Troyes: retour sur le 17 octobre



Alors que la majorité des médias ont décrit une France à feu et à sang ce samedi 17 octobre, il nous semble utile de ramener les choses à leur juste proportion.

Le pays traverse une crise qui ne devrait surprendre personne, tant, ces derniers mois, les signaux d’alarme ont été nombreux mais sans les effets escomptés, en direction du gouvernement, qui s’est montré particulièrement dépassé par les événements, en cette journée particulière, à tel point qu’a été évoquée puis écartée la possibilité de l’état d’urgence.

Les médias ont, chacun à sa façon, tenté de rendre compte de ce qui importait à leurs yeux en matière d’informations. Les chaînes d’info continue n’ont pas manqué de stimuler leur audience en étalant ce qu’on trouve généralement au fond du tonneau quand il n’y a plus rien à en soutirer.

Et pourtant, dans de nombreuses villes françaises, les mobilisations du 17 octobre, qui ont rassemblé un nombre inattendu par le gouvernement, en particulier, de participants de tous âges et d’horizons divers, se sont déroulées dans le calme, la bonne humeur, la joie et le plaisir sans doute, pour beaucoup d’entre eux, de se retrouver autour de revendications partagées : celles des lycéennes et des lycéens qui n’en peuvent plus de crever de froid l’hiver, de chaud l’été dans leurs établissements construits au siècle dernier, voire au précédent, sans que les travaux de maintenance nécessaires n’aient été entrepris et encore moins ceux d’amélioration; le manque de personnel enseignant et d’encadrement; l’obligation de mettre en jeu leur avenir par le biais de Parcoursup dont on sait qu’il s’agit de la pire des solutions.

Celles des étudiants qui voient les financements de leurs universités réduire régulièrement et leur frais d’inscription augmenter, leurs conditions pour étudier et vivre régresser et leur avenir s’assombrir.

Celles de leurs parents qui peinent à boucler les fins de mois, se retrouvant à découvert le 10 et se demandant comment ils vont passer l’hiver si celui-ci est aussi froid qu’a été chaud l’été…

Celles de toutes les citoyennes et tous les citoyens attendant depuis des années un peu plus de justice sociale mais constatant le démantèlement des services publics, l’arrogance d’un président préférant la veille aller écouter Céline Dion et partant dès le lendemain en visite diplomatique à l’étranger, pour négocier quelques tonnes de diesel au meilleur prix à, l’image de Donald Trump, l’incurie de son gouvernement et le recours systématique à la violence sous prétexte du maintien de l’ordre.

A Troyes, notamment, la manifestation ne connut aucun incident notable, hormis quelques poubelles renversées et aussitôt ramassées. « Au total, les policiers ont interpellé deux personnes sur l’ensemble de l’après-midi : un homme majeur pour un feu de poubelle devant la cathédrale et une femme mineure pour un tag sur le commissariat. »


Le lendemain, 18 octobre, la presse écrite locale dénombrait près de 3000 personnes pendant que la TV locale en comptait plus de 2000 dans les rues de Troyes.



FR3 Champagne-Ardenne, de son côté, signalait dans son JT du 19/20 des tensions et des dégradations à Reims, le calme à Troyes, Charleville-Mézières et partout ailleurs dans la région.

Sur les chaînes nationales, privées comme publiques, il ne fut question que de Reims et des violences extrêmes qui y ont été perpétrées, ville dans laquelle se résume pour elles sans doute la Champagne-Ardenne.


Ce 18 octobre, FR3 Champagne-Ardenne ouvrait son 19/20 sur les pillages et dégradations en marge des manifestations à Reims. A Troyes, on ne parlait déjà plus que des Nuits de Champagne.


Le 19 octobre, L’Est-Eclair titrait sur les raisons du calme observé à Troyes lors des manifestations du 17 octobre, tout en dénonçant néanmoins, comme pour signifier une certaine déception, un feu de poubelle éteint, des poubelles renversées et ramassées, le hall de L’Est-Eclair et de Libération-Champagne investi par des dizaines de manifestants « qui souhaitaient faire entendre leurs revendications aux médias », une présence discrète des forces de l’ordre, quelques pétards et mortiers, deux interpellations.

Sur la même page, était précisé que « Choqués, les maires de l’Aube appellent à une réponse rapide et ferme. » en concluant, citant François Baroin, que « l’impunité ne peut être une réponse ».

Sur le site internet de L’Est-Eclair était publiée une vidéo des élus locaux rassemblés, à l’instar d’élus d’autre communes, sur le parvis de la mairie de Troyes à l’appel de l’association des maires de France, suite aux dégradations commises sur des bâtiments publics dans plusieurs villes françaises lors des manifestations du samedi 17 octobre. Face à eux, 150 citoyens et commerçants venus communier avec eux ne pouvaient qu’opiner à l’insistance du premier adjoint Marc Sebeyran pour rappeler l’état de « délitement de la société ».

