1922 – 2022, la FÉDÉRATION INTERNATIONALE POUR LES DROITS HUMAINS fête ses 100 ans !

Pourquoi Poutine parle-t-il tout le temps des nazis ?


Poutine désigne régulièrement ses ennemis comme des néonazis. (Montage L’Obs)


VIDÉO. A coups de lois mémorielles et de défilés militaires, Vladimir Poutine a façonné un mythe de la victoire soviétique sur les nazis en 1945. Un socle sur lequel il s’appuie désormais pour qualifier ses ennemis de néonazis – une vieille pirouette soviétique – pour justifier son expansionnisme en Ukraine.

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Asile, droit universel ?

Par Jean Camus


La guerre gronde et menace aux portes de l’Europe. Des milliers, des millions de personnes fuient leur pays, l’Ukraine. Un exil provisoire, définitif ?

Fébrile, en quelques jours, l’UE a trouvé les actes, les mots pour venir exprimer sa compassion, sa solidarité, son soutien au peuple ukrainien bombardé par leur puissant voisin. En effet c’en est fini de « la crise des migrants », place maintenant à « la solidarité avec les réfugiés ».

Changement spectaculaire dans bien des domaines : politique, énergie, défense, souveraineté. Déjà depuis longtemps, la porosité entre « demandeur d’asile », d’ordre politique et « l’immigré », d’ordre économique, s’était installée, brouillant les distinctions souvent formelles. Les différents conflits dans le monde, les situations politiques internes, la montée des régimes autoritaires, la pauvreté, la misère avaient bousculé les cadres, transformé en « demandeurs d’asile » bon nombre de ceux qu’on appelait avant les « immigrés ». Le mot de « migrant » lui est préféré maintenant, il réserve le statut de réfugié à toute personne « craignant avec raison d’être persécuté[e] du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, ou de ses opinions politiques » (convention de Genève de 1951). Les situations vécues sont plus complexes, oppression et misère sont souvent indissociables.

L’UE a maintenu à l’intérieur de ses frontières un espace de paix, quelquefois au prix de brouilles, chaque État restant le gardien de la maîtrise souveraine de l’asile. Les histoires différentes de migration ont bloqué tout mécanisme commun d’examen des demandes d’asile. Syriens, Afghans se sont heurtés aux murs, clôtures, barbelés ou maintenus en Turquie ou en Afrique du nord. 

L’agression russe en Ukraine a ravivé la figure du « réfugié » de l’après 2ème guerre mondiale, victime de la barbarie nazie et ou de l’oppression soviétique.  Ironie de la géographie, ce sont les pays les plus hostiles à l’accueil des réfugiés, venus d’Afrique et du Moyen-Orient qui voient déferler par milliers ces personnes fuyant la guerre.

Cette « protection temporaire », droit au séjour et au travail est automatique, sans l’examen individuel exigé par la convention de Genève. De fait, c’est une directive de 2001 jamais appliquée qui a été activée à l’unanimité. Elle prévoit en outre non seulement des critères communs d’admission mais aussi une répartition des réfugiés entre États selon leur capacité d’accueil. Cette mutualisation inattendue changera-t-elle l’attitude des pays hostiles aux migrants. La guerre en Ukraine les rappelle à la réalité. Les pays en question ont jusqu’à maintenant accueilli sans réserve les personnes fuyant la guerre.

Mais des difficultés se font jour, des étrangers non ukrainiens, africains, syriens, afghans rencontrent des difficultés au passage de la frontière pour fuir l’Ukraine. Les étudiants voient s’écrouler leur rêve d’une vie meilleure que dans leur pays d’origine. « Les étudiants africains qui ont survécu à la guerre ne pourront peut-être pas survivre à un retour au pays ? »

L’Union Européenne a décidé d’accorder une protection internationale immédiate aux personnes fuyant la guerre en Ukraine pour leur permettre d’y séjourner, d’y travailler, de bénéficier d’une protection sociale, d’une allocation de subsistance. Mais une instruction du gouvernement français du 10 mars précise que sont exclus de la protection les ressortissants de pays tiers qui sont en mesure de regagner leur pays d’origine dans des « conditions sûres et durables ». Sans plus définir les conditions sûres et durables. Cette instruction du 10 mars risque de refuser nombre d’étrangers, « étudiants » et autres. Des ressortissants pakistanais, et nigérians avec des titres de séjour ukrainiens ont été refoulés à la frontière italienne

La France ne se grandit pas avec une telle démarche. Faut-il rappeler que la protection des réfugiés est d’abord une affaire européenne. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a été créé en 1950 pour donner un statut aux trente millions d’Européens déplacés à la suite du nazisme, du changement des frontières à l’Est. Il y a eu un moment les « bons » réfugiés, mais depuis longtemps l’accueil s’est mondialisé.

Cet exode massif, sans doute le plus important depuis la 2èmeguerre mondiale, suscite une vague très forte de générosité, de solidarité, de dons, d’accueil de personnes privées, sans conditions. Le courage de tous les Ukrainiens, de toutes les Ukrainiennes, tous unis derrière leurs dirigeants, leur détermination à résister à l’invasion russe, confortent notre admiration, forcent le respect. Peut-être que les peuples européens solliciteront leurs responsables pour plus d’engagement ?

L’émotion internationale causée par la guerre en Ukraine doit tendre à affirmer l’universalité du droit d’asile à tout être humain fuyant la guerre.

JC

Sainte Savine, mars 2022

Guerre d’Algérie : il y a 60 ans, tensions et incompréhensions dans les coulisses d’Évian

Signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962 à l’Hôtel du Parc à Évian-les-Bains. © REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho via Getty Images


Il y a 60 ans, en mars 1962, les représentants français et ceux du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) se réunissaient à Evian pour conclure les accords qui allaient mettre fin à la guerre d’Algérie.

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Poutine lâché par les siens

Dans une vidéo, le président russe Vladimir Poutine pointe des « traitres nationaux » qui feraient le jeu de l’Occident contre la Russie. SPUTNIK – MIKHAIL KLIMENTYEV


Dans un discours filmé, mercredi 16 mars, Vladimir Poutine a vivement critiqué ceux qu’ils qualifient de « traîtres nationaux », appelant le peuple russe à distinguer « les vrais patriotes » et évoque « une autopurification » de la société.


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Pour comprendre les mensonges de Poutine sur l’Ukraine, il faut remonter les siècles


Non content d’écraser l’Ukraine d’aujourd’hui, Poutine veut en effacer l’histoire. Il l’a martelé : l’Ukraine n’existe pas, elle n’est qu’une province de Russie peuplée de Russes et ne doit son existence factice qu’à un caprice de Lénine. C’est une falsification.

