Congrès du Mans : résolution « Soutenir les droits du peuple palestinien »

Michel Tubiana a défendu la résolution "soutenir les droits du peuple palestien"

Les congrès de la Ligue des droits de l’Homme sont l’occasion de voter des « résolutions », qui sont des textes politiques qui préciseront la ligne que suivra la LDH pendant les deux années qui la séparent du congrès suivant. Au congrès du Mans, les 23,24 et 25 mai 2015, les congressistes ont examiné et adopté quatre résolutions.

La première fait écho aux événements dramatiques qui ont secoué la Palestine l’été 2014. Elle est intitulée « Soutenir les droits du peuple palestinien », et a été adoptée à l’unanimité moins deux abstentions. Elle a été défendue par Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme.

En voici le texte.

Le peuple palestinien est victime d’un double déni : celui que lui infligent les autorités israéliennes par leur occupation, et celui que lui inflige la communauté internationale par son refus de reconnaître son droit à l’indépendance.

Aucune organisation de défense des droits de l’Homme ne peut accepter que quiconque s’en prenne à des civils, soit volontairement, soit de manière indiscriminée ou par un recours à la force, la responsabilité des gouvernants successifs d’Israël est, dans le crescendo de violences, écrasante. L’accélération de la colonisation qui n’est rien d’autre que le vol de terres par la puissance occupante, l’impunité légalisée de l’armée israélienne et l’impunité de fait reconnue aux colons, la détention administrative des prisonniers et les juridictions militaires, l’interdiction de tout développement économique de la Cisjordanie, le blocus de Gaza, la rétention des droits de douane dus à l’autorité palestinienne, tout simplement l’empêchement de vivre et l’enfermement que subissent quotidiennement les hommes, les femmes, les enfants de Cisjordanie et de Gaza ne peuvent qu’entraîner une résistance légitime mais aussi générer la violence du désespoir.

En construisant un mur dans lequel elles croient pouvoir enfermer le peuple palestinien, c’est aussi le peuple israélien que les autorités de ce pays enferment. Coupé de son environnement, entretenu dans l’illusion qu’une politique de force pourrait se poursuivre indéfiniment, celui-ci est lui-même atteint par les maux que génère inévitablement la domination d’un peuple par un autre : restrictions démocratiques, attaques contre les voix dissonantes, usage de la torture, injustice sociale, gonflement démesuré du lobby militaro industriel, discrimination à l’égard des Arabes israéliens.

Mais le conflit israélo-palestinien n’aurait pas perduré, ni pris cette ampleur et cette résonance, si la communauté internationale n’avait fait preuve d’une telle partialité. Celle-ci n’a cessé et ne cesse de cautionner la politique israélienne et ce n’est que très récemment que, face à leurs opinions publiques révoltées par le sort réservé au peuple palestinien, plusieurs pays européens ont infléchi leur politique en reconnaissant un Etat palestinien, ou en manifestant leur intention de le faire.

Cela ne suffit pas. Parce que l’Etat d’Israël est un Etat comme un autre, aux mêmes droits et aux mêmes responsabilités, il convient qu’il rende compte de ses actes. Et c’est aux opinions publiques mobilisées qu’il appartient d’exiger de leurs gouvernements que l’ONU fasse respecter ses résolutions, impose des sanctions à l’Etat d’Israël et prenne les mesures nécessaires pour la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, l’accès à tous les lieux saints devant être préservé.

La Palestine doit devenir un membre à part entière des Nations unies. La Cour pénale internationale doit se saisir des crimes de guerre commis. Si la communauté internationale doit faciliter le dialogue et la négociation entre les parties, c’est sans oublier qui est l’occupant et qui est l’occupé, et en faisant respecter le droit international sous tous ses aspects.

D’ores et déjà, il convient d’organiser le boycott des produits issus des colonies et des entreprises qui en tirent profit, ainsi que l’arrêt du commerce des armes. La communauté internationale doit s’opposer à la consolidation des faits accomplis illégaux. L’Europe doit  suspendre l’accord d’association qui la lie avec Israël. C’est aussi de cette manière que l’on peut tenter, aux côtés des forces de paix israéliennes auxquelles il faut rendre hommage, de changer les choses en Israël même.

Fidèle à son engagement en faveur d’un droit international respectueux des peuples et des individus, la LDH réaffirme le droit à l’existence de l’Etat d’Israël et renouvelle son plein et entier soutien aux droits du peuple palestinien.

Résolution adoptée à l’unanimité moins 2 abstentions

Boris Le Lay condamné à 6 mois de prison ferme

Le marchand de galettes de Rosporden vient d’être à nouveau condamné, hier, jeudi 28 mai. Cette fois, les juges ont tapé plus fort : outre 8000€ de dommages et intérêts qu’il devra verser à une de ses cibles favorites, le sonneur Yannick Martin, qu’il a insulté et à qui il a proféré menaces et insultes racistes à de multiples reprises, Boris Le Lay a été condamné à 6 mois de prison ferme ( Il a déjà été condamné il y a quelques mois à un mois de prison ferme). Cette somme s’ajoute aux quelques milliers d’euro d’amendes et de dommages et intérêts auxquels la justice l’a condamné au cours des sept procès menés contre lui.

À l’issue d’un de ces procès, le pauvre Boris avait lancé un appel au peuple pour payer ses amendes et ses avocats. Il va pouvoir organiser un nouveau laython ! D’autant plus que d’autres affaires attendent d’être jugées.

Comme d’habitude, le courageux Le Lay n’a pas daigné se présenter à son procès, et curieusement, il n’en dit pas un mot sur son blog, alors que d’habitude il y tire gloire de ses condamnations.

