17 octobre : le lexique limité de l’AFP



Nous avons relevé, parmi les dépêches publiées par l’AFP, qui font référence pour l’ensemble de la presse hexagonale, une certaine singularité. Il semblerait que le vocabulaire dont disposent les rédacteurs de notre agence nationale d’information, qui « couvre et vérifie l’actualité avec indépendance et rigueur », soit limité à un nombre de plus en plus restreint de mots de la langue française. On pourra bien sûr mettre en cause l’usage excessif de l’IA…



En effet, en ne considérant que les seuls titres des 104 dites dépêches publiées entre le vendredi 16 octobre à 9h35 et le 19 octobre à 12h10, relatant les mouvements sociaux initiés par celui des lycéens, un mois plus tôt, on relève l’usage exclusif d’un vingtaine de mots, à une fréquence impressionnante pour certains. Jugeons-en:

  • Manifest(ation) (ants) : 68
  • Violence(s) : 64 – Violences urbaines : 8 (dont 6 dans la bouche de Lecornu)
  • Pillage, pilleurs : 35
  • Polic (e) (iers) : 28
  • Ordre : 25
  • Chaos : 24
  • Macron : 17
  • Lecornu : 17
  • Saccag(é)es : 16
  • Incendie(é) : 15
  • Vie chère : 15
  • Gauche (ultra)  (extrême) : 12
  • Jeunes : 10
  • Affrontements : 9
  • Lycéen(s) : 9
  • Casseurs : 8
  • Lycéens : 5
  • LFI : 4
  • Mélenchon : 4
  • Nuñez : 4 (à propos de sa démission refusée : 0)
  • Heurts : 2
  • France insoumise : 2

La phrase du Premier ministre  » Le mouvement s’est transformé en « un mouvement de violences urbaines » y trouve une place de choix, puisqu’elle y est répétée ad nauseam.

« La probabilité que l’ultragauche fasse dégénérer les cortèges de l’après-midi (de samedi) est très forte », phrase fétiche de l’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, tout autant.

La gauche, qu’elle soit ultra ou extrême est nommée 12 fois. Il ne vient donc à l’esprit de personne que les groupuscules d’ultra droite pourraient très bien n’être pas restés à la maison…

La palme revient au terme « violences » (64) , comme s’il était le seul à devoir être retenu, avec « pillage-pilleurs » (35), « chaos » (24), « saccage.ées » (16).

Le mot « revendication » est le grand absent, alors qu’il semblait pourtant qu’il fut à l’origine de l’ensemble du mouvement.

On notera toutefois que le terme de « vie chère » est cité 15 fois, à égalité avec « incendie.é », alors que celui de « lycéens » ne l’est que 9 fois.


Sur les chaînes TV d’info en continu, les caméras et envoyé.e.s spéciaux.ales ont apparemment, toute la journée du 17 jusque très tard dans la nuit, traqué les « casseurs » et autres « black blocs », « pilleurs », « saccageurs »… On a même vu des filles parmi ceux-ci !…




Mais quid des manifestant.e.s déterminée.e.s mais calmes et respectueux de leurs semblables, des institutions et du mobilier urbain, protégeant les passants en les aidant à traverser le cortège et les mettant à l’abri des gaz lacrymogènes ?



Quid des cortèges s’écartant à l’approche de véhicules de secours ou déblayant les chaussées des divers obstacles et barrages laissés par les manifestants pour leur faciliter le passage ?