Par François Reynaert / L’OBS

1. De la Rus’de Kiev aux invasions mongoles (IXe-XIIIe siècles)

Le début de ce récit, c’est indéniable, pose les bases d’une histoire commune. Pour le comprendre, il faut d’abord aller rendre visite à un peuple que personne ne pense trouver dans l’aventure : les Vikings de Suède, les Varègues. Habiles au commerce, ils trafiquent le long des grands fleuves qui coulent vers le sud. Vers 880, un de leurs groupes s’installe sur les rives du Dniepr et fonde Kiev, que l’on appelle bientôt la Rus’de Kiev, c’est-à-dire la principauté peuplée par les Rus’, peuple issu des Varègues et des Slaves vivant par là. Le commerce – fourrure et bois – se fait essentiellement avec Constantinople, riche capitale de l’empire byzantin. En 988, pour parfaire cette alliance, le prince de Kiev, Vladimir, se fait baptiser. Voici les Rus’ devenus chrétiens orthodoxes. Voici ce monde doté d’un saint fondateur – les présidents russe et ukrainien partagent son nom (Volodymir en est une variante). Kiev crée bientôt un empire, assis sur un réseau de principautés, Novgorod, Smolensk ou Moscou, fondé au XIIe siècle.

Au XIIIe siècle, cet univers est balayé par un tsunami venu de l’est : les invasions mongoles. Pendant deux siècles, les cités mises à genoux doivent verser un tribut aux nouveaux maîtres. Moscou en organise la collecte, ce qui l’enrichit au passage et lui permet, au XVe siècle, de mener la guerre contre le « joug tatar » (autre nom des Mongols). Le glissement est fait. Moscou est le nouveau phare du monde issu de la Rus’. Après la prise de Constantinople par les Ottomans (1453), la ville peut se croire la « troisième Rome ». Après Ivan le Terrible (1530-1584), les princes de Moscovie prennent le titre de tsar, c’est-à-dire de nouveau César. Ils n’ont plus pour objectif que de réunir sous leur sceptre « toutes les Russies », autrement dit les anciennes principautés des Rus’.Inauguration d’une statue de Vladimir le Grand, à Moscou, par le président russe Vladimir Poutine, le 4 novembre 2016. (Natalia KOLESNIKOVA/AFP)Inauguration d’une statue de Vladimir le Grand, à Moscou, par le président russe Vladimir Poutine, le 4 novembre 2016. (Natalia KOLESNIKOVA/AFP)

  • En novembre 2016, au grand dam de nombreux Moscovites, Vladimir Poutine, aux côtés du patriarche Cyrille de Moscou, inaugure devant le Kremlin une gigantesque statue de saint Vladimir le Grand, le prince de Kiev qui, par son baptême, a converti le monde russe à l’orthodoxie. Pour le président russe, le coup est double. Il lui permet de jouer la carte qui lui est chère, des « racines chrétiennes » et de la Sainte Russie. Et déjà, en même temps, d’annexer symboliquement l’Ukraine. Comme l’explique alors l’historien Nikita Sokolov, cité par « Libération », il s’agit de « voler à l’Ukraine la palme de l’unification de la Rus’, de dire que la véritable Russie, c’est la Moscovie et non pas Kiev ».

2. L’Etat cosaque (1649-1764), ancêtre de l’Etat ukrainien

Hier centrales, les terres qui forment aujourd’hui l’Ukraine sont devenues des marches (une des étymologies proposées du mot Ukraine renvoie à l’idée de frontière). Désormais, leur histoire diverge de celle de Moscou. Elles sont en grande partie sous la coupe de la nouvelle puissance locale, la Pologne. La noblesse polonaise, catholique, réduit à la misère les paysans ukrainiens, orthodoxes. Ceux-ci se mettent sous la protection des Cosaques, communautés de paysans soldats, installés dans la région de Zaporoguie. Comme ceux qui sont installés ailleurs dans l’univers russe, les Cosaques zaporogues sont réputés libres et égalitaires. Ils combattent au nom d’un chef, « l’hetman », qu’ils élisent dans une assemblée, la Rada. Entre 1649 et 1764, ils réussissent à former un Etat, l’« hetmanat cosaque », considéré comme l’ancêtre de l’Ukraine d’aujourd’hui.

Complétons par un aspect sombre de la période. Pour exploiter la paysannerie ukrainienne, la noblesse polonaise recourt aux juifs qu’elle charge de collecter taxes et impôts. Cela permet aux popes, appuyés par les Cosaques, d’attiser un antijudaïsme fanatique. Il conduit à des massacres. Ils ne sont hélas pas les derniers de cette histoire.« Mazeppa aux loups », huile sur toile du peintre français Horace Vernet (1789-1863), Musée Calvet (Avignon). (Leemage via AFP)« Mazeppa aux loups », huile sur toile du peintre français Horace Vernet (1789-1863), Musée Calvet (Avignon). (Leemage via AFP)Portrait d’Ivan Mazepa (1639-1709), hetman des Cosaques d’Ukraine. (MARY EVANS/SIPA)Portrait d’Ivan Mazepa (1639-1709), hetman des Cosaques d’Ukraine. (MARY EVANS/SIPA)

  • Avec Bogdan Khmelnitski (1595-1657), fondateur de l’Etat cosaque, Ivan Mazepa (1639-1709) est le plus connu des hetmans. Sa mémoire est aussi au cœur d’une controverse entre Kiev et Moscou. Assaillis de toute part par diverses puissances, les chefs cosaques sont obligés de nouer des alliances. Pendant de nombreuses années, Mazepa se met au service de l’empereur russe Pierre le Grand. Au début du XVIIIe siècle, il le trahit pour s’allier avec Charles XII, le roi de Suède, nouveau venu dans la zone, duquel il espère obtenir l’indépendance de son Etat. Pour les Russes, Mazepa incarne désormais la figure du traître. Les Ukrainiens le tiennent pour un héros. Son effigie orne les billets de 10 hrivnas (0,30 euro), la monnaie nationale.
  • Notons par ailleurs que l’Occident connaît Ivan Mazepa, sans forcément le rattacher à cette histoire. Il y est devenu célèbre au XIXe siècle, grâce à un poème du Britannique Lord Byron, inspiré par un épisode de la jeunesse de l’hetman, peut-être légendaire. Accusé d’avoir séduit une femme mariée, le jeune homme aurait été puni en étant attaché nu sur un cheval lancé au galop et, recueilli par de braves paysans ukrainiens, aurait survécu au supplice pour devenir chef de guerre. Fascinés par ce destin miraculeux, tous les romantiques, derrière Byron, y allèrent de leur « Mazeppa » (écrit en général avec deux P), qui devient une figure littéraire commune. On le retrouve dans une pièce symphonique de Liszt ; dans des toiles de Géricault, Vernet (comme ci-dessus), Chassériau ; ou encore dans « les Orientales » de Victor Hugo : « Eh bien ! ce condamné qui hurle et qui se traîne, ce cadavre vivant, les tribus de l’Ukraine le feront prince un jour. »

