Rassemblement contre le racisme suite à l’attentat de Trappes, la Verrière

Bonsoir, merci à toutes et à tous pour votre présence.

Nous sommes profondément bouleversés par l’attentat raciste, islamophobe de ce 23 octobre 2026 à Trappes et à La Verrière. La haine raciste a tué un jeune homme, Pengo Bossio Wangi de 26 ans, parce que noir, et blessé gravement cinq personnes au total dont une enfant de douze ans.

Nous nous associons à la douleur des familles et des victimes de cette fusillade qui révulse notre humanité partagée et nous vous invitons maintenant à une minute de silence pour Pengo Bossio Wangi et en solidarité pour les victimes et leurs proches, dont la jeune fille de 12 ans dont l’état est toujours critique.

Pengo Bossio Wangi était un sportif engagé à Aubervilliers qui a grandi dans les Yvelines et est mort à Trappes, ce vendredi. Parce qu’il est noir ? Non. Parce que le racisme tue.

L’évocation de ces deux noms de villes, Aubervilliers et Trappes, suffit à beaucoup en France pour dresser l’image d’un Pengo forcément délinquant, forcément islamiste, forcément menaçant pour la France.

Trappes est une ville qui subit depuis des années les foudres de l’extrême-droite, mais aussi d’un certain camp pseudo laïque qui dresse le tableau d’une ville perdue pour la république, où l’islamisme serait la règle. Jordan Bardella déclarant même que Trappes est une « république islamiste en miniature »

Pourtant Pengo Bossio Wangi est tout le contraire, c’est un jeune homme investi auprès des jeunes, fair play dans son sport, fils d’un militant antifasciste chassant la violence raciste des rues de Paris dans les années 80… C’est un homme mort car visé au cours d’une cavalcade raciste et meurtrière nourrie de l’idéologie haineuse de l’extrême-droite.

Mais cet attentat ne survient pas comme un orage dans un ciel clair. Au mois d’avril, c’est près du Puy-en-Velay qu’un homme avait tiré sur des enfants en proférant des insultes racistes. Il a fallu la pugnacité des familles, auprès desquelles la LDH s’est engagée, pour que la police prenne au sérieux cet évènement et entende le caractère raciste de ces actes. L’homme a été condamné en aout à une peine avec sursis.

Il y a quelques semaines, c’est dans le nord de notre département, à La Garnache, que le logement d’une famille érythréenne a été visé par deux incendies mettant en danger la famille entière, les enfants ont été ciblés par la dégradation des vélos. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, une inscription a été laissée sur le mur du logement : « Enlève ton voile », révélant ainsi le lien entre cet acte de terreur raciste et les propos tenus dans le débat public visant à interdire le port du voile, que ce soit par le RN ou par Bruno Retailleau qui disait en mars 2025, alors qu’il était ministre de l’intérieur « A bas le voile »… L’enquête est toujours en cours.

Aujourd’hui, après cet attentat raciste à Trappes et à la Verrière, dans Mediapart, des proches du suspect témoignent de son racisme viscéral depuis plus d’une décennie, ils et elles mettent en avant le rôle des chaines d’info dans ce racisme , les preuves retrouvées dans sa voiture (des bulletins du RN) et à son domicile (un exemplaire de Mein Kempf) confirment ces témoignages.

Selon le Monde, l’homme interpellé a déclaré qu’il voulait « venger les commerçants » après les évènements du 17 octobre 2026 en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes ». Sa garde à vue est levée le temps de soins et d’expertise psychiatrique.

Quoi qu’il en soit de cette expertise, ce tragique événement ne peut être interprété ni comme un simple fait divers, ni comme l’œuvre d’un déséquilibre personnel de l’auteur.

Les éléments déjà rassemblés mettent en cause la responsabilité politique et morale des médias et des responsables politiques qui ont alimenté une lecture raciste des évènements du 17 octobre en désignant des populations entières à la vindicte.