#CommuniquéDePresse | 🗞️ d’Émilie Abrantes, procureur de la République à #Limoges

Une vidéo circule actuellement sur les réseaux sociaux, filmant deux policiers du commissariat de Limoges devant le magasin Lacoste, prétendument en train de dérober des chaussures provenant de ce commerce préalablement dégradé et pillé. Le parquet de Limoges entendant fermement démentir ces allégations mensongères. Les deux policiers filmés agissaient alors dans le cadre d’une intervention judiciaire, ayant reçu l’ordre de l’officier de police judiciaire d’appréhender les effets immédiatement accessibles depuis la vitrine pour être exploités dans l’enquête initiée pour vol aggravé. Ces effets, saisis dans ce cadre strict, ont d’ailleurs pu depuis être restitués au gérant du commerce. Une enquête judiciaire va être initiée contre le ou les auteurs de cette vidéo, du chef de dénonciation calomnieuse, faits punis et réprimés d’une peine de 5 ans d’emprisonnement. Le parquet de Limoges tient à apporter son soutien à ces deux policiers illégitimement mis en cause dans l’exercice de leur mission au service de l’autorité judiciaire.

Les images peuvent être trompeuses. Toutefois, de nombreux internautes émettent des doutes quand à cette intervention du procureur, de la police et du commerçant qui a afirmé que tout lui avait été restitué. La confiance en la police est sérieusement compromise.




Quid des policiers grimés en black blocs, ceux qu’on nomme « appariteurs », lancant des projectiles sur les forces de police ?



Et surtout, quid des manifestant.e.s défilant dans la bonne humeur et la joie ?

Quid des 2 morts à Paris, l’un d’un « probable malaise cardiaque », aux abords du cortège parisien dans le quartier de Château d’eau, situé dans le 10e arrondissement de la capitale, l’autre retrouvé au sol, dans le quartier de Châtelet, probablement victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ? Le parquet de Paris a dit qu’il vérifierait.

« Il n’y a pas eu de personne tuée et c’est un miracle » a affirmé Sébastien Lecornu.

Qui a ajouté : « les préfets pourront mettre en place des couvre-feux qui pourront être partiels et très localisés. »

Certains maires n’ont pas attendu et les décisions de couvre-feu fleurissent en métropole (Denain…) et outre-mer (Ile Maurice, Guadeloupe…)

Quand Emmanuel Macron, dans son discours de 8 minutes d’hier soir, a prudemment et à plusieurs reprises parlé de « délinquants » en évoquant les pillages, les journalistes des chaînes publiques autant que privées l’ont commenté en traduisant par « membres d’ultra ou d’extrême gauche ».

De son côté, l’extrême droite réclame l’état d’urgence (Marion Maréchal) en se frottant les mains et prétend incarner « le parti de l’ordre ». Marine Le Pen dénonce « une crise profonde de confiance et d’autorité ». Bardella reprend le slogan nazi de l’affiche rouge en dénonçant « l’armée du crime »…


Demain, nous reviendrons sur la manifestation troyenne qui semble avoir étonnamment détonné par rapport à celles des autres villes.



RD

Quand l’Arcom disjoncte



Il y a 8 mois, lorsque l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) décidait de ne pas renouveler les fréquences de C8 et NRJ12, un déluge de critiques s’abattait sur cette autorité publique indépendante nationale, remettant en cause sa légitimité. Pour C8, l’Arcom pointait un manque de maîtrise à l’antenne, notamment lié aux nombreux dérapages de Cyril Hanouna, l’animateur de l’émission « Touche pas à mon poste » (TPMP). Le gendarme de l’audiovisuel relevait également un manque de pluralité de points de vue.

Aujourd’hui, la presse de droite et d’extrême-droite lui attribue toutes les vertus, alors que l’Autorité de régulation demandait dans un délai irréalisable la modification de la diffusion de l’émission Complément d’enquête diffusée hier soir sur France Télévisions et consacrée à la chaîne CNews, considérant que cette dernière n’a pas porté atteinte au pluralisme. Nous démontrions le contraire hier dans ces colonnes.


Pluralisme sur CNews, RSF déplore une réponse « insuffisante » de l’Arcom : « Nous avons revérifié nos chiffres et nous les maintenons ».

Décryptage.  L’Arcom a remis en question une enquête de Reporters sans Frontières qui accusait CNews de « tricher » pour contourner ses obligations sur le pluralisme politique. L’ONG persiste et signe et regrette la méthode du régulateur.



