La Gazette Octobre 2021

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Nous vous proposons en cette rentrée de plonger avec Philippe dans l’histoire de notre association en découvrant la vie de Ludovic Trarieux, son fondateur, puis avec Agnès dans le monde des archives et ses multiples enjeux, notamment au sein de la Ligue, en termes d’Histoire, de mémoire, de protection des données individuelles. Enfin, Marc et Fabienne nous donnent un aperçu des riches échanges qui ont eu lieu à l’occasion du séminaire « Face à la répression et à la surveillance généralisée : de la résistance à l’initiative », organisé cet été dans le cadre de l’Université d’Été des Mouvements Sociaux et des Solidarités. Cet évènement national de formations, de conférences, de débats, d’évènements culturels, mais aussi d’échanges et de convivialité a eu lieu à Nantes cette année, à l’École Nationale Supérieure d’Architecture, du 24 au 28 août. Malgré de multiples contraintes (reports, logistique, conditions sanitaires,…), cet événement a été globalement un succès, accueillant plus de 1 500 personnes, et permettant les échanges entre de nombreuses associations, collectifs, syndicats, militant.e.s, artistes, à travers une grande diversité des thèmes et des participant.e.s. Merci encore à tou.t.e.s celles et ceux qui y ont contribué.

Bonne lecture !

Dernière minute : nous venons d’apprendre avec une grande tristesse la disparition de Michel Tubiana et notre section tient à lui rendre hommage

 

SOMMAIRE

Hommage à Michel Tubiana

A revoir / réécouter

Tribunes militantes :
Ludovic Trarieux, fondateur de la LdH

Histoire, mémoire, archives

« Face à la répression et à la surveillance généralisée : de la résistance à l’initiative »: un séminaire riche en échanges

Dates à retenir

Les communiqués locaux

Les communiqués nationaux

Hommage à Michel Tubiana

 La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a la très grande douleur d’annoncer la disparition de Michel Tubiana. 

Ancien président de la LDH de 2000 à 2005 après en avoir été son secrétaire général de 1984 à 1995, il était devenu président d’honneur et participait activement à ses travaux et ses actions. Il était président d’honneur d’EuroMed Droits et ancien vice-président de la FIDH.

Avocat, militant infatigable de la défense des droits de l’Homme en France et dans le monde, il était un des maillons essentiels de la LDH, un phare, toujours disponible et toujours clairvoyant.

La LDH lui rendra un hommage public dans les prochaines semaines.

Nous adressons nos plus sincères condoléances à ses enfants, Emma et Lucas, ainsi qu’à tous ses proches et amis.

(Communiqué national de la LdH – 2 octobre)

Notre section se souvient encore de la proposition qui lui a été faite par Michel, alors Président, d’être, en novembre 2004, une des villes organisatrices de manifestations « Vivre ensemble, libres, égaux et solidaires », contre l’antisémitisme, le racisme, le sexisme, toutes les discriminations et la haine de l’Autre, manifestations dont l’idée avait été proposée par la LdH au lendemain des élections régionales de 2004 et deux ans après le séisme révélé par la présence de Jean-Marie Le Pen au 2ème tour des Présidentielles, manifestations à l’appel de tous les syndicats ouvriers notamment.

On se souvient que Michel est venu plusieurs fois à Nantes dans les années 2000 pour contribuer à l’animation de débats face aux dérives sécuritaires.

On se souvient aussi de la présence très appréciée de Michel, en juin 2005 à Nantes aux côtés du Prof Albert Jacquard et de Mgr Jacques Gaillot à une manifestation en soutien de 140 familles sans-papiers. Cette manifestation, dans la dynamique des mobilisations nationales du Réseau Éducation Sans Frontières – Laissez les grandir ici (Resf), demandait l’hébergement d’urgence de ces familles dans la clinique désaffectée L’Espérance, rue Félibien.