Congrès du Mans : la vidéo du discours de Françoise Dumont, nouvelle présidente de la Ligue des droits de l’Homme

Françoise Dumont, nouvelle présidente de la Ligue des droits de l'Homme (photo Ouest-France)

Françoise Dumont a été élue, lundi 25 mai, présidente de la Ligue des droits de l’Homme. Elle remplace Pierre Tartakowsky, qui ne se représentait pas. Ancienne professeur de lettres, Françoise Dumont, après de hautes responsabilités syndicales, s’est investie dans le militantisme à la Ligue des droits de l’Homme, dont elle était membre du comité central et vice-présidente. Elle s’est beaucoup investie dans les interventions de la LDH en milieu scolaire. Voici, ci-dessous, la vidéo du discours qu’elle a prononcé devant le congrès juste après son élection.

httpv://youtu.be/TPOy8QjFRJ0

Congrès du Mans : le rapport moral de Pierre Tartakowsky, président sortant

Pierre Tartakowsky a présenté, dimanche 24 mai, devant le congrès de la Ligue des droits de l’Homme au Mans, son dernier rapport moral. Dernier, puisqu’il ne se représentait pas à son poste ; il est d’ailleurs devenu Président d’honneur de la LDH.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo de sa présentation du rapport moral, le communiqué publié par la Ligue à l’issue du congrès, puis le texte intégral de ce rapport moral.

httpv://youtu.be/8BXMxJfs4QI

Communiqué LDH

Du 23 au 25 mai 2015, la Ligue des droits de l’Homme a réuni ses délégués, représentant les sections, fédérations et comités régionaux, lors de son 88e congrès national, au Mans.

Le délégué régional des Pays-de-la-Loire, Antoine Boutet, le conseiller départemental de la Sarthe, Daniel Chevalier, la députée de la Sarthe, Marietta Karamanli, le premier vice-président du conseil régional des Pays-de-la-Loire, Christophe Clergeau, l’adjointe au maire du Mans, déléguée à l’Egalité, Marlène Schiappa, ont montré leur attachement à la défense des droits.

La LDH a mis à l’honneur un combat victorieux de défense des droits en recevant Fatou Doumbia et Aminata Soumaoro (lire et voir ici), représentantes du « 57 boulevard Strasbourg ». Le congrès a également eu l’honneur d’accueillir Lassana Bathily, héros de l’hyper-casher de Vincennes en janvier 2015 (lire et voir ici).

Michel Tubiana, président du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, Dominique Guibert, président de l’Association européenne pour la défense des droits de l’Homme, Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme, ont rappelé l’importance de la mondialisation de tous les droits, partout et pour tous.

Le congrès a adopté quatre résolutions :

  • « SOUTENIR LES DROITS DU PEUPLE PALESTINIEN »
  • « RASSEMBLER POUR UN AVENIR SOLIDAIRE »
  • « RELEVER TOUS LES DÉFIS LANCÉS À LA DÉMOCRATIE »
  •  « RÉINTÉGRONS LES FUSILLÉS POUR L’EXEMPLE, MUTINS, ENGAGÉS ÉTRANGERS ET SOLDATS COLONIAUX DANS LA MÉMOIRE COLLECTIVE »

Le RAPPORT MORAL, le RAPPORT D’ACTIVITÉ et le RAPPORT FINANCIER ont été adoptés par une forte majorité des délégué-e-s des sections.

A l’issue du congrès, le Comité central renouvelé a élu le Bureau national. Françoise Dumont a été élue présidente de la LDH. Nadia Doghramadjian, Jacques Montacié sont vice-présidents ; Jean-François Mignard est secrétaire général ; Martine Cocquet, André Déchot, Emmanuelle Fourneyron et Clémence Nowak sont secrétaires généraux adjoints. Jean-Marc Dousse est trésorier national. Françoise Castex, Nadja Djerrah, Alain Esmery, Michel Savy, Mylène Stambouli, Jan Robert Suesser sont membres du Bureau national. Pierre Tartakowsky est désormais président d’honneur.

Le Mans, le 25 mai 2015

Rapport moral de Pierre Tartakowsky

En introduction à nos débats du congrès de Niort, nous avancions l’idée que « les temps à venir s’annonçaient difficiles ». De fait, les deux dernières années ont été dominées par un désenchantement social et démocratique, par la montée des haines et des périls, par une vaste offensive sécuritaire.

Cette triste trilogie caractérise toujours notre présent. Elle s’est exacerbée après les attentats terroristes que nous avons connus, de Toulouse à Créteil et singulièrement après la série sanglante de janvier dernier. Car comme le dit sentencieusement maître Yoda dans La Guerre des étoiles – avec une sagesse qui doit beaucoup à Averroés –, « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine est le chemin vers le côté obscur ».

Le côté obscur, nous y sommes ! Point n’est besoin d’assimiler Manuel Valls à Dark Vador pour réaliser que ses contre-attaques conduisent la démocratie dans un trou noir. Dans la toute dernière période, dans un monde de plus en plus instable et complexe, nous avons vu surgir en France la loi antiterroriste qui précède les attentats de janvier ; le retrait du délit d’apologie du terrorisme de la loi de 1881 sur la presse, puis le retrait de cette même loi du délit de racisme, au risque de grandes confusions dans le débat public ; puis la loi sur le renseignement, qui accorde des pouvoirs panoptiques sans précédents au Premier ministre ; le fichier stade qui se proposait – avant que nous ne saisissions le Conseil d’Etat – de ficher les supporters, mineurs compris, et d’en confier la gestion à une personne morale privée ; la loi sur les étrangers ouvrant droit à l’utilisation du numéro d’immatriculation de la sécurité sociale et donc au croisement de fichiers. Même le plan antiracisme, dont il faut se féliciter qu’il existe enfin, est marqué de cet état d’esprit : exigeant vis-à-vis des jeunes mais parfaitement aveugle aux effets des politiques gouvernementales.

Oui, la dernière période a été « difficile » et dès le lendemain de notre congrès de Niort ; nous y avons fait face, en nous mobilisant face au désenchantement démocratique, face aux idéologies de haine, qu’elles soient portées par l’extrême droite ou la droite extrême, pour la défense des libertés, en privilégiant, en toutes occasions des contre-offensives unitaires.

Il nous revient aujourd’hui d’évaluer la façon dont nous avons porté nos valeurs, ce que nous entendons poursuivre ou changer dans nos orientations, dans nos modes d’actions pour défendre et promouvoir les droits, les libertés, la citoyenneté. C’est l’objet de ce rapport moral d’y contribuer.

Parce que ces deux années ont été particulièrement riches et qu’il serait impossible d’en retracer ici la chronologie politique, parce que cette réflexion a été largement développée dans le rapport moral soumis en amont du congrès à votre appréciation, je me focaliserai sur quelques aspects essentiels, en essayant de dégager ce qui peut nous aider, collectivement, à nous projeter dans l’avenir.

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Pour le dire vite ces deux années ont vu la question du changement renvoyée à la périphérie du débat politique français alors qu’elle aurait dû en être le cœur ardent.