Décidément, on se demande si tout ce beau monde n’aurait pas apprécié qu’aient eu lieu à Troyes quelques petits pillages et dégradations, pour avoir à les condamner fermement et justifier la mise en place d’un cessez-le feu et de l’état d’urgence en France ?

En fin d’après-midi, L’Est-Eclair informait ses fidèles lecteurs que la ville de Troyes serait épargnée d’un couvre-feu et de l’interdiction de manifester, au grand dam de Marc Sebeyran, qui tenait à préciser que « Pour l’instant, à Troyes, nous sommes épargnés par cette violence, nous en sommes très contents. Mais bien sûr, nous sommes très vigilants. »

Pour sa part, FR3 Champagne-Ardenne présentait le sommaire de son 19/20: « Unité des élus et citoyens ; rassemblements devant les mairies ; commerces pillés en France ; reportage dans un village de Haute-Marne (Dommartin-le Franc, situé sur la « diagonale du vide », 250 habitants) sur les impressions des habitants…

On se demande de quelles exactions ils ont bien pu être victimes, à Dommartin-le-Franc.

Et on se pose vraiment la même question en ce qui concerne Troyes, tout comme les 34800 et quelques autres communes françaises où il ne s’est rien passé de grave ce 17 octobre et où on a au contraire pu voir souvent de très belles choses et partager de très beaux instants…




RD

17 octobre : le lexique limité de l’AFP



Nous avons relevé, parmi les dépêches publiées par l’AFP, qui font référence pour l’ensemble de la presse hexagonale, une certaine singularité. Il semblerait que le vocabulaire dont disposent les rédacteurs de notre agence nationale d’information, qui « couvre et vérifie l’actualité avec indépendance et rigueur », soit limité à un nombre de plus en plus restreint de mots de la langue française. On pourra bien sûr mettre en cause l’usage excessif de l’IA…



En effet, en ne considérant que les seuls titres des 104 dites dépêches publiées entre le vendredi 16 octobre à 9h35 et le 19 octobre à 12h10, relatant les mouvements sociaux initiés par celui des lycéens, un mois plus tôt, on relève l’usage exclusif d’un vingtaine de mots, à une fréquence impressionnante pour certains. Jugeons-en:

  • Manifest(ation) (ants) : 68
  • Violence(s) : 64 – Violences urbaines : 8 (dont 6 dans la bouche de Lecornu)
  • Pillage, pilleurs : 35
  • Polic (e) (iers) : 28
  • Ordre : 25
  • Chaos : 24
  • Macron : 17
  • Lecornu : 17
  • Saccag(é)es : 16
  • Incendie(é) : 15
  • Vie chère : 15
  • Gauche (ultra)  (extrême) : 12
  • Jeunes : 10
  • Affrontements : 9
  • Lycéen(s) : 9
  • Casseurs : 8
  • Lycéens : 5
  • LFI : 4
  • Mélenchon : 4
  • Nuñez : 4 (à propos de sa démission refusée : 0)
  • Heurts : 2
  • France insoumise : 2

La phrase du Premier ministre  » Le mouvement s’est transformé en « un mouvement de violences urbaines » y trouve une place de choix, puisqu’elle y est répétée ad nauseam.

« La probabilité que l’ultragauche fasse dégénérer les cortèges de l’après-midi (de samedi) est très forte », phrase fétiche de l’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, tout autant.

La gauche, qu’elle soit ultra ou extrême est nommée 12 fois. Il ne vient donc à l’esprit de personne que les groupuscules d’ultra droite pourraient très bien n’être pas restés à la maison…

La palme revient au terme « violences » (64) , comme s’il était le seul à devoir être retenu, avec « pillage-pilleurs » (35), « chaos » (24), « saccage.ées » (16).

Le mot « revendication » est le grand absent, alors qu’il semblait pourtant qu’il fut à l’origine de l’ensemble du mouvement.

On notera toutefois que le terme de « vie chère » est cité 15 fois, à égalité avec « incendie.é », alors que celui de « lycéens » ne l’est que 9 fois.


Sur les chaînes TV d’info en continu, les caméras et envoyé.e.s spéciaux.ales ont apparemment, toute la journée du 17 jusque très tard dans la nuit, traqué les « casseurs » et autres « black blocs », « pilleurs », « saccageurs »… On a même vu des filles parmi ceux-ci !…




Mais quid des manifestant.e.s déterminée.e.s mais calmes et respectueux de leurs semblables, des institutions et du mobilier urbain, protégeant les passants en les aidant à traverser le cortège et les mettant à l’abri des gaz lacrymogènes ?



Quid des cortèges s’écartant à l’approche de véhicules de secours ou déblayant les chaussées des divers obstacles et barrages laissés par les manifestants pour leur faciliter le passage ?