On se souvient également de la contribution précieuse apportée par Michel en juin 2016, à la veille de la consultation des électeurs de Loire-Atlantique sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, à la rédaction, sur la base d’un avant-projet fait par la section, d’un communiqué national de la LdH disant notamment : « … Manifestement, dans ce cas précis, comme dans beaucoup d’autres, les mécanismes de consultation et de débat ne répondent pas aux besoins d’un dialogue et d’une consultation réelle et non purement formelle. L’attitude du gouvernement qui provoque une autre expertise, démentant partiellement le projet initial, la poursuite des procédures d’expulsion en même temps que l’on appelle les citoyens et les citoyennes aux urnes, la circonscription restreinte de la consultation alors que le projet est présenté comme d’intérêt régional, tout cela conduit à penser que le résultat de cette consultation ne suffira pas à légitimer la décision qui sera prise ensuite, quel qu’en soit le sens… ». Il faut dire que Michel connaissait le dossier puisque notamment il avait participé avec Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature et le nantais Luc Douillard à une table ronde en février 2015 à la Chapelle-sur-Erdre à l’invitation de la Coordination des opposants à Notre-Dame-des-Landes sur le thème : « La problématique sous-jacente aux luttes environnementales actuelles est de devoir subir la répression policière et judiciaire. En sont-elles un champ d’expérimentation ? Comment s’articulent dans ce contexte le respect des libertés individuelles, la protection des citoyens et les mesures de répression ? ».

Notre section se souvient, on se souvient,… Merci Michel

A revoir / réécouter :

-la section de Nantes et du pays nantais de la LdH sur Jet Fm :
* La levée des brevets sur les vaccins (mai 2021)
* Chronique climat (juin 2021)

-27 plateaux organisés par TV bruits lors de l’UEMS :
https://blogs.mediapart.fr/article-35-en-direct-des-ue-2021/blog/billets_blog

Avec l’aimable autorisation de Babouse

TRIBUNES MILITANTES

Ludovic Trarieux, fondateur de la LdH

Philippe Bruneau

Connaissez-vous Aubeterre-sur-Dronne ? Cette charmante commune, membre de l’association des plus beaux villages de France, se trouve aux confins de la Charente et de la Dordogne. Elle abrite une étonnante église « monolithe » troglodyte et proposait également… un petit musée consacré à Ludovic Trarieux, dans sa maison natale.


En effet c’est à Aubeterre-sur-Dronne qu’est né en 1840 le fondateur et premier président de la Ligue française pour la Défense des droits de l’Homme et du citoyen. Son parcours est (d-)étonnant.

Brillant avocat, bâtonnier de l’ordre des avocats de Bordeaux dès 1877, Ludovic Trarieux est élu député de la Gauche Républicaine (le parti de Jules Grévy et Jules Ferry1) à Bordeaux de 1879 à 1881. Bien qu’il soit très actif à l’Assemblée, il n’est pas réélu. De 1883 à 1890 il est conseiller général de la Charente, dans son département natal. Puis il est élu sénateur de la Gironde de 1888 à sa mort en 1904.

Au Sénat Ludovic Trarieux est membre du « Centre gauche », le groupe républicain le plus modéré de la Haute Assemblée, et en devient président. Il est le rapporteur de trois des quatre lois visant à la répression des attentats anarchistes en 1893 et 1894, les fameuses « lois scélérates » qui limitent la liberté de la presse (limiter les libertés au nom de la lutte contre le terrorisme, c’est bien une idée du XIXème siècle !)… mais il fait rejeter un amendement qui vise à transférer aux Conseils de guerre les infractions en matière de détention d’explosifs, car il n’accepte pas de dessaisir les tribunaux de droit commun. Ces deux attitudes ne sont pas contradictoires : Ludovic Trarieux est avant tout l’adversaire de tout manquement à la légalité républicaine.