3. Le XIXe siècle, la poigne des tsars et le renouveau national

A la fin du XVIIIsiècle, la Pologne disparaît, avalée par ses puissants voisins. Une part de l’Ukraine devient autrichienne, l’autre russe. Les tsars font tout pour russifier cette province qu’ils n’appellent plus que la « Petite Russie », vieille appellation qui remonte à Constantinople. Comme en Pologne, en Hongrie, dans les Balkans, la domination de l’Empire se heurte à la nouvelle force du XIXe siècle, le sentiment national. Il s’appuie sur la redécouverte du folklore ou du parler local. Considéré alors comme un patois, l’ukrainien est étudié, codifié, magnifié par de grands écrivains. Le plus célèbre est Taras Chevtchenko (1814-1861), le « poète national » ukrainien, cent fois emprisonné et exilé par les tsars.

A la fin du siècle, le pays renoue avec d’autres démons. Après l’assassinat d’Alexandre II, en 1881, les autorités déchaînent les masses sur les éternels boucs émissaires : les juifs. Un nouveau mot fait son apparition dans les langues du monde : les pogroms (du russe, détruire). Ceux de Kiev ou d’Odessa deviennent sinistrement célèbres.Portrait du poète ukrainien Taras Chevtchenko, brodé par Kostyrkina. (SPUTNIK via AFP)Portrait du poète ukrainien Taras Chevtchenko, brodé par Kostyrkina. (SPUTNIK via AFP)

  • Le XIXe est le siècle du sentiment national. Partout en Europe, les peuples se découvrent une identité commune, appuyée sur le folklore, la langue, une relecture de l’histoire. Ce sentiment est d’autant plus à vif que les peuples sont écrasés par un empire, comme c’est le cas de ceux d’Europe centrale ou orientale, soumis à l’empereur d’Autriche, au sultan ottoman ou aux tsars. Partout apparaissent de grandes figures, poètes ou écrivains, qui portent ce sentiment national, l’incarnent. Comme les Polonais ont leur Adam Mickiewicz (1798-1855) ou les Hongrois leur Sándor Pétöfi (1823-1849), les Ukrainiens ont Taras Chevtchenko.
  • Fils de paysans serfs, placé comme domestique, il se découvre bientôt un goût et un talent pour la peinture et la littérature, et réussit à faire des études. Initié aux auteurs méconnus de sa province d’origine, l’Ukraine, il en devient fou. Sa vie durant, il n’aura de cesse, dans ses tableaux comme dans ses poèmes, d’en célébrer les richesses, le patrimoine, la langue. Son activisme politique lui vaut de connaître les forteresses du tsar et les duretés de l’exil. Sa figure, ses œuvres écrites ou peintes occupent toujours une place centrale dans la culture et le sentiment national ukrainiens. « Kobzar » (le barde, ou plus spécifiquement le joueur de kobza, une sorte de luth), son recueil de poèmes, est considéré comme le marqueur du renouveau de la langue ukrainienne. Le nom de Taras Chevtchenko a été donné à l’université de Kiev, la plus réputée du pays.

4. Une brève indépendance (1917-1921)

Partagée entre Russes et Austro-Hongrois, l’Ukraine est en première ligne lors de la Grande Guerre. Les deux révolutions de Petrograd en 1917, l’abandon de la guerre par les Russes en janvier 1918, puis la défaite des empires centraux en novembre créent le chaos. Une première indépendance est décrétée par une « République populaire ukrainienne ». Elle est mise à mal par les autres protagonistes qui ravagent le pays : une sécession anarchiste, les armées russes blanches, les Polonais (qui ont reformé un Etat en 1918) vite engagés dans une guerre avec les armées russes rouges (1919-1921). Accusés de soutenir ces derniers – c’est dans ces années qu’apparaît le mythe du « judéo-bolchévique » –, les juifs sont une fois de plus victimes de carnages. Les chefs nationalistes (comme le célèbre Petlioura) les ont-ils encouragés ? Ont-ils été commis contre leur volonté ?

Le point continue à être sujet de controverse. Il entre néanmoins sans nuance dans la propagande communiste : pour Moscou, tout nationaliste est antisémite (même ceux qui ont essayé d’arrêter les exactions). L’argument n’a pas fini d’être utilisé.Symon Petlioura, président de la République populaire ukrainienne (1919-1920). (Wikimedias Commons/ЦДАВО України. Ф. 1871. Оп. 1. Спр. 7)Symon Petlioura, président de la République populaire ukrainienne (1919-1920). (Wikimedias Commons/ЦДАВО України. Ф. 1871. Оп. 1. Спр. 7)

  • Journaliste, militant, devenu chef des armées et président (1919-1920) de la brève République populaire ukrainienne. En tant que représentant de la première indépendance du pays, il reste considéré comme un héros par tout le courant national ukrainien.

5. De l’horreur stalinienne à l’horreur nazie (1922-1945)

En 1921, à la fin de la guerre soviéto-polonaise, une partie de l’Ukraine revient à Varsovie, le reste passe à Moscou. Lénine en fait une des républiques de la nouvelle Union proclamée fin 1922 : l’URSS. C’est le moment auquel fait allusion Vladimir Poutine quand il dit que le pays a été « créé » par le chef bolchevique. En thuriféraire de la « grandeur russe », il omet de préciser ce qui a suivi : des décennies d’horreur. Pour comprendre la façon dont elles pèsent sur la mémoire aujourd’hui, on doit les considérer dans leur continuum. Il y a d’abord les crimes communistes. Ils culminent en 1932-33. Staline ordonne une collectivisation de toutes les terres paysannes d’Ukraine. Conduite à la baïonnette, elle débouche sur une famine qui fait entre 3 et 4 millions de morts. Pour de nombreux historiens, il s’agit d’un crime de masse du même ordre que ceux que Staline a commis ailleurs. Pour les Ukrainiens, qui le nomment « Holodomor », il s’agit d’un génocide destiné à éliminer spécifiquement leur peuple.

