La Gazette Juillet 2020

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Dans ce numéro de juillet, Jean-Luc revient sur la crise du COVID, les graves conséquences des économies en santé qui sont devenues criantes dans ce contexte, tout comme des atteintes à l’éthique et aux droits fondamentaux. Nous nous interrogeons ensuite avec Sylvie sur l’histoire, la diversité et les rouages de l’antisémitisme et nous nous indignons de sa résurgence.

Après une pause en août, la Gazette reviendra en septembre !

Bonne lecture et bel été !

 

Avec l’aimable autorisation de Babouse

 

SOMMAIRE

Tribunes militantes :
« COVID, éthique et liberté »

« Ils sont partout »

Les communiqués locaux

Les communiqués nationaux

 

TRIBUNES MILITANTES

Covid, éthique et liberté

Jean-Luc Landas

COVID-19 en France : une pandémie sur un système de santé malade

C’est un système de santé malade, affaibli, amaigri qui a dû tenter de faire face à la maladie COVID. Depuis des dizaines d’années ont été appliquées des réductions capacitaires des hôpitaux, et des diminutions de poste de soignants, avec pour conséquence l’extension des déserts médicaux. De nombreux postes, tant de soignants que de médecins, ne sont pas pourvus dans les hôpitaux publics.

Face à cette maladie infectieuse transmissible de l’être humain à l’être humain, des moyens de protection indispensables tant pour le personnel que pour la population n’étaient pas disponibles. Pas de masques, pas de gel, pas de surblouses, pas de tests. Face à cette maladie, nous ne disposions que d’un système de santé désarmé par une politique d’austérité, principalement pour les hôpitaux publics.

Cette situation a entraîné la nécessité d’un confinement généralisé de la population, paralysant l’activité économique du pays. La démonstration est ainsi faite que des économies en santé se payent très, très, très cher : des centaines de milliards d’euros, des millions de chômeurs, la paupérisation d’une partie de la population.

 Non, l’Hôpital public n’a pas pu faire face

Contrairement à ce qui est couramment affirmé, l’hôpital public n’a pas pu faire face. Et pour pouvoir soigner le cœur, les poumons et la tête, il a dû se couper les bras et les jambes : les urgences non-COVID ont été renvoyées vers l’hospitalisation privée et ses dépassements d’honoraires, ses suppléments chambre seule, ses frais de dossier, tout cela à la charge du patient.

Et des doutes existent sur la qualité de la prise en charge des patients COVID dans les services de réanimation bricolés de toutes pièces. Les malades non urgents non-COVID ont eu de grandes difficultés à être pris en charge : les examens et interventions reportées sine die.

Des atteintes à l’éthique. Des atteintes aux droits fondamentaux

Certains s’interrogent sur des manquements éthiques engendrés par la pénurie de moyens. Y a-t-il eu un triage des patients à l’entrée des services de réanimation ? Y a-t-il eu des non-respects de recours à la personne de confiance ? Y a-t-il eu non-respect des règles éthiques de prise de décision de sédation terminale ? Ces questions sont posées et nous devons exiger des réponses documentées notamment pour les résidents des EHPAD. Nous avons subi également des atteintes graves aux libertés individuelles et collectives. Tout d’abord des verbalisations abusives de personnes assises sur un banc, parlant à la fenêtre, roulant à vélo, de SDF vivant dans la rue. Dans la période du déconfinement, le droit de manifester est limité alors que chacun peut s’entasser dans les transports collectifs où il est impossible de respecter les mesures barrières.

Des mesures spéciales, inutiles en termes de santé publique, portent atteinte tant au secret médical qu’aux libertés individuelles. La législation des maladies infectieuses à déclaration obligatoire est suffisante et efficace depuis de très nombreuses années. Nous n’avons pas besoin de StopCovid pour nous protéger. En revanche cette application effectue un traçage de nos déplacements et de nos contacts.

Le risque est grand que les citoyennes et citoyens s’accoutument à ces restrictions des libertés individuelles et collectives. La LDH n’est pas restée inactive pendant cette période comme en témoignent ses nombreux communiqués et actions en justice qu’elle a pour la plupart gagnées.

 

« Ils sont partout »1

sur une idée de Sylvie Roudil, un texte collectif de la section

 

En 1980, une bombe explosa à la sortie d’une synagogue à Paris, le bilan fut de 4 morts, 40 blessés. Depuis cet attentat dit « de la rue Copernic », des policiers armés gardent les synagogues. Les juifs comme beaucoup d’autres citoyens, concernés et animés par la lutte contre toutes les formes de racisme et l’antisémitisme sont sortis manifester à la suite de cet attentat. Cet événement est le premier crime antisémite d’après-guerre en France. Depuis la Shoah, l’antisémitisme pouvait sembler lié au passé et n’avoir plus cours dans une France moderne et devenue tolérante.