Ludovic Trarieux est nommé Garde des Sceaux le 26 janvier 1895, au sein du troisième gouvernement d’Alexandre Ribot, jusqu’à sa chute au premier novembre de la même année. Lors de son passage au Ministère de la Justice, Trarieux fait voter une loi qui permet d’ouvrir plus largement les cas de révision des condamnations pénales et de mieux assurer la réparation du préjudice subi par les victimes d’erreur judiciaire.

En tant que Garde des Sceaux, Ludovic Trarieux obtient la communication du dossier judiciaire d’Alfred Dreyfus, qui vient d’être condamné fin 1894 en conseil de guerre, dégradé le 5 janvier 1895 puis déporté en Guyane. Il en retire la conviction qu’Alfred Dreyfus est innocent. En outre un des avocats de Dreyfus, Me Demange, lui révèle qu’une pièce secrète a été communiquée au Conseil de Guerre à l’insu de la défense. « Une monstruosité ! » dira-t-il.

C’est ainsi qu’après son départ de la Chancellerie, Ludovic Trarieux devient un défenseur déterminé de l’innocence du capitaine Dreyfus. Le 7 décembre 1897, il est le seul des sénateurs à soutenir le sénateur Scheurer-Kestner, qui réclame en vain la révision du procès Dreyfus, et à faire l’éloge du courage civique de l’interpellateur.

À la veille du procès de Walsin Esterhazy, dont il a acquis la certitude de la culpabilité, Ludovic Trarieux publie le 8 janvier 1898 dans « Le Temps » une lettre ouverte au Ministre de la Guerre, Billot, pour dénoncer le « simulacre de justice » qui se prépare.

Le 13 janvier 1898, au lendemain de l’acquittement d’Esterhazy, l’affaire Dreyfus rebondit lors de la publication du « J’accuse » d’Émile Zola. Émile Zola est renvoyé devant la cour d’Assises pour diffamation. Ludovic Trarieux est un témoin essentiel pour sa défense. Relatant les témoignages qu’il a recueillis, révélant les constatations qu’il a pu faire sur des pièces essentielles ou expliquant comment il a acquis sa certitude de la culpabilité d’Esterhazy, il est au premier rang de ceux qui mettent en évidence l’innocence de Dreyfus et apporte en outre devant la juridiction la caution d’un ancien Garde des Sceaux.

C’est au cours de ce procès, en février 1898, que lui vient l’idée de créer une ligue (le statut d’association n’existait pas à l’époque). Dès le 20 février 1898, une première réunion a lieu à son domicile, 4 rue de Logelbach. Ludovic Trarieux et ses amis réunissent en 3 mois un millier d’adhésions et convoquent une assemblée générale, dans la salle des Sociétés Savantes à Paris, le 4 juin 1898. C’est ainsi que se constitue la Ligue française pour la Défense des droits de l’Homme et du citoyen, dont Trarieux est acclamé Président et chargé de rédiger les statuts. Le 4 juillet 1898, le premier manifeste de la Ligue des droits de l’Homme proclame : « À partir de ce jour, toute personne dont la liberté serait menacée ou dont le droit serait violé est assurée de trouver auprès de nous aide et assistance ».

Ludovic Trarieux aurait pu créer un comité de soutien à Alfred Dreyfus. Mais il a eu le coup de génie de fonder ce mouvement qui a vocation à défendre « toute personne dont la liberté serait menacée ou dont le droit serait violé ». Son attachement viscéral à la République et à la Justice lui ont permis de comprendre que cette affaire n’est pas un cas isolé et que d’innombrables personnes subissent des atteintes à leurs droits et ne trouvent aucun soutien. Ludovic Trarieux présidera la LDH jusqu’en 1903 quand, épuisé par ses efforts et rongé par la maladie, il devra passer le relai à Francis de Pressensé.

