
Au cœur de la crise démocratique
Le 18 mars 2026, le garde des sceaux Gérald Darmanin a déposé sur la table du conseil des ministres un projet de loi intitulé « Sanction utile, rapide et effective » (SURE). Cette réforme de la procédure criminelle généraliserait le plaider-coupable, marginaliserait les jurys populaires et limiterait le temps imparti à la discussion contradictoire et aux avocats. Des projets similaires sont débattus en Italie ou au Royaume-Uni. Sous couvert de rationalisation et de lutte contre la délinquance, ces textes participent en réalité à la diffusion d’une idéologie sécuritaire et acclimatent une conception expéditive de la justice. Pourtant, rien ne vient établir le laxisme allégué de l’institution judiciaire. Dans ce domaine comme dans d’autres, les procès d’intention déforment la réalité du travail des magistrats et le rôle précieux d’une institution pilier de l’état de droit.
Le nouveau numéro de « Manière de voir » (n°206 « La justice sous pression » avril-mai 2026) propose d’explorer les tensions qui traversent aujourd’hui la justice : attentes immenses et souvent contradictoires de la société, pressions autoritaires des gouvernements, manque persistant de personnels et de financement. Ces contraintes comme ces dilemmes sont en réalité révélatrices d’une profonde crise démocratique et sociale.
Le premier chapitre montre ainsi comment les tribunaux subissent la dérive autoritaire qui caractérise la majorité des gouvernements occidentaux. A ce titre, les démocraties se distinguent de moins en moins des régimes dits « illibéraux ».
Le chapitre 2 pointe les limites de l’égalité devant la loi, quand la disparité géographique des moyens, la méconnaissance du droit et l’indifférence institutionnelle aux inégalités sociales rendent la justice forte avec les faibles, et faible avec les forts. Ces tendances lourdes n’empêchent pas les progrès, par exemple en matière d’atteinte à la probité : les élus, longtemps épargnés par la force des habitudes, peuvent désormais être sanctionnés lourdement, comme l’ancien président Nicolas Sarkozy ou Mme Marine Le Pen.
Analysant la portée de ce changement historique, le chapitre 3 questionne aussi ses éventuelles insuffisances. En effet, dans certains pays comme le Brésil, la justice a été manipulée pour régler des comptes politiques. Jusqu’où le magistrat peut-il aller sans glisser du rôle indispensable de gardien de l’Etat de droit, à celui de faiseur de roi ?
Le dernier chapitre replace les polémiques, souvent artificielles, sur le « gouvernement des juges » dans le cadre d’une réflexion plus globale sur la crise de la démocratie. Si l’institution judiciaire est tant sollicitée, n’est-ce pas aussi parce que les responsables politiques faillissent trop souvent dans leur mission de servir, sur mandat du suffrage universel, l’intérêt général ?
Manière de voir, Le Monde diplomatique, numéro d’avril-mai (en kiosque depuis peu): 100 pages – 8,50€
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Le projet de loi « SURE » : anatomie d’une justice en faillite
Alors que le projet de loi SURE (pour une Sanction Utile, rapide et Effective) sera examiné en commission des lois au Sénat à partir de mercredi, Me Patrick Lingibé explique dans cette tribune les raisons pour lesquelles la profession d’avocat se déclare opposée à la réforme portée par le garde des Sceaux Gérald Darmanin.



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