Enquête sur le pluralisme en France : RSF répond aux contre-vérités.

L’enquête, produite par Reporters sans frontières (RSF), sur le pluralisme sur les chaînes d’information en continu en France au regard des nouveaux critères de mesure du pluralisme à l’antenne établis par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), suscite des réactions manipulatoires et des questionnements légitimes. RSF, qui maintient l’intégralité des données et analyses partagées dans son enquête, revient sur les faits.



CNews : le jour où l’ARCOM a basculé dans une réalité parallèle.

Est-ce parce que le nouveau président de l’ARCOM, Martin Adjari, s’est fait bousculer sur ses accointances PS passées, par le rapporteur ciottiste de la toute neuve commission d’enquête sur la « neutralité de l’audiovisuel public » ? Est-ce parce que des « journalistes » de Frontières se sont introduits en mode intimidation dans les couloirs de l’ARCOM en janvier dernier ? Est-ce tout simplement la peur de l’avenir ? 

4ème pouvoir



A l’occasion de la célébration de ses 20 ans par bfmtv  au cours d’une soirée spéciale, ce jeudi soir, on s’aperçoit que la sphère médiatique est en train de se réveiller face aux manquements de ces chaînes d’info continue qui envahissent aujourd’hui le paysage audiovisuel français.

Depuis 2017, année du lancement de CNews, le gendarme de l’audiovisuel a prononcé près d’une centaine de rappels à l’ordre contre les quatre chaînes d’information en continu, d’après un décompte réalisé par « Complément d’enquête » et franceinfo.



C’est bien CNEWS, la chaîne de Vincent Bolloré (détenteur des chaînes du Groupe Canal+ (Canal+, CNews, CStar), de l’éditeur Editis, des radios Europe 1 et RFM, de Télé-Loisirs, Geo, Gala,Voici, Femme actuelle, Capital et Le JDD) qui reçoit le trophée de la chaîne la plus citée en matière d’entorses aux règles imposées par l’ARCOM, ne se donnant plus aucune limite en utilisant leur influence pour faciliter l’arrivée du RN au pouvoir.



CNews a été accusée mercredi par l’organisation Reporters sans frontières de « tricher » avec les règles de l’équilibre politique pour favoriser l’extrême droite, des éléments qui nourrissent une émission d’investigation de France 2 consacrée jeudi soir à la chaîne d’info de la galaxie Bolloré.



Reporters sans frontières (RSF) a passé au peigne fin les programmes et émissions des chaînes d’information en continu, au cours du mois de mars 2025, au regard des nouveaux critères de mesure du pluralisme à l’antenne établis par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Les résultats de notre enquête sont sans appel : s’il existe ici et là quelques déséquilibres, seule CNews s’éloigne de manière flagrante et systématique du cadre imposé depuis juillet 2024. La chaîne privée va jusqu’à narguer le gendarme de l’audiovisuel en affichant un bandeau proclamant le respect de ces règles, pourtant largement foulées au pied sur le mois étudié.



Comme toutes les chaînes d’information en continu, CNews est tenu de respecter le pluralisme à l’antenne. Tous les «courants de pensée et d’opinion» doivent y être diffusés, à raison d’un tiers de temps de parole pour l’exécutif et de deux tiers répartis équitablement entre l’ensemble des forces politiques selon leur poids électoral et dans les sondages. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) est chargée de vérifier que les chaînes se soumettent bien à ces règles.




Début septembre 2025, Acrimed s’inquiétait de l’interview « exceptionnelle » de François Bayrou pendant une heure trente aux quatre chaînes d’info en même temps ! « Une première » dans l’histoire journalistique, soulignait Le Parisien, « un format digne du président de la République », s’emballait Le Figaro. S’il n’a accouché de rien de nouveau sur le fond, le format aura permis une nouvelle fois de démontrer que la multiplication des chaînes d’information en continu ne signifie pas une multiplication des points de vue, mais un matraquage plus intense du même, surtout quand il est question d’économie.