Malheureusement l’espace Ludovic Trarieux d’Aubeterre-sur-Dronne, qui permettait de consulter des documents d’époque et de mieux comprendre sa trajectoire, a fermé ses portes. Il est cependant possible de visiter ce magnifique village et d’y trouver, place Trarieux face à la mairie, le buste de bronze érigé en l’honneur du grand homme. La maison natale de Ludovic Trarieux est située au n° 15 de cette place et abrite maintenant un bar où l’on peut boire à la santé de la LDH 🙂

Pour plus d’informations, les sites sur lesquels je me suis largement appuyé pour rédiger cette note :

http://www.ludovictrarieux.org/fr-page3.1.htm

http://www.senat.fr/senateur-3eme-republique/trarieux_ludovic0212r3.html

https://www.charentelibre.fr/2020/08/29/aubeterre-un-nouveau-bar-dans-la-maison-trarieux,3638047.php

Et celui de l’ex espace Ludovic Trarieux :

https://www.ludovictrarieux.org/edhlut.htm

1 À l’époque la droite est constituée des courants royalistes et bonapartistes ; les groupes parlementaires dans lesquels s’inscrit Ludovic Trarieux sont avant tout républicains, ils sont plutôt libéraux sur le plan économique et conservateurs sur le plan social. Situés à gauche des partis monarchistes, ils peuvent être considérés comme les lointains prédécesseurs des partis de droite républicaine actuels.

Histoire, mémoire, archives : au croisement de ces trois sujets

Présentation du groupe de travail national Histoire, mémoire, archives de la Ligue des droits de l’Homme

Agnès Dejob

Avez-vous entendu parler de ce groupe de travail national ? Il offre un espace d’échanges d’information, de débat, mettant en lien des historien-ne-s, des archivistes, et tou-te-s les ligueur-se-s intéressé-e-s par ces sujets. Il se penche particulièrement sur les questions liées aux usages publics des archives, de l’histoire, et sur l’histoire de la LDH elle-même. Il a été amené à se pencher sur la protection de droits individuels associés à ces questions, comme le respect des données personnelles, largement présentes dans les archives. Il relaie des informations sur diverses initiatives, organise lui-même des conférences-débats, et prend parfois position en réaction à certaines annonces ou mesures du gouvernement.

Ce nouveau numéro de la Gazette vous en propose une courte présentation en espérant, peut-être, vous donner envie d’y participer.

Certain-e-s se souviennent peut-être de l’événement, nantais, qui a occasionné une rencontre à l’origine de ce groupe de travail. En octobre 2008, la section organisait une journée de conférences-débats et d’événements festifs sur le thème : « Agir hier et aujourd’hui. Ligue des droits de l’homme, ouverture des archives ». Cette journée marquait l’achèvement du classement de ses archives, un siècle de témoignages de son activité, conservés auparavant dans son local, et déposés après ce classement au Centre d’histoire du travail, centre professionnel nantais de collecte et de mise en valeur d’archives du monde militant1. Le programme de la journée d’octobre 2008 interrogeait le travail de transmission de la mémoire militante et faisait le lien avec les combats contemporains.

création : Cofi

photo Claire Bernard-Deust

Des historiens spécialistes de l’histoire de la LDH, invités, ont alors rencontré l’équipe nantaise d’archivistes. Dans un contexte d’importants débats nationaux sur l’accès aux archives publiques, puisqu’une loi qui en modifiait les règles venait d’être adoptée, a jailli l’idée de mettre en place un groupe de travail permanent. Ils allaient préciser ensemble, début 2009, leurs objectifs : réfléchir à la politique et l’organisation des archives en France, analyser les législations relatives à la mémoire et à l’Histoire et travailler sur la mémoire et l’histoire de la LDH, notamment par la préservation et la facilitation des recherches sur ses archives.