Nous avions à Niort appelé à un renouveau démocratique en soulignant alors « dans les processus en cours, la démocratie apparaît partout comme l’enjeu central de convulsions dont l’issue n’est écrite nulle part. » Nous insistions : « Cela exige le courage de la conviction ».

De réforme remise en réforme dénaturée, l’espoir a laissé place au désenchantement puis au désaveu, puis à un sentiment d’impuissance généralisée, sorte de répudiation non dite des attentes populaires. Cela s’est vérifié au plan démocratique et institutionnel, au plan de la justice fiscale ; sur les champs majeurs de l’emploi, du logement, des services publics, des territoires ; cela s’est vérifié enfin dans la conduite du débat public et pour les thèmes portés par la Ligue des droits de l’Homme, tels que le droit de vote des résidents non européens, le récépissé du contrôle d’identité, le retour à l’ordonnance de 1945 concernant la justice des mineurs, de la représentation démocratique, un traitement digne des populations roms, l’asile…

Cette « mal démocratie », corrélée avec l’interminable et nauséeux feuilleton des scandales, a nourri une délégitimation de fait des institutions représentatives, l’abstentionnisme qui en découle, des conflits territoriaux d’autant plus violents que présentés sans alternative ni issue, l’émergence enfin d’une extrême droite non seulement décomplexée mais médiatiquement installée – c’est le comble – en situation de magistère républicain ! La nomination de Manuel Valls comme Premier ministre en mars 2014, suite à la défaite des municipales, puis la constitution de Valls II, ont contribué à faire système des traits sécuritaire et austère de la période précédente.

La LDH, durant toute cette période, a orienté toute son activité pour que les espoirs de changement en faveur des droits et des libertés se concrétisent ; elle a travaillé autour des arbitrages politiques, en critiquant sans concession les dérives, atermoiements et orientations qui méritaient de l’être, tout en défendant ses propositions de renouveau démocratique.

Elle est intervenue sur une multitude d’enjeux stratégiques : droits des étrangers, égalité femmes-hommes, défense des mineurs isolés étrangers, pour la réhabilitation des fusillés de la Grande Guerre, contre les discriminations, pour le développement durable… Elle a agi en toute indépendance des pouvoirs et des partis, tout en s’essayant à inscrire cette richesse thématique dans la perspective d’une réponse aux défis identifiés par elle comme majeurs, appelant l’élaboration d’alternatives.

Ces efforts se sont développés dans un contexte marqué par le paradigme de l’austérité et de son cortège d’injustices, de discriminations et d’exclusions, lesquels ont largement contribué à structurer une vision gestionnaire de la politique et à brouiller tout espoir de lendemains meilleurs.

Notre activité s’est logiquement déployé autour de trois axes, surplombant sa « besogne quotidienne » : la défense des libertés ; la résistance à l’extrême droite ; la mise en convergence des forces antiracistes avec, dans le contexte des attentats terroristes, la défense de la laïcité. Mêlés et entremêlés dans la vie politique, ces axes constituent plus que jamais notre horizon collectif d’intervention.

Il est aussi frappant qu’inquiétant de mesurer à quel point nous avons dû batailler sur le front des libertés. Face aux interdits d’Etat, face également à des tentatives de censure émanant de la société elle-même. Il s’agit là d’un indice de dégradation du débat démocratique et de la capacité de notre société à débattre autrement qu’en termes autoritaires.

C’est éclatant sur le champ des représentations culturelles. Dans ce domaine, la LDH a pu s’appuyer sur le travail remarquable de son Observatoire de la liberté de création et, ainsi, faire pièce aux agressions, qu’il s’agisse de celles des « cathos tradis » contre la pièce Golgotha Picnic ou d’associations convoquant l’antiracisme sur des bases communautaires pour exiger la déprogrammation d’ « Exhibit B ».

La provocation antisémite de Dieudonné et ce qui s’ensuit s’inscrivent dans ce cadre de façon spectaculaire, puisque le gouvernement y joue un rôle central. Manuel Valls frappe en effet son spectacle d’une mesure d’interdiction préalable. Il lui confère, ce faisant, une énorme visibilité, décuple l’intérêt et la sympathie à son égard, et introduit une dangereuse régression juridique en instituant un interdit a priori et non une sanction a posteriori. Alors que le gouvernement spécule sur le caractère ignoble de l’antisémitisme véhiculé par Dieudonné, la LDH parvient, dans des conditions difficiles, à peser dans le débat public et à défendre l’idée que la liberté doit prévaloir sur la censure. En arrière-plan, elle rappelle également – déjà – le danger qu’il y a à s’inscrire – ou à sembler s’inscrire – dans un clivage communautaire et une hiérarchisation des souffrances.

La liberté se trouve encore mise en péril lorsque le gouvernement interdit une manifestation contre l’intervention israélienne à Gaza et menace d’interdire les autres. L’engagement de la LDH pour le droit de manifester est alors un facteur de rassemblement décisif ; il permet de faire entendre la solidarité avec la population gazaouie, de dénoncer l’interdiction et ses effets de trouble à l’ordre public. Il met en échec enfin la logique qui voudrait mettre hors-jeu toute manifestation de rue dès lors qu’elle présenterait un risque.

Là encore, les pressions sont énormes. Parce que nous avons toujours été stables dans nos positions, dans nos propos et nos actes, dans notre parti pris de paix, dans notre solidarité avec tous les peuples de la région, nous avons pu tenir bon et permettre que les rues de France vibrent de colère contre un massacre insoutenable.

Cet engagement se prolonge lors de nombreuses délégations au Quai d’Orsay, singulièrement dans le cadre de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, aux côtés des prisonniers palestiniens ; aux coté du fils de Marwan Barghouti, présent à Paris la veille du vote par l’Assemblée nationale française, à une large majorité, d’une résolution demandant au gouvernement de reconnaître un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ayant Jérusalem comme capitale partagée avec Israël.

Il se prolonge également dans nos nombreuses interventions auprès de la garde des Sceaux sur le caractère insupportable d’une circulaire qui assimile indument le principe du boycott, mode d’action politique et civique, à la haine « raciale ».

C’est également pour nos libertés que nous avons porté plainte, avec la FIDH, contre X en visant la NSA, le FBI, la CIA, et les opérateurs suite aux révélations de l’affaire Snowden, que nous avons contribué à faire naître un Observatoire des libertés du numérique, qui s’est illustré avec efficacité dans la bataille menée  contre la loi sur le renseignement ; c’est pour nos libertés que nous avons participé à la campagne victorieuse contre le secret des affaires portée par la « loi Macron », soutenu les lanceurs d’alerte, défendu la protection des sources des journalistes.

