Expulsion du squat de Feyzin : un satisfecit pour la préfecture, pas pour les associations

Publié sur rue89lyon.fr le 16 septembre 2021

Les forces de l’ordre ont évacué les familles du squat de Feyzin, ce jeudi 16 septembre. Si la préfecture met en avant une opération s’étant déroulée « dans le calme », les associations s’inquiètent du devenir de plusieurs de ses ex-occupants.

L’information avait fuité sur les réseaux sociaux, mercredi dans l’après-midi. Ce jeudi 16 septembre, à 7 heures, les forces de l’ordre sont intervenues pour évacuer les habitants du squat de Feyzin, résidant dans l’ancienne école Georges-Brassens.

Depuis février 2020, cet ancien établissement scolaire était occupé par des personnes sans logement. Propriétaires des lieux depuis 2012, la société Total Raffinage avait demandé leur expulsion. Se sachant sous la menace d’une évacuation depuis juillet, 65 personnes étaient présentes à l’arrivée des forces de l’ordre.

Selon la préfecture, 48 personnes, dont 21 mineures, ont été mises à l’abri dans un centre d’hébergement d’urgence, géré par l’armée du Salut -soit à l’ancien hôpital Antoine-Charial, à Francheville. Trois personnes vont être hébergées dans le cadre du dispositif d’aide au retour volontaire et 14 personnes ont refusé la proposition de mise à l’abri, dans ce cadre du dispositif d’aide au retour volontaire. Selon les associations, ces familles proviennent en majorité d’Europe.

Dans un communiqué, les services de l’Etat se félicitent d’une opération s’étant « déroulée dans le calme (…) à la suite d’un travail partenarial. » Une vision loin d’être partagée par tous les associatifs présents sur place.

Squat de Feyzin : des familles toujours en attente de solution

Présente lors de l’intervention, Berthe, une membre de l’association CLASSES (Collectif lyonnais pour l’accès à la scolarisation et le soutien aux enfants des squats), s’étonne du dispositif policier jugé disproportionné, mis en place pour cette intervention. Selon les photos transmises, on pouvait compter près de 15 de camions de police présents ce jeudi matin. Annoncée au dernier moment, l’opération a dû être gérée avec les familles par les associations. « Alors que ce n’est pas notre rôle », nous dit-elle.

« Ils semblent profiter du plan de résorption des bidonvilles pour contrôler les habitants, et leur situation administrative, constate Berthe. Ce n’est pas le but de la démarche. »

Elle souligne également que deux familles, une roumaine et une bosniaque, étaient toujours sans solution au moment du départ.

Même constat pour la CALLE (Coordination d’Actions pour le Logement à Lyon et environs). Les militants s’alarmaient ce jeudi matin d’une expulsion « sans préavis et avec un dispositif massif ». Selon eux, « très peu de propositions de relogement » avaient été annoncées encore à 10 heures.

Une partie des habitants non présents

En juillet, l’avenir des habitants du squat de Feyzin avait déjà inquiété le « Collectif intersquats exilé.es Lyon et environs » et le « Collectif soutiens/migrants de la Croix-Rousse. » Dans une lettre ouverte, ces derniers avaient noté que plus d’une centaine d’habitants étaient toujours en attente d’une solution d’hébergement. Et cette intervention ne réglera pas le problème, selon eux.

Prenant les exemples de l’Amphi Z et du collège Maurice-Scève, ils analysaient que ces fermetures n’avaient mené qu’à de nouvelles ouvertures de squat.

Au moment de l’intervention ce matin, il ne restait plus que 65 personnes à Feyzin. Une partie des habitants avait disparu avant l’arrivée des services de l’Etat. 

Appel à rassemblement en solidarité au peuple Palestinien

MERCREDI 19 MAI à 18 h devant la Préfecture de Perpignan

Le 7 mai dernier, l’armée israélienne a provoqué et attaqué des milliers de fidèles palestiniens sur l’esplanade des Mosquées à la fin du mois de Ramadan.