Là on ne peut faire l’économie d’un retour sur cette séquence politico-médiatique : alors que le mouvement lycéen avançait ses revendications depuis des semaines, la couverture médiatique de la mobilisation des jeunesses de ce pays faisait la part belle à quelques dégradations, justifiant une répression policière exceptionnelle, indigne d’une démocratie face à des mineurs, c’est-à-dire des enfants au regard du droit.

Le 17 octobre, la convergence des luttes lycéennes avec les gilets jaunes, les syndicats, les associations a été une réussite. Le sous-dimensionnement de l’appareil policier face à cette mobilisation a permis des vols et des dégradations. Les images ont tourné en boucle sur les chaines d’info continue avec les commentaires outrés d’éditorialistes à l’indignation facile quand des biens sont dégradés.

Avec la surmédiatisation des dégradations, les propos racistes et islamophobes prennent un nouveau tournant. Les banlieues « musulmanes » « noires et arabes », auraient lancé des « razzias » contre le commerce français. Voilà peu ou prou ce qu’on pouvait entendre à toute heure sur les chaines d’info continue.

Les polémiques politico-médiatiques se nourrissent d’elles-mêmes, elles surexposent des évènements, et des politiques les commentent ou agissent sur lesdits évènements, oubliant le reste, l’important, l’humain. Surjouant l’ « indignation populaire », ils l’alimentent également.

Ainsi les édiles de nos communes répondant à l’appel de l’association des maires de France ont organisé des rassemblements dans toute la France. Forgeant l’image d’un pays tout entier derrière des commerçants pillés et tournant totalement le dos aux luttes de la jeunesse pour son avenir. Cela ne correspond pas à la réalité !  Cela ne correspond en rien aux principes de la République ! Liberté, égalité, fraternité ce n’est pas pour les vitrines, ce n’est pas pour les bâtiments, c’est pour les vies humaines.  En agissant ainsi, ils ont participé à justifier le traitement médiatique inique des manifestations du 17 octobre.

Le temps d’exposition médiatique qui mesure et instaure pour beaucoup la gravité d’un évènement et qui vient classer l’impact des évènements sur la vie d’une société est distribué aujourd’hui en France par un certain nombre de médias sans aucune déontologie, sans aucun humanisme.

Les dégradations matérielles sont surexposées, mais quand c’est une main qui est arrachée, une mâchoire d’enfant explosée, quand ce sont des vies qui sont brisées par des décisions politiques, quand ce sont des manifestants qui sont mutilés par les forces de l’ordre, quand un homme se lance dans une cavalcade meurtrière raciste, sur ces mêmes médias c’est le service minimum, et les responsables politiques si prompts à mettre en scène une solidarité nationale pour les victimes de dégradation sont bien absents ce soir.

Nous aurions aimé, en effet, que l’association des maires de France, ou même notre maire ici, mesure la gravité du crime commis à Trappes et à la Verrière vendredi et organisent un rassemblement républicain.

Parce qu’Il appartient à toutes les forces républicaines, celles qui entendent respecter les principes fondamentaux de la liberté, de l’égalité, de la fraternité structurant notre Etat de droit, de prendre la mesure du risque qu’elles font peser sur notre société et notre démocratie lorsqu’elles jouent, parfois par stratégie électorale, avec les idées dangereuses de haine et de rejet.

Toute indulgence, toute ambiguïté, toute alliance, toute complaisance avec les forces, les partis et les idées d’extrême-droite est une compromission inacceptable pour notre avenir, pour notre société.

Face à une haine qui cherche à nous diviser, notre force sera l’unité de toutes et tous, quelles que soient nos convictions et croyances, autour de la défense des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité.

La LDH appelle à une lutte ferme et résolue contre le racisme et les préjugés qui le nourrissent. Cette exigence engage tout particulièrement les pouvoirs publics, les responsables politiques et les médias.

Donnons de la voix ensemble, dans les médias comme dans toutes les circonstances de nos vies quotidiennes, sur nos lieux de travail, d’études, de vie, comme ce soir à Fontenay-le-Comte, contre les paroles racistes qui conduisent au meurtre.

Notre détermination à lutter contre la haine qui divise, contre l’extrême droite qui menace est entière.