Ces sujets intéressent les droits humains, par plusieurs biais. Le travail rigoureux d’écriture de l’histoire, d’abord, en faisant connaître ou en précisant la connaissance des faits passés, permet de limiter les possibilités d’instrumentalisation de ces faits. Il favorise les analyses éclairées. Or ce travail est très dépendant de l’accès aux sources historiques dont les archives constituent une part majeure, et donc des politiques de transparence. La conservation durable des archives se justifie notamment par ce besoin, qui est d’ordre patrimonial, de préservation des traces du passé. Mais elles détiennent aussi pendant quelques années une autre sorte d’utilité, concrète, touchant un public beaucoup plus large. Leur création est motivée, au départ, uniquement par des besoins de gestion : l’administration publique, les organismes privés, ne créent des archives que pour regrouper ou fabriquer les informations nécessaires à l’exercice de leurs activités. Les documents et données qui en résultent procurent des preuves, ou, au moins, des éléments explicatifs, à des individus ou des groupes d’individus (administrés, usagers, etc.), à même de les aider à défendre leurs droits, voire d’obtenir la reconnaissance de préjudices subis.

L’action du groupe de travail, comme indiqué ci-dessus, s’exerce de plusieurs manières. Il contribue au débat, au fil des actualités de la recherche historique et des évolutions de la réglementation archivistique ; citons seulement quelques exemples récents, parmi les nombreux thèmes qui y ont reçu un écho : la responsabilité du gouvernement français dans le génocide des Tutsis au Rwanda2, la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie3, l’accès aux archives « confidentiel défense »4, etc. Sa liste de diffusion, créée en 2017, est un de ses outils. Il organise également des conférences-débats. Le confinement ayant banalisé l’usage des réunions « virtuelles » en a augmenté la fréquence. Par ailleurs, ses membres s’associent à l’organisation d’autres rencontres. Certains d’entre eux, enfin, ont été très impliqués dans les actions relatives à l’histoire de la LDH elle-même et à la gestion des archives du siège national. Retenons en particulier l’événement qui s’est déroulé à la fin de l’année 2020 à l’occasion des 120 ans de la LDH, à l’Université de Nanterre, et qui a entre autres occasionné l’inauguration d’une exposition virtuelle, toujours accessible5.

Parmi ses chantiers d’actualités, figurent deux projets particuliers :

  • le développement d’un accompagnement des sections dans la gestion et la mise en valeur de leurs archives ;

  • la création d’une structure du type « observatoire de la liberté d’accès aux archives », issue du collectif qui a réuni en 2020 associations et personnalités dans le combat juridique mené pour l’accès aux archives « confidentielles défense ».

    Il constitue donc un précieux espace de dialogue et d’action pour tou-te-s les ligueur-se-s intéressé-e-s. Si vous en faites partie, à vous de vous manifester en écrivant à la section qui fera suivre : nantes@ldh-france.org !

1 Pour tout savoir sur ce centre d’archives et de documentation, avant tout consacré au monde ouvrier et paysan, et pour consulter le répertoire des archives de la section, vous pouvez visiter le site : https://cht-nantes.org/

2 Pour en savoir plus, notamment sur les travaux de Raphaël Doridant et François Graner, on peut lire l’article suivant : Sébastien Jahan, « Raphaël Doridant, François Graner, L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 148 | 2021, mis en ligne le 12 mars 2021, consulté le 2 septembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/chrhc/16091. Une commission de recherche présidée par Vincent Duclert a depuis (mars 2021) remis au Président de la République le rapport La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994), consultatble ici : https://www.vie-publique.fr/rapport/279186-rapport-duclert-la-france-le-rwanda-et-le-genocide-des-tutsi-1990-1994

3 Autour, par exemple, de la publication du rapport remis en janvier 2021 au Président de la République par l’historien Benjamin Stora, Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, accessible ici: https://www.vie-publique.fr/rapport/278186-rapport-stora-memoire-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie , lien consulté le 2 septembre 2021

4 Voir le communiqué du 25 juin 2021 de la LDH : https://www.ldh-france.org/lacces-aux-archives-publiques-est-un-droit-pour-les-citoyens/, lien consulté le 2 septembre 2021.