La situation à Jérusalem, à Gaza et dans les territoires palestiniens occupés s’aggrave de jour en jour. Après avoir bouclé une grande partie de Jérusalem et empêché les Palestiniens d’accéder aux lieux de culte en période de ramadan, l’État d’Israël multiplie les violences meurtrières faisant chaque jour davantage de victimes, parmi les populations civiles.

A cela s’ajoutent les agressions des bandes racistes israéliennes contre les Palestiniens dont les crimes sont toujours impunis.

Le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, le Mouvement pour la paix, l’Association France Palestine solidarité,
la Ligue des Droits de l’Homme, tous leurs partenaires, associatifs, politiques et syndicaux
appellent  l’ensemble de la population à un

rassemblement MERCREDI 19 MAI à 18 h devant la Préfecture de Perpignan
pour
– exiger la fin de la politique effrénée et violente d’apartheid de l’État israélien
– la protection du peuple palestinien,
– et exiger de l’Union européenne la suspension des accords d’association avec Israël.

Dans l’immédiat, La France doit donner un signal fort en reconnaissant l’État de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

La tragédie des migrants de Paris-nord dans le cadre de la pandémie et de « l’état d’urgence sanitaire »

Article de  mediapart/leblog publié sur la tragédie des migrants de Paris-nord dans le cadre de la pandémie et de « l’état d’urgence sanitaire » terme masquant l’état d’urgence qui suspend toutes les libertés et en particulier celles  des migrants (parents et enfants) et les confinent dans l’exclusion la plus totale en les rapprochant de la mort la plus certaine.
Romane Elineau est  bénévole à l’association Paris d’exil et militante de plusieurs collectifs d’aide aux réfugiés. Elle raconte la semaine de ces exilés abandonnés et réprimés par l’État.

Le «journal de confinement» des exilé·e·s du nord-est de Paris

par Romane Elineau  23 MARS 2020 – BLOG : LE BLOG DE ACCUEIL DE MERDE

Puisque la mode est au «journal de confinement» et que chacun s’amuse à décrire son quotidien bousculé par l’ennui ou par l’exil vers une résidence secondaire en bord de mer… Romane Elineau, membre de plusieurs collectifs qui viennent en aide aux refugié·e·s et autres exilé·e·s du nord-est de Paris, a décidé de tenir le sien… ou plutôt le leur.
Il me semble quand même important de témoigner du quotidien des moins privilégiés. Ceux contre qui l’Etat est réellement en guerre et n’accorde aucune trêve, pas même en ces temps de crise sanitaire. Dans le Nord de Paris, des centaines de personnes survivent dans des campements de fortune et sont donc particulièrement exposées au Covid19. Cette semaine nos dirigeants ont encore démontré tout le mépris qu’ils ont pour la vie de ces hommes, femmes et enfants.

CONFINEMENT – SEMAINE 1

[Contexte général : Depuis des années les campements de rue se succèdent dans Paris, résultat d’une politique de maltraitance où l’objectif est de pourrir la vie des gens pour les dissuader de vivre ici, ou de vivre tout court. Alors l’Etat supprime le droit à l’hébergement et au revenu de subsistance pour des milliers de demandeurs d’asile, créée des systèmes administratifs kafkaïens et arbitraires. Il envoie sa police pour confisquer les tentes et obliger des hommes et des femmes à se terrer sous les ponts au milieu des rats, là où on ne les voit pas. Après les évacuations médiatisées de février (porte de la Chapelle / Aubervilliers) de nombreux exilés ont été remis à la rue. D’autres sont arrivés. Un campement s’est reformé, dans un terrain vague bien caché, à l’abri des policiers présents 24h/24 dans le quartier. Ils sont entre 400 et 500 personnes à survivre dans ce lieu horrible. Pour reprendre leurs mots, s’ils sont aujourd’hui en danger, c’est à cause de cette politique inhumaine. ]