En 1939, grâce à l’alliance germano-soviétique, la partie polonaise de l’Ukraine devient russe. Le NKVD, ancêtre du KGB – puis du FSB – qui forma Poutine, peut y faire régner la terreur. En 1941, après la rupture d’alliance, Hitler part à l’assaut de l’URSS. En première ligne, l’Ukraine subit l’horreur à un niveau de violence dont l’Europe de l’Ouest a rarement conscience. Le pays est le terrain de la « Shoah par balles », le massacre de sang froid de centaines de milliers de juifs, comme à Babi Yar (en septembre 1941), un ravin situé à côté de Kiev, devenu le lieu symbole de ce martyre. Les autres Ukrainiens, des Slaves appelés, selon la hiérarchie établie par les nazis, à devenir esclaves, subissent une occupation d’une brutalité inouïe. Après avoir subi vingt ans de terreur rouge, une partie de la population avait accueilli les premiers soldats allemands en libérateurs. Certains nationalistes (le plus connu est Stepan Bandera) ont accepté de collaborer, par idéologie, ou dans le seul objectif d’obtenir l’indépendance espérée. D’autres ont lutté avec les Russes. Après la victoire soviétique, l’histoire est réécrite de façon univoque. Les crimes soviétiques sont niés. Les seuls héros sont les glorieux soldats de l’Armée rouge. Les autres sont des nazis.Affiche du film « l’Ombre de Staline », d’Agnieszka Holland, 2019. (FILM PRODUKCJA-CRAB APPLE FILM/Collection ChristopheL via AFP)Affiche du film « l’Ombre de Staline », d’Agnieszka Holland, 2019. (FILM PRODUKCJA-CRAB APPLE FILM/Collection ChristopheL via AFP)

  • Au début des années 1930, Staline veut faire de l’URSS un grand pays industriel et commande la mise en œuvre du premier de ses implacables « plans quinquennaux ». Il ordonne la collectivisation des campagnes et, dans le même temps, lance la chasse aux « koulaks », les paysans un peu trop riches qu’il dépeint en accapareurs. Cette politique aboutit à un désastre, en particulier en Ukraine, le traditionnel grenier à blé de l’empire russe. La soldatesque, les commissaires politiques y font saisir tous les grains jusqu’au dernier, entraînant une immense famine qui aurait fait entre 2,6 et 5 millions de morts. Les Ukrainiens appellent cette tragédie l’« Holodomor » (la mort par la faim). Comme si souvent, les meurtres de Staline sont suivis d’un autre crime : la censure absolue sur cet épisode, qui sera nié pendant des décennies. En 2019, le film « l’Ombre de Staline », de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland, a raconté l’histoire bouleversante et réelle de Gareth Jones, un jeune journaliste britannique qui, au péril de sa vie, réussit à se rendre en Ukraine en 1933 et, au retour, documenta la tragédie qui s’y était passée. Le film montre aussi comment Walter Duranty, le puissant correspondant à Moscou du « New York Times », peut-être stipendié par les services soviétiques, mena campagne contre son confrère pour défendre les mensonges de Staline.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dépose une bougie au pied du mémorial de Babi Yar, à l’occasion du 80e anniversaire du massacre, le 29 septembre 2021 à Kiev. (HANDOUT/AFP)Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dépose une bougie au pied du mémorial de Babi Yar, à l’occasion du 80e anniversaire du massacre, le 29 septembre 2021 à Kiev. (HANDOUT/AFP)

  • Deux noms – que tout sépare – peuvent résumer l’horreur mais aussi le trouble et les ambiguïtés liés à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Ukraine : Babi Yar et Stepan Bandera.
  • Sitôt après le déclenchement de l’opération Barbarossa, en juin 1941, et l’invasion de l’URSS, les soldats d’Hitler entrent en Ukraine et mettent en œuvre avec méthode leur politique d’annihilation. Les juifs sont les premiers visés. En deux jours de septembre, plus de 30 000 d’entre eux sont froidement assassinés le long d’un ravin, situé non loin de Kiev, le « ravin des bonnes femmes », Babi Yar. Dans les mois qui suivent, d’autres meurtres de masse de juifs, de Polonais, d’Ukrainiens, de Tziganes auront lieu au même endroit. Comme en témoigne le mémorial installé sur place, Babi Yar reste le symbole de la persécution des juifs d’Ukraine, qui fut d’une monstrueuse brutalité. Près d’un juif assassiné par les nazis sur six venait de ce pays.
  • Comme dans nombre d’autres pays occupés, les Allemands, pour commettre leurs crimes, s’appuyèrent sur des collaborateurs locaux. Le plus célèbre, parmi les Ukrainiens, est Stepan Bandera (1909-1959). Dès sa jeunesse, alors qu’il habite principalement dans la partie de l’Ukraine appartenant à la Pologne, il promeut un nationalisme extrémiste et violent. Quand les Allemands envahissent la Pologne, en 1939, il joue leur carte, croyant en tirer une future indépendance de l’Ukraine. Rapidement après l’invasion de 1941, il comprend que ce ne sera pas le cas. Arrêté, il passe une grande partie de la guerre prisonnier en Allemagne. Mais nombre de ses partisans participent aux exactions contre les Polonais ou les juifs et lui-même n’a jamais renié ses positions violemment antisémites et anti-polonaises. Depuis la seconde indépendance de l’Ukraine, en 1991, sa mémoire est l’objet de controverses répétées. L’extrême droite, mais aussi le courant national en général, veut voir en lui un nationaliste fervent qui a tout fait pour défendre son pays. En 2010, le président Viktor Ioutchenko lui a accordé le titre de « héros de l’Ukraine », suscitant des réactions indignées en Pologne ou en Israël. Révoqué l’année suivante par son successeur, le titre ne lui a pas été rendu, malgré les pressions des courants nationalistes. A l’inverse, les Soviétiques ont fait de Bandera l’incarnation du « collabo » et cette vision des choses prévaut toujours en Russie. Quand Vladimir Poutine ne traite pas les dirigeants ukrainiens de « nazis », il les traite de « bandéristes ». Dans son esprit, l’idée est la même.

6. L’indépendance et les guerres de mémoires (1991 à aujourd’hui)

Dès l’indépendance, acquise en 1991 lors de l’effondrement de l’URSS, le pays se partage en deux camps : les proeuropéens et les prorusses. Ils se sont opposés lors des deux révolutions (« orange » en 2004, puis celle de Maïdan, en 2014), gagnées par les proeuropéens. Ils s’opposent constamment aussi dans une interminable guerre de mémoires. Les prorusses n’ont de cesse d’utiliser l’accusation relayée aujourd’hui par le maître du Kremlin : les autres sont des nazis. Il est indéniable que la plupart des dirigeants ukrainiens d’après les deux révolutions, au nom de la haine de l’occupation soviétique, ont rendu hommage à des chefs nationalistes qui ont pu collaborer avec les Allemands. Il est indéniable aussi que la révolution de Maïdan a été appuyée par des groupuscules néonazis. Il est tout aussi exact que, dans les élections libres qui ont suivi, ces groupuscules d’extrême droite ont été marginalisés au profit de majorités démocratiques et (depuis 2019) d’un président d’origine juive. Il est tout aussi exact qu’en lançant ses armées sur un pays libre, c’est bien l’homme du Kremlin qui, aujourd’hui, se comporte en nouvel Hitler. 