En octobre, Le Parisien observait que la crise politique profite aux chaînes d’info, CNews se classant alors cinquième chaîne nationale juste derrière M6.



Début novembre, on présentait ainsi les Audiences d’octobre 2025 sur les autres chaînes : « TF1 leader en forte baisse, France 3 en chute libre talonnée par M6, W9 brille grâce à Cyril Hanouna », recyclé dans l’urgence après la fermeture de C8 suite au non renouvellement de sa licence d’exploitation.



Et, comble du comble, ce sont la droite et l’extrême-droite qui jouent l’indignation, interpellant l’ARCOM quant à sa neutralité.




On reverra ci-dessous avec intérêt la série des 6 émissions réalisées en partenariat par Acrimed et Blast sur le 4ème pouvoir.




Mais on n’a pas encore vu le pire. Prochain hebdo à rejoindre la bande dans la presse écrite, pour compenser la récente vente de Paris Match : JDNews, dont le rédacteur en chef devrait être Louis de Raguenel, ancien de Valeurs actuelles et actuel chef du service politique d’Europe 1.

Et du côté d’internet, CNews s’est offert un clone : CNews Prime, une chaîne 100 % en ligne, lancée presque en douce le 26 novembre. Hors TNT, plus d’obligations strictes sur les temps de parole, plus de surveillance trimestrielle. Un espace parfait pour diffuser la même ligne éditoriale que CNews, mais débarrassée de ses rares garde-fous. Et dès le premier quart d’heure d’antenne, la couleur est annoncée : Bardella, puis un sujet anxiogène sur une supposée « offensive islamiste ».



CNews déprime. Ce mardi, le groupe du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré a lancé une nouvelle antenne en ligne, «CNews prime». Elle rediffuse les contenus de la controversée chaîne d’info en continu. Au programme : sécurité, islam et tribune aux personnalités d’extrême droite.

Ça promet…


L’influence démesurée des grandes fortunes sur les médias


La concentration des médias s’accélère en France, sous l’influence de quelques milliardaires qui possèdent des journaux, radios, télé. Qui sont-ils ? Quel contrôle exercent-il sur ce bien public qu’est l’information. Décryptage.



François Pinault a des vues sur Ouest France pour sa future chaîne TNT


La chaîne des « vrais gens » aura-t-elle pour investisseur la 28e fortune mondiale ? La Lettre révèle que le groupe Ouest-France discute avec le milliardaire François Pinault (payant), déjà propriétaire du Point, pour entrer au capital d’OFTV, sa future chaîne TNT. 

«JDD» : combien de journalistes ont-ils annoncé leur départ depuis l’arrivée de Geoffroy Lejeune ?



Certains journalistes ont déjà signé leur convention de rupture individuelle quand d’autres attendent leur retour de congés pour lancer la procédure. Mais déjà, la SDJ sait que «ceux qui restent se compteront sur le doigt de la main».

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D’ici et d’ailleurs


Deux canards chez les poulets


Essais nucléaires en Polynésie : l’Etat se livre à une opération de propagande


Brésil : Jair Bolsonaro gracie des agents des forces de sécurité coupables de crimes


Médias français : qui possède quoi ?


Cette carte du paysage médiatique français est issue d’un travail de partenariat entre Acrimed et Le Monde diplomatique.

Cliquer ICI pour l’agrandir.

(disponible ICI en format A3)

D’ici et d’ailleurs


Au Parisien, barrage à Philippe Martinez, libre antenne pour Emmanuel Macron


Dans la campagne bretonne, 17 travailleurs sans-papiers réduits en esclavage


Salut néonazi et drapeau marocain piétiné : la soirée foot de militants de Reconquête


Législatives en Tunisie: un débat pour parler librement de politique à la veille du scrutin


Pologne : L’érosion de l’état de droit nuit aux femmes et aux personnes LGBT


Les « citoyens du Reich » : ces nostalgiques de l’empire allemand qui veulent renverser la République