url de la déclaration de Breaking the silence : https://www.facebook.com/BreakingTheSilenceIsrael/posts/pfbid0GVn6tRs86DsuFQfnesF7zf62RxNrRn69xRQQNpDTdjELvNk2HheJs1KFZ1h7WuMgl
Traduction (par la LdH Fontenay-Luçon-Sud-Vendée) de la réaction de l’ONG Breaking the Silence, membre de la FIDH, aux objections de l’armée israélienne suite au film NAZA
L’armée israélienne (IDF) a publié une réponse détaillée au film NAZA, affirmant qu’il présente une « image déformée, trompeuse et de mauvaise foi ». Une description qui correspond précisément à la réponse de l’IDF elle-même. Depuis octobre 2023, nous avons recueilli d’innombrables témoignages de soldats ayant servi à Gaza. Examinons donc les faits point par point.
1ère Affirmation de l’IDF : « Les ordres contraignants de l’IDF font explicitement, sans ambiguïté et clairement la distinction entre terroristes et civils non impliqués à Gaza »
En réalité : Sur le terrain, les règles semblaient très différentes. L’IDF a peut-être tiré « uniquement » sur des personnes qu’elle classait comme terroristes, mais cela soulève une question essentielle : qui était considéré comme terroriste ? Une personne ayant franchi une ligne non matérialisée et pénétré dans une « zone interdite », quelqu’un se trouvant sur un toit et considéré comme un « observateur », ou parfois même quelqu’un n’ayant rien fait du tout et incriminé après coup.
Témoignages : « Une zone interdite signifie que vous déclarez un secteur comme zone militaire fermée et que toute personne qui y entre est condamnée à mort […] Des tonnes de civils sont tués simplement parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, et les chiffres ne reflètent pas cette réalité. » https://www.breakingthesilence.org.il/testimonies/database/897146
« Lorsque l’armée comprend qu’il y a un problème, elle tente de relier les personnes tuées ou blessées au Hamas. » « Parce que si elle peut affirmer que les personnes tuées étaient des terroristes du Hamas, cela paraît mieux aux yeux du monde. » https://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/israel-gaza-civilians-strikes-terrorists-b3039052.html
2ème affirmation de l’IDF : « L’IDF nie avoir jamais appliqué un seuil d’autorisation permettant d’accepter jusqu’à 200 victimes dans le cadre d’un objectif militaire, ou avoir approuvé et conduit une frappe de ce type à Gaza. »
En réalité : Le journal Le Monde a récemment publié plusieurs témoignages de soldats décrivant l’autorisation par l’IDF d’accepter jusqu’à 300 morts civiles comme dommages collatéraux dans une frappe visant Ibrahim Biari, commandant d’un bataillon du Hamas. Cette frappe a causé la mort de 126 personnes, dont 68 enfants.
« L’estimation était de 300 victimes. Habituellement, beaucoup d’efforts sont faits pour réduire ces chiffres. Toutes les capacités du renseignement sont mobilisées dans ce but. C’était un très grand dilemme. Mais ils ont finalement choisi de mener l’attaque. » https://www.lemonde.fr/en/international/article/2026/09/29/factory-of-targets-and-collateral-damage-israeli-soldiers-describe-gaza-methods_6758083_4.html
3ème Affirmation de l’IDF« L’intelligence artificielle ne décide ni des cibles ni du déclenchement des frappes ; ces décisions sont prises par des êtres humains. »
En réalité : C’est exact mais seulement sur le plan formel, mais comme l’a expliqué Avner Gvaryahu, ancien directeur exécutif de Breaking The Silence :
« L’IA a brisé le goulot d’étranglement humain qui limitait auparavant toutes les armées en permettant une production de cibles à un rythme sans précédent. Combinée au biais d’automatisation, c’est-à-dire la tendance à faire confiance quasi automatiquement aux décisions d’un ordinateur, elle crée précisément une “boîte noire” impossible à expliquer. »
« L’armée insiste sur le fait qu’un contrôle humain existe pour chaque décision, mais cela devient presque insignifiant lorsque la décision présentée au soldat est déjà le produit d’un système générant des cibles à une vitesse et une échelle qu’aucun être humain ne peut examiner en profondeur dans un délai aussi restreint et en temps réel. »
4ème Affirmation de l’IDF « Les ordres contraignants de l’IDF n’ont jamais autorisé automatiquement des frappes sur des objectifs lorsque l’on prévoyait qu’un nombre prédéterminé de civils serait exposé au danger, par exemple 20 civils dans une attaque visant un combattant de bas rang. »
En réalité : D’octobre 2023 jusqu’au moins décembre 2024, l’IDF a autorisé jusqu’à 20 morts civiles comme seuil standard de dommages collatéraux pour éliminer un combattant de rang inférieur du Hamas. Combiné au nombre très élevé de cibles et au volume quotidien des frappes, cela aurait entraîné un nombre considérable de victimes civiles.