C’est pour nos libertés que nous avons pris fait et cause pour les cinq syndicalistes de Roanne, comme pour les inculpés de la Confédération paysanne lors de l’épisode de la ferme des Mille vaches, tous ciblés indument par une demande de prélèvement génétique. C’est pour les libertés que nous nous mobilisons pour obtenir leur relaxe lors du procès en appel qui se tiendra dans quelques jours à Amiens.

C’est pour nos libertés que nous avons protesté contre le déploiement et l’agressivité policière autour notamment de Notre-Dame-des-Landes et de Sivens, déploiement dont la mort de Rémi Fraisse a été l’insupportable aboutissement et sur laquelle nous avons avec notre section de Toulouse, diligenté une commission d’enquête.

Pour nos libertés enfin que nous sommes descendus dans la rue après les crimes terroristes de janvier ; pour affirmer notre solidarité avec les victimes, notre refus de voir l’égalité et la fraternité mises en pièces par des actes de ciblages haineux et diviseurs, notre volonté de faire pièce aux tentations sécuritaires – déjà perceptibles.

Et c’est bien évidemment à la défense des libertés que les militantes et militants de la LDH ont œuvré au quotidien dans leurs mobilisations pour les droits des étrangers.

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La LDH consacre la grande majorité de son activité aux droits des étrangers. C’est que, hélas, elle affronte pour l’essentiel les mêmes mécaniques de mise en illégalité, de refus d’asile, d’expulsions à répétition, de séparation des familles. Ses militants continuent de se heurter à une administration d’autant plus intraitable qu’elle obéit à des injonctions dont le fond et la tonalité sont inchangées depuis trop longtemps. Les ADH, les OQTF, les mises en rétention y compris de mineurs, la séparation des familles, les reconduites à la frontière demeurent monnaie courante et « Frontière » reste le maître mot de politiques migratoires et d’asile, trop souvent meurtrières.

Cette situation se traduit de façon exacerbée dans les territoires ultramarins, car c’est à un doublement des chiffres d’expulsions que l’on arrive si l’on tient compte de celles qui sont exécutées, le plus souvent au mépris de la loi et de la jurisprudence européenne, en particulier sur le recours suspensif, à partir singulièrement de Mayotte et de la Guyane.

La politique de l’asile reste pour l’essentiel marquée par l’esprit de suspicion. Alors que les conflits armés font rage en Irak, en Syrie et aux frontières de l’espace Schengen, les pouvoirs publics se déshonorent ! Les récentes déclarations de Manuel Valls sur les quotas migratoires sont à cet égard un sommet ! Elles sont mensongères, elles traduisent une myopie consternante sur le devenir du monde, elles font enfin le lit des idées agitées par l’extrême droite. Nous n’avons donc pas fini de voir la Méditerranée et le large de Mayotte transformés en nécropoles marines. Rappelons que nous avons porté plainte contre X pour dénoncer le comportement de bâtiments de guerre dont certains  sont susceptibles d’être français ayant délibérément changé de cap pour s’exonérer du devoir d’assistance à personnes en danger.

La liberté aura été le rendez-vous d’espoir des centaines d’actions engagées avec les travailleurs sans papiers et les organisations solidaires, avec RESF et les familles menacées de division ou d’expulsion malgré l’intérêt supérieur des enfants qu’est leur scolarité, avec les Mineurs isolés étrangers défendus avec notamment infoMie.

C’est pour la liberté encore que nous nous sommes mobilisés contre la mise en place par le gouvernement d’un projet dit de « justice sur le tarmac » qui installe la salle de tribunal et avec elle la justice elle-même à proximité immédiate des centres de rétention et des zones d’attente, plaçant ainsi juges et avocats dans une situation d’auxiliaires – de fait ou d’apparence – des forces de police en charge d’expulser.

C’est pour leur liberté et donc la nôtre, que nous avons bataillé sans réserve pour la dignité des populations roms, singulièrement avec notre remarquable brochure « Les Roms ont des droits », dont l’intitulé s’oppose frontalement au trop fameux, et malheureusement toujours actuel, « les Roms n’ont pas vocation à… ».

Avis donc à ceux qui en douteraient : les libertés sont à défendre, ici et maintenant. D’autant plus lorsque le débat public est menacé d’une montée hégémonique des idées d’extrême droite.

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Nous avons très tôt tiré la sonnette d’alarme face à ce phénomène, que nous nous sommes refusé à ramener à la seule réalité du FN. Du « grand remplacement » de Renaud Camus à l’antisémitisme de « Jour de colère », en passant par l’instrumentalisation de l’islam et de peurs familialistes et patriarcales lors de la journée du retrait de l’école, nous avons vu en peu de temps se constituer une ligne de front où s’opère la racialisation du débat public, la désinhibition de l’antisémitisme, la manipulation des mémoires victimaires, la stigmatisation des « fraudeurs » et des pauvres, la réhabilitation de hiérarchies soi-disant naturelles… C’est que l’extrême droite a choisi de prolonger le succès de la « Manif pour tous » autour des enjeux propres à la famille, au statut de la femme et de son corps et plus largement aux identités sexuées.

Ces thématiques et ces interventions visent la remise en cause de la notion d’égalité, tout en veillant à se présenter en défense de la République, drapées dans les plis tricolores d’une pseudo laïcité, ramenée à une seule dimension punitive et exclusive. Cette posture lui permet d’articuler sa vision du monde à des pratiques sociales ; autour du contrôle des bibliothèques municipales, des cantines, autour des entreprises et des organisations syndicales. Elles trouvent leur traduction dans les municipalités conquises par le Front national ou ses compagnons de route. Mais elles portent au-delà. Au plan politique, comme le montre sans fard la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP, en étant adoptées voire amplifiées par la droite traditionnellement républicaine – notamment à l’initiative d’élus locaux dont la violence verbale annonce de fait la fin d’un pacte républicain de principe.

Egalement en influençant des mouvements corporatistes dont l’expression agresse frontalement les valeurs républicaines d’égalité et de solidarité, réussit à imposer l’expression de « ras-le-bol fiscal », gomme la notion d’intérêt général et de redistribution, s’en prend enfin au droit du travail, dans toutes ses dimensions.

