Colombie : de nouvelles manifestations au 15e jour de la crise sociale

Au moins 41 morts parmi la population et les manifestants et des centaines de civils blessés victimes des forces de répression de ce gouvernement autoritaire et criminel. Cette terrible répression, la pire dans l’histoire de la Colombie, avec de nombreux viols et actes de torture, fait suite à un vaste mouvement social pacifique avec la jeunesse à sa tête. Les manifestants réclament une politique plus sociale et demandent le retrait de la réforme de la santé, qui vise à restreindre l’accès universel à des soins de qualité. Ils souhaitent également des aides pour les entreprises qui ont souffert de la crise sanitaire, ou encore l’accès à une éducation gratuite pour tous. Ils dénoncent aussi  les abus des forces de l’ordre, accusées de recourir à la violence envers les manifestants.

Publié sur francetvinfo.fr le 13 mai 2021 avec AFP

Cette mobilisation est marquée par des violences meurtrières dans ce pays dont l’économie s’est détériorée avec la pandémie de Covid-19.

La colère ne faiblit pas. Des milliers de personnes manifestaient à nouveau en Colombie, mercredi 12 mai, au 15e jour d’une forte mobilisation sociale contre le gouvernement. Ce mouvement est marqué par des violences meurtrières dans ce pays dont l’économie s’est détériorée avec la pandémie de Covid-19.

Le président de droite Ivan Duque a rencontré, mercredi, des représentants des jeunes, qui sont en première ligne de la protestation, après avoir promis pour les plus modestes la gratuité des frais d’inscription à l’entrée dans les universités publiques.

« Je vais mettre toute mon énergie, toute ma capacité et toute l’équipe gouvernementale pour que ce processus [de négociation] se passe bien », a déclaré le président lors de cette rencontre avec des étudiants à Bogota.

Au moins 42 morts

Les affrontements, qui ont marqué certaines de ces journées depuis le 28 avril, ont fait au moins 42 morts, dont un membre des forces de l’ordre, selon le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits humains.

De son côté, le ministère de la Défense, dont relève la police en Colombie, maintient un chiffre de 849 agents blessés, dont douze par armes à feu, et 716 civils mais sans préciser le nombre de ceux blessés par balles.

Il s’agit des manifestations les plus sanglantes qu’ait jamais connues ce pays de 50 millions d’habitants, appauvri par la pandémie, qui a fait près de 79 000 morts. La Colombie est également confrontée à une recrudescence de la violence des groupes armés financés par le narco-trafic.

Colombie. Les disparitions forcées et violences sexuelles dont des manifestant·e s ont été victimes

Publié par Amnesty International sur amnesty.org

7 mai 2021, 13:08 UTC

En dépit de l’indignation croissante suscitée au niveau national et international, l’intervention militarisée et la répression policière déployées face à des manifestations très majoritairement pacifiques se poursuivent dans différentes villes de Colombie. La police a recouru à la force de manière disproportionnée et sans discernement, et le nombre de signalements de violences sexuelles et de disparitions forcées est alarmant, a déclaré Amnesty International vendredi 7 mai. Les disparitions forcées et les violences sexuelles imputées aux autorités sont des crimes de droit international pour lesquels n’importe quel État est habilité à mener une enquête et lancer des poursuites.

« Les autorités colombiennes doivent garantir le droit de réunion pacifique et s’abstenir de pointer du doigt et de réprimer les manifestations ayant lieu à travers le pays depuis le 28 avril. La garantie du droit à la vie et du droit à l’intégrité physique des personnes qui manifestent de manière pacifique doit être au cœur de l’action des autorités, conformément aux normes internationales relatives aux droits humains », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques à Amnesty International.

Amnesty International a précédemment dénoncé certains agissements, comme par exemple lorsque les forces de sécurité ont employé des armes létales et à létalité réduite sans discernement. Malgré le tollé international provoqué par ces événements, l’organisation continue à recenser des cas graves de recours excessif à la force contre des manifestant·e·s. Après la vérification et l’analyse de séquences audiovisuelles, l’organisation a, par exemple, pu établir que des membres de l’unité antiémeutes de la police (ESMAD) ont tiré des grenades de gaz lacrymogène très près des manifestant·e·s à Cali. Dans un autre cas confirmé par Amnesty International, la police de Bogotá a utilisé une arme à feu contre une personne tandis que celle-ci fuyait. L’organisation a également reçu des signalements selon lesquels, le soir du 4 mai, dans le quartier Siloé de Cali, des manifestant·e·s ont été directement visés par des tirs d’arme à feu, et ont été victimes de menaces et d’actes de torture.