Témoignage : « À un moment donné, il a fallu fixer une limite aux dommages collatéraux. Ce n’est pas qu’ils ont choisi 20 parce qu’auparavant la limite était de 10. Ils ont fixé 20 parce qu’avant cela il n’existait aucune directive claire sur ce qui était autorisé. Vous pouviez tirer partout où vous pouviez tirer. » https://www.breakingthesilence.org.il/testimonies/database/369543
5ème Affirmation de l’IDF « Un ordre d’évacuation émis pour une zone donnée ne peut pas être interprété comme une autorisation de frapper cette zone en ignorant la présence éventuelle de civils restés sur place. »
En réalité : L’IDF considérait comme « zones de combat » les secteurs où au moins 75 % des habitants avaient quitté les lieux, ce qui permettait ensuite de les bombarder. Même cette estimation reposait sur des données partielles.
Témoignage de soldat« Au final, ils n’évacuaient pas cible par cible. Ils partaient du principe que le taux d’évacuation du quartier se situait entre 75 % et 100 %, puis ils frappaient ce qui s’y trouvait. » https://www.breakingthesilence.org.il/testimonies/database/621626
6ème Affirmation de l’IDF « L’IDF examine les résultats des frappes ainsi que les signalements de dommages causés aux civils. Ces examens peuvent conduire à des débriefings, et les violations présumées font l’objet d’enquêtes distinctes pouvant déboucher sur des poursuites pénales. »
En réalité : En septembre 2026, Israël n’a condamné publiquement que deux soldats pour des actes commis contre des Palestiniens : l’un pour mauvais traitements sur des détenus, l’autre pour pillage. Aucun n’a été condamné pour la mort d’un Palestinien.
Plus important encore : avec un seuil de dommages collatéraux pouvant atteindre 20 personnes pour une cible de faible importance, la mort de 19 civils innocents – femmes, enfants, personnes âgées ou hommes – n’entraînerait pas nécessairement l’ouverture d’une enquête puisque la frappe resterait dans les limites autorisées.
7ème Affirmation de l’IDF « Les allégations de mauvaise conduite liées aux tirs à proximité des centres de distribution d’aide humanitaire ont été transmises pour examen. »
En réalité : Plus de 1 000 personnes auraient été tuées dans ou autour des centres du GHF (Gaza Humanitarian Foundation), et beaucoup d’autres blessées par balle à proximité. Cette situation aurait perduré pendant plusieurs mois.
Selon des témoignages de soldats, l’IDF utilisait des tirs réels afin de « diriger la population », c’est-à-dire tirer sans viser directement les personnes pour leur indiquer les limites des zones autorisées autour des points de distribution.
« L’objectif était de guider la population par des tirs d’armes à feu. L’armée considérait cela comme une situation de combat classique impliquant des suspects entrant dans une zone de guerre. Mais on ne peut pas contrôler des foules de cette taille avec des tirs à balles réelles tout en espérant qu’elles se sentent suffisamment en sécurité pour accéder aux zones ouvertes. » https://www.haaretz.com/middle-east-news/palestinians/2025-06-05/ty-article-magazine/.premium/testimonies-idf-responsible-for-lethal-shootings-near-rafah-u-s-led-aid-site/00000197-3ff2-da41-a9f7-3ff623280000
En conclusion nous avons désormais un ensemble considérable de témoignages décrivant la réalité observée à Gaza au cours des trois dernières années. Le tableau horrifiant présenté n’est pas la conséquence de simples violations de procédures.
Le problème réside dans les procédures et les ordres eux-mêmes, ainsi que dans les directives émises aux plus hauts niveaux de l’IDF et du gouvernement israélien.
C’est cela qui devrait faire l’objet d’une enquête.