Face à quoi, on a vu le gouvernement le plus souvent au céder, voire se ranger à l’argumentation qui lui était opposée. Le renforcement des contrôles de chômeurs par Pôle emploi en est le dernier exemple, ô combien emblématique. La démarche est désespérante en ce qu’elle ignore la dimension structurelle des problèmes pour mieux stigmatiser l’écume de comportements individuels.

Tout ceci pèse évidemment sur la perception de l’opinion publique, qui manifeste un recul des valeurs de solidarité et de bienveillance en même temps qu’une montée préoccupante de l’antisémitisme, de l’homophobie et du racisme, singulièrement sous sa forme islamophobe.

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Dans la foulée de notre décision, à Niort, de construire un barrage face aux idées d’extrême droite, nous avons porté une attention particulière à ces manifestations haineuses et œuvré à l’unité du mouvement antiraciste, singulièrement après notre mobilisation contre les agressions visant la garde des Sceaux Christiane Taubira. Cela s’est traduit par des relations plus resserrées entre la Licra, le Mrap, SOS Racisme et nous même, avec une série de contacts positifs qui ont en partie inspiré notre initiative « Pour un avenir solidaire ».

Sur ce terrain comme face à l’extrême droite, notre démarche vise à créer les conditions d’une riposte large et unitaire, l’une n’allant pas sans l’autre. Cet objectif ne va pas de soi ; il exige un gigantesque effort d’écoute, de dialogue et de diplomatie pour convaincre que l’unité – face au racisme ou à l’extrême droite – est souhaitable et surtout possible, malgré les oppositions et contradictions qui existent entre acteurs et/ou entre communautés.

Ces difficultés sont réelles et expliquent pour une part les limites de nos mobilisations. Nous n’en avons pas fini avec elles ; tous les groupes ciblés par le racisme ne descendent pas spontanément ensemble dans la rue, loin s’en faut ; toutes les consciences révoltées par la haine de l’extrême droite ne mesurent pas spontanément la nécessité de s’organiser pour la combattre.

+Cela s’est mesuré après l’agression visant Christiane Taubira, cela s’est vérifié avec « Pour un avenir solidaire », cela se constate hélas encore chaque jour ; ici, face au fichage d’enfants qualifiés de « musulmans », là, face à des jupes décidément trop longues pour être honnêtes ou encore face à la permanence des cliches antisémites les plus éculés. Les temps sont confus et nous avons besoin, face a cette confusion de lucidité et d’une fermeté sans concession face aux propos et actes racistes, d’où qu’ils viennent et quels que soient leurs masques.

La Ligue des droits de l’Homme, avec ses sections, s’est fortement mobilisée sur ces enjeux. Mais elle s’est plus mobilisée qu’elle n’a pu mobiliser autour d’elle. Il nous faut réfléchir à cette limite et nous pouvons le faire à partir de ce que nous avons voulu mettre à disposition des militantes et militants au lendemain des municipales avec cette initiative.

Nous avons lancé, notamment avec la Ligue de l’enseignement et de nombreux autres partenaires, un appel à faire « barrage à la haine, à la xénophobie, à  toutes les discriminations et à combattre les propos sexistes, homophobes, racistes, antisémites, aux discours anti-Roms, antimusulmans ». Cet appel a eu un impact réel, mais inférieur hélas à ce qui était et reste nécessaire. L’initiative demeure riche de possibles, en termes de rassemblement, de formations, d’actions décentralisées au plus proche des terrains. A condition de trouver les voies et les moyens pour enraciner et cristalliser les bonnes volontés dans des pratiques sociales diverses mais qui se fassent écho les unes aux autres et « couvrent » à la fois le champ des libertés, celui de l’égalité, celui enfin de la fraternité. Ce travail de fourmi est en marche nous considérons qu’il s’agit de le poursuivre en repoussant nos limites.

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Il le faut d’autant plus que la peur, les rétractions et les politiques autoritaires que nous affrontons font écho aux désordres et les tumultes du monde, singulièrement lorsqu’ils apparaissent responsables des actes de terrorisme commis sur le sol national. De fait, rarement notre actualité hexagonale aura à ce point résonné avec l’au-delà de nos frontières.

Nous avons été attentifs à prendre en compte l’agenda du développement planétaire et de la tenue de la Cop 21 à Paris car derrière la dégradation du climat se profilent des enjeux migratoires, de transports et de viabilité territoriale, d’emplois, de coût de la vie et de vie tout court…

Nous avons été présents en soulignant à quel point le Tafta, traité de grand marché transatlantique, s’inscrivait dans la droite ligne des grands traités de libéralisation du commerce et s’élaborait autour de l’objectif essentiel de satisfaire les appétits des multinationales américaines et européennes.

Nous avons été présents aux côtés du peuple tunisien dans ses combats pour la stabilisation démocratique et lors du Forum social mondial à Tunis, Forum dans lequel nous avons tenu toute notre place.

Nous nous sommes mobilisés pour les libertés au Belarus et en Russie, avons éclairé les enjeux d’un conflit Russo-ukrainien dont les peuples, apparaissent otages de considérants de domination stratégique. Partout dans le monde, nous avons fait savoir notre solidarité, interpellé les pouvoirs, soit étrangers soit français et nous l’avons fait en resserrant nos liens d’amitié, de travail et d’expression avec les « internationales » dont nous sommes partie prenante, l’AEDH, le REMDH et la FIDH.

Nous sommes enfin intervenus à de multiples reprises face à la dégradation effroyable qui frappe un Moyen-Orient aux prises avec des Etats autoritaires, l’enracinement de guerres sans fin, comme en Syrie, et l’émergence, sur fond de gestion politique catastrophique de l’Irak, d’une nouvelle génération de forces terroristes avec Daesh. Nous l’avons d’autant plus fait que notre pays s’enfonce dans une stratégie strictement militaire contre le terrorisme, laquelle apparaît largement contre-productive et semble plutôt fonctionner comme un facteur d’essaimage que de contention.

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En Europe, les meurtres antisémites commis en Belgique, au Danemark, la décapitation d’Hervé Gourdel et la montée en puissance d’une apologie du  terrorisme sur les réseaux sociaux ont contribué à créer une situation politique nouvelle, dans laquelle l’opinion publique exprime un besoin de protection vis-à- vis d’un djihadisme perçu à la fois comme la figure d’un risque global et d’un ennemi intérieur. Les attentats de janvier ont porté ce sentiment à un degré supérieur de défi sanglant lancé à la face de la République, de la liberté d’expression, de la laïcité et de la fraternité.