Les idées d’extrême droite infusent et diffusent lentement dans notre société française. Les propos, menaces et actes racistes, xénophobes, discriminatoires montrent qu’aujourd’hui encore le combat n’est pas terminé.

L’antisémitisme a revêtu, au cours de l’histoire, des ancrages et des formes plurielles.

D’abord religieux, il s’est nourri au départ de la haine envers les Juifs, accusés de complicité avec les Romains dans la crucifixion de Jésus.

Au Moyen-Âge, « le juif », après une période de relative coexistence, devient collectivement coupable (en le diabolisant, la chrétienté toute puissante et triomphante en fait un peuple dont la religion est un défi à la « vraie foi »). La création des premiers ghettos, le port de la rouelle jaune… ont poussé les juifs à quitter l’Europe occidentale pour sa partie orientale. Espace qu’ils quitteront au XIXème, victimes de pogroms (en Russie, en Pologne), pour revenir vers l’Ouest où leur émancipation s’opère peu à peu.

L’antisémitisme devient alors essentiellement nationaliste. « La nation qui se cherche se forge d’autant mieux qu’elle exclut le judaïsme européen»1. Les juifs, même originaires du pays où ils vivaient, étaient considérés comme des étrangers, responsables et coupables de la première crise qui se manifestait. Et, quand il leur arrivait d’occuper des postes à responsabilité (politique, économique…), ils étaient très vite considérés comme traîtres au service d’une « Internationale juive », un « complot juif » mythique, imaginé par les antisémites2. L’affaire Dreyfus, qui a déclenché la naissance de la LdH, en étant une criante illustration.

À la fin du XIXe siècle, au prétexte de la science, les juifs sont définis comme une « race » d’origine orientale mystérieuse, menaçant les peuples près desquels ils vivaient de dégénérescence (le juif symbole de l’errance, le faible). Cette « théorie raciale » a conduit au génocide de 6 millions de juifs, lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Mis à part quelques événements isolés comme Jean-Marie Le Pen déclarant que les « chambres à gaz [étaient] un détail de l’histoire », l’antisémitisme semblait en voie de disparition. Il a fallu du temps pour que le fait que la haine des juifs ressurgissait et gagnait toute l’Europe soit admis. De nouveau, les juifs doivent combattre le racisme au quotidien. Dans certains quartiers à Paris comme à Strasbourg, les juifs religieux cachent maintenant leur kippa sous une casquette ou au fond de leur poche pour éviter les insultes. 

L’antisémitisme contemporain revêt des formes qui pour certaines, comme un écho, prennent leur racine dans l’histoire, mais d’autres sont plus nouvelles. C’est cette diversité de haine qu’il convient de comprendre pour mieux la combattre, d’autant que les justifications invoquées sont contradictoires, même si elles se rejoignent dans les actes.

Il est celui de l’extrême droite qui commet des actes antisémites : profanations de cimetières par des groupes néonazis, sites Internet d’appels à la haine… . Cette même extrême droite qui accuse les musulmans d’en être les seuls et uniques responsables, faisant ainsi d’une pierre deux coups, en accusant et les musulmans (usant des expressions réelles et haineuses de certains prédicateurs islamistes, de la violence dans les quartiers populaires des métropoles…) et les juifs. Cette haine est nourrie par un courant négationniste qui prétend toujours que les chambres à gaz n’ont jamais existé ou accusant même les juifs de tirer profit de cette partie de l’histoire.

Une nouvelle forme d’antisémitisme également inquiétante est apparue ces dernières années notamment dans des quartiers qui souffrent socialement. L’antisémitisme y est revendiqué plus particulièrement auprès de jeunes musulmans et/ou d’origine arabe par ceux qui utilisent, en toile de fond la situation d’injustice faite aux Palestiniens pour appeler à la haine contre tous les juifs, alors assimilés sans aucune mesure à l’État d’Israël colonisateur en amalgamant la situation difficile vécue dans ces quartiers à celle des Palestiniens. Ainsi antisémitisme et antisionisme se confondent avec des passages à l’acte qui vont jusqu’aux violences extrêmes.

Yvan Attal aborde ce sujet dans un film,3 qui n’a pas eu de succès, mais qui a le mérite d’évoquer le problème. Il explique : «  le mot même de juif est devenu une insulte. Et sioniste, est le plus gros mot de la langue française. (…) Sur Internet, il y a non-stop des insultes faites aux juifs » (voir plus bas)*.