Lundi :

Distribution de repas à porte d’Aubervilliers par la Gamelle de Jaurès. Des centaines de personnes attendent. Parmi elles des dizaines de familles, de jeunes enfants. Avec l’annonce du confinement, peu d’associations ont distribué pendant le week-end. Certaines nous disent qu’elles n’ont pas mangé depuis 24h. Et puis, pour elles aussi, il y l’appréhension face à cette situation extraordinaire. Nous ne savons pas comment vont s’organiser les choses, si les distributions et les maraudes pourront être maintenues. La faim, la peur de manquer, l’épuisement… Les gens se heurtent, se battent pour attraper une barquette repas, un bout de pain.

Plus tard dans la nuit : Des dizaines de familles exilées à la rue. Utopia 56 essaye tous les soirs de les loger chez des hébergeurs solidaires. Dans le contexte actuel, ce n’est plus possible. Alors elles posent leur tente à porte d’Aubervilliers, sur leur lieu de rassemblement habituel. Bien sûr, la police intervient. Les CRS disent qu’elles ne peuvent pas rester là. Elles n’ont nulle part où aller, il est tard… Les policiers repartent, pour l’instant, et annoncent qu’une décision sera prise le lendemain quant au sort de ces familles.

Mardi :

A 8h du matin, les policiers sont de retour. Ils réveillent les familles et les chassent. Ils disent que pour être tranquille il ne faut pas rester dans Paris, il faut passer le périph… En somme être invisible et « hors secteur » pour que la Ville de Paris puisse tranquillement se déresponsabiliser et les laisser mourir dehors.
Les Restos du Cœur et Solidarité Migrants Wilson sont présents ce soir pour distribuer des repas. Malgré les effectifs restreints, le manque de matériel, le risque sanitaire, les assos s’organisent avec les moyens du bord pour ne pas laisser les gens crever de faim. Car, hormis envoyer sa police, l’Etat ne fait rien.

Les exilés sur le campement d’Aubervilliers sont inquiets. Depuis plusieurs jours les associations transmettent les informations relatives à l’épidémie : symptômes, N° vert, gestes barrière. Tout cela leur paraît dérisoire. « Ici il n’y a pas d’eau, pas de douches. Il n’y a même pas de toilettes ». « On dort à 3 ou même 4 par tente ». Ils veulent sonner l’alarme et crier leur colère (voir leur message ici). Ils nous envoient des images du campement, décrivent leur condition de vie et écrivent leur revendication : « une mise à l’abri pour toutes les personnes du campement. Toutes sans exception ». On leur dit qu’on fera de notre mieux pour diffuser leur message. En attendant, la police continue de sévir.

Mercredi :

Cet après-midi c’est la police montée (à cheval) qui arrive sur le campement d’Aubervilliers. Ils nassent les exilés et les empêchent de sortir pendant plusieurs heures. Les exilés se retrouvent confinés de force sur le campement, sans eau, sans nourriture, sans toilettes. Médecins du Monde est sur place à ce moment-là. Un bénévole tente de filmer la scène et se fait interpeller. Les policiers menacent l’équipe de médecins du monde de « représailles s’ils témoignent ».
Malgré les menaces, Médecins du monde s’indigne sur les réseaux sociaux et rédige une lettre au Préfet. Face au scandale qui commence à monter, le Préfet de région annonce que le campement sera évacué prochainement. Plusieurs familles accèdent à un hébergement dans la soirée.
Il y a un peu d’espoir ce mercredi soir. Peut-être que cette fois ci, tout le monde sera mis à l’abri. Peut-être que la préfecture et la police vont calmer leurs ardeurs répressives…

Jeudi :