« Face à la répression et à la surveillance généralisée : de la résistance à l’initiative », un séminaire riche en échanges

Marc Depriester, Fabienne Lepinay Froger

Photo Serge d’Ignazio


Ce séminaire qui a eu lieu le 26 août dans le cadre de l’UEMS a été organisé à l’initiative de la section avec quatre partenaires, le SAF (Syndicat des avocats de France), ATTAC, l’OPLP (Observatoire Parisien des Libertés publiques) et l’ONL (Observatoire Nantais des Libertés).

Il a été co-animé par Fabienne et Marc.

La Table ronde du matin

Le matin, quatre interventions se sont fait écho les unes aux autres pour mettre en lumière ce que l’on peut qualifier d’effet de système : de plus en plus, les liens entre les répressions policière, judiciaire et les moyens de surveillance se resserrent tandis que les lois protègent de moins en moins les droits des citoyens.

Les mouvements sociaux, lorsqu’ils ont pris la forme de contestation de la politique menée par les pouvoirs en place, ont de tout temps et en tous lieux fait l’objet de répression militaire ou policière.

La présence d’une délégation zapatiste, notamment, était là pour nous rappeler qu’ailleurs, des militants sont en lutte contre les inégalités, pour les droits de l’Homme et ont subi et subissent des répressions autrement plus dures que celle que nous vivons en France.

Pour autant, dans notre pays, les mouvements sociaux se trouvent face à une situation qui fait écho à celles subies par d’autres de par le monde, à la fois du fait du double contexte du terrorisme et de la pandémie, et de la montée de nouvelles formes de surveillance, plus sophistiquées, qui permettent une répression à la fois plus efficace et plus inodore.

Terrorisme et pandémie sont les nouveaux ennemis désignés : la guerre est déclarée et permet de justifier toutes les mesures liberticides.

C’est ainsi que, depuis 2015, l’état d’urgence, nouveau principe suprême, est devenu la norme permettant d’étrangler la démocratie en marginalisant la représentation nationale et les corps intermédiaires.

  • Les lois sont votées à la hâte, en procédure accélérée, avalisent les pratiques répressives et/ou leur permettent de se développer, de se perfectionner (voir la loi sécurité globale…).

  • Les stratégies du maintien de l’ordre sont toujours plus agressives, multipliant les victimes des violences policières.

  • Au nom du continuum sécuritaire, les polices municipales sont de plus en plus sollicitées pour servir d’auxiliaires ou remplacer la police nationale.

  • Organisant son impunité judiciaire grâce à l’alliance entre syndicats et Ministère de l’Intérieur, le lobby policier tend à devenir tout puissant tandis que les manifestants, considérés comme des délinquants, sont de plus en plus jugés en procédure accélérée.

  • Les moyens d’identification, de surveillance et de fichage numérique se perfectionnent et sont de plus en plus utilisés en lien avec le maintien de l’ordre, y compris de l’ordre sanitaire.

À l’arsenal législatif font écho l’arsenal des armes et munitions en LBD et autres grenades, l’arsenal des peines encourues et enfin l’arsenal numérique, caméras, serveurs et algorithmes.

Terrorisme et pandémie, par les peurs qu’ils soulèvent, sont le terreau parfait de l’autoritarisme de nos dirigeants et du populisme qui se répand.

Le pouvoir nous prend pour des ânes, il agite la carotte de la sécurité et dresse le bâton de la répression. Il sous-estime ces animaux aux grands yeux, aux longues oreilles, au braiment sonore, aux sabots endurcis, qui savent aussi bien freiner des quatre fers que partir au galop. Pas question en tout cas de s’habituer, car comme écrivait La Boétie, il y a près de cinq siècles, l’habitude est la première raison de la servitude volontaire.

Alors comment agir : de l’intérieur du système ou de l’extérieur, de façon violente ou pacifique, en observant ou en agissant, en respectant la loi ou en désobéissant, en résistant ou en proposant, dans la rue ou dans les urnes ?

