« Vendanges de la honte » : même pas peur



On se souvient du procès contre ce qui a été qualifié de traite d’êtres humains, dans le vignoble champenois, l’année dernière et de la lourde condamnation de la gérante de la société Anavim, prestataire de service fournissant de la main d’oeuvre bon marché, recrutée porte de la Chapelle à Paris plutôt qu’à Pôle emploi, et traitant ces membres de son personnel comme des bêtes de somme dans l’illégalité totale et des conditions absolument indignes.

Nous évoquions dans ces colonnes la constatation des faits par les gendarmes et une inspectrice du travail en septembre 2023 à Nesle-le-Repons dans la Marne et l’audience du 26 mars 2025 au tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne, au cours de laquelle l’avocat de la première mise en cause avait sollicité le renvoi.



Le 19 juin suivant, le parquet de Châlons-en-Champagne requérait des peines de prison ferme à l’encontre des prestataires de service, accusés d’avoir logé des travailleurs saisonniers dans des conditions insalubres et pour « traite d’êtres humains ». Nous assistions à l’audience pour apporter notre soutien aux victimes.

Le 21 juillet 2025, le tribunal condamnait la gérante de la société Anavim à quatre ans de prison dont deux ferme, peine assortie de l’exécution provisoire. Elle est incarcérée depuis le 4 août 2025.

Les autres protagonistes de l’affaire, à qui elle avait confié le recrutement, écopaient de trois ans de prison, dont un ferme et 3 000 € d’amende.

Le client, gérant de la Sarl Cerseuillat de la Gravelle, qui avait eu besoin de 80 cueilleurs sans trop se soucier de leur situation, était condamné à 75 000 € d’amende.

En appel, les 21 et 22 janvier 2026 à Reims, la gérante de la société prestataire a vu sa peine de quatre ans de prison dont deux ferme confirmée. Pour ces faits « d’une exceptionnelle gravité », puisqu’ils ont été qualifiés de « traite d’être humains », elle a en outre été sanctionnée de 20 000 € d’amende et sa maison, lieu des délits, a été confisquée. Anavim a été dissoute, conformément aux termes du jugement.

Anavim et sa gérante répondaient aussi de travail dissimulé, emploi d’étrangers sans permis de travail, soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes, rétribution inexistante et non déclaration d’un local à des fins d’hébergement.

Le 4 mars, la cour d’appel de Reims confirmait la condamnation de la gérante d’Anavim, qui retournait en prison et se voyait confirmée dans l’obligation de rembourser 315 137 € à la Mutualité sociale agricole d’Île-de-France, au titre du préjudice économique. Les associations parties civiles étaient également entendues dans leurs demandes d’indemnisation. L’arrêt confirmait le montant des sommes dues en réparation du préjudice de 53 victimes : la société Anavim, sa gérante et ses coprévenus condamnés à verser solidairement 4 000 € à chacun des vendangeurs.

Par contre, ses deux recruteurs bénéficiaient d’une réduction de peine, à un an avec sursis et le client, gérant de la Sarl Cerseuillat de la Gravelle, était miraculeusement dispensé du paiement des 75 000 € d’amende.



En 2025, également, à Mourmelon-le-Petit (Marne toujours), au moins une quarantaine de saisonniers ukrainiens avaient été hébergés dans un bâtiment décrit comme vétuste et insalubre. Les enquêteurs avaient notamment relevé l’état très dégradé des sanitaires, un défaut général de nettoyage et des risques liés aux installations électriques. Le responsable de l’entreprise concernée a été condamné, en janvier 2026, à trois ans de prison, dont deux ferme, ainsi qu’à une interdiction de diriger une société.


Il n’aura pas fallu longtemps pour que, quelques mois plus tard, certaines maisons de champagne, qui ne se soucient pas plus des conditions de travail et d’hébergement de leurs vendangeurs, s’affranchisssent des règles élémentaires du code du travail et qu’une nouvelle affaire d’hébergement indigne soit signalée.


Des vendangeurs logés sous tente : un hébergement indigne fermé en Champagne.

Il n’avait fait l’objet « d’aucune déclaration préalable auprès des services de l’État », et présentait des non-conformités. Les inspecteurs ont constaté que les vendangeurs étaient logés sous tente, que l’aménagement des « locaux sanitaires et des cabinets d’aisances » était « défaillant » et que l’hygiène générale des lieux était « insuffisante ».



Le comité Interprofessionnel des Vins de Champagne (CIVC) met à disposition des vendangeurs un livret d’accueil dans lequel sont clairement mentionnés leurs droits concernant leurs conditions de travail, de rémunération et d’hébergement, hélas en seule langue française. Il est par ailleurs loin d’être assuré que chaque vendangeur en reçoive un.



Le CIVC et les diverses organisations de viticulteurs seraient bien inspirées de commencer par fournir à leurs adhérents employeurs une formation sur leurs obligations… Cela pourrait contribuer à la valorisation du terroir bien plus efficacement que leurs nombreux événements oenotouristiques ou autres opérations commerciales de promotion…



RD

« Vendanges de la honte » en Champagne : la justice prononce des peines de prison pour traite d’êtres humains

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Un peu plus d’un mois après le procès des vendanges dites « de la honte », qui s’est tenu le 19 juin dernier, le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne a rendu sa décision ce lundi après-midi. Il reconnaît coupables l’ensemble des prévenus, de tous les faits qui leur étaient reprochés.



Le 30 juillet, la journée mondiale des Nations Unies contre la traite


Le 30 juillet marque la journée mondiale des Nations unies contre la traite des personnes. Cette journée a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution A/RES/68/192 en 2013. Les États membres des Nations unies ont déclaré qu’une telle journée était nécessaire pour sensibiliser à la situation des victimes de la traite des êtres humains et pour la promotion et la protection de leurs droits.