Une dizaine de camions de police stationnent autour du parc et du rond-point de la porte d’Aubervilliers. Des familles ont tenté de dormir ici cette nuit, celà ne leur a pas plu. En pleine crise sanitaire la priorité pour la police est donc d’empêcher des gosses de dormir dans un endroit un peu moins glauque qu’une bretelle de périphérique.
Sur le campement tout le monde se demande quand aura lieu l’évacuation. On fait des attestations de déplacement. Un homme est désespéré car son audience à la CNDA est annulée. Cela faisait plus d’un an qu’il attendait… Un autre se demande : « Que va-t-il se passer si je me fais contrôler avec un récépissé expiré ? » La préfecture, fermée, a annoncé la prolongation de la validité des documents. Mais il n’a pas confiance en la police et a peur d’être arrêté. Certains n’osent même pas appeler le 15 ou le N° vert. A force d’être maltraités par toutes les institutions publiques, tout ce qui relève de l’Etat apparaît comme une menace… Un monsieur éthiopien est au bord des larmes, il s’est fait voler toutes ses affaires. Certains nous disent qu’il y aurait eu un mort sur le campement, un monsieur âgé. Les associations sont entrain de se renseigner auprès des autorités (pas de confirmation pour le moment).

Vendredi : 

Aujourd’hui, les exilés ont pu avoir des bouteilles d’eau. Victoire bien dérisoire.
Des policiers me demandent de « transmettre les instructions » aux personnes exilées : il ne faut pas qu’elles sortent du campement.
« Je ne veux pas vous voir dans les rues », dit un flic à un groupe d’Afghans qui passe au bord du canal. « Il faut rentrer ». Traduction : transmettez vous ce foutu virus entre vous, mourrez ensemble dans votre trou à rat, on s’en fout. Mais surtout ne contaminez pas les autres. Nous avons le droit de vivre, pas vous.

Week-end :

On attend toujours l’évacuation annoncée. Peut-être demain, peut-être la semaine prochaine ou celle d’après. Sûrement dans des gymnases, sûrement dans la promiscuité, sûrement sans dépistages.

Pour de nombreuses personnes hébergées, la situation n’est guère mieux. Des mères isolées sans papiers, qui n’ont aucune ou peu de ressources, qui ne peuvent pas cuisiner dans leur chambre de 10m2 et craignent de se faire contrôler par la police si elles sortent. Dans les foyers, d’autres sans papiers n’ont d’autres choix que de continuer à travailler, parfois sans protection. Exploités sur les chantiers, exploités par Uber et compagnie pour livrer aux Parisiens leur brunch du dimanche, ils s’exposent tous les jours pour « faire tourner notre économie ». Des mineurs isolés en hôtel qui ne peuvent plus se nourrir. L’ASE leur délivre, pour leurs repas quotidiens, des tickets restos utilisables uniquement au Kebab du coin, désormais fermé. Des mineurs isolés sans attestation de déplacement qui se font casser la gueule par la BAC du 18e arrondissement…

Et on apprend que l’Etat a expulsé au moins 10 personnes cette semaine. Vers le Maroc, l’Algérie, le Congo, le Mali, le Sénégal, la Roumanie, la Georgie et même les Pays Bas pour un dubliné… Corona ou pas, rien ne les arrête !

Ceci n’est QUE ce dont nous avons connaissance et ce n’est QUE la première semaine. Résumé non exhaustif pour ceux qui ne savent pas, pour ceux qui peuvent se mobiliser malgré le confinement. Pour faire face à cette pandémie, pour que tout le monde soit protégé, il va falloir faire barrière à leur politique criminelle, à leur racisme visiblement sans limite#SolidaritéCovid19
Résumé aussi pour ne pour ne pas oublier. Pour l’après. Lorsque sera venu le temps de leur faire payer !
#NiOubliNiPardon

Informations recensées via : les exilés du campement, Paris d’Exil, Solidarité Migrants Wilson, La Gamelle de Jaurès, Utopia 56, Médecins du Monde, La Cimade, Infos Migrants, Urgence Notre Police Assassine, mes yeux et mes oreilles.

#Covid19 #ConfinésDehors #Journaldeconfinement