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Ukraine, les engagements de la LDH

Maria, Ukrainienne : « Avec mes amis, on ne prenait pas l’invasion russe au sérieux »

Maria a fui l’Ukraine avec sa mère et sa grand-mère. Crédit : InfoMigrants


Maria est originaire de Zaporijia, au sud-ouest de l’Ukraine. Elle a fui le pays quelques jours après l’offensive russe pour se réfugier en Roumanie avec sa mère et sa grand-mère. L’étudiante d’une vingtaine d’années veut maintenant rejoindre l’Allemagne où vit son frère. Témoignage.

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Journée internationale des droits des femmes







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Projection-débat du documentaire « La voie d’Henriette » de Safia Kessas le jeudi 10 mars à 19h. Dans le cadre des manifestations autour du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous vous proposons de découvrir ce beau documentaire belge de 26 minutes lors d’une projection-débat en ligne.Pour vous donner envie : « Henriette est une jeune mère célibataire, et c’est aussi une personne sans papier qui est porte-parole du collectif de la voix des sans papiers. Tous les jours, elle se bat avec le soutien de son avocat, Maitre Lurquin, pour loger les familles sans papier au cœur de Bruxelles. »A l’issue de la projection, nous aurons le plaisir de vous inviter à échanger avec : Merlie Kiang, bénévole au groupe local de La Cimade à CaenViolaine Husson, responsable nationale Genre et Protections à La CimadeSous réserve, une personne ayant participé au film 
Je m’inscris à la projection-débat du jeudi 10 mars

Thomas Piketty : « Il est urgent de changer d’approche sur les sanctions contre les autocraties »


L’économiste juge que les sanctions actuelles, qui vont toucher l’ensemble de la population russe, n’atteindront pas leur but : frapper les fortunes qui sont au cœur du régime poutinien, afin d’infléchir ce dernier. L’Occident, dit-il, a pourtant les moyens d’agir.

Par Pascal Riché, l’OBS


Thomas Piketty, le plus célèbre des économistes français depuis son best-seller « Le Capital au XXIe siècle », plaide depuis quelques années pour un « cadastre financier international », qui permettrait de savoir qui possède quoi en Europe et aux Etats-Unis, et de lutter plus efficacement contre la fraude fiscale. Aujourd’hui, il estime qu’un tel cadastre permettrait également d’infliger des sanctions financières efficaces contre la Russie, tout en épargnant leurs peuples. Entretien.

L’OBS. La déconnexion des banques russes du système financier international vise à « asphyxier » l’économie russe, a déclaré Bruno Le Maire. De telles sanctions peuvent-elles être efficaces ?

Thomas Piketty. Débrancher la Russie du réseau financier Swift peut contribuer à asphyxier la Russie, mais au final c’est une mesure très mal ciblée. Elle va frapper les banques, mais aussi toutes les entreprises et les ménages russes, ainsi que les entreprises et ménages occidentaux commerçant avec la Russie, alors que c’est le pouvoir poutinien qu’il faut atteindre, et en particulier la petite classe des oligarques les plus fortunés qui a bénéficié de ce régime depuis 1999. Or ces derniers peuvent contourner Swift, en passant par d’autres intermédiaires financiers.


La population russe, si elle est durement touchée, ne peut-elle pas se retourner contre Poutine ?

On a vu ce qu’il est advenu lorsque des sanctions commerciales ont été instaurées après l’annexion de la Crimée en 2014 : le pouvoir les a instrumentalisées pour attiser le sentiment nationaliste et renforcer son emprise. Pour gagner la bataille politique et morale contre les autocraties, il est urgent de changer d’approche.

Entretien exclusif – Thomas Piketty : « Historiquement, c’est le combat pour l’égalité qui a permis la prospérité »


Les pays occidentaux ont également décidé de geler les actifs de l’élite russe -yachts, villas et compte bancaires. Cela vous semble-t-il une voie plus légitime, puisqu’elle n’affecte pas le reste de la population ?

Oui, à condition qu’on aille jusqu’au bout de cette logique, ce qui n’est pas le cas. Il faudrait imaginer des sanctions ciblant tous ceux qui peuvent avoir une influence sur Poutine, c’est-à-dire l’ensemble de la classe fortunée qui a profité du régime. Pour l’instant, on ne touche que quelques dizaines ou au maximum quelques centaines de Russes. En outre ces sanctions sont faciles à contourner, par la multiplication des sociétés-écrans et des prête-noms, car l’on ne se donne pas les moyens de les appliquer réellement. Pour être efficace, il faudrait viser quelques dizaines de milliers de personnes, les multimillionnaires sur lesquels s’appuie le régime, et le faire de façon beaucoup plus systématique.


Comment faire concrètement ?

La seule façon d’agir efficacement serait de mettre en place un cadastre financier international des patrimoines, et de croiser les données sur les portefeuilles immobiliers et financiers des uns et des autres. On a commencé à développer, depuis la crise de 2008, des échanges automatiques d’informations bancaires dans le cadre de l’OCDE, mais cela reste très insuffisant. Jusque-là, les pays riches, sous pression de leurs propres grandes fortunes, refusaient d’aller plus loin et de mettre en place une véritable transparence financière internationale. Mais cette fois, l’enjeu est gigantesque : il s’agit de stopper une guerre en Europe. Ce serait aussi l’occasion de démontrer aux opinions publiques que les grands discours sur la démocratie et la justice ne sont pas que du vent.

Si l’on ciblait, par exemple, les personnes détenant plus de 10 millions d’euros en patrimoine immobilier et financier, cela représenterait environ 20 000 personnes, soit 0,02 % de la population adulte russe. On resterait sur une toute petite minorité de la population, mais une minorité beaucoup plus substantielle que quelques centaines de personnes. Or plus de la moitié du patrimoine de ces gens-là est à l’étranger, essentiellement dans les pays occidentaux, avec biens immobiliers et des actifs financiers à Paris, Londres, New York, au Luxembourg, à Courchevel ou sur la Côte d’Azur. Bloquées dans leur pays, avec leur fortune gelée voire amputée par un prélèvement (mettons de 10 à 20 %, pour commencer), ces 20 000 personnes ne manqueraient pas de se faire entendre au Kremlin. On pourrait aussi se focaliser sur tous ceux qui possèdent plus de 2 millions d’euros de patrimoine, ou bien sur ceux détenant plus de 1 million d’euros à l’étranger, soit environ 100 000 personnes (0,1 % de la population).


La mise en place d’un tel cadastre financier ne mettrait-elle pas beaucoup de temps ?

