Le plaidoyer d’Emie et Julia
« À quel moment cesse-t-on d’être un enfant ?
Grandir trop vite, ce n’est pas seulement faire face à des responsabilités précoces, c’est surtout ne pas avoir le temps de se construire. Notre enfance devient un passage accéléré, où l’on attend de nous des certitudes là où il devrait y avoir des essais, des erreurs, et du temps. Du temps pour douter, pour explorer, pour devenir.
Elisabeth Borne, ancienne ministre de l’Éducation nationale, parlait de choix à « préparer très jeunes, presque depuis la maternelle. » Comme si l’enfance devait déjà se plier aux exigences du monde du travail. Comme si prendre le temps était une perte de temps.
Puis nous arrivons au lycée. À 15 ans, on nous demande de faire des choix qui conditionnent notre avenir.
Lorsque lycée rime avec performance, Parcoursup rime avec excellence. Sur cette plateforme, chaque note, chaque activité, chaque mot du dossier semble devoir prouver une valeur déjà figée. Selon l’OMS, plus d’un jeune sur deux vit avec cette peur de ne pas être assez bon. Alors nous apprenons à optimiser, à construire une image de nous-mêmes avant même de savoir qui nous sommes vraiment. A force de vouloir faire de nous des adultes précoces, on nous vole quelque chose de fondamental : notre droit à l’enfance.
Il nous faut maintenant franchir une autre porte : celle de l’intime.
Regardons d’abord en face ce miroir déformant que sont devenus les algorithmes.
Aujourd’hui, 38 % des jeunes se déclarent dépendants de leur téléphone.
L’algorithme ne montre pas seulement des vidéos.
Il insiste.
Il répète.
Il enferme.
Considérons ensuite une autre dérive : l’hypersexualisation
Aujourd’hui, l’intime est exposé de plus en plus tôt et de façon de plus en plus malsaine. Les chiffres sont sans appel : les échanges de contenus suggestifs, renommés “nudes” ont augmenté de 29 % depuis 2019.
On projette sur des enfants des codes d’adultes.
Le jeu devient séduction.
L’insouciance devient une stratégie.
Enfin, regardons un phénomène plus silencieux, ancré chez de nombreuses familles.
Nous valorisons l’enfant autonome, responsable, “mature”. Mais derrière cette image rassurante, les psychologues alertent sur un phénomène : la parentification.
On le félicite d’être mature ?
Il apprend à taire ses besoins.
On le trouve raisonnable ?
Il s’oublie lui-même.
Cette maturité n’est pas une force.
C’est un poids.
À force de vouloir bien faire, ces jeunes n’osent plus essayer.
Grandir n’est pas une performance,
C’est une éclosion.
Et une fleur que l’on force à s’ouvrir…
n’éclot pas.
Elle se brise.
Déjà, au 18e siècle, Jean-Jacques Rousseau nous mettait en garde : « Laissez mûrir l’enfance chez les enfants. »
Ces mots résonnent aujourd’hui avec une force saisissante. Protéger l’enfance, ce n’est pas enfermer, ni refuser la modernité.
Aujourd’hui, je vous le dis : défendre les droits de l’homme, c’est aussi défendre le droit d’être un enfant.
C’est refuser un système qui accélère le temps au détriment de l’humain.
C’est redonner aux jeunes la possibilité de se construire librement.
Car un enfant ne devrait jamais avoir à se presser de devenir quelqu’un.
Il est déjà quelqu’un. »
Emie et Julia