Le web démultiplie les clichés. On retrouve sur les réseaux des attaques qui ciblent les juifs mais aussi les musulmans, les noirs. Dans tous les cas, c’est le rejet de l’Autre qui s’exprime et que nous devons combattre et condamner, rendant son universalité au combat antiraciste.

En quelques clics, l’on trouve la liste des personnalités juives ou supposées avec des descriptifs caricaturaux et insultants, des vidéos sur la famille Rothschild  la décrivant comme un clan du mal attaché à détruire les démocraties, via le fameux complot. Dans ces vidéos le mot juif n’est jamais prononcé mais le propos est néanmoins toujours très clair. *On y trouve toutes ces expressions qui font allusion au nombre réel ou supposé de Juifs dans les professions libérales, médicales et les médias.

Parmi toutes les violences de ces dernières années commises contre des juifs, voici quelques exemples frappants.

  • Paris 2006 : Séquestration et mort d’Ilan Halimi, 24 ans, Paris

Ilan Halimi est séquestré, il est atrocement torturé pendant 3 semaines et décédera finalement des suites de ses blessures. On le retrouvera dans les bois, agonisant et tondu comme les juifs dans les camps.

Les 20 malfrats qui ont organisé cet enlèvement nagent dans une haine et une violence « banales ». Ce crime crapuleux a eu beaucoup de retentissement. Ses motivations sont principalement l’avidité et l’antisémitisme, la cible fut choisie car « juive donc riche ». Ce qui se révélera d’ailleurs faux.

  • Le geste de « la quenelle » inventé en 2005 par Dieudonné, proche de l’antisémite Alain Soral, (tous deux poursuivis pour leurs propos antisémites) est voulu comme symbole d’un renouveau de la haine anti-juive, mélangeant et amalgamant l’antisionisme et l’antisémitisme4. Il a malheureusement été repris le 22 décembre 2018 par un groupe de manifestants lors d’un rassemblement de gilets jaunes à Paris.

  • Paris –13ème arrondissement en février 2019 : des boites aux lettres décorées par l’artiste de street-art C215 présentant Simone Veil sont barbouillées de croix gammées. Ces graffitis sont un appel à la haine qu’il faut dénoncer systématiquement pour ne pas les banaliser.

Bien sûr les attentats et les profanations sont toujours condamnés par nos gouvernements. Les institutions et la République sont encore un rempart contre ces déchaînements de haine. Comme cela s’est déjà produit par le passé, quand les rapports de classe se tendent, que les crises économiques s’accentuent et le chômage et la précarité croissent, les juifs font aussi  partie des boucs émissaires.

Les partis politiques sont le plus souvent si discrets qu’ils sont inaudibles. Le Rassemblement National pour sa part n’affiche jamais ouvertement sa haine des juifs, il poursuit la vieille pratique du bouc émissaire de l’extrême droite, en pointant les immigrés et surtout les musulmans « inassimilables » comme causes de tous les maux.

Que faire alors ?

Comme pour bien des sujets au cœur des préoccupations de la LdH, il faut dénoncer et combattre mais aussi Expliquer – Raconter – Déconstruire les faits et les idées fausses dans toute la société, à tous ses étages, à tous ses âges, dans tous ses territoires et dans toutes ses composantes sans exclusion. C’est parce qu’on en comprendra la diversité et les rouages qu’on les combattra. De la même façon pour toutes les formes de racisme et d’antisémitisme parce qu’il ne peut y avoir ni hiérarchie, ni concurrence des victimes et des souffrances.

1 G. Bensoussan « Histoire de la Shoah »

2 À l’instar des Protocoles des sages de Sion, le plus grand faux antisémite de l’histoire, rédigé à Paris en 1901 par Mathieu Golovinski, un informateur de la police secrète russe, et qui se présente comme le compte rendu de plusieurs réunions secrètes au cours desquelles Juifs et franc-maçons prépareraient un plan de conquête du monde.