Le projet existe, c’est le « global financial registry » ou GFR : nous avons montré dans le Rapport sur les inégalités mondiales 2018, qu’il était techniquement possible. Il s’appuierait sur les registres existant déjà, où sont consignées les traces des possessions des uns et des autres, dans différents pays. Il faut systématiser les accords OCDE sur les transmissions bancaires internationales, qui ont plein de trous, et il faut enfin que chaque pays applique la directive européenne sur les « registres des bénéficiaires effectifs » (beneficial ownership registries), qui oblige chaque pays à rendre public les détenteurs ultimes des sociétés installées sur son territoire. Certains pays comme le Luxembourg ont commencé à mettre en ligne ces informations, mais comme l’a montré l’an dernier l’enquête OpenLux [menée par le journal Le Monde, NDLR], il existe là encore de nombreux trous. Quant à la France, elle n’a toujours rien mis en ligne…

Pour connecter toutes ces données, il faudrait également décider de prendre le contrôle des dépositaires centraux privés (Clearstream, Euroclear, Depository Trust Company, etc.) qui assurent l’enregistrement des titres financiers et de leurs propriétaires. Ce registre général permettrait au passage de lutter contre la fraude internationale, l’argent de la drogue, la corruption. C’est sûr que cela dérangerait pas mal de monde, à commencer par les grandes fortunes occidentales, qui aiment la discrétion quand il s’agit d’argent. Tout comme les oligarques chinois ou russes… Ils ont tous en commun d’avoir profité, ces trente ou quarante dernières années, des mêmes privilèges générés par un capitalisme devenu débridé.


Est-il réaliste d’envisager l’arrêt de l’approvisionnement en gaz et en pétrole russe ?

C’est l’autre aspect de cette crise : il faut décréter fermement et concrètement la fin de ces importations, en commençant par importer, d’urgence, d’avantage d’hydrocarbures et de gaz liquide d’autres pays. Et surtout en prenant enfin des décisions fortes et concrètes sur les investissements dans les énergies renouvelables. La France est certes moins dépendante au gaz que l’Allemagne, mais elle l’est beaucoup plus que des pays comme la Suède par exemple, qui au lieu de se reposer uniquement sur le nucléaire, a fait bien davantage que nous dans l’éolien, le solaire et l’hydraulique.

« L’Europe est très vulnérable : elle a besoin du gaz russe »

Il est temps de débattre concrètement des surfaces à consacrer au renouvelable. Ces sources d’énergie comportent elles aussi des inconvénients, en particulier pour les paysages, mais par comparaison aux conséquences climatiques et géopolitiques qu’entraîne l’exploitation des hydrocarbures il n’y a pas photo. Tous ces hydrocarbures russes auraient dû rester dans le sol. Au lieu de cela, nous avons contribué à les brûler, tout en enrichissant au passage une minorité d’oligarques russes et en contribuant à voler ces ressources à la population du pays. Il est temps de reconnaître cette complicité et d’y mettre fin.


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Salomé Zourabichvili : « Vladimir Poutine est en train de provoquer tout ce qu’il voulait éviter »

La guerre dure depuis maintenant cinq jours en Ukraine suite à l’offensive lancée par la Russie. Salomé Zourabichvili, Présidente de la République de Géorgie est l’invitée du Grand entretien. Son pays a lui même été en guerre contre la Russie, en 2008.


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Une mère de famille fuit Kiev et trouve refuge en Pologne après un périple de plusieurs jours

Des familles transportant leurs effets personnels franchissent le poste-frontière de Zosin en Pologne après avoir fui l’Ukraine.   © HCR/Chris Melzer

Après un voyage épuisant de trois jours en voiture, Olga et ses enfants font partie des centaines de milliers de personnes qui ont fui l’Ukraine en quête de sécurité dans les pays voisins.

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Guerre en Ukraine : une nuit aux côtés des civils sur la route de l’exode

Guerre en Ukraine : une nuit aux côtés des civils sur la route de l’exode. Crédit : Mehdi Chebil


Des milliers de civils ukrainiens fuient depuis jeudi l’invasion russe et tentent de rejoindre la Pologne voisine. Une évacuation chaotique, avec des dizaines de kilomètres d’embouteillages côté ukrainien, qui préfigure une crise humanitaire de grande ampleur. Reportage de notre envoyé spécial.

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Ukraine: près de la ligne de front, le village de Pavlopil marqué par les combats

Le panneau de la ville de Pavlopil, en Ukraine. © RFI/Boris Vichith


La reconnaissance par Moscou des deux régions séparatistes de Donetsk et Louhansk suscite de l’émotion et de la colère en Ukraine. Dans le sud-est du pays, elle alimente les craintes d’une éventuelle invasion russe dans une région déjà très éprouvée par huit ans de guerre. C’est notamment le cas à Pavlopil, un village du Donbass situé près de la ligne de front. 

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L’Europe : entre guerre et paix

par Dimitris Konstantakopoulos

États-Unis-Russie : un carrefour critique et une fenêtre de…


Depuis la crise cubaine de 1962, l’humanité n’a pas été aussi proche de la possibilité d’une guerre mondiale qu’aujourd’hui, dans des conditions qui présentent de nombreuses analogies avec ce qui se passait à la veille de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Selon le Washington Post , les choses sont encore pires. Nous sommes au point le plus dangereux de l’histoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

En l’écrivant, le journal trahit par inadvertance l’aventurisme occidental. Car aujourd’hui l’humanité n’a même pas le « luxe » d’une guerre mondiale pour résoudre ses problèmes, un « luxe » qu’elle avait jusqu’en 1945. Mais si The Washington Post écrivait cela, cela risquerait de déplacer le débat de la prétendue invasion russe de l’Ukraine à la possibilité de détruire la planète. Et c’est la dernière chose que veut faire un journal devenu le fleuron du « War Party » occidental.

Bien sûr, on espère qu’une sortie pacifique de la crise ukrainienne sera trouvée même à la dernière heure, et nous ne pouvons pas l’exclure, mais en ce moment nous écrivons sur ce à quoi nous assistons empiriquement, à savoir l’accumulation constante de matières explosives dans la crise ukrainienne, qui nous amène à un point où aucune des parties ne pourra battre en retraite sans être considérée comme vaincue. (Cet article a été écrit avant les annonces russes d’un retrait de la Biélorussie). Mais il y a aussi une raison plus profonde et plus générale, une logique rampante se bousculant avec la guerre : si l’Occident n’entre pas en conflit avec la Russie, la Chine et l’Iran, comment pourra-t-il maintenir sa domination mondiale ?