Là encore, fidèle à notre démarche unitaire, nous nous exprimons alors avec la Licra, le Mrap et SOS Racisme en soulignant que : « Aucune démocratie ne peut accepter de plier face au fanatisme, à la violence, encore moins quand elle est dirigée contre un de ses piliers, la liberté d’expression. Bien sûr, c’est dans le cadre de l’Etat de droit que doivent agir les forces de l’ordre. C’est aussi sans stigmatisation des personnes se réclamant de l’islam que nous devons exprimer notre rejet de cette barbarie, si nous ne voulons pas entretenir des solidarités malsaines. »

Déjà, nous ajoutons : « Des voix s’élèvent pour appeler au rassemblement au nom des principes de la République. Mais de quelle République s’agit-il ? Il n’est pas certain que le mot suffise, en effet, à partager les mêmes principes ni les mêmes valeurs. »

La riposte a pris la forme d’une levée en masse, couvrant tout l’espace public.

La LDH, ses sections, en ont été partie prenante à un haut niveau. Ces manifestations ont dans leur ensemble exprimé le double refus de la terreur et de la peur, un parti pris pour la liberté et la démocratie. Elles ont banni toute expression haineuse, tout rejet de l’autre, tout appel à la vengeance et au meurtre.

Si imposture il y a elle, n’est pas du côté des manifestants mais de ceux qui vont s’emparer de l’événement pour accentuer leurs politiques sécuritaires. Reste que nous nous heurtons une nouvelle fois à des phénomènes objectifs de fragmentation et à des stratégies d’existence identitaire. Pour nous, la levée en masse du 11 janvier a exprimé la condamnation résolue des attentats des 7 et 9 janvier et la solidarité avec les victimes. D’autres, qui ne s’y sont pas forcément reconnu, soulignent les caractéristiques socio-culturelles des participants et la jugent entachée d’islamophobie.

Cette approche aboutit à entrer dans le jeu voulu par les terroristes visant à dresser une partie de la population contre une autre, à provoquer une rupture entre habitants d’un même pays, le rejet de l’islam dans une part importante de la population et une peur grandissante tant chez les musulmans que chez les juifs.

« La haine est le chemin vers le côté obscur »… On le mesure en rappelant que le nombre d’actes islamophobes a littéralement explosé après janvier, atteignant en deux semaines le niveau de l’année 2014. Nous avons donc devant nous des débats compliqués ; nous devons les aborder avec en tête l’idée que la mobilisation pour la laïcité en constitue un enjeu central. Il nous faut réaffirmer avec force que la loi de 1905 exprime le choix fait par la République d’assurer la liberté de conscience et des cultes, et donc la possibilité d’exprimer toutes les convictions, religieuses ou non, y compris l’athéisme, en privé ou en public. C’est le sens de la résolution « Relever tous les défis lancés à la démocratie », proposée au congrès.

*

* *

Sortir de la société de défiance portée par la crise sociale, œuvrer au rassemblement face aux idéologies racistes et aux discriminations, faire échec  aux menées des droites extrêmes : ces trois défis, inséparables, constituent notre horizon d’ici aux prochaines échéances présidentielles et – on peut raisonnablement le craindre – bien au-delà. Il faut donc le dire clairement : il n’y aura pas de raccourci vers des « lendemains meilleurs » ; rien ne se fera sans une intervention forte des citoyennes et des citoyens, sur des orientations et des contenus auxquels ils auront été associés comme acteurs. La Ligue des droits de l’Homme entend évidemment jouer tout son rôle dans les nécessaires débats, confrontations et mobilisations présents et à venir. Elle entend participer aux efforts de promotion de la citoyenneté dans tous les domaines de la vie publique, qu’il s’agisse d’éducation civique, de l’antiracisme, d’éducation populaire.

Elle est déterminée a le faire pour ce qu’elle est : une association généraliste de défense et de promotion des droits, indépendante des forces politiques et gouvernementales, que ce soit à l’école, dans la cité, aux côtés des travailleurs dans les entreprises, des exclus du travail, du logement, de la santé, de l’éducation.

C’est le sens de notre résolution « Tenir le cap et rassembler » également soumise à vos enrichissements et approbation.

Il nous revient collectivement de réaffirmer la pertinence et l’urgence à construire une société de solidarité, d’égalité des droits, de garanties effectives des libertés de chacune et de chacun ; une société où l’intelligence et le travail soient pleinement reconnus comme des facteurs de richesses et de justice. Certes, les réalités sont terribles. Loin de nous laisser accabler par elles, sachons nous souvenir que le possible, s’inscrit lui aussi dans ces réalités, et qu’il permet, pour peu qu’on s’en empare, qu’on les dépasse pour enfin, réhabiliter l’espoir, un espoir commun.

Comme c’est mon dernier rapport en tant que président, vous comprendrez que je m’autorise quelques mots sur cette expérience de quatre ans, qui fut à la fois éprouvante et belle, un grand honneur et souvent une écrasante responsabilité. Elle s’est révélée au fil des années fidèle à l’image que je m’en faisais : très exigeante, très mobilisatrice, très formatrice, Je pense avoir fait de mon mieux et espère avoir été, à mon tour et à ma façon, exigeant, mobilisateur et animateur du collectif de direction ainsi que les sections sans lesquelles le travail de la LDH ne serait que paroles, bousculées par le vent.

C’est surtout à ce collectif que je voudrais rendre hommage, en distinguant l’apport fraternel et précieux qu’a constitué la disponibilité de mes trois prédécesseurs, Henri Leclerc, Michel Tubiana et Jean-Pierre Dubois ; je tiens à les en remercier. Par ailleurs, un président n’est rien, ou pas grand-chose, s’il ne peut s’appuyer sur un secrétaire général fiable et efficace ; Dominique Guibert et Jacques Montacié ont été, successivement, deux formidables camarades de travail et de combat, et cela mérite d’être su et apprécié à sa juste mesure. Enfin, je voudrais saluer le travail patient du bureau et du Comité central qui ont su, même dans les périodes les plus compliquées, jouer collectif et conjuguer leurs efforts pour être à la hauteur de ce pari un peu fou qu’est le fait d’être une association généraliste.