3 « Ils sont partout »

4 Il convient de bien distinguer l’antisémitisme : racisme envers les juifs, de l’antisionisme : idée que l’idéologie sioniste a créé en Israël une société raciste et discriminatoire, et qu’une paix fondée sur l’égalité des droits est incompatible avec l’existence d’États basés sur l’origine ethnique ou la religion. Pour le créateur du mouvement sioniste, Théodor Herzl, l’antisémitisme étant inéluctable, il est inutile de le combattre : juifs et non juifs ne peuvent pas vivre ensemble ni dans le pays d’origine, ni dans le futur « État des Juifs ». Les sionistes ont choisi le territoire de Palestine et l’ont colonisé, et c’est toujours au nom de l’idéologie sioniste que les Palestiniens d’Israël sont des citoyens de seconde zone : aujourd’hui, plus de 50 lois israéliennes sont discriminatoires. Ainsi certains juifs sont antisionistes. Le danger est que l’antisémitisme ne se déguise en antisionisme : depuis une dizaine d’années, Dieudonné et Soral se déclarent « antisionistes ». En fait, ils ont repris tous les stéréotypes antisémites sur les juifs. Pour eux, juif= sioniste et ils utilisent l’injustice faite aux Palestiniens pour appeler à la haine contre tous les juifs. Le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien ne s’y trompe pas et ne veut pas de ces idéologues racistes dans ses manifestations (source : Une parole juive contre le racisme. Cf . également à ce propos la lettre ouverte du 31/10/2019 que la LDH a signée sur la résolution Maillard, intitulée « Entrave à la liberté d’expression et à l’universalité du combat antiraciste »).

 

 

 

Les communiqués locaux de juin

La prévention sanitaire ne doit pas être utilisée pour restreindre la liberté d’expression, communiqué ONL À lire ici

La mort de George Floyd, victime du racisme policier, n’est pas acceptable !, communiqué commun À lire ici

Hommage à George Floyd – Mardi 9 juin 18h – Mémorial de l’esclavage, communiqué commun À lire ici

La Gazette LDH Nantes et pays nantais – n°15 – Juin 2020 À lire ici

Journée mondiale des réfugiés – samedi 20 juin À lire ici

Vérité et Justice à la suite de la fête de la musique 2019 à Nantes, communiqué ONL À lire ici

Journée mondiale des réfugiés – Situation des réfugiés palestiniens – Rendez-vous à 14h30 carrefour rue de la Barillerie/cours des 50 otages À lire ici

Marche pour Steve ce dimanche 21 juin – 15h À lire ici

Stop ANNEXION ! APPEL à manifestation le 1er juillet à Nantes À lire ici

Les communiqués de presse nationaux de juin

Pour la liberté d’informer sur l’agroalimentaire, pétition soutenue par la LDH À lire ici

« Convocations judiciaires de journalistes », communiqué LDH À lire ici

Appli StopCovid, danger!, argumentaire LDH À lire ici

Lettre ouverte collective pour une véritable politique de déflation carcérale À lire ici

Appel urgent concernant le harcèlement judiciaire à l’encontre de Cédric Herrou À lire ici

« Hommage à George Floyd », communiqué LDH À lire ici

Contre l’islamophobie et tous les racismes, face aux violences policières et aux tentatives d’intimidation : nous ne nous laisserons pas calomnier À lire ici

Pour le droit de manifester, communiqué commun À lire ici

Lutter contre la politique israélienne, ce n’est pas de l’antisémitisme, communiqué LDH/ FIDH À lire ici

Le 16 juin, avec les soignants pour la santé de toutes et tous !, communiqué LDH À lire ici

Le combat de Maurice Rajsfus « historien de la répression policière », était exemplaire À lire ici

Sous la fin annoncée de l’état d’urgence, une reconduction des mesures d’exception attentatoires aux libertés À lire ici

Projet de loi organisant la fin de l’état d’urgence sanitaire, Lettre ouverte aux parlementaires

À lire ici

Soutien à la plainte contre le préfet de police de Paris À lire ici

La « mesure-phare » de la loi Avia reçoit un coup fatal du Conseil constitutionnel À lire ici

Lettre ouverte de l’Observatoire de la liberté de création à l’attention du préfet de Seine-Saint-Denis À lire ici

Appel de solidarité nationale au gouvernement pour une prolongation de la trêve hivernale, appel commun À lire ici

Une régularisation dans l’intérêt de tous”, tribune de Malik Salemkour publiée dans Mediapart le 26 juin 2020 À lire ici

Usage de drogues : « M. le Premier ministre, soutenez, ne punissez pas »”, tribune collective signée par Malik Salemkour, publiée sur Ouest France le 26 juin 2020 À lire ici

Demandes de titres de séjour : le compte à rebours démarre, les préfectures restent inaccessibles, Communiqué commun Cimade, Gisti, LDH, Saf À lire ici

Après la crise sanitaire, le nécessaire contre-pouvoir des associations”, tribune collective publiée dans Libération À lire ici

Les caméras thermiques de Lisses « débranchées » par le Conseil d’État À lire ici

Il est encore temps – Mettons fin à l’accord UE-Mercosur ! À lire ici