La réponse des faucons à cette question est la guerre et le chaos. Les plus extrémistes d’entre eux pousseraient également à une déconnexion complète de la Chine et de la Russie. D’autre part, tant Biden que les Européens ne semblent pas avoir la force, le système et la disposition pour affronter de manière décisive et systématique un parti de guerre qui n’a pas la moindre envie de reconnaître que nous ne sommes plus en 1989-91, c’est-à-dire comprendre que l’Amérique et l’Occident dans son ensemble ne peuvent pas dominer le monde et agir en conséquence. Ils se comportent comme les Bourbons, qui n’ont rien appris et rien oublié. Le parti de la guerre est surreprésenté même dans l’administration Biden, alors que ses opposants ne savent pas comment le contrer sans renverser toute l’idéologie anti-russe et anti-chinoise acceptée comme acquise par tout l’establishment occidental depuis tant d’années.

Biden craint que s’il a l’air « doux » avec la Russie, il perdra les élections. Cependant, s’il y va trop « fort », il fera exploser en miettes toutes ses tentatives de réformes, aujourd’hui vacillantes dans des secteurs importants (écologie et économie), arrivées trop tard et trop timidement face à l’énorme pouvoir du capital financier mondial et du complexe militaro-industriel américain.

L’Allemagne et la France peuvent arrêter les Américains et, ce faisant, jeter les bases d’un continent indépendant, vecteur du progrès mondial, mais il semble peu probable qu’elles le fassent. Ils ne veulent pas la guerre, mais ils ne veulent pas non plus de rupture sérieuse avec les États-Unis. Ils risquent ainsi de voir Washington les ignorer, et organiser une provocation comme l’a fait Nuland en 2014. Elle a attendu que les trois ministres des affaires étrangères européens qui s’étaient mis d’accord sur une résolution pacifique de la crise quittent Kiev et, dès que ils sont partis, les mitrailleuses ont parlé.

Ceux qui se souviennent de l’histoire peuvent également trouver des analogies entre la situation actuelle et la manière dont s’est déroulée l’opération dans la Baie des Cochons, sans que Kennedy ait décidé de la lancer, ou avec « l’incident » dans le golfe du Tonkin, lorsqu’une prétendue attaque des Les nord-vietnamiens contre les navires américains, qui n’ont jamais eu lieu dans la réalité, ont conduit au bombardement du nord-vietnamien.

L’« invasion russe »

Depuis quelque temps, les médias occidentaux accusent chaque jour la Russie de se préparer à envahir l’Ukraine. Mais ils ne citent pas la moindre preuve pour étayer cette accusation, autre que des déclarations d’agents du renseignement américains anonymes. Le seul représentant de ces agences à parler nommément était le chef de la CIA William Burns lui-même, qui a déclaré il y a quelque temps que ses agences n’étaient pas parvenues à la conclusion que Poutine avait l’intention d’envahir l’Ukraine et qu’il est depuis resté silencieux ! Comment prendre au sérieux toute cette rhétorique sur l’invasion russe imminente d’une puissance qui nous a assuré de l’existence d’armes de destruction massive irakiennes pour justifier l’invasion de ce pays ou des prétendues attaques chimiques d’Assad, qui n’ont jamais eu lieu ?

De plus, si les exercices militaires russes à l’intérieur de la Russie sont une provocation, quels sont les gigantesques grillages de plus de 30 nations autour de la Russie l’été dernier, les plus grands de l’histoire de l’OTAN ?

Les médias occidentaux rapportent rarement et avec dédain les démentis russes et n’expliquent presque jamais pourquoi Moscou ferait une telle invasion, à l’exception de quelques bouffonneries telles que «l’argument» des médias américains selon lequel Poutine ne peut pas tolérer des États démocratiques dans son quartier (l’État démocratique Poutine ne peut pas tolérer est censé être l’Ukraine, un État très ami des néo-nazis armés). Les médias mentionnent les rassemblements et les exercices des troupes russes et biélorusses à l’intérieur de la Russie et de la Biélorussie, mais jamais les rassemblements de forces ukrainiennes encore plus fortes en dehors du Donbass, les régions purement russes de l’Ukraine. Les forces armées qui semblent avoir intégré toute la basse vie de la société ukrainienne, y compris les mercenaires néo-nazis de la milice Azov (responsables, selon certaines informations, du meurtre de deux Grecs à Marioupol hier).

Les Américains disent qu’une invasion russe de l’Ukraine est imminente, mais ils n’ont pas informé le président de l’Ukraine lui-même sur quoi ils fondent cette évaluation, à la suite de quoi Zelensky demande chaque jour aux États-Unis d’arrêter une hystérie guerrière. qui ruine financièrement son pays. Jusqu’à hier, quand il est sorti en parlant d’une invasion russe imminente, nous supposons sous la pression américaine. Comme l’ont démontré les déclarations de l’ambassadeur d’Ukraine à Londres et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, même si elles l’obligeaient par la suite à les révoquer, Kiev serait prête à renoncer à devenir membre de l’OTAN – mais bien sûr les États-Unis et l’OTAN ne voulons pas permettre aux Ukrainiens un tel choix. La question ici n’est pas le droit de l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN, mais plutôt le droit de l’OTAN d’occuper l’Ukraine.

Derrière l’hystérie occidentale

Nous ne voyons aucune raison pour que Poutine ordonne une invasion russe et les médias occidentaux eux-mêmes ne nous ont fourni aucune raison sérieuse pour laquelle la Russie envahirait l’Ukraine. Alors pourquoi toute cette hystérie ? La raison la plus probable est que des forces puissantes à l’intérieur de l’État profond occidental préparent une provocation dans l’est de l’Ukraine, autour du Donbass. En intensifiant la propagande quotidienne sur l’invasion russe imminente, tout ce qui se passera demain en Ukraine, par exemple une attaque ukrainienne sur le Donbass et la résistance subséquente des Russes, sera présenté comme une invasion russe.

En réalité, les forces extrémistes occidentales aimeraient beaucoup une « invasion » russe de l’Ukraine, et un moyen de la provoquer est de lancer une attaque ukrainienne contre le Donbass. Nous avons des indications que c’est l’objectif, sinon de Biden lui-même, de forces importantes à l’intérieur des États-Unis. Cela pourrait expliquer la fermeture de l’ambassade américaine à Kiev, le retrait d’Ukraine des troupes américaines et britanniques et le retrait des observateurs occidentaux de la mission de l’OSCE (afin qu’ils n’aient pas à témoigner sur ce qui va se passer). Un exemple tout aussi fort est fourni par un article de David Ignatius dans le Washington Post il y a deux jours. 

Un Vietnam au coeur de l’Europe ?

David Ignatius est considéré comme « l’éminence grise » des services spéciaux américains, et pour certains il est une sorte de « successeur » de Zbignew Brzezinski – bien qu’il n’ait pas tiré les conclusions que ce dernier a tirées avant sa mort (il a écrit que le « fenêtre d’opportunité » pour la toute-puissance américaine, qui existait après 1989-91, a été perdue). Ignace envisage dans son article d’entraîner la Russie dans une guerre généralisée en Ukraine, semblable à celle des Soviétiques et des Américains en Afghanistan ou des Américains en Irak.

