Ah! le joli mois de mai 2026 !


58 ans après, on en est encore presque au même point.

Ceux qui n’étaient pas nés en ont nécessairement entendu parler. Les « événements » de mai-juin 1968 ont marqué l’histoire d’une empreinte indélébile. Déclenché par une révolte chez les étudiants, le mouvement a gagné le pays tout entier et en particulier le monde ouvrier. L’Etat a vacillé. On dit que face à la mobilisation étudiante puis à la grève générale, les forces de l’ordre auraient découvert « la modération et un souci inédit des manifestants ». Dans la réalité, il en fut bien autrement. C’est à cette époque qu’est née la brigade des “voltigeurs”, l’ancêtre des Brav-M, démantelées après la mort de Malik Oussekine en 1986, mais réinventées en 2019 sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Mai 1968 fit 7 morts officiels en France.

Aujourd’hui, la machine policière est tellement bien rodée que les violences et la répression font partie du paysage français.

Mai 2026 démarra en fanfare par la remise en cause de la Fête des Travailleuses et des Travailleurs.

Un texte favorisant le travail le 1er Mai a fait l’objet d’une manœuvre des députés du bloc central, visant à en accélérer l’examen: le seul jour férié et chômé de l’année aurait bien pu disparaître sans la mobilisation unanime des huit grandes centrales syndicales.



Mi-mai, des militants ardéchois et drômois ont fomenté deux actions de blocage et de contestation d’une déviation construite à côté de Valence. Si les premiers s’en sont sortis avec une amende, les seconds ont subi une forte répression.



Le 16 mai, 500 personnes défilaient dans les rues de Bayonne pour dénoncer la répression qui touche les militants au Pays basque et, plus largement, défendre la liberté d’expression face aux dérives autoritaires, pour le droit de militer sans se faire réprimer.



Des militants tiraient la sonnette d’alarme face à une tendance croissante à criminaliser le soutien à la Palestine sur les campus universitaires français. Ils dénoncaient les descentes de police, expulsions et arrestations systématiques et les restrictions drastiques des libertés dans le cadre universitaire.



Quelques jours après, le Sénat votait les premières mesures du projet de loi « Ripost », incluant une possible peine de prison pour les participants aux free-parties. Voulu par le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, le texte, qui portait également sur la répression des rodéos motorisés, entendait apporter des « réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité » des Français, d’où son acronyme « Ripost ».



La LDH s’engageait au côté des organisateurs pour demander au parlementaires d’« Arrêter de pratiquer une politique restrictive et qui marginalise les musiques électroniques. Reconnaître ce pan comme un patrimoine peut être un grand pas pour changer de paradigme à son égard ».  (Inventaire national du patrimoine culturel immatériel français).



Quelques jours après encore, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, était mise en examen pour diffamation pour avoir « dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal ». Le directeur de publication de l’Humanité, Fabien Gay, était également poursuivi et mis en examen pour avoir laissé diffuser ces propos.



Enfin, dans un communiqué, la LDH dénonçait à nouveau les violences policières et l’intensification de la répression des rassemblements festifs.



Les quelques faits évoqués ici ne constituent qu’un inventaire rapide des marques flagrantes d’un durcissement de la politique répressive de la police française, agissant au nom de l’Etat, parfois, voire de plus en plus souvent cependant, sans plus aucun contrôle de celui-ci.

En 1968, le peuple s’était soulevé au point de mettre en péril l’autorité de l’Etat. Celui-ci avait répondu avec la plus grande fermeté. Aujourd’hui, le gouvernement réagit avec la plus grande des brutalités et sans discernement face à des manifestations pacifiques de militants écologistes, qui ne demandent qu’à préserver l’environnement et la qualité de vie de leurs enfants, face à des rassemblements d’étudiants qui refusent le massacre du peuple palestinien, face à des teufeurs qui ne demandent qu’à se détendre et s’amuser, en défendant les musiques qu’ils aiment, face à des responsables syndicalistes et des journalistes coupables de dénoncer la répression d’ouvriers « qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions. »

Un tel déploiement de violence et la disproportion des réponses des pouvoirs publics à des actes qu’on peut qualifier de plutôt « bon enfant », pour le moment, ne peuvent que nous interroger sur d’éventuelles craintes, de leur part, de voir le peuple français se soulever.

J’ai toutefois l’impression qu’on n’en est pas encore là…

RD

Enquête sur l’accès aux droits sur les relations entre police et population : que retenir ?



L’enquête sur l’accès aux droits est une série d’études menées par le Défenseur des droits pour identifier et mesurer les atteintes aux droits dans ses domaines d’intervention. Après une première édition en 2016, le Défenseur des droits renouvelle l’enquête en 2024 pour observer les évolutions.
Elle se compose de 5 volets.



Prison : le cri d’alarme d’une trentaine d’associations et syndicats contre le tout sécuritaire et le «populisme pénal»


Représentants des services pénitentiaires, magistrats, avocats, associations intervenant en prison… De nombreux acteurs de la détention réunis ce mardi 24 juin s’inquiètent des orientations politiques répressives en cours et à venir, notamment sous l’impulsion de Gérald Darmanin.

«Trente-huit associations ce n’est pas rien. Surtout quand elles disent toutes la même chose.» Lucia Argibay, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature (SM), est la dernière des six personnes attablées à prendre le micro face à la presse. Ce mardi 24 juin dans les locaux parisiens de la Cimade, toutes ont parlé d’une même voix. Le ton était offensif et inquiet, et ce dès le titre de l’invitation envoyée aux médias : «“Punir, exclure et faire souffrir”: la dérive assumée d’une politique pénale et pénitentiaire inhumaine et insensée.»