C’est aussi à ces questions, au-delà de l’analyse de la situation qu’ils ont présentée, qu’ont essayé de répondre les intervenants :

Nathalie Tehio (LdH) a présenté l’arsenal législatif dont s’étaient dotés les gouvernements successifs en insistant particulièrement sur un autoritarisme accru et sur l’arbitraire de ces mesures (délit d’intention, détournement de décisions législatives à d’autres fins…). Elle nous a montré que l’accumulation des lois sécuritaires peut les décrédibiliser et que la mobilisation citoyenne peut peser dans les décisions des institutions garde-fous que sont le Conseil d’État ou le Conseil constitutionnel. En exposant les enjeux et les dangers des lois de sortie des états d’urgence, elle a démontré d’autre part l’érosion des libertés qui s’est installée et a rappelé la vigilance que nous avons à exercer quotidiennement.

Pascal Gassiot (Observatoire toulousain des pratiques policières) a analysé la répression policière à l’œuvre à Toulouse comme dans toutes les grandes villes. Il nous a raconté comment des citoyens, jeunes et moins jeunes s’étaient mobilisés autour de la LdH et pour observer la montée des violences policières, documenter, informer largement sur les pratiques de maintien de l’ordre. Il nous a rappelé l’importance des images collectées permettant de rendre inattaquable la réalité des violences trop souvent niées auparavant.

Photo Serge d’Ignazio

Pierre Huriet (SAF) a décrit comment la justice était instrumentalisée au profit de la répression et de la mise en cause du droit de manifester. Il a montré comment, face aux mises en cause des manifestants par la police et le parquet, leur défense devait être organisée en mesurant les risques encourus. Il a pu révéler également les risques de dérives majeures des gardes à vue préventives, alors qu’aucune infraction n’est parfois identifiée, précisant ainsi qu’il s’agit davantage d’instrumentalisation infra-judiciaire puisque aucun juge n’était alors encore saisi dans ces situations.

Maryse Artiguelong nous a permis de mesurer l’étendue de la surveillance généralisée. Elle a bien rappelé que cela n’était pas une nouveauté mais que les technologies novatrices, mises au service de cette surveillance, permettaient d’en élargir les données recueillies. Elle a parlé des actions menées pour défendre les lanceurs d’alerte, lutter contre les constitutions de fichiers de données personnelles, faire respecter le RGPD… Faire comprendre que dire que l’on n’a rien à craindre car on n’a rien à cacher revient à déclarer qu’on n’a rien à faire de la liberté d’expression car on n’a rien à dire…

Les ateliers de l’après midi

Vos droits en manifestation

Atelier animé par Nathalie et Manon, de l’Observatoire parisien des libertés publiques avec la participation de Pierre du SAF

Les juristes ont pu répondre aux nombreuses questions pratiques des participants sur les palpations, les perquisitions, le menottage, les prélèvements ADN… Il est apparu à tous les présents que ces informations sont indispensables aujourd’hui à connaître pour, d’une part, ne pas laisser s’installer une répression supplémentaire (ou une « logique inquisitoriale » dit N. Tehio) et, d’autre part, connaître ses droits en manifestation, dans l’espace public, pour soi et le collectif. Plusieurs témoignages ont permis d’alimenter la réflexion, comme celui de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité).

Les animatrices ont présenté le « guide du manifestant » téléchargeable sur le site de la LdH : https://site.ldh-france.org/paris/nos-outils/guide-du-manifestant/

Les Observatoires des libertés et des pratiques policières

Photo Serge d’Ignazio

Atelier animé par Marc pour l’Observatoire Nantais des Libertés avec la participation de Nathalie, de Manon et Hortense de l’OPLP, de Pascal de l’OPP toulousain et de membres de l’Observatoire rennais des libertés publiques.