La garantie du droit à la vie et du droit à l’intégrité physique des personnes qui manifestent de manière pacifique doit être au cœur de l’action des autorités, conformément aux normes internationales relatives aux droits humains. 

Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques à Amnesty International

…/… (la suite sur le site)

Le mouvement pour « rouvrir la culture » s’étend avec de nombreux théâtres occupés en France

La LDH soutien le mouvement « Rouvrir la culture ». A Perpignan le Théatre de l’Archipel invite le public a demandé sa réouverture le samedi 20 mars 2021. Les intermittents ont décidé d’une occupation itinérante, cette semaine, dans plusieurs lieux culturels de la ville. S’il est à craindre que la décision des autorités de confinement de certains départements dont ceux de la région parisienne n’étouffe en partie ce mouvement, celui-ci continue cependant et vendredi 26 mars une journée d’action nationale est prévue.

L’occupation du Théâtre de l’Odéon à Paris, depuis le jeudi 4 mars, a déclenché un mouvement qui s’est étendu sur l’ensemble de la métropole et également en Outre-Mer. Plus de 30 théâtres en France sont occupés par des techniciens, des artistes et des étudiants en école d’art dramatique.

Publié sur https franceinter.fr le 16 mars 2021

L’occupation du Théâtre de l’Odéon à Paris, depuis le jeudi 4 mars, a déclenché un mouvement qui s’est étendu sur l’ensemble de la métropole et également en Outre-Mer. Plus de 30 théâtres en France sont occupés par des techniciens, des artistes et des étudiants en école d’art dramatique.

Le mouvement initié à l’Odéon fait tache d’huile, en tous type de lieux et déjà dans plus de 30 théâtres, avec des mots d’ordre convergents. Les « occupants » demandent la réouverture des lieux de culture dans le respect des consignes sanitaires et la prolongation de l’année blanche pour les intermittents.

Le mouvement de l’Odéon est parti de la manifestation du 4 mars organisée par la CGT Spectacle. L’essentiel des occupants sont des militants syndicaux, des artistes, des techniciens. Puis les étudiants en Écoles d’art dramatiques se sont joints au mouvement à La Colline à Paris et à Strasbourg au TNS.

Ce week-end, il s’est étendu à tout le territoire en métropole et également à Saint-Denis de la Réunion, et à tous types de salles. Des centres dramatiques nationaux à Lille, Montluçon, Rouen, Limoges ; des scènes nationales à Brest, Châteauroux, Périgueux ; des salles de musiques actuelles comme La Tannerie à Bourg en Bresse ou La Paloma à Nîmes ; des théâtres indépendants comme le Théâtre du Chevalet à Noyon ou le Chêne Noir à Avignon… Et parfois avec des méthodes plus innovantes, comme à Perpignan où les intermittents ont décidé d’une occupation itinérante, cette semaine, dans plusieurs lieux culturels de la ville.

Dans tous ces lieux, ils bénéficient du soutien des directions, qui ont prévu une grande journée d’action le 26 mars, baptisée l’Assemblée Générale des Théâtres. Et ce week-end, les spectateurs seront invités à se rassembler devant le théâtre de leur ville pour soutenir le mouvement. 

A Istanbul les étudiants défient Erdogan

Depuis janvier les étudiants de la célèbre université du Bosphore à Istanbul refusent la nomination par Erdogan d’un recteur membre de son parti. Jusqu’à aujourd’hui le recteurs étaient élus. Cette contestation soutenue de plus en plus par la population est une épine insupportable au pouvoir de l’autocrate Erdogan qui n’a d’autre réponse que de taxer le mouvement étudiant de « terroriste ». Nous soutenons le mouvement de la jeunesse turque pour les droits et libertés démocratiques et contre la répression.

