces données pourront être communiquées à des partenaires » : c’est l’objectif majeur de l’économie de l’objet connecté : collecter en masse et monnayer vos données personnelles ; c’est la martingale de Facebook et de Google.

Cela va sans dire, on vous demandera votre accord, que vous donnerez après avoir lu 30 pages en anglais et en caractères minuscules et, de fait, vous ferez comme tout un chacun, vous signerez sans lire, car vous aurez trop envie de mettre en fonctionnement votre joujou , comme, par exemple, cette caméra intérieure qui reconnait les visages [ ICI ]

« UN CLOUD ULTRA•SÉCURISÉ » (page 13) « Le cloud Eliot est le lieu de stockage des informations récoltées via les applications du groupe. Mis en place avec les plus grands noms du secteur, ce cloud est ultra-sécurisé. Grâce au mode de stockage et à l’architecture des plateformes, il contribuera à préserver la confidentialité des données et protègera l’utilisateur. »

« Sociétal » , « respecter l’utilisateur » , « ultra sécurisé » : on le voit, tous les mots clef sont cochés, puisque l’objectif inavoué de la plaquette est bien de lever les préventions du « citoyen lambda » à l’égard de cette technologie.

Les données collectées seront donc stockées dans le cloud, mais, cela va sans dire, celui-ci sera « ultrasécurisé » au moins autant que celui du Pentagone ou de la Maison Blanche qui ont été allègrement hackés. Il en va de l’inviolabilité du cloud comme de » l’ultra sécurité  » des centrales nucléaires : les accidents ça n’existe pas, ou alors chez les autres.

En matière d’objets connectés, la métropole de Nice se voudrait précurseur , notamment avec le projet Cisco « Boulevard connecté ».

Cisco Bd connecté Nice

L’article  « Cisco boulevard connecte@nice »   : [ ICI ]

Observez bien les flèches qui vont vers les personnages censés se trouver sur le boulevard ou qui partent d’eux.

Dans ce dispositif, aussi, il n’y a pas de problème, les données collectées sont, parait-il, « ultra protégées » et c’est promis, on ne les utilisera pas en dehors des cas prévus.

Le véritable problème qui affleure avec l’avènement de tous ces dispositifs liés à l’objet connecté est que personne, strictement personne ( mis à part, bien entendu, les concepteurs) n’a la capacité et les moyens techniques et  juridiques de savoir quelle est ou sera l’utilisation  réelle des données personnelles qui sont ainsi collectées et, surtout, stockées.

Il est vraiment temps de réfléchir aux  contre-pouvoirs.

 

La vidéosurveillance dans les lycées

« À la veille des élections régionales de 2010, de graves agressions d’élèves dans trois lycées franciliens, dont l’une a entraîné la mort d’un adolescent, ont réactivé en France le débat autour de la vidéosurveillance dans les établissements scolaires. Pour lutter contre les intrusions  le gouvernement a en effet souhaité équiper systématiquement de cette technologie les collèges et les lycées les plus « exposés ». Promues comme la principale solution pour prévenir la délinquance dans les espaces publics, les caméras de surveillance seraient donc également la solution la plus appropriée pour lutter contre les « violences scolaires »  »

La suite de l’article de Tangy Le Gof  : [ ICI ]