#CommuniquéDePresse | 🗞️ d’Émilie Abrantes, procureur de la République à #Limoges

Une vidéo circule actuellement sur les réseaux sociaux, filmant deux policiers du commissariat de Limoges devant le magasin Lacoste, prétendument en train de dérober des chaussures provenant de ce commerce préalablement dégradé et pillé. Le parquet de Limoges entendant fermement démentir ces allégations mensongères. Les deux policiers filmés agissaient alors dans le cadre d’une intervention judiciaire, ayant reçu l’ordre de l’officier de police judiciaire d’appréhender les effets immédiatement accessibles depuis la vitrine pour être exploités dans l’enquête initiée pour vol aggravé. Ces effets, saisis dans ce cadre strict, ont d’ailleurs pu depuis être restitués au gérant du commerce. Une enquête judiciaire va être initiée contre le ou les auteurs de cette vidéo, du chef de dénonciation calomnieuse, faits punis et réprimés d’une peine de 5 ans d’emprisonnement. Le parquet de Limoges tient à apporter son soutien à ces deux policiers illégitimement mis en cause dans l’exercice de leur mission au service de l’autorité judiciaire.

Les images peuvent être trompeuses. Toutefois, de nombreux internautes émettent des doutes quand à cette intervention du procureur, de la police et du commerçant qui a afirmé que tout lui avait été restitué. La confiance en la police est sérieusement compromise.




Quid des policiers grimés en black blocs, ceux qu’on nomme « appariteurs », lancant des projectiles sur les forces de police ?



Et surtout, quid des manifestant.e.s défilant dans la bonne humeur et la joie ?

Quid des 2 morts à Paris, l’un d’un « probable malaise cardiaque », aux abords du cortège parisien dans le quartier de Château d’eau, situé dans le 10e arrondissement de la capitale, l’autre retrouvé au sol, dans le quartier de Châtelet, probablement victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ? Le parquet de Paris a dit qu’il vérifierait.

« Il n’y a pas eu de personne tuée et c’est un miracle » a affirmé Sébastien Lecornu.

Qui a ajouté : « les préfets pourront mettre en place des couvre-feux qui pourront être partiels et très localisés. »

Certains maires n’ont pas attendu et les décisions de couvre-feu fleurissent en métropole (Denain…) et outre-mer (Ile Maurice, Guadeloupe…)

Quand Emmanuel Macron, dans son discours de 8 minutes d’hier soir, a prudemment et à plusieurs reprises parlé de « délinquants » en évoquant les pillages, les journalistes des chaînes publiques autant que privées l’ont commenté en traduisant par « membres d’ultra ou d’extrême gauche ».

De son côté, l’extrême droite réclame l’état d’urgence (Marion Maréchal) en se frottant les mains et prétend incarner « le parti de l’ordre ». Marine Le Pen dénonce « une crise profonde de confiance et d’autorité ». Bardella reprend le slogan nazi de l’affiche rouge en dénonçant « l’armée du crime »…


Demain, nous reviendrons sur la manifestation troyenne qui semble avoir étonnamment détonné par rapport à celles des autres villes.



RD

Quatre syndicats appellent à la manifestation le 1er Mai, place Jean-Jaurès à Troyes



Une manifestation revendicative et festive

Le rendez-vous est donné à 10 h, ce jeudi 1er mai, place Jean-Jaurès devant la Bourse du travail à Troyes. Le cortège traversera les grandes artères de la ville comme le boulevard Carnot, le boulevard Gambetta, la rue de la République et la rue Émile-Zola. Un service de restauration est proposé sur place.

L’après-midi jusqu’à 17 h, des concerts et de la danse animeront la place. Les stands de plusieurs associations citoyennes seront également présents comme le Cemoa (Collectif d’études du mouvement ouvrier), le Collectif Louise-Michel, la LDH (Ligue des droits de l’Homme), le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), Nous toutes 10 et l’OST (Organisation de Solidarité Trans).

Des panneaux consacrés aux 80 ans de la Sécurité sociale seront disposés sur la place. 

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NB: Le collectif Louis-Michel et la LDH sont bien 2 organisations partenaires mais distinctes, contrairement à ce que laisse supposer l’article de l’Est-Eclair.



Droit du travail: un décret gouvernemental ouvre la voie au travail des plumeurs de cocos 13 jours d’affilée



Les plumeurs de cocos de Paimpol sont concernés par le décret du 9 juillet 2024 qui autorise la suspension du repos hebdomadaire de certains travailleurs saisonniers. Leurs employeurs peuvent faire travailler cette population très vulnérable 13 jours consécutifs en toute légalité.



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Conditions de travail et rémunération sont au cœur des revendications de 15 femmes de chambre d’un hôtel chic de Marseille. Alors que débutent la saison estivale et les JO, le conflit dure depuis deux mois.



Derrière la colère des agriculteurs, la petite musique de la convergence des luttes


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