Si l’article trahit un possible ciblage, il est bien sûr basé sur une comparaison complètement trompeuse. L’Ukraine n’est pas l’Irak ou l’Afghanistan. C’est un pays au centre de l’Europe, absolument vital pour la Russie. Quant au Donbass lui-même, il reste une partie du cœur même de la Russie. Une guerre en Ukraine façonnera toute la situation mondiale, bien plus que les guerres au Moyen-Orient. L’un des objectifs centraux de ceux qui travaillent pour une telle guerre est la destruction complète des relations entre l’Europe et la Russie et le maintien du contrôle du continent par les États-Unis.

Une guerre majeure en Ukraine, même si elle ne conduit pas à une confrontation militaire directe entre la Russie et l’OTAN, ce qui signifie une guerre nucléaire mondiale et la destruction de l’humanité, conduira à la déréglementation de l’ensemble de l’environnement international, de l’Amérique latine à la Moyen-Orient et de l’Afrique à la mer de Chine et une énorme crise énergétique et économique. Cela conduira aussi probablement à des tentatives d’imposer des dictatures ouvertes ou secrètes aux pays occidentaux eux-mêmes. Même si nous parvenons à ne pas nous entretuer par le feu nucléaire, notre espèce mourra des conséquences du changement climatique et de tous les autres problèmes qui nécessitent une très grande coopération internationale pour y faire face et non de nouvelles guerres froides ou chaudes.

Ils répondent au déclin par la guerre

Will peut se demander s’il est possible que les Américains ne voient pas tout cela ? Nous avons posé cette question à un ami américain. Voici sa réponse : « En tant que personne qui a l’occasion d’assister à des réunions de grands et de sages au Council on Foreign Relations, permettez-moi de vous assurer que je n’exagère pas l’incapacité mentale, le manque d’informations réelles et l’auto-illusion de la politique étrangère de DC… En ce qui concerne le discours public, vous pouvez trouver de graves inexactitudes… C’est tout un contraste avec les comptes rendus des délibérations du NSC au début des années 1960 sous Kennedy, lorsque chaque mot ou tournure de phrase était interrogé pour des significations involontaires ».

Mais l’histoire a prouvé à maintes reprises que ce personnel politique et étatique apparaît dans l’histoire lorsqu’une catastrophe se prépare, et son apparition est le moyen de se diriger vers une catastrophe. Certaines personnes dans le monde croient que les Américains sont tombés en déclin et pour cette raison, ils ne feront rien pour protéger leur position dominante dans le monde. Mais en fait c’est le contraire qui se passe. Juste parce qu’ils perçoivent qu’ils sont en déclin, ils cherchent un moyen de l’endiguer. Et dans de telles conditions, la tentation est plus grande de faire quelque chose de vraiment fou.

Stratégiquement, le danger de guerre ne peut être affronté que si une nouvelle vision du monde est proposée, une vision qui tienne compte des besoins vitaux de l’Humanité et des intérêts des peuples tant au Nord qu’au Sud, à l’Est qu’à l’Ouest de la planète. Malheureusement une telle vision n’existe pas pour l’instant, ni en Occident ni chez ses opposants. Ce qui existe, c’est l’obstination sénile de forces économiques et géopolitiques puissantes, qui jouent même avec l’idée de détruire le monde pour ne pas perdre leurs privilèges, et qui ont acheté nos politiciens – dont beaucoup se présentent comme soi-disant radicaux – et ont stupéfié nos sociétés. Contrairement à ce qui se passait pendant les guerres du Vietnam et d’Algérie, ou avec les euromissiles ou avant l’invasion de l’Irak, très peu de gens manifestent en Occident contre la perspective d’une guerre catastrophique en Europe. Maintenant nous manifestons contre le port du masque !

Nous rappelons à nos lecteurs que la publication d’articles sur notre site ne signifie pas que nous sommes d’accord avec ce qui est écrit. Notre politique est de publier tout ce que nous considérons comme intéressant, afin d’aider nos lecteurs à se forger une opinion. Parfois, nous publions même des articles avec lesquels nous sommes totalement en désaccord, car nous pensons qu’il est important que nos lecteurs soient informés sur un éventail de points de vue aussi large que possible.

16/02/2022

Traduction automatique

Source :Defend Democracy Press, THE WEBSITE OF THE DELPHI INITIATIVE

Communiqués

ÉTHIOPIE : « LES PREMIERS CADAVRES QUE NOUS AVONS VUS SE TROUVAIENT LE LONG DE LA PALISSADE DE L’ÉCOLE »

Des civils déplacés de la ville de Kobo sont vus dans un camp de fortune scolaire pour les personnes déplacées en raison des combats entre la Force de défense nationale éthiopienne (ENDF) et les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), dans la ville de Dessie, région d’Amhara, Éthiopie, le 9 octobre 2021. Crédit : Tiksa Negeri/REUTERS.


En Éthiopie, depuis novembre 2020, un conflit armé oppose les forces du gouvernement fédéral d’Addis-Abeba au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF selon le sigle en anglais). Viols, exécutions sommaires, pillages généralisés… Notre dernier rapport montre que les forces tigréennes se sont rendues coupables de crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité. 

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JO de Paris 2024: la Creuse refuse le passage trop coûteux de la flamme olympique


Jugé trop cher, le passage de la flamme olympique des JO de Paris 2024 ne se fera pas dans la Creuse, a indiqué le Conseil départemental. La vice-présidente, Marie-Christine Bulon estime que la somme demandée de 150 000 euros, est trop élevée.

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En quoi va consister le sommet en faveur de l’océan qui débute ce mercredi à Brest ?

Le port de Brest Pixabay / Fred2600


Voulu par Emmanuel Macron, le sommet « Un océan » réunira scientifiques, ONG, politiques et entrepreneurs du 9 au 11 février à Brest. L’objectif est de donner un coup d’accélérateur sur plusieurs dossiers internationaux cruciaux autour des mers.

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Burkina Faso : Le coup d’État est une menace pour les droits humains

Une capture d’écran montre le capitaine Kader Ouedraogo (porte-parole) en train de confirmer le coup d’État militaire à la télévision d’État RTB à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 24 janvier 2022. © 2022 Anadolu Agency via Getty Images


Au Burkina Faso, les militaires responsables du coup d’État perpétré en janvier devraient garantir la protection des droits humains et faciliter une transition rapide vers un régime démocratique, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ils devraient donner la priorité à un traitement digne des personnes en détention, garantir que les journalistes et activistes puissent travailler librement, et veiller à ce que les opérations de lutte contre le terrorisme soient menées dans le respect des droits fondamentaux.  

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