Je suis persuadé que la direction à venir saura poursuivre et mieux faire, c’est en tout cas ce que je lui souhaite, ce que je nous souhaite, en combinant la lucidité et l’optimisme. Car, pour citer à nouveau maître Yoda : « Difficile à voir. Toujours en mouvement est l’avenir. »

 

Congrès du Mans : le témoignage de Fatou et Aminata, coiffeuses au 57 bd de Strasbourg

httpv://youtu.be/T2RMXzTLwb0

Ils étaient 18. 18 salariés sans salaires, surtout des femmes, pour beaucoup africaines, coiffeuses, manucures. Elles travaillaient au 57 boulevard de Strasbourg, dans le quartier du Château-d’eau à Paris. Ils travaillaient sans salaire, ou alors avec quelques euros que les patrons daignaient leur céder de temps en temps. Ils travaillaient 60 heures par semaine.

Et ils se sont révoltés.

Sur leur chemin Ils ont rencontré des syndicalistes, la CGT, la Ligue des droits de l’Homme, l’association « collectif des cinéastes pour les sans-papiers ». Ils se sont mis en grève. Au bout de 10 mois, Ils ont gagné.

Deux d’entre eux, Fatou Doumbia et Aminata Soumaoro, sont venues raconter leur histoire au congrès de la Ligue des droits de l’Homme, samedi 23 mai au palais des congrès du Mans.

Elles y ont délivré un message d’espoir,  de solidarité, de confiance dans la lutte collective. Un autre moment fort de ce congrès.

Cliquer sur l’image pour lancer la vidéo.

 

Lassana Bathily, héros de l’hyper cacher de Vincennes : la vidéo de son témoignage au congrès de la LDH

Juste après l’assaut de l’Hyper Casher de Vincennes, début janvier, Lassana Bathily a sauvé la vie de plusieurs otages du terroristes en les faisant se cacher dans une chambre froide. Sans papiers, il menait une vie difficile, aidé par les associations (RESF, LDH). Son courage a été récompensé par le Président de la République, qui lui a accordé la nationalité française. Lassana est venu témoigné devant le congrès de la Ligue des droits de l’Homme, dimanche 24 décembre, au palais des congrès du Mans. Son témoignage a été un des temps forts de ce congrès. En voici quelques extraits, ainsi que la vidéo de son intervention.

« Merci Mesdames et messieurs,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui.

Je voudrais tout d’abord remercier tous les gens qui m’ont invité au Mans et l’association la Ligue des droits de l’Homme.

Je remercie ensemble, tous ceux qui m’ont accueilli, ceci sans vraiment me connaître, mais simplement parce que j’ai pu avoir ce geste.

C’est donc important pour moi de savoir reconnaître ceux qui veulent du bien aux autres […].

J’ai passé plusieurs années sans papiers, à craindre le moindre contrôle de police et puis on m’a aidé, particulièrement RESF, le réseau Education sans frontière, ainsi que la ligue des droits de l’Homme

En France, on m’a écouté, on m’a aidé. J’ai pu comprendre comment il fallait faire pour intégrer une association comme la vôtre. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre […].

Aujourd’hui, je suis citoyen français, parce que M. le Président François Hollande m’a proposé la naturalisation française. J’ai accepté parce que je voulais devenir Français, pour pouvoir me déplacer, rencontrer du monde du bout du monde. Jamais je n’aurais imaginé être si bien reçu. […]

C’est donc du fond du cœur que je vous remercie et je vais faire tout mon possible pour mériter votre confiance.

Je remercie la Ligue des droits de l’Homme pour le travail qu’elle fait pour le monde.

Je vous remercie ».

Cliquer sur l’image pour voir la vidéo

httpv://youtu.be/4slYQCO6pWU

Pierre-Yves Bulteau à Pontivy vendredi 29 mai contre l’extrême droite

(On vient de me signaler une erreur, que je corrige aussitôt : Pierre-Yves Bulteau sera bien à Pontivy le vendredi 29 mai, et non le vendredi 30 !)

Vendredi 30 mai, à 20h30, le comité Attac du centre Bretagne, la CGT, la FSU et la section Loudéac centre Bretagne de la Ligue des droits de l’Homme organisent une soirée débat sur le thème « EN FINIR AVEC LES IDEES FAUSSES PROPAGEES PAR L’EXTRÊME DROITE ». Cet ouvrage, publié par ces quatre associations et syndicats en 2014, a été écrit par le journaliste Pierre-Yves Bulteau, qui viendra le présenter, et discuter avec le public. Vous trouverez ci-dessous un résumé du livre et une présentation de Pierre-Yves Bulteau, ainsi que les indications sur le lieu de la réunion. Entrée libre.

 

Attentat au Bardo à Tunis : réécouter la conférence de Souhayr Belhassen du 25 mai 2011 à Rennes

Au lendemain de l’attaque terroriste menée au musée le Prado de Tunis, il est particulièrement intéressant de réécouter ce que disaient Souhayr Behlassen, le 25 mai 2011 à Rennes, soit quatre mois à peine après la révolution tunisienne. Ancienne présidente de la Ligue des droits de l’Homme tunisienne, elle était alors présidente de la Fédération internationale des Ligues de droites de l’Homme (FIDH). Vous pouvez regarder ci-dessous sa conférence, donnée à l’invitation de la section de Rennes de la Ligue des droits de l’Homme. La vidéo est coupée en 6 partie : à l’époque Youtube n’autorisait pas de séquences vidée de durée supérieure à 20mn.

Partie 1

httpv://youtu.be/AENSST8IQqQ

Partie 2

httpv://youtu.be/3xl48H7ZGVE

Partie 3

httpv://youtu.be/kOcTrcfjk4Y

Partie 4

httpv://youtu.be/6Y2tMU6EyMk

Partie 5

httpv://youtu.be/APuvicJK3E0

Partie 6

httpv://youtu.be/QTHt1NLvbIk

 

Droits en fête 2015 : Marc Pion, « Du tracteur à l’âne »

En suivant la conférence gesticulée de Marc Pion, vous allez vivre ou revivre l’évolution de l’agriculture, depuis la fin des années 1960, voir ou revoir un tas de militants, vivre ou revivre un tas de luttes, découvrir ou retrouver des rêves, des espoirs, et aussi des désespoirs… pour arriver au XXIème siècle. Là vous pourrez vous dire, au choix, et selon votre humeur : « tout ça pour ça… », « y’a encore du boulot… », « faudrait peut-être qu’on se remue un peu… »

Une conférence avec un brin de nostalgie, un autre de déprime, mais surtout la volonté toujours renouvelée de changer les choses, même si on sait bien que ça n’est pas gagné !