Les membres des observatoires ont pu décrire leurs pratiques, leurs points communs (observer, analyser, témoigner, informer, une attitude de neutralité, une visibilité…) mais aussi leurs différences (leur objet, plus ou moins large, leur composition, les modalités d’observation…). Ils ont pu répondre aux questions des participants sur leur rôle et le statut d’observateur. Si, aujourd’hui, internationalement, l’existence des observateurs citoyens est reconnue, il faut y voir une forme de défense et de protection des droits, indispensable face à des pouvoirs qui débordent et menacent les libertés de toutes et tous.

Dates à retenir

Lundi 15 novembre, 20h : projection débat du film de David Dufresne « Un pays qui se tient sage » au cinéma Bonne garde

Samedi 20 novembre, 10h30-16h : journée nationale prison – Prison : une communauté à part ?, Espace Beaulieu- Adelis

Samedi 20 novembre : journée internationale des droits des enfants

Jeudi 25 novembre : marche à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes

Samedi 27 novembre : AG de la section LdH Nantes et pays nantais

Les derniers communiqués locaux

Ce samedi 25 septembre, journée internationale de la paix et journée de l’ONU pour l’élimination des armes nucléaires A lire ici

Rassemblement journée internationale droit à l’avortement mardi 28 septembre 17h30 place du Bouffay à Nantes A lire ici

Invitation visite des expositions et rencontre débat « pour une démocratie forte de toutes ses voix » jeudi 30 septembre espace Cosmopolis , dans le cadre de l’événement « Décryptages. Quelle démocratie à l’heure du numérique ? »

A lire ici

Communiqué du collectif Romeurope agglomération nantaise

A lire ici

Collectif droit à la santé. Invitation à participer à la manifestation du 5 octobre

A lire ici

Urgent. Loi Ravacley et régularisation des jeunes majeurs : lancement d’une campagne éclair

A lire ici

Appel de l’intercollectif personne à la rue à être présent devant le prochain conseil métropolitain – 8 octobre à 8h30

A lire ici

Les derniers communiqués de presse nationaux

22 septembre 2021. 27ème université d’automne :sociétés confrontées à une crise globale : les droits en jeu ! A lire ici

27 septembre 2021. « Les peurs brunes », tribune de Malik Salemkour publiée sur Médiapart A lire ici

27 septembre 2021. Violences policières à Noisy Le Grand : une vidéo accablante A lire ici

29 septembre 2021. Inquiétante entrée d’un mouvement occulte à la Fédération française de Handball

A lire ici

29 septembre 2021. Groupe Telegram « lesVilainsFachos » : la LdH saisit le parquet A lire ici

29 septembre 2021. Le magazine Valeurs actuelles condamné : une nouvelle victoire de la LdH contre le racisme A lire ici

30 septembre 2021. Campagnes d’alerte sur les pratiques de sportswashing du royaume de Bahreïn A lire ici

30 septembre 2021. Pétition pour le maintien de la gratuité des tests covid

A lire ici

1er octobre 2021. Dix exigences d’urgence pour la cause des enfants

A lire ici

4 octobre 2021. La France réduit drastiquement les visas aux ressortissants du Maghreb

A lire ici

4 octobre 2021. Disparition de Michel Tubiana,la LdH en deuil

A lire ici

5 octobre 2021. Pétition : régularisation pour les jeunes étrangers en formation

A lire ici

5 octobre 2021. La Ligue des Droits de l’Homme appelle à la mobilisation pour l’abolition universelle de la peine de mort

A lire ici

5 octobre 2021. AAH : stop à la dépendance financière dans le couple !

A lire ici

5 octobre 2021. 17 octobre 1961 – 17 octobre 2021- 60ème anniversaire – Vérité et justice

A lire ici

8 octobre 2021. Nouvel appel urgent à la libération immédiate de Ramy Shaath pour lui permettre d’être auprès de son père malade

A lire ici

8 octobre 2021. Les Afghanes et Afghans en danger doivent pouvoir obtenir une protection

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