La jeunesse turque fait trembler Erdogan

Publié dans TDG La Tribune de Genève le 17 février 2021

En imposant un recteur dans une prestigieuse université d’Istanbul, le président turc ravive la colère d’une large partie de la population contre son autoritarisme, au-delà du camp laïc.

Le campus de l’université Bogazici d’Istanbul, l’une des meilleurs de Turquie, a des allures de camp retranché depuis plusieurs semaines. Barricades érigées le long des rues attenantes, policiers en patrouille à la sortie du métro, canons à eau et bus d’unités antiémeutes sont massés dans le quartier. La nomination d’un nouveau recteur par le président Erdogan devait faire rentrer dans le rang cette forteresse libérale qui échappait encore à son contrôle. Elle a au contraire déclenché un mouvement universitaire d’une ampleur inédite.

«Nous savions que notre combat serait long, mais nous n’imaginions pas qu’il prendrait ces proportions», s’étonne encore Mehmet Altundag, étudiant en science politique et sociologie. L’université a pour tradition d’élire son recteur parmi son corps professoral. Une coutume violemment remise en cause par la nomination le 1er janvier de Melih Bulu, un homme d’affaires ayant pour seule référence une loyauté sans faille au Parti présidentiel de la Justice et Développement (AKP).

La mobilisation universitaire a pris des proportions nationales début février après la répression violente de plusieurs manifestations. Par ailleurs, l’exposition par des étudiants d’une œuvre représentant la Kaaba, le saint des saints de l’islam, orné d’un drapeau LGBT a déclenché la fureur du pouvoir. Le président Erdogan s’est enflammé, qualifiant les manifestants de «terroristes» et «vandales». «Ce pays ne sera pas un pays où les terroristes gagnent, nous ne l’accepterons jamais… La Turquie ne revivra pas les événements de Taksim Gezi», allusion au mouvement qui a fait vaciller son pouvoir en 2013. S’en est suivi un déferlement de propos homophobes et outranciers de plusieurs caciques du pouvoir.

Depuis, le mouvement sert de réceptacle aux colères et frustrations de larges pans de la population. «Nous recevons beaucoup de messages de soutien», explique Mehmet Altundag. D’après une enquête de l’institut MetroPoll publiée début février, 73% des personnes interrogées considèrent que les recteurs devraient être élus. «Le pouvoir nous traite de terroristes parce qu’il n’a rien à opposer à nos demandes: démocratie et méritocratie», explique l’étudiant.

«On peut déjà parler d’un succès du mouvement. Le problème n’est plus le problème des étudiants de Bogazici mais celui du gouvernement», analyse ainsi Rusen Cakir, journaliste du média Medyascope. «Le gouvernement aura utilisé tous les instruments à sa disposition: les journaux, la police, la justice, les accusations de terrorisme et finalement ça n’a pas réussi à atteindre les étudiants de Bogazici», ajoute-t-il.

Contesté par les jeunes religieux

Si la «bataille de Bogazici» suscite autant de passion, c’est que cette université est un concentré de symboles. Pour le régime qui tente vaille que vaille d’imposer au pays sa révolution conservatrice, cette institution incarne l’élite laïque qui a longtemps discriminé les islamistes. Les étudiants, eux, balaient les accusations d’élitisme et soulignent la diversité de leurs origines. «Je suis le premier de ma famille à faire des études», insiste Mehmet Altundag.

Fait déconcertant pour les autorités, adeptes de la polarisation à outrance, des étudiants musulmans font partie du mouvement. Ils ont exprimé leur désapprobation vis-à-vis de la peinture de la Kaaba mais ils demandent toujours la démission de Melih Bulu.

Ce mouvement témoigne ainsi de l’émergence de la génération dite Z comme objet politique en Turquie. Les étudiants de Bogazici n’ont jamais connu qu’Erdogan comme dirigeant. Celui-ci a d’ailleurs admis que son parti avait du mal à s’adresser aux jeunes, frappés de plein fouet par la crise économique mais également moins arc-boutés que leurs aînés sur le clivage religieux versus laïcards. «Nous sommes dépités par l’état de notre pays. Nous ne nous y sentons plus acceptés. C’est une accumulation de désillusions», explique Mehmet Altinda, qui se désole que les autorités ne répondent aux demandes de sa génération que par «la polarisation et les politiques identitaires.»