Mais laissons plutôt Marc présenter lui-même sa conférence : il le fait très bien !

Du tracteur à l’âne

Drôle de titre et pourtant c’est l’histoire d’un paysan qui, à l’âge de 12 ans découvre et déteste le tracteur, et qui, aujourd’hui, travaille la terre avec des ânes.

C’est aussi l’évocation de l’exode rural, de la PAC et des politiques publiques agricoles.

C’est encore le parcours d’un jeune couple qui s’endette pour devenir  » exploitant agricole » et qui comprend que son salut viendra de l’agriculture paysanne.

C’est l’histoire du syndicalisme, des luttes paysannes et en particulier de Bernard Lambert, de la place des femmes et du patriarcat en agriculture.

C’est surtout la prise de conscience que le temps libre et la réflexion collective sont des moteurs essentiels de l’émancipation.

C’est quoi une conférence gesticulée ?

D’abord on considère que nous sommes tous légitimes pour parler  de notre vécu et qu’il ne faut pas  laisser la place à de soi-disant experts qui ne connaissent bien souvent que la théorie.

Ensuite on peut dire qu’une conférence gesticulée, c’est un mélange de savoirs chauds ( les savoirs acquis de l’expérience …dit illégitimes) et de savoirs froids ( ceux qu’on trouve dans les livres…dits légitimes ). Comme dans l’air où il n’y a pas mélange d’air chaud et d’air froid mais où la rencontre provoque de l’orage. Nous espérons que le mélange de savoirs froids et chauds provoque dans la tête des…révolutions rien que ça!

C’est comme un spectacle?

Oui et non. Oui car c’est vivant, drôle et émouvant ( enfin j’essaie…). Je chante Ferrat, Brel car j’aime chanter.

Et non car je ne suis pas comédien et que je veux passer un message  politique. D’ailleurs dans la plupart des cas c’est suivi le lendemain d’un atelier d’éducation populaire pour permettre aux personnes volontaires de se mettre en marche pour transformer la société.

Pourquoi faire une conférence gesticulée ?

Je voulais prendre la parole  pour dire ma vision de l’agriculture. J’aime aussi l’idée qu’on peut  militer et rigoler.

Pour dire quoi de l’agriculture ?

Que le métier de paysan est un beau métier très riche de savoirs, savoirs-faire…

Que le capitalisme est le principal responsable de l’industrialisation de l’agriculture…

Que c’est difficile pour les paysans de changer de systèmes de production…

Je voulais parler de Danielle, de Bernard Lambert, de René Bodiguel, de Bernard Friot et de tous les gens qui ont compté dans mon évolution. Je voulais parler du patriarcat, de l’endettement, de l’agrobisness, de la décroissance. Je voulais parler des structures dans lesquelles j’ai milité : les CIVAM, la confédération paysanne, ATTAC, PROMMATA.

Et les ateliers d’éducation populaire ?

Pour transformer la société on doit se mettre  au boulot. Le lendemain, toutes les personnes intéressées par la paysannerie se retrouvent pour localement agir. Pour l’instant j’ai animé 2 types d’atelier. Un premier qui a pour thème:  » installer des paysans dans le pays de … » qui permet d’associer des paysans, des paysans sans terre et des citoyens. Dans tous les cas on y aborde la SAFER, la place des collectivités locales, les GFA… Dans un deuxième  » comment passer d’une agriculture productiviste à une agriculture paysanne  » on cherche des idées pour toucher  des personnes en dehors des réseaux…

Bien sur c’est possible d’aborder n’importe quel thème… ( sauf peut-être l’art contemporain…j’y connais rien moi! ).

Les ateliers sont d’éducation populaire car les « techniques » utilisées permettent à tout le monde de s’exprimer et d’apporter leurs savoirs sur le sujet.

Hervé Chaplais à Droits en fête : « l’histoire d’un cul entre deux chaises »

Hervé Chaplais, qui présentera sa conférence gesticulée au cours de Droits en fête, à la salle des fêtes de Plémet, le 28 mars à 21h, l’a intitulée « Rurals : la convergence des rustres ». Il s’en explique ici.
  • Jean Patrick Courtois, Rapporteur de la loi de réforme des collectivités territoriales au Sénat: Rural : « Ce qui n’est pas encore urbain mais qui le sera demain ».
  • Dictionnaire Larousse du Bac :
    Rural : (adj.) voir Urbain.
  • Dictionnaire historique de la langue française Robert :
    S’urbaniser : (18ème siècle) Acquérir des manières raffinées, polies et courtoises.

Le rural globalement c’est sympa. C’est la nature, c’est la campagne, c’est les racines, ça ressource, bien que, des fois, ça pue et qu’y a rien à faire… et puis le rural, c’est pratique… pour semer des carottes, faire du VTT, épandre du lisier, faire  « pousser »  des chèvres, stocker des ordures, faire de la randonnée, construire un aéroport, se mettre au vert, exploiter du gaz de schistes, monter des chambres d’hôtes, se lancer dans l’éolien, aller d’une ville à une autre, pratiquer le yoga, faire du business immobilier, bosser dans le télétravail, vendre de l’authentique…

En marge des discours sur l’aménagement et la dynamique des territoires et des terroirs, cette conférence gesticulée traite de l’opposition rural/urbain comme une de ces fausses oppositions à deux balles destinées à nous divertir, nous détourner de la disqualification des cultures populaires qu’elles soient de campagne ou de quartier.

Disqualification comme élimination pure et simple.

Disqualification comme folklorisation et stigmatisation.

Alors que la casse plus ou moins réussie des solidarités populaires en campagne comme ailleurs se poursuit, certaines populations tentent pourtant de résister à la loi de la jungle néolibérale.

Pour gagner ensemble le maquis, dépassons les jugements de classe et prenons le chemin creux de la convergence des rustres.

« Rurals ou la convergence des rustres » est un croquis de vie qui raconte le rural, et plus encore, la ruralité populaire et ses liens avec les mixités sociales issues des exodes et des migrations… l’histoire d’une vieille barrière en bois, de classes sociales, de stères de bois, de dominations symboliques et de verrue.

Itinéraire de l’illusoire ascension sociale d’un fils d’ouvrier rural trempé dans des petites bourgeoisies… Bref, l’histoire d’un cul entre deux chaises.

Cliquer sur la miniature pour entendre l’interview d’Hervé Chaplais.

httpv://youtu.be/_vkrnNFuwAA

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